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15 000 scientifiques alertent sur l'état de l'environnement mondial

Publié le 15/11/2017

William J. Ripple, Christopher Wolf, Thomas M. Newsome, Mauro Galetti, Mohammed Alamgir, Eileen Crist, Mahmoud I. Mahmoud, William F. Laurance, et 15 364 signataires scientifiques de 184 pays ont publié un « avertissement des scientifiques du monde à l’humanité : deuxième appel ». (voir les signataires)

>>> Lire l’appel : sur le portail de l’Alliance of World Scientists (en anglais) ; dans Bioscience (en anglais) dans ; traduction française du Monde (abonnés) ; télécharger la traduction française de Luis Marques (pdf)

Le texte commence ainsi : « Il y a vingt-cinq ans, l’Union of Concerned Scientists et plus 1 700 scientifiques indépendants, comprenant la majorité des lauréats vivants des prix Nobel de sciences, signaient "l’avertissement à l’humanité des scientifiques du monde" de 1992. […] Ces professionnels préoccupés appelaient l’humanité à mettre un frein à la destruction environnementale et avertissaient qu’un "grand changement dans notre gestion de la terre et de la vie était nécessaire, afin d’éviter de plonger l’humanité dans une vaste misère". ».

Il expose ensuite les insuffisances des mesures prises. Sur 9 indicateurs, un seul a des résultats encourageants : la réduction du trou dans la couche d’ozone stratosphérique. Ce deuxième appel déclare avoir pour objectif d’accentuer la pression sur le pouvoir politique afin d’obtenir que des mesures plus décisives soient prises pour une transition vers un développement durable.

Évolution des problèmes environnementaux identifiés en 1992 par l’avertissement des scientifiques à l’humanité

9 graphiques des dégradations environnementales mondiales

Voici la légende de la figure (originellement en anglais) : Les années avant et après 1992 sont respectivement en gris et en noir. Le graphique (a) montre les émissions des gaz de la famille des halogènes, qui détruisent l’ozone stratosphérique, entraînant un taux d’émission naturelle constant de 0,11 millions de tonnes d’équivalent CFC-11 par an. Dans le graphique (c) les prises halieutiques diminuent depuis le milieu des années 1990, alors que dans le même temps, l’effort de pêche a augmenté. L’indice d’abondance des espèces vertébrées du graphique(f) a été ajusté pour tenir compte des biais taxonomiques et géographiques mais comportent, relativement, moins de données des pays en développement, où les études sont moins nombreuses. Entre 1970 et 2012, l’ensemble des vertébrés a décliné de 58 %, les espèces d’eau douce, marines, et terrestres, respectivement de 81 %, 36 % et 35 %. Dans le graphique (i), le cheptel de ruminants regroupe les troupeaux domestiques d’ovins, caprins et bovins. Il est important de noter que l’axe des abscisses ne part pas de zéro, il faut en tenir compter pour interpréter les évolutions dans chaque graphique. L’évolution en pourcentage, depuis 1992, est la suivante : (a) –68,1 % ; (b) –26,1 % ; (d) +75,3 % ; (e) –2,8 % ; (f) –28,9 % ; (g) +62,1 % ; (h) +167,6 % ; et (i) humains : +35,5 %, cheptel de ruminants +20,5 %.

Sources : (a) Figure 1a, Hegglin, M. I., D. W. Fahey, M. McFarland, S. A. Montzka, and E. R. Nash. 2015. Twenty questions and answers about the ozone layer: 2014 Update: Scientific assessment of ozone depletion: 2014. World Meteorological Organization, Geneva, Switzerland. (b), Aquastat. 2017. Système d’information de la FAO sur l’eau et l’agriculture. (c), Pauly, D., and D. Zeller. 2016. “Catch reconstructions reveal that global marine fisheries catches are higher than reported and declining”. Updated. Nature Communications 7:10244. Figure 1d, Diaz, R. J., and R. Rosenberg. 2008. Spreading Dead Zones and Consequences for Marine Ecosystems. Updated. Science 321:926–929. (e) FAO (Organisation des Nations-Unies pour l’agriculture et l’alimentation), 2015. Global forest resources assessment 2015. (f), WWF (World Wildlife Fund). 2016. Living planet report 2016: risk and resilience in a new era. McRae, L., Deinet, S. and Freeman, R., 2017. “The Diversity-Weighted Living Planet Index: Controlling for Taxonomic Bias in a Global Biodiversity Indicator”. PloS one, 12(1), p.e0169156. (g) Boden, T. A., G. Marland, and R. J. Andres. 2017. Global, regional, and national fossil-fuel CO2 emissions, Carbon Dioxide Information Analysis Center, Oak Ridge National Laboratory. US Department of Energy, Oak Ridge, Tenn., USA 2009. doi 10.3334/CDIAC 1. (h), NASA’s Goddard Institute for Space Studies (GISS). 2017. Global Temperature. (i), FAOstat. 2017. FAOstat Database on Agriculture.

L’appel donne également des exemples des choix que l’humanité peut faire pour une transition vers la durabilité (en précisant qu’elles ne sont pas classées par ordre d’importance ou d’urgence) :

  • Créer des réserves bien financées et bien gérées d’une proportion significative des habitats terrestres, marins, d’eau douce, et aériens ;
  • Maintenir les services écosystémiques en arrêtant la destruction de forêts, prairies et autres habitats naturels ;
  • Restaurer les communautés végétales primaires (native) notamment les forêts ;
  • Repeupler les écosystèmes avec des espèces indigènes de faune sauvage, en particulier les prédateurs de fin de chaîne alimentaire, pour restaurer les processus et les dynamiques écologiques ;
  • Élaborer et adopter des instruments politiques adéquats pour remédier à la défaunation, à la crise du braconnage et à l’exploitation et au trafic des espèces menacées ;
  • Réduire le gaspillage alimentaire grâce à une meilleure éducation et une meilleure infrastructure ;
  • Promouvoir une transition alimentaire vers des alimentations principalement végétales ;
  • Poursuivre la réduction des taux de fécondité en assurant aux femmes et aux hommes l’accès à l’éducation et aux services de planning familial volontaire, notamment là où ils font encore défaut ;
  • Accentuer l’éducation des enfants à la nature et à l’environnement extérieur, ainsi que l’engagement global de la société dans l’attention portée à la nature ;
  • Réorienter les investissements monétaires et réduire la consommation pour entraîner un changement environnemental positif ;
  • Financer et promouvoir les nouvelles technologies vertes et adopter massivement les sources d’énergie renouvelable tout en interrompant les subventions à la production d’énergie issue de sources fossiles ;
  • Réviser notre économie pour réduire les inégalités de santé et s’assurer que les prix, la fiscalité et les systèmes d’incitation prennent en compte les coûts réels que nos modèles de consommation imposent à notre environnement ;
  • Et estimer une taille de population humaine scientifiquement défendable et soutenable à long terme,  en rassemblant les nations et leurs dirigeants autour de cet objectif vital.
     

Parmi ces solutions, certaines, notamment la dernière, pourraient être qualifiées de néo-malthusiennes, et d’autres peuvent être largement débattues quant à leur mise en œuvre : la politique de mise en réserve naturelle par exemple a pu être critiquée notamment lorsqu’elle évince les populations locales. Le renouvellement de ces préconisations, plus détaillées qu’il y a 25 ans, montrent cependant que les mesures mises en œuvre et les progrès accomplis depuis 1992 sont encore très insuffisants. C’est l’idée générale et la conclusion de ce rappel.

Il a été largement relayé dans la presse, par exemple dans Le MondeLe Figaro, et sur France 24, RFI, ou France Culture qui développe chaque point d’inquiétude. Peu de titres cependant font preuve d'une distance critique minimale par rapport à cette annonce, à l’exception de L’Humanité du 15 novembre 2017, dans l’article d’Éric Serres, « Un constat juste, mais des sorties de route », qui exprime des doutes sur certaines des solutions proposées. Il cite notamment Maxime Combes, économiste d'Attac : « Oui, on peut dire qu'il y a un problème démographique dans le monde. Mais, si la solution ce sont les plannings familiaux, on peut dire qu'ils auront raté le coche. » Plus loin, sur la consommation de viande : « Oui, c'est vrai, nous consommons trop, mais ce n'est pas en s'attaquant à l'individu que l'on va régler cette situation. Ce n'est pas la viande qui est un problème, c'est notre mode de production en général qui, par la force des choses, induit notre mode consommation ». L’auteur pointe enfin la limite du rôle des scientifiques, dans une question largement politique : la crise écologique étant désormais largement documentée, ce n’est pas par ignorance, mais de manière délibérée, que les acteurs politiques « ne font rien ».

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