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Jean Renard, géographe rural, géographe social

Publié le 05/01/2021
Le ruraliste Jean Renard est mort le 31 décembre 2020 à 84 ans. Il avait travaillé notamment sur les campagnes de l'Ouest de la France. Ses travaux offraient une fine observation de leurs mutations sociales contemporaines.

Illustration ci-contre : Jean Renard en 2007, photographie de Nayef sous licence CC BY-SA 3.0 →

Jean Renard avait co-écrit avec Cécile Rialland-Juin un article pour Géoconfluences, publié en 2013 : 

Nous vous livrons ci-après l'hommage rédigé par trois de ses collègues et diffusé sur la liste Géotamtam :

 

Jean Renard, né en 1936, est décédé le 31 décembre 2020 à Nantes. Il a joué un rôle fondamental dans le renouveau de la géographie sociale en France dans les années 1980. Il est notamment l’un des quatre auteurs de l’ouvrage Géographie sociale (Masson), avec Armand Frémont, Robert Hérin et Jacques Chevalier. Titulaire d’un Doctorat d’État en géographie et de l’agrégation de géographie, il a fait sa carrière à l’Igarun (Institut de géographie de l’université de Nantes) de 1964 à 1999 et a été membre, dès sa création en 1983, de l’UMR ESO. Il a été directeur de l’Institut, du laboratoire ESO Nantes et de la revue de l’Igarun les Cahiers Nantais : un hommage lui a été rendu lors de son départ en retraite dans le n° 50 de la revue : Géographes nantais, d’hier à demain - Hommage au Professeur Jean Renard.

Il fut l’un des éminents spécialistes de la géographie sociale et rurale française, devenant membre-correspondant de l’Académie d’agriculture de France, secrétaire de la Commission de géographie rurale du CNFG (Comité national français de géographie) sous la présidence de Jacqueline Bonnamour de 1974 à 1984, puis président de la Commission de 1993 à 2000. Sous son impulsion, un vent de renouveau a soufflé et il a beaucoup œuvré pour faire connaître les activités des ruralistes français tout en contribuant à croiser les regards avec les membres de commissions d’autres pays européens ou lors de congrès de l’UGI.

 Ses recherches ont porté sur les mutations des mondes ruraux, tout particulièrement ceux de l’Ouest de la France. En 1975, il a soutenu une thèse remarquée sur Les évolutions contemporaines de la vie rurale dans les campagnes nantaises : Loire-Atlantique, bocages vendéens et Mauges, pour laquelle il a obtenu la médaille de bronze du CNRS et le prix Olivier de Serres. Très fin connaisseur des réalités sociales des mondes ruraux, il est l’auteur de nombreuses publications. Il y a bien évidemment, rappelons-le, le désormais classique Géographie sociale coécrit à quatre. Mais nous pouvons citer également un ouvrage qui a servi et sert encore de bible en géographie rurale, Les mutations des campagnes. Paysages et structures agraires dans le monde, paru chez A. Colin en 2002. D’autres ouvrages ont apporté un éclairage décisif sur les transformations des campagnes de l’Ouest, qu’il s’agisse de l’ouvrage coécrit en 1978 avec Alain Chauvet, La Vendée : Le Pays et les Hommes (éditions Le Cercle d’or), ou d’un livre de synthèse qui résume bien son regard perspicace, La Vendée : Un demi-siècle d’observation d’un géographe (Presses universitaires de Rennes, 2005).

Quant à l’ouvrage Des campagnes vivantes. Un modèle pour l’Europe ? Mélanges en honneur à Jean Renard (Presses universitaires de Rennes, 2000) porté par Nicole Croix, il reflète bien l’engagement constant d’un chercheur touché par cette initiative. Jean Renard n’a eu de cesse de faire de la géographie rurale sous le prisme de la géographie sociale, pour analyser les dynamiques des campagnes qui paraissent alors immuables (Tout bouge mais rien ne change, pour reprendre une formule utilisée lors d’un colloque tenu à Chavagnes-en-Paillers, en Vendée, en 1979 !). Et cet engagement avait des répercussions sur un certain engagement politique, non pas à travers un mandat électif, mais en initiant ou en soutenant ce qu’on appelle désormais la participation citoyenne. Jean Renard s’est engagé en effet pendant de nombreuses années auprès de la société civile. C’est donc un universitaire désireux de s’impliquer pour appliquer, dans la mesure du possible, les résultats de ses recherches. Cet engagement citoyen s’est poursuivi une fois sa vie active achevée, car il fut l’un des fondateurs du Conseil de développement de Nantes Métropole, avec Jean-Joseph Régent, autre figure nantaise.

Tous ceux qui l’ont connu se souviennent de l’acuité et de la pertinence de ses observations et analyses, de son engagement tant dans la sphère universitaire qu’auprès des acteurs de terrain, de son aide précieuse pour les jeunes collègues et pour les étudiants, mais aussi de sa rigueur scientifique et de ses coups de gueule parfois au regard des évolutions dans le monde de la recherche.

Pour l'UMR ESO,

Nicole Croix, François Madoré, Christine Margétic.


 

 

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