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L'école et les élèves dans les espaces ruraux en France : quelques ressources

Publié le 11/04/2018

C’est dans une école primaire de Berd’huis, une commune rurale de l’Orne, en Normandie, que le président de la République a choisi de répondre aux questions Jean-Pierre Pernaut sur la chaîne privée TF1, ce jeudi 12 avril 2018. Berd’huis est un village d’un millier d’habitants, situé à proximité de Nogent-le-Rotrou mais appartenant à une autre intercommunalité, la communauté de communes Cœur de Perche. La commune fait partie du Parc naturel régional du Perche et elle est entourée d’un paysage de bocage largement remembré. Le Front National y a obtenu le plus de suffrages exprimés au premier tour de l'élection présidentielle de 2017. Le Perche est à la lisière entre les campagnes du Bassin parisien d’une part, soumises à l’attractivité de l’aire urbaine parisienne, avec un mouvement de résidentialisation secondaire, et d’autre part les campagnes industrielles et agricoles en difficulté de l’ancienne région Basse-Normandie.

 

Nogent le Rotrou sur la carte du taux de pauvreté (2012)

Nogent-le-Rotrou sur la carte du taux de pauvreté en 2012. (Voir la carte d’origine sur le site des Journées de l’économie)

C’est l’occasion pour nous de consacrer cette brève à quelques ressources pour s’intéresser à l’école rurale, de la primaire au lycée.

Dans la presse
Un rapport de l’observatoire des Territoires


Le rapport montre que le nombre d’élèves par classe dans le premier degré est proportionnel à la densité de population des territoires. La moyenne nationale de 23,7 élèves par classe (rentrée 2016) masque d’importantes disparités entre les territoires de la diagonale des faibles densités et ceux des grandes aires urbaines où le nombre d’élèves par classe est proche de 30.

Trois articles pour mieux comprendre l’école rurale et les élèves ruraux


L’article invite d’abord à se prémunir contre tout culturalisme et surtout de se méfier de l’utilisation du terme d’ « ambition », notamment utilisé pour en regretter l’absence chez les élèves ruraux.

Les auteurs rappellent que les chiffres montrent des lycéens ruraux moins nombreux que la moyenne à envisager des études longues (17 % contre 20 %), même si l’écart n’est pas très important. Elles nuancent ces résultats en précisant que cela concerne surtout les filles rurales, beaucoup défavorisées que les garçons par les assignations de genre dans le territoire étudié (les campagnes vendéennes et mayennaises). Elles sont beaucoup plus nombreuses à envisager d’avoir des enfants à l’âge de 25 ans que leurs homologues d’autres départements étudiés. L’article montre que ces écarts dans les aspirations des lycéennes est également à relier à leur origine sociale. Pour autant, l’auto-censure n’est pas le seul levier de différenciation scolaire pour les lycéens ruraux, et il ne faut pas oublier de prendre en compte le rôle de l’institution scolaire elle-même.

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Lorsque l’on s’intéresse aux sections de terminale représentées dans ces établissements, une différence nette s’observe avec l’offre de formation à l’échelle régionale des Pays de la Loire mais aussi à l’échelle nationale. Ainsi, là où la filière sciences et technologies de la santé et du social (ST2S) ne pèse que 3,5 % des effectifs de terminale en France toutes filières confondues (générales, technologiques et professionnelles) et seulement 4,8 % des effectifs ligériens, elle représente près de 15 % des effectifs de terminale dans le Sud Vendée. […] Qu’est-ce à dire ? Plutôt que d’y voir la simple conséquence d’aspirations scolaires propres à ce territoire, il nous semble plus juste d’inverser le sens de la causalité et de voir dans les projets scolaires et professionnels des jeunes femmes de ces territoires, fortement portés vers les métiers féminins du soin et de l’accompagnement, une conséquence de cette offre pléthorique de places.

Source : Lemêtre Claire, Orange Sophie, « Les ambitions scolaires et sociales des lycéens ruraux », Savoir/Agir, 2016/3 (n° 37), p. 63–69.

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Cet article replace les inégalités scolaires dans le temps long. Un encadré présente les différents rapports de l’inspection générale de l’Éducation nationale depuis 1992. L’article rappelle aussi qu’en 2003, le taux d’accès au lycée était de 40 % pour les élèves de collèges de moins de 200 élèves, et de 52 % pour ceux de plus de 400 élèves.

En primaire en revanche, l’écart très important observé dans les années 1960 (40 % des garçons accédaient en sixième à la campagne, 72 % à Paris) est aujourd’hui résorbé, et les résultats scolaires sont identiques en milieu urbain et en milieu rural.

Ce que montrent surtout les auteurs, c’est que si les élèves ruraux obtiennent en moyenne de meilleurs résultats aux tests d’évaluation en sixième que les autres, leur propre opinion sur leur niveau scolaire est inférieure à celle des autres élèves, ce qui ne manque pas de se traduire dans leurs choix d’orientation.



L’auteur rappelle que le poids de l’école rurale en France est important : l’espace rural accueille près d’un quart des élèves du primaire, et le rural dit « isolé » 36 % d’entre eux. Les écoles rurales continuent de perdre des élèves, de même que les collèges ruraux : il reste cependant presque 900 collègues de moins de 200 élèves, majoritairement dans le privé. Les collèges ruraux, toujours d’après l’article, représentent 37 % des collèges mais 17 % des élèves. L’article montre aussi que les performances scolaires en milieu rural sont aussi bonnes qu’en ville, voire légèrement meilleures en moyenne, avec moins d’élèves en très grande difficulté.

Si les espaces ruraux des régions en déclin démographique sont les plus durement touchés par les fermetures de classes et d’écoles, pour de nombreux espaces ruraux accueillant de nouveaux habitants jeunes, le problème inverse se pose : l’accueil de nouveaux élèves et la réouverture de classes.

En résumé

Les élèves ruraux réussissent plutôt mieux, dans classes plus petites, que leurs camarades des villes. Contrairement à une idée reçue, ils sont mobiles : ils réalisent des déplacements parfois très longs entre leur domicile et leur établissement scolaire, la plupart d’entre eux a déjà déménagé au cours de leur vie, et ils sont conscients qu’ils devront partir pour leurs études. Malgré des résultats légèrement supérieurs, leur propre opinion de leurs résultats est moins bonne qu’en ville. C’est en partie ce qui explique une moindre ambition dans leur orientation, bien qu’il soit difficile d’y déceler la part de l’ « autocensure » et celle de l’offre scolaire proposée par l’Éducation nationale.

Pour compléter
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