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L'autre espace : une géographie des sites de lancement spatial

Publié le 11/10/2018
NB. Des informations et des documents plus récents sont disponible dans cet article paru en 2021 : Vincent Doumerc, « Les bases spatiales dans le monde : les interfaces Terre-espace ».

Quand les géographes parlent d'espace, ils pensent le plus souvent à l'espace terrestre. Mais il arrive qu'ils s'intéressent aussi aux étoiles, d'autant que le lancement spatial est une activité géostratégique d'importance. Voici une carte et des ressources pour une géographie du lancement spatial qui permet d'aborder de nombreuses questions géopolitiques : la puissance dure (satellites militaires) et la puissance douce (missions scientifiques et satellites de communication), l'émergence chinoise, indienne et brésilienne, la recomposition de la puissance russe et ses liens avec les anciennes républiques soviétiques (partenariat russo-américain avec Sea Launch, relations russo-kazakhes avec Baïkonour...), et même les conséquences du Brexit...

La géographie du lancement spatial est aussi une géographie physique : le choix du site doit tenir de contraintes telles que la latitude (une localisation la plus proche de l'Équateur permet de bénéficier d'une meilleure propulsion grâce à la vitesse de la rotation terrestre), l'accessibilité pour acheminer d'imposants et coûteux engins, par air, mer et route, et une vulnérabilité aussi minime que possible à la sismicité et au volcanisme ainsi qu'aux aléas climatiques.

 
Les sites de lancement d'engins spatiaux dans le monde en 2018

carte mondiale des sites de lancement spatial

 

1. Des images satellites des sites de lancement, avec commentaire détaillé, sur Géoimage (CNES)

Kourou
Extrait : « À l’arrivée du CNES en 1965, Kourou compte environ 600 habitants, principalement des pêcheurs qui pratiquent aussi une agriculture de subsistance dans les savanes alentour. Dès le départ la ville nouvelle se développe sur la partie nord comme une station balnéaire, profitant de la plage et des alizés. Sur la Pointe des Roches, à l’embouchure du fleuve, l’ancien pénitencier est détruit et un hôtel de luxe est construit avec vue sur les Iles du Salut, à une quinzaine de kilomètres au large. Les logements du quartier Véronique et de l’unité Diamant marquent le début de la ville nouvelle. »
Jiuquan en Chine
Résumé : Ouvert en 1958, le centre spatial de Jiuquan est la première et demeure la plus importante base spatiale chinoise. Située en Mongolie intérieure dans le désert de Gobi, cette localisation répond alors à des enjeux géostratégiques et géopolitiques majeurs : être à l’abri dans l’immensité du continent d’une frappe ennemie, doter en pleine Guerre froide la Chine populaire maoïste de missiles balistiques vecteurs de l’arme atomique. Aujourd’hui, son activité est portée par le développement des activités civiles en plein boom. Avec les trois autres centres spatiaux de Taiyuan (1968), Xichang (1994) et Wenchang (2016), il s’inscrit dans une politique spatiale de plus en plus ambitieuse dont l’objectif est de contribuer à l’affirmation de la Chine comme puissance géostratégique, géopolitique et géoéconomique de rang mondial.
Baïkonour, base russe au Kazakhstan
Résumé : Ouvert en 1956, le cosmodrome russe de Baïkonour est une des plus grandes et des plus actives bases spatiales dans le monde. Il a joué et joue encore un rôle essentiel dans l’affirmation de la puissance russe dans un domaine qui prend aujourd’hui une place grandissante dans les rivalités entre puissances : la connaissance, la conquête et le contrôle de l’espace circumterrestre. Mais avec l’éclatement de l’U.R.S.S et l’accès à l’indépendance du Kazakhstan, le complexe de Baïkonour se retrouve dans un territoire étranger. Malgré de nombreux accords intergouvernementaux, les enjeux géopolitiques et géostratégiques sont tels pour Moscou qu’un nouveau cosmodrome vient d’être inauguré en Sibérie orientale.

2. Des ressources pour aller plus loin

On y retrouvera également deux plans du centre spatial guyanais de Kourou : 

   
NB. Un plan plus récent du Centre spatial guyanais de Kourou est à retrouver ici : Vincent Doumerc, « Les bases spatiales dans le monde : les interfaces Terre-espace », Géoconfluences, mars 2021.
  • Sur le site du CNES, la page Choix de la Guyane présente les 14 sites étudiés par la France pour sa base de lancement après l'indépendance de l'Algérie, et liste les avantages ayant conduit au choix de Kourou par le Premier ministre Georges Pompidou en 1964.
     
  • Un article de Fernand Verger et Raymond Ghirardi dans Mappemonde : Géographie des lancements de satellites (1987). On y découvre qu'avant la mutualisation des moyens à l'échelle européenne, le Royaume-Uni avait sa base de lancement en partenariat avec l'Australie, et l'Italie sur une plate-forme au large des côtes kenyannes. Fernand Verger a contribué à une géographie de l'espace comme déjà évoqué ici : Fernand Verger, les pieds dans l'eau, la tête dans les étoiles (sept. 2018).
     
  • Une autre carte (ancienne !) des sites de lancement, dans un article de 1994. Par rapport à la carte de Verger et Ghirardi, la base italienne de San Marco est toujours là, le site australien a disparu, et une base est apparue en Israël.
    — Jean-Paul Dufour, « En quête du site idéal pour les bases de lancement », Le Monde diplomatique, 1994.
     
  • Les coordonnées géographiques avec liens vers Google maps de tous les sites du centre de Baïkonour sur le site lanceurs.destination-orbite.net.
     
  • D'après FuturaSciences, le Royaume-Uni post-Brexit envisage la construction d'un centre spatial dans le Nord de l'Écosse. Il entend bien aussi faire fructifier l'avance de l'industrie écossaise en matière de micro-satellites, donc sur un autre marché que les gros lanceurs. L'article ne dit pas si le site resterait britannique en cas d'indépendance de l'Écosse.

— Céline Deluzarche, « Le premier port spatial britannique sera construit en Écosse », FuturaSciences, juillet 2018