Vous êtes ici : Accueil Actualités Veille Tromelin, l'îlot de la discorde

Tromelin, l'îlot de la discorde

Publié le 20/01/2017

L'île Tromelin, dans l'océan Indien, a fait l'objet d'une médiatisation inhabituelle dans la semaine du 16 janvier 2017, qui est l'occasion de revenir sur les possessions françaises ultramarines. Ce peut être une amorce pour traiter le thème de la présence française dans le monde.

Un accord de co-gestion au centre de la polémique

L'île est revendiquée par la République de Maurice, État indépendant depuis 1968, qui fait valoir un traité de 1814 entre la France et le Royaume-Uni, dont la traduction française ne respecterait pas l'esprit. Maurice estime en effet que les deux exemples de possessions françaises cédées en même temps qu'elle au Royaume-Uni ne sont pas limitatifs, et que l'îlot de Tromelin aurait dû faire partie des territoires cédés. Le texte de loi qui a soulevé des protestations en France devait être ratifié par le parlement après la navette parlementaire, entérinant un accord existant de fait entre les deux pays depuis 2010. Cet accord-cadre signé sous le mandat de Nicolas Sarkozy devait instaurer une co-gestion de la Zone Economique Exclusive de Tromelin par la France et l'Île Maurice. C'est ce principe même qui a fait l'objet d'une contestation puisque des personnalités politiques lui ont reproché de créer un précédent et de marquer le point de départ d'un abandon de la souveraineté française sur ses possessions. Les députés Gilbert Le Bris (PS) et Philippe Folliot (UDI) affirment par exemple que le texte est contraire au principe d'indivisibilité de la République.

 

Source : Les décodeurs du Monde

Source : TAAFBenoît Gysembergh, août 2010, image libre de droits

Un cas d'école pour illustrer les effets de l'exposition au vent/sous le vent ?

 

Une île minuscule entourée d'une vaste Zone Économique Exclusive

En vertu du principe définissant la ZEE commme une bande de 200 miles nautiques à partir de la ligne de rivage, l'île de Tromelin, dont la superficie n'excède par 1 km², a permis de tracer autour de ses côtes un immense polygone de 280 000 km². Ce qui, en vertu de la convention de Montego Bay, laisse l'entière liberté de circulation dans cette zone, mais réserve l'exclusivité de son exploitation à l'État qui y exerce sa souveraineté. Outre les droits de pêche, la présence possible d'hydrocarbures ou de nodules polymétalliques sous l'océan sont considérées comme une potentielle richesse, sans que cette présence soit prouvée, ni que son exploitation ne soit actuellement possible. La richesse de Tromelin est surtout scientifique, puisque l'îlot ne pas d'autre installation humaine qu'une station météorologique. Les scientifiques y étudient sa biodiversité : notamment des tortues géantes et des oiseaux de mer, et l'île est classée réserve naturelle depuis 2006, comme l'ensemble des TAAF. Elle a aussi fait l'objet d'importantes fouilles archéologiques de la part de l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) : Tromelin fut le théâtre de la tragédie qui obligea un groupe d'esclaves malgaches, abandonnés par un navire en perdition en 1761, à tenter d'y survivre malgré les conditions extrêmes pendant quinze ans.

 
Les eaux placées sous juridiction française

Source : Sénat

 

L'une des nombreuses possessions françaises inhabitées et contestées

L'île est placée sous l'autorité du préfet des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF). C'est lui y représente l'État et le gouvernement, et qui délivre par exemple les autorisation spéciales d'y accéder, puisque la fréquentation de l'île est normalement réservée aux scientifiques et aux militaires. En raison de l'absence d'habitant permanent, les TAAF ne sont représentées par aucun élu. Leur statut est fixé par une loi de 1955 et a été réorganisé par un décret de 2008. Les TAAF sont constituées de cinq districts : Terre Adélie, îles Éparses, Crozet, Kerguelen et Amsterdam Saint-Paul. Tromelin fait partie des îles Éparses, avec Europa, Bassas da India, Juan de Nova, et les îles Glorieuses, mais elle est la seule île de ce district à se situer hors du canal du Mozambique, qui sépare Madagascar du continent africain. Outre les TAAF, la France possède un autre îlot inhabité, il s'agit de Clipperton, au large du Mexique. Plusieurs de ces territoires sont contestés par les États riverains, qui considèrent cette présence française comme une anomalie. Pour l'instant, ils contribuent à donner à la France le contrôle d'une ZEE de onze millions de km², la deuxième du monde en superficie après celle des États-Unis. Ces immensités océaniques sont peu exploitées mais sont supposées recéler d'importantes ressources, comme les nodules polymétalliques, des concrétions de métaux rares posés sur le fond.

 

Pour compléter :

Des explications sur Tromelin et sur l'origine de la revendication mauricienne :

 

Plus particulièrement sur la polémique autour de l'accord de co-gestion :

  • Analyse du désaccord politique dans l'Obs
  • Deux prises de positions opposées au traité de co-gestion : un article dans Ouest France et une tribune dans le Figaro.

 

En savoir plus sur les esclaves abandonnés :

 

Sur les TAAF et la ZEE :

Actions sur le document
Veille : dernière publication