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Brève, n° 3, 2005 |
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Les articles des brèves sont indépendants des dossiers. Ils portent
sur des sujets souvent liés
à l'actualité et aux préoccupations
de nos sociétés ou sur des thèmes délimités. Ils pourront
faire l'objet de développements et
d'approfondissements ultérieurs au
sein de dossiers plus complets : voir
l'index
des dossiers thématiques.
La pêche dans
le lac Victoria : un exemple de mal-développement
(Jean-Louis Carnat et Sylviane Tabarly)
Le lac Victoria
est un cas d’école pour l'analyse
des relations systémiques qui se nouent
entre un milieu naturel et les sociétés
humaines qui y vivent. L’introduction
de la Perche du Nil, dans les années
1950, en a radicalement modifié l’écosystème
et entraîné une profonde transformation
de l'économie et des sociétés
riveraines. Les évolutions en cours
depuis une cinquantaine d’années
sont faites de ruptures d’équilibre,
suivies de stabilisation temporaire qui posent
clairement la question de la viabilité
du modèle de développement des
populations, des sociétés concernées.
Ce cas est aussi exemplaire du passage, en
quelques années, d’une logique
économique locale, endogène,
à une logique exogène faisant
intervenir de nouveaux acteurs dans le cadre
d’échanges mondialisés.
Le
lac Victoria, élément du système
fluvial nilotique
Le
lac Victoria, qui couvre 68 000
km², est le plus vaste des lacs d'Afrique.
Alors que les lacs Tanganyika, Nyassa
ou Malawi sont des lacs profonds, allongés,
logés dans des fractures du rift
africain, le lac Victoria, dont la profondeur
varie de 60 à 100 m, s'étale
dans une cuvette de forme approximativement
circulaire, de plus de 300 kilomètres
de diamètre. À la différence
du lac Tanganyika, relié au bassin
du fleuve Zaïre, des lacs Nyassa
ou Malawi, reliés au Zambèze,
le lac Victoria est relié au
système nilotique. Il est alimenté
par la rivière Kagera en Tanzanie
dont une des branches supérieures,
la rivière Luvironza au Burundi,
constitue la source la plus lointaine
du Nil. Au sortir du lac, le "Nil
Victoria " traverse le lac Kyoga
et le lac Albert (ou lac Mobutu), puis
prend, à la frontière
soudanaise, le nom de Bahr al-Djebel
et traverse alors une vaste région
marécageuse. La température
de l'eau est de 24 à 27°
C en surface en saison de pluie et de
23 à 24° C en saison sèche.
Près du fond elle est inférieure
de 1 à 2° C.
Ce lac, qui était à sec
il y a environ 12 000 ans, est
dans sa configuration actuelle, récent.
Comme les autres grands lacs africains
il hébergeait, dans les années
1950, une faune lacustre d'une très
grande richesse, avec des centaines
d'espèces endémiques,
pélagiques, benthiques, sabulicoles
ou pétricoles [1] dont
la diversité a été
alimentée par les processus de
spéciation [2], ce qui en avait
fait un véritable laboratoire
de l’évolution. |
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Mais, depuis
le début des années 1980, l'écosystème
du lac est menacé par les activités
humaines : pêche, introduction
d'espèces exotiques.
Les effets
de l’introduction de la Perche du Nil
L'occupation humaine
du pourtour du lac Victoria, aujourd'hui
partagé entre trois États (Tanzanie,
Ouganda, et Kenya contrôlant respectivement
49%, 45% et 6% de sa superficie), s’est
renforcée au cours du XXe siècle.
Cela a entraîné le défrichement
des forêts riveraines pour la construction,
la mise en culture, la fourniture de combustible.
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Le lessivage des sols par ruissellement s'est
accentué, renforçant la
turbidité des eaux du lac. La
transparence de l'eau depuis la surface
s'est réduite depuis les premières
mesures effectuées dans les années
1930, tout particulièrement en
saison des pluies et en bordure du lac
(de 8 mètres à moins d'un
mètre environ). Parallèlement,
on observe une eutrophisation des eaux
: les apports de matière organique
nutritive ont provoqué la chute
des teneurs en oxygène, la prolifération
anarchique des plantes flottantes comme
la jacinthe d’eau (Eichhornia
crassipes), ce qui entrave la navigation.
La réduction de la lumière
et de l'oxygène provoque des
modifications de la faune ichtyologique
et la disparition de certaines espèces.
Pour les espèces les plus recherchées
par les aquariophiles, des programmes
de sauvegarde en captivité ou
dans des sanctuaires préservés,
à proximité du lac, sont
en cours de réalisation.
La Perche du Nil (Lates
niloticus, appelée
parfois, improprement, Capitaine), espèce
carnivore introduite dans le lac à
la fin des années 1950
pour la pêche sportive,
sans doute importée du lac Albert,
a proliféré. Du fait de
sa voracité, de sa croissance
rapide et de sa grande taille (son poids
moyen est de 50 kg, mais elle peut atteindre
environ 100 kg), elle a entraîné
l'extinction de nombreuses espèces
indigènes : les Cichlidés
(tilapias en particulier) qui représentaient
99% des captures il y a 50 ans n'en
représentent plus qu'1%
en 2005. Certaines espèces
ont résisté au prédateur.
Il s’agit principalement des pétricoles
qui s’abritent dans les secteurs
inacessibles pour la Perche du Nil :
rochers, eau peu profonde (Didier
Paugy,[3]).
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La
présence invasive de la jacinthe
d'eau entre 1994 et 2000
(Cliquer pour agrandir)
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Mais, outre les effets sur les équilibres
écologiques du lac, l'introduction
de la Perche du Nil a modifié radicalement
l’économie locale. Dans
les années 1980, l’irruption
d’une demande étrangère
a provoqué une hausse importante des
prix du poisson et un boom économique
local. La population a afflué sur les
rives du lac. Les communautés de pêcheurs,
privées des espèces qu'elles
consommaient traditionnellement, se sont tournées
vers la Perche du Nil. Mais, alors que les
poissons de petite taille étaient traditionnellement
séchés à l’air
libre, la chair de Perche est conservée
par fumage, ce qui accentue la demande de
bois et le défrichement.
À l’initiative d’investisseurs
étrangers et, en partie, avec
l’aide de l'UE, une pêche
industrielle s'est organisée :
bateaux à moteurs, usines de
traitement du poisson, exportation
des filets frais vers l’Europe.
Chaque semaine, environ cinq avions
cargos venus d'Ukraine, de Hollande
ou de Belgique atterrissent à
l'aéroport de Mwanza pour emporter
environ 400 tonnes de filets de Perche
du Nil vers l'Europe ou l'Asie. Les
données de la base FishDat
de la FAO indiquent que les captures
de poisson d'eau douce (principalement
Perche du Nil et Tilapia) provenant
des pays riverains du lac Victoria
s'élevaient à 360 000
tonnes en 2001. Mais captures et exportations
sont dépendantes, à
la fois, de l'écosystème
très fragile du lac et des
fluctuations des politiques d'importation
des pays consommateurs (normes sanitaires
de l'UE par ex., source Agritrade
et FAO [4]).
L'Europe est donc un important marché
pour la Perche du Nil, essentiellement
écoulée par la grande
distribution. En 2003, les importations
de l'UE se sont élevées
à 45 000 tonnes, la Belgique
et les Pays-Bas en étant les
premiers importateurs. La France en
aurait consommé 2 200
tonnes en 2004 et, dans
l'avenir, les nouveaux pays membres
pourraient aussi devenir des marchés
intéressants. Par contre, les
importations espagnoles, très
importantes au début des années
1990, ont tendance à décroître,
du fait de campagnes de presse négatives
et de sources d'approvisionnement
alternatives en produits de la pêche.
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Importations
européennes
de perche du Nil en 2003
Voir
sur Globefish, site de la FAO : "Nile
Perch Market Report - April 2005 -
EU strong market for Nile perch"
:
www.globefish.org/index.php?id=2405
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Les exportations de Perche du Nil du Kenya
(volumes, en tonnes), par destination :
évolution de 1996 à 2001
Destinations |
1996 |
1997 |
1998 |
1999 |
2000 |
2001 |
UE |
10 388 |
6 882 |
2 320 |
742 |
1 680 |
3 818 (21%) |
Moyen-Orient |
1 801 |
2 664 |
2 201 |
2 722 |
4 146 |
4 650 (26%) |
Israël
|
3 431 |
4 244 |
5 252 |
5 529 |
7 185 |
7 530 (42%) |
Autres |
1 120 |
929 |
1 394 |
2 894 |
2 468 |
1 947 (11%) |
Total |
16 740 |
14 719 |
11 167 |
11 914 |
15 479 |
17 945 |
Source
: Kenya Fish Processors and Exporters Association
(source Agritrade [4])
Le
Cauchemar de Darwin :
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un regard du cinéma documentaire
Le film documentaire du cinéaste
autrichien Hubert Sauper, selon ses
propres termes, nous "montre
[sa] réalité de l'Afrique"
en s’appuyant sur le cas de
la ville de Mwanza (500 000 hab.)
en Tanzanie. Le cinéaste y
explore certains mécanismes
et certains effets de la substitution
d’une économie mondialisée
à une économie locale.
Comme tout film documentaire, il s'agit
d'un point de vue sur les réalités
observées, qui invite à
s’interroger sur la durabilité
du système, sur son coût
social et environnemental, tant localement
que globalement, du fait des navettes
aériennes quotidiennes pour
livrer le poisson à plusieurs
milliers de kilomètres.
Selon sa démonstration, les
effets négatifs l’emportent
largement : destruction d’emplois
(un emploi en usine détruirait
huit emplois traditionnels), accentuation
de la malnutrition (carence en protéines,
les prix trop élevés
interdisant aux plus démunis
l’achat de poisson).
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Le
documentaire exploite notamment, par
un montage alterné, le contraste
saisissant entre le mouvement des flux
exogènes des avions, chargés
ou vides, et le dénuement de
certaines communautés riveraines
du lac, survivant des déchets
des usines de conditionnement du poisson.
Les profits vont à l'État,
aux acteurs privés à capitaux
européens ou asiatiques (157
millions d'USD pour les trois pays riverains
du lac en 2001 [4]), aux transporteurs
aériens (pilotes ukrainiens,
affrètements étrangers),
aux filières de la distribution
européenne, débouché
essentiel.
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Toujours prisonnière d'un schéma
néo-colonial, l’Afrique
est cantonnée au rôle de
fournisseur de manière première
(ici alimentaire), juste conditionnée
: les avions arrivent vides pour repartir
pleins de leurs chargements de poissons.
Enfin, aux modifications économiques,
liées directement à la
pêche, s’ajoutent les effets
des trafics divers (le trafic d'armes
est suggéré mais non prouvé),
une généralisation du
sida dans les communautés de
la périphérie du lac favorisée
par le développement de la prostitution.
Le Cauchemar de Darwin, titre original
: Darwin's Nightmare, documentaire
franco-belgo-autrichien d'Hubert Sauper
sorti en France le 2 mars 2005.
- Le site du film : www.coop99.at/darwins-nightmare/index.htm
- Un vidéo-clip : www.viennale.at/deutsch/programm/filme/1385.shtml
- Par François Garcon, une étude critique du film documentaire d'H. Sauper, "Le cauchemar de Darwin") sur RFI : www.rfi.fr/radiofr/editions/082/edition_80_20070121.asp
- Sur l'émission de France 5 "Arrêt sur images", Darwin : cauchemar et manipulation ? :
www.france5.fr/asi/007548/33
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Un équilibre fragile
L’équilibre actuel du système
fondé sur l'exploitation de la Perche
du Nil est fragile. Il peut être
remis en cause tant dans ses dimensions économiques
qu'écologiques. Les pêcheurs
du lac Victoria sont de plus en plus nombreux
: en 1993, 4 000 bateaux ramenaient 15 000
t. de poissons, en 1980, 6 000 bateaux
en ramenaient 100 000 t. (dont la moitié
de Perches). En Tanzanie, de 40 000 t. en
1990 la production totale de pêche est
passée à environ 220 000
t. en 2001 (source : Lake Victoria Fish
Processors Association of Tanzania).
Mais on peut constater, depuis le début
des années 1990, une relative stagnation,
puis une diminution des quantités débarquées,
estimées à 266 000 t. en
2003 (source FAO). Il faut y voir le résultat
de l'intensification de l'effort de pêche
(voir les graphiques et le pop-up ci-dessous)
et de l'épuisement des stocks.
Les fluctuations observées
des exportations (en volume et en valeur)
proviennent, en partie, des effets des normes
sanitaires appliquées par l'UE (Agritrade
[4] et pop-up ci-dessous). En
2003, la valeur cumulée des
importations, par l'UE, de filet de Perche
du Nil provenant des trois États riverains
du lac Victoria était estimée
à 170 millions d'euros, mais en baisse
par rapport à 2002 du fait de la concurrence,
asiatique principalement (par ex., les importations
de poisson-chat du Mékong [5] en provenance
du Vietnam) et de l'attitude des consommateurs
européens. Plus récemment, certains
évoquent l'impact négatif, sur
les consommateurs européens, que pourrait
avoir le succès du film de H. Sauper.
La réduction de la taille moyenne des
prises, passée de 20 à 30 kg
dans les années 1980 à 2 à
3 kg [4], montre
que la pression de la pêche sur l’espèce
est supérieure aux ressources et au
renouvellement des stocks, les prises se faisant
désormais sur la population juvénile.
La perspective de la disparition de cette
espèce exotique, propre à rassurer
les tenants d’un retour à l’équilibre
écologique antérieur, est perçue
avec inquiétude par les acteurs locaux.
Les tensions entre les pêcheurs sont
déjà manifestes (vols) et le
responsable de l’Institut kenyan de
recherche sur la pêche et la marine
(cité par Libération, 2 mars
2005) se dit favorable à une réintroduction
artificielle de la Perche du Nil si nécessaire,
ce qui pourrait alors mettre les pêcheurs
sur la voie de l'aquaculture. Par ailleurs
on observe, dans certaines régions
où le stock de Lates a été
surexploité et où les populations
de prédateurs ont diminué, un
retour de certaines espèces d'Haplochrominés,
par ex.. La "catastrophe" écologique
dénoncée par beaucoup n'est
donc peut-être ni inéluctable,
ni irréversible (Didier Paugy, IRD
[3]).
Panorama
et évolutions de la pêche
dans le lac Victoria
Données socio-économiques
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Sources : voir,
ci-dessous, les notes et ressources
en ligne
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La situation des pêcheries
du lac Victoria peut être considérée
comme symbolisant, tout à la fois,
les relations économiques Nord / Sud
et le mal-développement propre à
l'Afrique. Mais elle gagne à être
mise en perspective dans un contexte régional
plus large (ci-dessous, l'Afrique australe),
et à être comparée avec
la situation d'autres pays producteurs du
Sud qui s'efforcent de concilier la mondialisation
et leur propre développement (ci-dessous,
le cas du Vietnam [5]
ou de la
Chine (dans un autre dossier du site).
La
pêche dans le lac Victoria :
système local / système
mondial
(cliquer
pour agrandir, une version en .gif)
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Une mise en perspective
: la pêche en eau douce en Afrique australe
On peut inscrire
la situation du lac Victoria dans un contexte
régional plus large en s'appuyant sur
une récente étude de la FAO.
Dès mai 1992,
la Conférence internationale
sur la "pêche responsable",
réunie à Cancún
(Mexique), avait invité la
FAO à élaborer, en relation
avec d'autres organisations internationales,
un Code international de conduite
pour une "pêche responsable".
Ce concept englobait l'utilisation
durable des ressources halieutiques,
en harmonie avec l'environnement et
par l'emploi de méthodes de
capture et d'aquaculture n'hypothéquant
pas les ressources ou la qualité
des productions. La FAO, s'engageait
à encourager des programmes
de sélection génétique
en aquaculture et à élaborer
des codes d'usages pour introduire
ou transférer des espèces
exotiques et avoir recours aux ressources
de la génétique et des
biotechnologies.
Plus récemment, le rapport
2004 de la FAO consacré à
la "Situation mondiale des pêches
et de l'aquaculture 2004" comportait
une partie intitulée : "Les
eaux douces d'Afrique : la pêche
artisanale fait-elle problème
?" [6].
Le rapport s'appuie sur
les travaux d’un groupe de chercheurs
européens et africains publiés
en 2003 [7]. En voici une adaptation.
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Ces
travaux portent principalement sur les plans
d’eau de taille moyenne exploités
au Malawi, en Zambie et au Zimbabwe, et accessoirement
sur d’autres pêcheries des douze
pays de la Communauté du développement
de l’Afrique australe (SADC [8]). Le
panorama qui en résulte diffère
de la situation du lac Victoria évoquée
ci-dessus. Il établit que les captures
en eau douce ont régulièrement
augmenté de 1961 à 1986, passant
de 168 000 tonnes à 598 000 tonnes
par an. Elles se sont stabilisées depuis
à un niveau allant de 600 000 à
700 000 tonnes par an. L’effort
de pêche [9], dirigé sur les
stocks déjà exploités,
a continué d’augmenter durant
cette période. Il varie beaucoup d’un
plan d’eau à l’autre :
le nombre de pêcheurs augmente sur le
lac Mweru, mais il tend à décliner
depuis les années 1990 sur le lac Malombe.
La dynamique de l’effort de
pêche n’est pas du tout la même
selon qu’il est lié à
la population ou lié à l’investissement.
Dans le premier cas, les fluctuations dépendent
du nombre d’exploitants, alors que,
dans le second, elles dépendent du
progrès des investissements et de la
technologie. Toutes les pêcheries évoluent
sur les deux fronts mais dans des proportions
très variables. Les changements liés
à la pression démographique
ont dominé durant les cinquante dernières
années, alors que, dans le même
temps, investissements et technologie sont
restés relativement stables. Les variations
des niveaux d’effort de pêche
sont parfois extrêmes. Par exemple,
en moins de cinq ans (1963-1968), le nombre
de pêcheurs du lac Kariba avait chuté
de 75% pour remonter de 150% en sept ans au
cours des années 1980.
Cette évolution est observée
à l’échelle mondiale :
la pêche artisanale est souvent devenue
"un dernier recours" et la multiplication
du nombre d’indigents dans le secteur
pourrait conduire à une "surpêche
malthusienne" [10]. Or, la mobilité
des pêcheurs d’eau douce de la
SADC est plus grande encore. Ainsi, au lac
Kariba, les gens quittent le métier
de la pêche aussi facilement qu’ils
l’adoptent. Au lac Mweru, on a vu, dans
le même laps de temps, 3 000 pêcheurs
abandonner leurs filets tandis que 2 300
autres prenaient leur place.
Les changements impulsés par l’investissement
ont, pour leur part, comme corollaire apparent
une réduction de l’effort impulsé
par la démographie. Par exemple, au
lac Malombe, le passage du filet maillant
à des méthodes de pêche
à la senne employant davantage de capital,
a augmenté les coûts d’admission
à cette activité, réduisant
de ce fait le nombre des pêcheurs potentiels.
L’insuffisance des capacités
d'investissement dans les systèmes
d’eau douce de la SADC est le reflet
de caractéristiques essentielles des
sociétés de ces États,
au niveau central comme au niveau local. Au
lac Mweru, ce sont les entrepreneurs européens
qui, au début des années 1950,
ont financé le démarrage des
pêches de mpundu (Labeo altivelis).
Sur le lac Malombe, l’argent nécessaire
à l’achat des sennes est venu
des excédents générés
par les migrations de travailleurs à
l’étranger. Les études
portant sur l'environnement institutionnel
des pêches de la SADC montrent combien
il est difficile de trouver, au niveau local,
des institutions régies par des règles
sociales et par des normes claires, répondant
à des valeurs communes. Il s’ensuit
que les propriétaires ont de grosses
difficultés à tenir en main
leurs équipages, lesquels, en retour,
se sentent souvent trahis ou exploités.
Les modifications des stocks pourraient
avoir une double origine : les oscillations
du niveau des eaux liées aux modifications
climatiques et les effets de la surpêche.
Dans tous les lacs, il existe une relation
significative et positive entre les taux de
capture et les niveaux de l’eau. Les
fluctuations de certains stocks se produisent
indépendamment de l’effort de
pêche. [11] et [12]. Certaines espèces
sont plus vulnérables que d'autres
à la surcapacité [9] de pêche
: les Lates, par exemple, ont de
toute évidence décliné
par suite des activités de pêche.
Cependant, d'autres espèces présentent
une bonne résistance à l’intensification
des captures. Les espèces "résilientes",
comme le Tilapia, dominent depuis bien longtemps
de nombreux systèmes d’eau douce
africains.
L'Afrique devra, pour se développer
et pour nourrir ses populations, compter sur
ses ressources halieutiques dont le potentiel
est considérable. Des équilibres
seront à trouver, des arbitrages à
faire pour en garantir une exploitation maîtrisée
et raisonnée et pour en faire l'objet,
parmi d'autres, d'un réel développement.
Notes
[1] Pélagique
: de pleine eau ; benthique : vivant près
du fond ; pétricole : recherchant les
caches et abri rocheux ; sabulicole : vivant
sur les fonds sableux.
[2] Diversification des espèces
à partir d'une souche.
[3] Source : Didier Paugy,
directeur de l’unité "Biodiversité
des grands cours d’eau" de l’Institut
de recherche pour le développement
(IRD) - La Perche du Nil victime de son succès.
Le Monde, 11 mars 2005. Michel Alberganti.
Ainsi que ces pages, sur le site de l'IRD
:
www.ird.fr/fr/actualites/dossiers/aqua/poisson_lac.htm
et www.ird.fr/fr/actualites/dossiers/aqua/lates.htm
[4]
Sur
Agritrade, portail du Centre Technique de
Coopération Agricole et Rurale (CTA),
consacré aux questions de commerce
international des produits agricoles dans
le cadre des relations ACP-UE - Pêche
: accès au marché ; aspects
tarifaires et non tarifaires - Note de synthèse
:
http://agritrade.cta.int/fisheries/market_access/executive_brieffr.htm
En
pop-up : les normes sanitaires (échelle
de l'UE, échelle mondiale)
: accords de l'OMC sur l'application des mesures
sanitaires et phytosanitaires (accord SPS),
sur les barrières techniques au commerce
(accord BTC) ; Codex Alimentarius de la FAO/OMS
; analyse du risque et des points de contrôle
critiques (HACCP).
En janvier 1998, l'UE avait mis les produits
de la pêche provenant du lac Victoria
sous embargo, à la suite de rapports
sur une épidémie de choléra
et de la présomption de conditions
d'hygiène médiocres dans les
usines de transformation. L'interdiction a
provoqué une chute de 66% des exportations
de poisson vers l'UE et une chute de 32% des
revenus en devises par rapport à l'année
précédente. En avril 1999, une
nouvelle interdiction a été
décidée, suite à des
rapports faisant état d'utilisation
de pesticides pour capturer le poisson. Cette
interdiction a provoqué une baisse
supplémentaire de 66% des exportations
de poisson.
Dans le cas de la Tanzanie, en 1998, pour
prévenir une épidémie
de choléra, les embargos de l'UE sur
les exportations du poisson du lac Victoria
ont eu des conséquences négatives
sur les recettes en devises de ce pays, sur
les revenus et l'emploi : 40% des travailleurs
du secteur de la pêche avaient été
licenciés et l'interdiction avait fait
perdre 46,9 millions d'USD au pays. La Tanzanie
a contesté les bases scientifiques
de cette interdiction, invoquant un rapport
de l'OMS qui établit que le choléra
ne se transmet pas par le poisson.
[5] Poisson-chat du Mékong
(basa catfish en anglais / Pangasius
hypophthalmus, nom scientifique) dont
les stratégies d'exportation vietnamiennes
sont perceptibles, par exemple, à travers
ces deux pages web :
> Le Courrier du Vietnam (Agence vietnamienne
d'information) :
http://lecourrier.vnagency.com.vn/.../_ID=38&TOPIC_ID=51&REPLY_ID=13342
> Par Vietoonet, un webzine d'actualité
sur le Vietnam, en français :
http://vietoonet.free.fr/modules.php?name=News&file=article&sid=104
[6] Document
de la FAO : Situation mondiale des pêches
et de l'aquaculture 2004
www.fao.org/documents/show_cdr.asp?url_file=//docrep/007/y5600f/y5600f00.htm@
et "Les eaux douces d'Afrique : la pêche
artisanale fait-elle problème ?"
www.fao.org/documents/show_cdr.asp?url_file=/docrep/007/y5600f/y5600f07.htm@
[7] E. Jul-Larsen, J. Kolding,
R. Overå, J. Raakjær Nielsen et
P.A.M. van Zwieten - Management, co-management
or no-management ? Major dilemmas in southern
African freshwater fisheries – Synthesis
report et Case studies - FAO, Rome -
2003
- Document technique sur les pêches
no 426/2 - FAO, Rome 2003. Voir également
les mesures de la capacité et de l'effort
de pêche sur cette même page.
[8] Communauté du
développement de l’Afrique australe
(SADC) dont les États membres sont
les suivants : Afrique du Sud, Angola,
Botswana, Lesotho, Malawi, Maurice, Mozambique,
Namibie, République démocratique
du Congo, Seychelles, Swaziland, Tanzanie,
Zambie et Zimbabwe.
www.fao.org/documents/show_cdr.asp?url_file=/docrep/007/y5600f/y5600f07.htm@
Des cartes et documents utiles dans : Roland
Pourtier, L’Afrique centrale et
les régions transfrontalières,
perspectives de reconstruction et d'intégration
- Étude réalisée pour
le compte de l’INICA, juin 2003 :
www.inica.org/webdocuments/.../PerspectivesdereconstructionetdintegrationenAfriquecentrale_fr.pdf
[9] Effort
de pêche, capacité de pêche,
surcapacité, volume admissible des
captures (VAC) :
voir les définitions
dans le document en pop-up
- Voir : "Mesure de la capacité
de pêche" - Situation mondiale
des pêches et de l'aquaculture 2004,
FAO :
www.fao.org/documents/show_cdr.asp?url_file=/docrep/007/y5600f/y5600f07.htm@
[10] D. Pauly - "On
Malthusian overfishing" - Dans On
the sex of fish and the gender of scientists :
essays in fisheries science, p. 112-117
- Londres, Chapman and Hall - 1994
- D. Pauly - Small-scale fisheries in
the tropics: marginality, marginalization
and some implication for fisheries management
- Dans K. Pikitch, D.D. Huppert et M.P. Sissenwine,
éds. - Global trends : fisheries
management, p. 40-49 - Bethesda, Maryland,
États-Unis, American Fisheries
Society Symposium 20 - 1997
[11] L.P. Karenge et J. Kolding
- "On the relationship between hydrology
and fisheries in Lake Kariba, Central Africa"
- Fisheries Research, 22: 205-226
- 1995
[12] P.A.M. van Zwieten,
F.C. Roest, M.A.M. Machiels et W.L.T. van
Densen - "Effects of inter-annual
variability, seasonality and persistence on
the perception of long-term trends in catch-rates
of the industrial pelagic purse-seine fisheries
of Northern Lake Tanganyika (Burundi)"
- Fisheries Research 54: 329-348
- 2002
- P. Verburg, R.E. Hecky et H. Kling - "Ecological
consequences of a century of warming in Lake
Tanganyika" - Science,
301: 505-507 - 2003
Ressources
en ligne
Autour de la FAO, une galaxie :
> Département Pêche (Fisheries)
: www.fao.org/fi/debut.asp
> Fishbase, un système
d'information de type encyclopédique
sur les espèces de poisson, multilingue,
comportant autour de 35 000 références
accompagnées de fiches descriptives
:
www.fishbase.org/search.cfm?lang=French
> Autres bases de données : www.fao.org/waicent/portal/glossary_fr.asp
> Globefish est une unité du département
des pêches, responsable de l'information
sur le commerce mondial du poisson : www.globefish.org
et www.globefish.org/index.php?id=2405
> Committee for inland fischeries of
Africa (CIFA) : www.fao.org/fi/body/rfb/cifa/cifa_home.htm
> Code de conduite pour une pêche
responsable : www.fao.org/fi/agreem/codecond/codeconf.asp
> Document de la FAO : Situation mondiale
des pêches et de l'aquaculture 2004
www.fao.org/documents/show_cdr.asp?url_file=//docrep/007/y5600f/y5600f00.htm@
> SIG et gestion de la pêche dans
le lac Victoria, avec une carte de localisation
des captures de la Perche du Nil : www.fao.org/french/newsroom/news/2002/9000-fr.html
> J. Eric Reynolds, D.F. Greboval, George
W. Ssentongo - Socio-economic effects
of the evolution of Nile perch fisheries in
Lake Victoria : a review - FAO,
Rome - 1989 (des données assez datées,
des cartes) :
www.fao.org/documents/show_cdr.asp?url_file=/docrep/005/T0037E/T0037E00.htm
> Review of the state of world fishery
resources : inland fisheries - FAO Fisheries
Circular No. 942, Rev. 1, Rome - 2003 : www.fao.org/documents/show_cdr.asp?url_file=/DOCREP/006/J0703E/J0703E00.HTM
- L'Organisation des pêcheries du lac
Victoria (Lake Victoria Fisheries Organization
/ LVFO), issue d'une Convention, signée
en 1994 entre le Kenya, l'Ouganda et la Tanzanie,
à l'issue de séminaires organisés
par le sous-comité du Lac Victoria
de la FAO-CIFA : www.inweh.unu.edu/lvfo
- Eurofish, organisation internationale indépendante
née du projet FAO Eastfish - Le marché
de la Perche du Nil en Europe : www.eurofish.dk/indexSub.php?id=1857&easysitestatid=-1026905029
Autres sources d'expertise et de recherche
- L'Institut de recherche pour le développement
(IRD), unité "Biodiversité
des grands cours d'eau" :
www.ird.fr/fr/actualites/dossiers/aqua/poisson_lac.htm
et www.ird.fr/fr/actualites/dossiers/aqua/lates.htm
- Agritrade, portail du Centre Technique de
Coopération Agricole et Rurale (CTA),
consacré aux questions de commerce
international des produits agricoles dans
le cadre des relations ACP-UE - Pêche
: accès au marché ; aspects
tarifaires et non tarifaires - Note de synthèse
:
http://agritrade.cta.int/fisheries/market_access/executive_brieffr.htm
- ICT Update, bulletin d'alerte pour l'agriculture
et la pêche dans les pays ACP (Afrique-Caraïbe-Pacifique)
:
http://ictupdate.cta.int/index.php/article/frontpage/37
Sur les espèces invasives (jacinthe
d'eau) :
http://ictupdate.cta.int/index.php/article/frontpage/35
- L’Initiative pour l’Afrique
centrale (INICA), espace coopératif
(société civile, secteur privé,
églises, universités, ONG, autorités
locales et nationales, institutions régionales
et bailleurs de fonds) :
www.inica.org/index_fr.php
> Roland Pourtier - L’Afrique centrale
et les régions transfrontalières
: perspectives de reconstruction et d'intégration
(document comportant de nombreuses cartes)
- Étude réalisée pour
le compte de l’INICA, juin 2003 :
www.inica.org/webdocuments/.../PerspectivesdereconstructionetdintegrationenAfriquecentrale_fr.pdf
- L'Institut français de la biodiversité
(IFB) : www.gis-ifb.org/accueil
- Par le Laboratoire d'écologie, systématique
et évolution (UPRESA 8079) CNRS et
Université Paris-Sud - Département
d'écologie des populations et des communautés
- www.ese.u-psud.fr/epc/conservation
-, une présentation (biodiversité,
surexploitation, déclin des stocks)
:
www.ese.u-psud.fr/epc/conservation/PDFs/Ext.pdf
- IUCN (World Conservation Union) Eastern
Africa Regional Programme (EARP) : www.iucn.org/places/earo
> Richard O. Abila (Kenya Marine &
Fisheries Research Institute - Kisumu Research
Center) - The development of the lake
Victoria fishery : A Boon or Bane for Food
Security ? - Juin 2000 :
www.iucn.org/places/earo/progs/wetlands.htm
> Invasive Species Specialist Group
(ISSG) - www.issg.org
- sous-ensemble de la Species Survival
Commission - SSC) de l'IUCN. Global
Invasive Species Database : www.issg.org/database/welcome
Lates niloticus : www.issg.org/database/species/ecology.asp?si=89&fr=1&sts
Autres ressources
- MegaPesca FishFiles, consultant spécialisé
dans la pêche et les produits de la
pêche en Europe, "Nile Perch,
marketing success or ecological disaster ?"
: www.megapesca.com/nileperch.html
- La Documentation française, le contexte
régional de l'Afrique des Grands Lacs
:
www.ladocfrancaise.gouv.fr/dossier_actualite/conflit_grandslacs_afrique/index.shtml
- Karine Dupreelle - Thèse de doctorat
en Sciences économiques - La régionalisation
en Afrique orientale : entre impératif
de développement et dynamiques politiques
- Université des sciences et technologie
de Lille - 2001 : www.univ-lille1.fr/bustl-grisemine/pdf/extheses/50374-2001-5-6.pdf
- Sur Visible Earth, des images satellites
de la région des Grands Lacs :
http://visibleearth.nasa.gov/view_rec.php?id=3122
http://visibleearth.nasa.gov/view_rec.php?id=2428
- L'USGS, un programme de monitoring environnemental
du lac Victoria, The Abundance and Distribution
of Water Hyacinth in Lake Victoria and the
Kagera River Basin, 1989-2001 :
http://edcintl.cr.usgs.gov/lakevictoria.html
- Les questions du fret aérien
en Afrique, un point de vue sur les relations
entre compagnies régulières
(Brussel Airlines) et compagnies "pirates"
(www.luchtzak.be is an aviation community)
:
www.luchtzak.be/postt6425.html
Jean-Louis
Carnat et Sylviane Tabarly,
adaptation de documents d'experts et de chercheurs
de la FAO,
réalisation de cartes et graphiques
: Hervé Parmentier
Première
mise en ligne le 2 juin 2005

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| Mise
à jour partielle : 22-01-2007

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