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Nouvelles entrées ou entrées mises à jour : Enfants soldats - Esclavage moderne - "France - Afrique" - Réconciliation et pacification - Ressources et rente
Afro-pessimisme
"L'Afrique noire est mal partie"
! Ce titre de René Dumont, datant
de 1962 , est repris à l'envi au
fil de bien des ouvrages, articles et propos
divers concernant le continent.
La perception des réalités
africaines est bien souvent catastrophiste
et revient régulièrement sur
les "malédictions" qui
frappent le continent (famines et pénuries,
épidémies, guerres et guerillas,
catastrophes et aléas naturels de
toute nature, etc.) et sur les nombreux
déficits (éducatifs, démocratiques,
de gouvernance, etc.) qui
le pénalisent.
L'afro-pessimisme radical de certains est
nourri de l'idée qu'il y a des blocages
entretenus par les Africains eux-mêmes,
qu'aucune aide au développement
ne suffira à surmonter. Violences,
conflits, mauvaises gestions,
corruption, trafics illicites et mafieux
feraient partie d'une africanité
indépassable. Les sociétés
africaines ne seraient pas faites pour la
démocratie, ni pour le respect des
droits de l'homme, ni pour bénéficier
d'un État de droit équitable
dans les domaines politique, économique
et social ! L'afro-pessimisme peut aussi
reposer sur le cliché d'une acceptation
fataliste des africains à leur propre
sort.
Ces différentes formes d'afro-pessimisme
aboutissent à abandonner le continent
à son propre sort ou aux simples
intérêts à court terme
de ceux qui en exploitent les hommes et
les ressources (factions
au pouvoir, entreprises peu scrupuleuses,
etc.). La marginalisation du continent noir
dans les échanges économiques
et culturels mondiaux en est la conséquence.
À cet afro-pessimisme tente de s'opposer
une vision plus positive des réalités
africaines, sur la base de l'énergie,
des capacités créatives, imaginatives
et d'adaptation des sociétés
africaines. Le processus de mondialisation
qui bénéficie actuellement
au développement de nombreux pays
de la planète, pourrait, sous certaines
conditions d'accompagnement et d'aide, bénéficier
aussi à l'Afrique subsaharienne.
La confrontation de ces points de vue peut être illustrée par le débat autour d'un film documentaire traitant de la situation des populations vivant de la
pêche dans les étendues d'eau
douce de l'est africain, plus particulièrement
celles du lac Victoria. Il s'agit du film Le cauchemar de Darwin d'Hubert
Sauper (distribué en France en mars 2005), aux tonalités apocalyptiques, qui évoque, pêle mêle, les dégâts
écologiques, la dissémination
de la prostitution, du HIV/Sida, le financement
de trafics d'armes, etc. Ce film a bénéficié d'un assez large succès dans les pays développés d'Europe. Mais un article du East African Standard* évoque les propos du Dr Alice Kaudia, directrice régionale
de l'IUCN pour l'Afrique orientale, contestant l'image négative que donne
le film sur la situation et lui reprochant, notamment, d'occulter les effets
positifs des pêcheries sur le développement
de la région. De son côté,
Thomas Maembe, directeur de l'Organisation
des pêcheries du lac Victoria dénonce,
dans une lettre adressée à
Hubert Sauper, une vision européenne
stéréotypée sur l'Afrique
(" There were better sides of the
story, but the documentary preferred to
confirm the stereotypical image of Europe
towards Africa ... the documentary does
not depict how East Africa gains from the
export of fish").
Selon une formule de Sylvie Brunel, l'Afrique
peut-elle être pensée comme
"un continent en réserve de
développement" ? Le pari est
engagé, le débat est ouvert.
- Un article de Géoconfluences, dans
le cadre des "brèves" :
La pêche dans le lac Victoria : un
exemple de mal-développement ?
- Par François Garcon, une étude critique du film documentaire d'H. Sauper, "Le cauchemar de Darwin") sur RFI : www.rfi.fr/radiofr/editions/082/edition_80_20070121.asp
- Georges Courade (dir. de recherches, IRD)
- Quel avenir pour l’Afrique sub-saharienne
? :
www.univ-perp.fr/perspectives/article.php3?id_article=11
- L'article de Harold Ayodo pour le East
African Standard (Nairobi, 14 décembre
2005) disponible sur le site Allafrica -
http://allafrica.com/stories/200512130768.html |
Alimentation
et agriculture
Les situations de famine n'ont pas encore
disparu d'Afrique alors qu'elles se sont
considérablement réduites
ailleurs dans le monde. L'aide alimentaire
internationale assure la survie de nombreux
africains, qu'ils soient déplacés,
regroupés dans des camps de réfugiés
ou qu'ils vivent sur leurs propres territoires.
Alors que la part des personnes souffrant
de déficit alimentaire a été
ramenée de 37% de la population mondiale
pour la période 1969 - 1971 à
17% en 2002 - 2003, elle n'est passée
que de 34% à 33% en Afrique subsaharienne
pour ces mêmes dates.
Les conditions climatiques, les invasions
de criquets et autres "calamités"
dont souffre le continent n'expliquent pas
par à elles seules ces situations
extrêmes. Elles sont, en revanche,
révélatrices des précarités
de vie de nombreuses populations, sans réserves
alimentaires permettant de pallier de mauvaises
années, d'assurer des soudures délicates.
La plupart des pays d'Afrique ne sont pas
dotés des "amortisseurs"
nécessaires pour résister
aux aléas tant locaux et régionaux
(sécheresses, inondations, etc.)
qu'internationaux (volatilité des
cours des matières premières
par ex.) et la vulnérabilité
des populations est parfois extrême.
Un rapport remis par la FAO* en 2005 au
Comité de la sécurité
alimentaire mondiale, relevait que ce sont
les conflits armés qui restaient
la cause principale des crises alimentaires.
D'une manière générale,
les situations de famine sont, la plupart
du temps, davantage les conséquences
des actions humaines que de la variabilité
inter-annuelle des conditions naturelles.
Ainsi, au Zimbabwe, les aléas climatiques
ne sont pas seuls responsables des crises
alimentaires récentes. La réforme
agraire, engagée en 2000 par le président
Robert Mugabe, visait à redistribuer
aux populations noires les terres détenues
par les fermiers blancs. Mais, conduite
de manière brutale et sans moyens
ni assistance auprès des nouveaux
exploitants, elle a complètement
déstructuré le secteur agro-alimentaire
et ses filières. La quasi totalité
des fermes commerciales a été
saisie par l'État et les terres les
plus intéressantes ont souvent été
confiées à des proches du
pouvoir, sans être réellement
mises en valeur. Des dizaines de fermes
ont été pillées, parfois
incendiées et des friches ont souvent
pris la place des champs cultivés.
Jadis gros producteur régional de
céréales (dont le maïs,
base de l'alimentation nationale) et d'autres
produits agricoles (tabac), le Zimbabwe
doit faire appel à l'aide alimentaire.
Une telle situation est bien entendu source
de violences, de conflits.
De nombreux fermiers blancs ont dû
fuir vers les pays voisins (Mozambique par
exemple) et de nombreux Zimbabwéens
clandestins tentent leur chance en Afrique
du Sud ou au Botswana. Pour se protéger
de ces migrants, ce dernier
pays, relativement prospère, a entrepris
de protéger sa frontière
en édifiant un grillage électrifié.
- Dans ce dossier :
>
Agriculture et conflits en Côte d'Ivoire
(A. Fromageot)
>
Crises, insécurité alimentaire
et aides d'urgence
. L'exemple de la Côte d'Ivoire
- L'Organisation des Nations unies pour
l'alimentation et l'agriculture (FAO) :
www.fao.org/index_fr.htm
- Le Programme alimentaire mondial (PAM)
:
www.wfp.org/french
ou le World Food Programme (WFP,
davantage d'informations) :
www.wfp.org/english |
Colonialisme,
néo-colonialisme
"En France, les quatre années
de l'occupation allemande sont encore
très présentes dans les
mémoires. Nous, nous avons subi
un siècle de colonisation et le
silence pèse encore"
... ainsi s'exprime le romancier ivoirien
Ahmadou Kourouma. Cette quête de
mémoire pèse encore et est
un enjeu dans les relations internationales.
On peut y voir les racines de certaines
situations de violence à travers
le continent.
Les mécanismes du système
colonial sont bien connus : les colonies
devaient fournir des matières premières
aux métropoles qui, en retour,
y déversaient, à l'abri
de barrières douanières,
les surplus de leur production manufacturière.
De nos jours, l'économie africaine
hérite encore pour une large part
de ce système caractérisé
par la dépendance vis-à-vis
des capitaux, des technologies, des marchés
extérieurs. Son taux de dépendance
envers l’exportation de produits
primaires sont très élevés.
Ces schémas n’ont pas fondamentalement
changés et ils entretiennent frustrations
et rancœur. Le manque d’autonomie
et d’initiative locale dans des
systèmes productifs dont les décisions
essentielles sont prises à l’extérieur
en est une donnée structurelle
du mal-développement
africain.
Les recettes tirées des produits
du sous-sol ont partout créé
l’illusion du développement.
Mais les termes de
l'échange (différence entre
le prix des importations et celui des
exportations) n'ont cessé de se
dégrader en défaveur de
l'Afrique subsaharienne dont la part dans
le commerce mondial a chuté de
6% en 1980 à 0,68% en 2004.
Au demeurant, 40 ans après la vague
des indépendances de 1960, les
impasses du développement africain
ne peuvent être toutes imputés
exclusivement au colonialisme et au néo-colonialisme.
Quelques comparaisons internationales,
avec de nombreux pays d'Asie par exemple,
suffisent à discréditer
cette approche. Beaucoup s'accordent pour
tenter d'analyser avec lucidité
les causes endogènes des "malheurs"
africains afin de parvenir à mieux
les surmonter.
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Conflits,
conflictualité
En Afrique, les situations de conflit sont
une entrave aux progrès de la démocratie
et des droits de l'Homme. Ils compromettent
les performances économiques des
États, une équitable redistribution
des richesses et les efforts pour lutter
contre la pauvreté.
Dans une tendance mondiale à la diminution
des conflits ("Guerre et paix au XXIe
siècle", un rapport de l 'Human
Security Center / HSR *), l'Afrique
subsaharienne fait figure de cas particulier
avec des conflits (Côte d'Ivoire,
Soudan / Darfour, RDC / Ituri) souvent à
la une de l'actualité contemporaine.
Les conflits continuent à y faire
plus de victimes que dans toutes les autres
guerres réunies à travers
le monde. Le risque politique de conflits
a un effet dissuasif sur les investissements
étrangers ce qui alimente le cercle
vicieux de la pauvreté du continent.
La région cumule les facteurs générateurs
de guerre : pauvreté, instabilité
d'institutions politiques inéquitables,
discrimination ethnique, effets de contamination
d'autres guerres. Les conflits violents
exacerbent les conditions qui les ont au
départ générés,
créant un "piège à
conflit" dont il est extraordinairement
difficile de s'échapper, affirme
le rapport de l'HSR.
Mais le nombre de conflits en Afrique serait
toutefois passé de 15 à 10
entre 2002 et 2003, avec de moins en moins
de massacres et de moins en moins de morts.
À l'échelle mondiale comme
en Afrique, les tentatives de coups d'État
se raréfient, avec 25 en 1963 contre
10 en 2004, qui ont toutes échoué.
Le rapport 2004 - 2005 sur les perspectives
économiques en Afrique* (OCDE et
Banque africaine de développement
/ BAD) relève également que
les conflits ont plutôt eu tendance
à diminuer au cours de la dernière
décennie, de même que l'instabilité
politique.
L'Afrique subsaharienne a pu bénéficier
des dynamiques positives issues de la fin
des guerres coloniales et de la Guerre froide,
donc de la fin de la paralysie de l’ONU
qui a pu multiplier les missions de paix,
de l’activité constructive
de nombreuses ONG, des efforts de médiation
et de pacification entrepris par certaines
organisations régionales.
Certes, il y a eu des échecs, des
catastrophes (Somalie, Rwanda), mais l'intense
activité diplomatique déployée
pour rechercher et maintenir la paix a permis
d'engranger des succès en Namibie,
au Burundi, par exemple. Certains processus
de reconstruction et de réconciliation
post-conflits paraissent encourageants :
en Angola, en Guinée-Biss au,
en Sierra Leone et au Libéria où
les élections présidentielles
pluralistes de décembre 2005 ont
abouti à l'accession d'une femme
(Ellen Johnson Sirleaf) à la tête
de l'État, symbole fort pour le continent.
"Trappe à pauvreté" et "trappe à guerre" forment bien souvent un cercle vicieux en Afrique subsaharienne.
Dans une étude publiée en 2003, Briser la trappe à conflit, guerre civile et politique de développement, la Banque mondiale établit un lien très fort entre pauvreté et risque de guerre et observe que, plus la croissance est faible, plus la dépendance à l'égard des matières premières est forte.
On notera en effet que ce sont certaines régions riches en ressources naturelles qui ont les potentiels de conflictualité les plus intenses : delta du Niger, RDC par exemple.
- Voir, dans ce dossier,
> par Christian Bouquet, "La crise ivoirienne par les cartes"
> par Eric Bordessoule, "L’État-nation
en Afrique subsaharienne"
>par Marc Lavergne, la crise du Darfour
Pour approfondir :
- "Guerre et paix au XXIe siècle",
un rapport du Human Security Center
de l'Université de Colombie Britannique
à Vancouver au Canada ( 2005 Human
Security Report: War and Peace in the 21st
Century) :
www.humansecurityreport.info/index.php?option=content&task=view&id=134
et :
www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-700474,0.html
- Perspectives économiques en Afrique
2004/2005 - Quoi de nouveau en Afrique?
: ce rapport de l'OCDE et de la Banque africaine
de développement (BAD) relève
également que les conflits ont plutôt
eu tendance à diminuer au cours de
la dernière décennie, de même
que l'instabilité politique.
www.oecd.org/document/37/0,2340,fr_2649_15162846_34808805_1_1_1_1,00.html |
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Corne
de l'Afrique
L'expression "corne
de l'Afrique" désigne cette
péninsule de l'Est africain, à
la forme évocatrice, qui s'étend
au sud du golfe d'Aden. Par extension elle
forme un ensemble régional dans lequel
sont en général rangés
: l'Éthiopie, l'Érythrée,
la Somalie et Djibouti. Sa situation, au
débouché de la mer Rouge,
en fait une zone sensible dans le contexte
géopolitique mondial contemporain.
À Djibouti, la France et les États-Unis
entretiennent des bases militaires permanentes.
Cette région fut longtemps un des
théâtres africains de la Guerre
froide, avec des retournements spectaculaires
d'alliances et des conflits
cristallisés autour de la maîtrise
des territoires de l'Ogaden et de la revendication
indépendantiste de l'Erythrée.
À partir de 1990, si les affrontements
directs entre les États se sont atténués,
certaines crises ont pu légitimer
des interventions externes dans la région
: par exemple, de la part de la France,
au nord de Djibouti après la rébellion
des Afars. L'État somalien s'est
effondré sous la pression de factions
armées, la famine qui a suivi légitimant
alors l'opération multinationale
Restore Hope de l'ONU (1992 - 1994).
Une tentative de reconstitution de l'État
somalien est en cours, le nord du pays (Somaliland)
bénéficiant d'une autonomie
de fait.
Entre Éthiopie et Érythrée
une situation de guerre l'emporte depuis
1998, générant des combats
très meurtriers. L'ONU, plus particulièrement
la Mission des Nations unies en Éthiopie
et en Érythrée (MINUEE) en
place depuis juillet 2000, semble largement
impuissante. |
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Coupeurs
de route
Les tensions territoriales sont aussi entretenues
et aggravées en Afrique subsaharienne
par les problèmes d'insécurité
et par les obstacles à la circulation
sur les routes ou les pistes. On désigne
souvent par l'expression (vulgarisée
par la presse au cours des années
1990) de "coupeurs de route" ceux
qui contribuent à entraver les mobilités,
les échanges et les investissements
licites mais qui vivent au contraire des
opportunités d'un large secteur informel florissant. Cette activité est liée à l'affaiblissement généralisé de l'État de droit et à l'aggravation de la corruption associant gardiens de l'ordre et délinquants.
En voici un exemple, dans l'ensemble régional
du lac Tchad, décrit par Janet Roitman* :
"Un
trajet sur les routes qui relient
les différents États-nations
du bassin du lac Tchad est une expédition
fort hasardeuse. On est sans cesse
obligé de faire des embardées
et de négocier des virages
pour éviter des cratères
sur les quelques axes goudronnés,
de contourner des ornières
et des trous sur les pistes poussiéreuses.
Certaines régions sont particulièrement
périlleuses : on y est à
la merci d’une rencontre avec
les nombreux gangs armés qui
sillonnent les routes à la
recherche d’argent et de biens
de valeur, érigeant des barrages
routiers, brandissant des fusils faits
maison et surtout des kalachnikovs.
Bien qu’opérant dans
des espaces bien délimités,
ces "gangs de grand chemin",
connus localement sous le nom de "coupeurs
de route", sont perçus
comme un phénomène régional
lié à des flux transnationaux.
Y participent des nationaux de tous
les pays du bassin du lac Tchad –
Nigérians, Camerounais, Tchadiens
et Centrafricains (peut-être
aussi des Nigériens, des Sénégalais
et des Soudanais itinérants).
Connectés aux marchés
régionaux et internationaux
d’armes légères
et de fausse monnaie, ces "bandits"
s’insèrent dans un réseau
d’échanges économiques
et de relations de travail qui est
à la base d’un important
mode d’accumulation dans la
région. Ce dernier, s’étendant
au-delà des formes violentes
d’appropriation, est également
composé d’une foule d’activités
économiques non régulées
qui ont transformé la brousse
et les frontières
internationales en un espace de grand
business et couvrent aussi bien la
contrebande de quincaillerie, d’électronique
et de tissus que le commerce d’essence
sur le marché noir, de 4 x
4 volés, d’ivoire, de
cornes de rhinocéros et d’or.
(...)
Ce phénomène a été
exacerbé par la chute des prix
des matières premières
comme le coton et l’arachide
sur les marchés mondiaux, et
par les recompositions récentes
dans la production industrielle, privilégiant
les marchés du travail de l’Asie
du Sud-Est, de l’Asie du Sud
et de l’Amérique latine.
D’où la migration massive
de nombreux "réfugiés
économiques" vers ces
espaces frontaliers, où ils
sont employés comme transporteurs,
gardes, guides et porteurs dans le
commerce non régulé,
puis l’arrivée des "réfugiés
militaires" nés des programmes
de démobilisation et de l’incapacité
des armées nationales à
subvenir aux besoins de leur personnel.
(...) Souvent, ils "entrent en
brousse", comme ils disent (...).
Ce mouvement d’hommes a transformé
les régions frontalières
et les périphéries de
certaines villes, aujourd’hui
tachetées de campements, d’entrepôts
ou de dépôts et de points
d’éclatement. Bien qu’inscrits
sur les marges, ces espaces ne sont
nullement marginaux. À l’instar
des activités qu’ils
hébergent, ils reposent en
grande part sur des relations commerciales
et financières qui les relient
aux villes. Ils sont nés, et
dépendent, du lien militaro-commercial,
qui est particulièrement bien
saisi par le lieu et la métaphore
de la garnison-entrepôt. En
tant que matérialité,
la garnison-entrepôt concentre
et résume à elle seule,
en effet, le lien militaro-commercial.
Bien qu’ils fassent sans aucun
doute partie des plus démunis,
ceux qui sont impliqués dans
ces activités sont très
souvent financés et encadrés
par le personnel militaire, les douaniers,
les gendarmes, les riches marchands
et les chefs locaux (...)" |
- D'après Janet Roitman (CNRS-MALD)
- "La garnison-entrepôt, une
manière de gouverner dans le bassin
du lac Tchad" - Centre d'études
et de recherche internationales, Sciences
Po - Critique internationale, n°19,
avril 2003 :
www.ceri-sciencespo.com/publica/critique/article/ci19p93-115.pdf
et
www.ceri-sciencespo.com/cerifr/publica/critique/criti.htm
- Autour du lac Tchad, intégrations
et désintégrations - dossier
de Politique africaine dossier
réalisé avec le soutien du
Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest
/ OCDE, n° 94, juin 2004 :
www.politique-africaine.com/numeros/094_SOM.HTM
- Mutations africaines dans la longue durée
(MALD / CNRS, UMR 8054) :
http://mald.univ-paris1.fr/index.htm |
Développement
Le développement
économique et social a partie étroitement
liée avec la pacification et l'atténuation
des conflits, en Afrique
ou ailleurs dans le monde. Parmi les 10
pays en bas de tableau de l'IDH en 2004,
neuf ont connu un conflit violent depuis
les années 1990.
Le développement peut être
mû par des mécanismes endogènes.
Mais, dans le cas des pays d'Afrique subsaharienne
les plus démunis, divers mécanismes
d'aide internationale paraissent indispensables.
L'Onu avait défini en 2000, des Objectifs
du millénaire pour le développement
(OMD)* visant à réduire l'extrême
pauvreté d'ici à 2015. De
nombreux États africains sont concernés.
Les fonds nécessaires à leur
mise en œuvre doivent être rassemblés
pour 2010, l'Aide publique au développement
(APD) devrait alors atteindre 130 milliards
d'USD (contre 80 en 2004), soit 50 milliards
supplémentaires, dont la moitié
destinéeà l'Afrique. Mais,
selon les derniers engagements pris par
les pays développés du G8,
il n'est pas précisé si les
mesures d'annulation de la dette feront
partie de ces montants.
Des mécanismes de taxation redistributive
ont également été proposés.
Par exemple, le Trésor britannique
espère lever 4 milliards d'USD d'ici
à 2015 par le biais d'un système
de "Facilité financière
internationale". Les Français,
suivis par les Chiliens et les Britanniques,
ont proposé une taxe sur les billets
d'avion qui devrait être effective
en France pour la mi 2006.
Mais l'aide au développement ne se
résume pas aux différentes
formes d'aide publique. Les règles
des échanges mondiaux définis
dans le cadre de l'OMC, ou dans des cadres
bilatéraux, peuvent inciter ou, au
contraire, freiner, le développement
économique des pays les plus pauvres.
Les financements privés, par le biais
de fondations d'entreprise par exemple,
jouent aussi leur rôle (par exemple,
la fondation Bill et Melinda Gates, dotée
de 30 milliards de dollars, investit beaucoup
dans le domaine de la santé et de
la lutte contre le sida). Le bilan global
est donc délicat à faire.
À moins de 10 ans de l'échéance
de 2015, les OMD des pays d'Afrique subsaharienne
paraissent souvent loin d'être acquis
: 42 des 47 pays concernés ne pourront
pas atteindre la moitié d'entre eux
et 12 pays ne devraient en atteindre aucun.
Au demeurant, la définition de ces
objectifs a mobilisé la coopération
internationale contre la pauvreté
en la dotant d'un contrat collectif et d'un
calendrier, premier exemple d'une planification
de développement à l'échelle
mondiale. La gestion de l'aide a été
recentrée sur la recherche de résultats
plutôt que sur le suivi des moyens
mis en œuvre. Des cercles vertueux
d'un développement durable en Afrique
pourraient en être favorisés.
La réflexion sur les conditions du
développement en Afrique passe aussi
par l'examen du couple développement
x gouvernance. Comment
fonctionne leur corrélation ? Une
bonne gouvernance est-elle la condition
d'un développement vertueux ou l'inverse
?
La Banque mondiale, dans son dernier rapport
sur la "gouvernance mondiale"
(2005), a passé en revue 209 pays
en fonction de 352 critères provenant
de la Banque mondiale elle-même mais
aussi de la fondation Freedom House
ou du cabinet d'audit PriceWaterhouseCoopers.
Son constat est le suivant : l'amélioration
des conditions de vie est le résultat
d'une meilleure gouvernance et non l'inverse.
C'est donc la démocratie qui prime,
pas l'économie, du moins pour une
majorité de pays car il peut y avoir
des exceptions (la Chine ou les pétro-monarchies
du Golfe, par exemple, dont les caractéristiques
sont à bien des égards particulières).
D'une manière générale,
une bonne gouvernance, à savoir une
redistribution équitable des richesses
et des ressources, des transferts raisonnés
en faveur de l'éducation, de la santé,
débouche sur des conditions de vie
meilleures et sur une réduction renforcée
de la pauvreté. Les effets sont rapidement
efficaces : l'amélioration des droits
humains, l'efficacité de l'administration
et des régulations publiques, la
lutte contre la corruption, le respect de
règles de droit ont, d'après
le rapport de la Banque mondiale, des résultats
en moins de 10 ans.
Pour prolonger, compléter
- Dans le corpus documentaire du dossier
:
Le développement pour prévenir
les conflits en Afrique
> Les Objectifs du millénaire
pour le développement (OMD)
- La page de la Banque mondiale :
www.worldbank.org/depweb/french/modules/economic/gnp/print.html
- Le FMI (IMF - Fonds monétaire international)
:
www.imf.org/external/country
- La Banque africaine de développement
(BAD) :
www.afdb.org
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Enfants soldats
Le nombre des enfants recrutés ou utilisés par les groupes et forces armés dans le monde est estimé à 250 000 en 2007. En Afrique, en 2007, ils étaient estimés à 27 346 en RDC, 20 000 en Ouganda, 16 400 au Soudan, 11 780 au Liberia, 3 200 en Angola, 3 015 au Burundi, 1 194 en Côte d'Ivoire, 360 en Somalie, etc. Plusieurs pays bénéficiaient de programmes de prise en charge par l'ONU/UNICEF des enfants démobilisés : Côte d'Ivoire, Somalie, Soudan, OUganda, Rwanda, Burundi, RDC, Angola.
La communauté internationale s'est progressivement mobilisée sur ce problème : le 26 août 2006 a marqué le dixième anniversaire du rapport des Nations Unies intitulé "L’impact des conflits armés sur les enfants" (A/51/306), souvent appelé "Rapport Machel", du nom de Mme Graça Machel, expert du Secrétaire général. Le rapport de 1996 proposait un programme d’action général pour améliorer la protection des droits des enfants et leur traitement dans les situations de conflits. En dix ans, au plan mondial, des progrès ont été réalisés pour favoriser l’application, sur les territoires de confilts armés, des normes et des critères internationaux en matière de protection de l’enfance. Ainsi, l’adoption des "Principes du Cap" (1997) sur le recrutement des enfants a établi les normes que devaient respecter les groupes armés engagés dans les conflits, complétés par les Protocoles facultatifs (2000) de la Convention relative aux droits de l’enfant (1989). Parallèlement, des programmes de démobilisation et de réintégration comprennent des mesures spéciales pour les enfants et les violations des règles relatives au recrutement des enfants font l’objet de poursuites auprès des tribunaux internationaux et d’actions en justice. Un Groupe de travail du Conseil de sécurité sur les enfants et les conflits armés à l'ONU a été constitué. L’adoption récente (2005) de la résolution 1612 du Conseil de Sécurité donne mandat au Secrétaire général d’instituer un mécanisme de surveillance et de communication de l’information sur les violations graves des droits des enfants, accentuant de façon significative la pression internationale.
À l'initiative de l'Unicef, une
"Conférence internationale consacrée aux enfants associés aux groupes et forces armés" a élaboré des "Principes de Paris" (5-6 février 2007) qui actualise les "Principes du Cap" en incitant à l’élaboration de nouveaux programmes de libération, de protection et de réinsertion des enfants - soldats. Elle définit ainsi le cadre d’une intervention efficace sur le terrain à la lumière des expériences acquises depuis dix ans.
Pour compléter :
- Sur le site de l'ONU : www.un.org/children/conflict/french/home6.html
> Les rapports du Bureau du Représntant spécial pour les enfants et les conflits armés
www.un.org/children/conflict/french/reports89.html
>
Proposition d’examen stratégique
du "Rapport Machel", L’impact des conflits armés sur les enfants (11- 2006) :
www.un.org/children/conflict/_documents/machel/MachelStrategicReviewProposal-fr.pdf
-
L'Unicef : www.unicef.org/french/emerg/3737_childsoldiers.html
-
La résolution 1612 du Conseil de sécurité : www.un.org/french/docs/sc/2005/cs2005.htm
-
L'action diplomatique de la France :
www.diplomatie.gouv.fr/fr/actions-france_830/droits-homme/.../index.html
-
Jean-Hervé Jezequel : "Les enfants soldats d’Afrique, un phénomène singulier",
article publié initialement dans la revue Vingtième siècle. Revue d’histoire, n°89, janvier-mars 2006 :
www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/pdf/0605-JEZEQUEL-FR-2.pdf
-
Coalition to stop the use of Child Soldiers : www.child-soldiers.org
-
À lire : Ahmadou Kourouma, Allah n’est pas obligé, Éditions du Seuil, 2000. Compte-rendu dans le volume 35, n°1 (2003) des Études littéraires, "Afrique en guerre" :
www.erudit.org/revue/etudlitt/2003/v35/n1
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| Environnement
et biodiversité
Les dégradations environnementales
peuvent être, tout à la fois,
cause et conséquence de situations
conflictuelles. La raréfaction de
ressources comme l'eau, le bois, cristallisent
les conflits locaux et régionaux.
La protection de la biodiversité
suppose des arbitrages délicats entre
des enjeux parfois contradictoires susceptibles
de déboucher sur des situtations
de violence nécessitant des moyens
de surveillance, de contrôle et d'encadrement
dont beaucoup d'États ne disposent
pas.
Le paradigme de la "conservation"
et de la protection de la biodiversité
oppose parfois les perceptions qu'en ont
pays du Nord et du Sud (Pierre Jacquet*).
Le lien entre biodiversité et développement
est complexe, ambigu et met en jeu une double
tension. Entre les individus tout d'abord
: la collectivisation de la ressource empêche
son utilisation par d'autres et l'apprentissage
social de l'action collective, dans laquelle
chacun accepte de perdre un peu pour que
tous gagnent beaucoup, est insuffisant.
Entre le court terme et le long terme ensuite
: si l'extinction de la ressource prive
l'individu ou les générations
futures de son utilisation ultérieure,
pour les sociétés les plus
pauvres, l'urgence du court terme occulte
les enjeux de moyen et plus long terme.
Interdire l'exploitation pour empêcher
la surexploitation entre en conflit avec
l'objectif de développement
et de réduction de la pauvreté
dans des pays où la ressource naturelle
reste l'atout essentiel.
Les "projets participatifs" mis
en place autour des aires protégées
impliquent les populations dans la recherche
d'une répartition équitable
des contraintes et des bénéfices
de la protection environnementale. Les programmes
de gestion concertée de la forêt
du bassin du Congo étendent cette
approche à des zones d'exploitation
forestière et des programmes de "pêche
durable" reposent sur des principes
similaires. L'élaboration d'une gouvernance
mondiale pourrait progressivement faciliter
la production de biens publics tels que
la biodiversité. Elle peut justifier
l'attribution de financements compensatoires
au profit des pays les plus démunis.
Ainsi, à Kinshasa, en 2005, une première
conférence sur la survie des grands
singes menacés d'extinction a décidé
de la mise en place de "plans nationaux"
de sauvegarde financés par divers
pays donateurs.
L'attribution du prix Nobel de la paix 2004
à Wangari Maathaï*, secrétaire
kényane à l'environnement,
a eu valeur de symbole.
- Dans ce dossier des exemples :
>
les parcs naturels d'Afrique australe
(Sylvain Guyot)
>
l'exploitation forestière en Centrafrique
(Benoît Boutefeu)
> les conflits autour des ressources
environnementales évoqués
dans les articles d'
Audrey Fromageot (Côte d'Ivoire)
et de
Marc Lavergne (Darfour).
- Pierre Jacquet, chef économiste
de l'Agence française de développement,
s'exprime dans le quotidien Le Monde du
1er février 2005
- Wangari
Maathaï (de l'ethnie kikuyu),
prix Nobel de la paix en 2004 et secrétaire
kényane à l'environnement,
a centré une part de son action sur
les conséquences de la déforestation
en termes de biodiversité et sur
les problématiques de la gouvernance.
Elle avait créé une association,
le Green Belt Movement (Organisation
de la ceinture verte), qui employait des
femmes au reboisement. |
Esclavage moderne
Des formes modernes d'esclavage sévissent encore de nos jours dans le monde et plus particulièrement en Afrique subsaharienne. Les Cahiers d’études africaines y ont consacré un numéro. Pour Roger Botte, anthropologue à l’EHESS, s’il existe des zones résiduelles d’esclavage en Afrique (Mauritanie, Niger), on ne peut plus parler d’esclavage en tant que tel sur ce continent. Mais de nouvelles formes d’assujettissement sont apparues comme le travail forcé, l’exploitation de travailleurs migrants, de la main d’œuvre enfantine ou l’esclavage domestique. Définie par le Bureau international du travail (BIT/OIT) en 1993, la notion d’esclavage moderne a été ensuite abandonnée pour retenir celle de travail forcé, qui ne fait pas intervenir la notion de propriété. Mais utiliser le terme d’esclave à la place de celui de travailleur exploité porte préjudice au combat contre le travail contraint illégal, souligne Roger Botte. Un point de vue partagé par plusieurs chercheurs comme Alain Morice (CNRS-URMIS, Paris), qui critique cette notion fourre-tout où se retrouvent un ensemble hétéroclite de rapports d’oppression et de travail contraint ou sous la menace.
Mike Dottridge, ancien directeur de l’ONG Anti-Slavery International, dresse une typologie des différentes formes de travail forcé et de violations en Afrique subsaharienne. De son côté, Suzane Miers (Ohio University, Etats-Unis) fait le point sur le nouveau visage de l’esclavage contemporain, de la servitude pour dettes, à la prostitution forcée, en passant par le trafic d’êtres humains, le travail des enfants, l’exploitation de la main d’œuvre, le tourisme sexuel, les enfants soldats et l’adoption d’enfants en vue de leur exploitation. Enfin, Françoise Vergès, professeur au Goldsmiths College (Londres), s’interroge sur les "troubles de la mémoire" concernant la traite négrière et l’esclavage.
Plusieurs articles de la revue étudient en détail les pratiques d’esclavage qui perdurent en Afrique ainsi que leur prolongement dans les pays traditionnels d’émigration. Florence Boyer (France) parle de l’esclavage chez les Touaregs de Bankilaré (Niger). Issa Saïbou (Cameroun) évoque la survivance de l’esclavage royal dans la partie nord du Cameroun. Mathias Deshusses (Genève) livre les résultats d’une étude menée sur les petites bonnes ivoiriennes victimes d’esclavage domestique en France. Fabio Viti (Italie) parle de l’exploitation de jeunes apprentis déqualifiés dans les métiers artisanaux du secteur informel urbain en Côte d’Ivoire. Nasima Moujoud et Dolorès Pourette (France) évoquent la "traite" des femmes migrantes originaires de pays défavorisés orientée vers la domesticité et la prostitution. D’autres articles constatent également la survivance de liens de dépendance et de clientélisme entre descendants d’esclaves et descendants de maîtres comme à Madagascar, en Tunisie ou en Mauritanie.
Source : MFI, Isabelle Verdier www.rfi.fr/Fichiers/MFI/CultureSociete/1733.asp et Cahiers d'études africaines, n° 179-180 (2005) : "Esclavage moderne ou modernité de l’esclavage ?"
http://etudesafricaines.revues.org/sommaire5572.html |
Ethnies,
ethnicité et nations
L’Afrique subsaharienne se caractérise
par une extraordinaire diversité
ethnique. Par exemple, dans la seule République
démocratique du Congo, les ethnologues
ne répertorient pas moins de 250
groupes différents. Sans fétichiser
l’ethnie ni chercher dans le "tribalisme"
le deus ex machina des affrontements,
guerres civiles, violences au quotidien,
comme ont tendance à le faire les
médias, on se gardera de minimiser
l’importance des facteurs ethniques
dans les dynamiques socio-politiques contemporaines
en Afrique (R. Pourtier*).
En termes d’analyse géopolitique,
des questions en découlent : la diversité
ethnique est-elle un obstacle à la
formation de l’unité nationale
? la présence de groupes ethniques
en position transfrontalière est-elle
un facteur d’instabilité régionale
? Des exemples récents peuvent alimenter
la réflexion.
Le Rwanda a connu l'expérience absolue
des ravages de l'ethnisme lors du génocide
des Tutsis par les Hutus en 1994. Le pouvoir
actuel du Paul Kagamé
(tutsi, ayant accédé à
la présidence en 2000) s'efforce
d'appliquer une politique volontariste
consistant à nier le fait ethnique
afin de tenter de bâtir une nation
rwandaise qui ne comporterait plus ni Hutus,
ni Tutsis. Une telle politique n'est-elle
qu'un leurre ? Les modalités de la réconciliation entreprise
peuvent laisser perplexe.
Autre exemple, au Burundi voisin où,
depuis les massacres de 1972, les conflits
entre Tutsis et Hutus avaient fait environ
300 000 victimes. Pour tenter de mettre
fin à la spirale des sanglants affrontements,
à base ethnique, un accord de paix,
inspiré par Nelson Mandela, a été
signé à Arusha, en Tanzanie,
en août 2000. Au lieu de nier la question
ethnique, l'esprit de cet accord l'assume
et en fait un point de départ. Il
s'agit alors d'assurer une représentativité
équitable des composantes de la population
(composée à 15% de tutsis,
à 85% hutus). D'une manière générale, la réactivation du concept d'ethnie en Afrique subsaharienne est également venue de la mise en place du processus démocratique qui a fréquemment entraîné la résurgence de l'appartenance ethnique pour fonder le multipartisme.
Il apparaît que la multiplicité
des ethnies n’est pas en soi un obstacle
au fonctionnement de l’État
dans la mesure où l'appartenance
ethnique ne constituerait qu’un cadre
de référence identitaire parmi
d’autres, à une échelle
située entre le groupe familial de
proximité et l’État.
Ethnie et État peuvent alors cesser
d’apparaître comme des catégories
antagonistes dès lors qu’on
raisonne en termes d’emboîtements
et non d’exclusion (R. Pourtier*).
Les appartenances ethniques participent
alors aux dynamiques linguistiques et culturelles
qui transcendent les groupes et les frontières et constituent ainsi autant de strates pouvant
favoriser les processus d’intégration.
- Voir, dans ce dossier,
> l'article d'Eric Bordessoule, "L’État-nation
en Afrique subsaharienne"
> de Marc Lavergne sur la crise du Darfour
- Roland Pourtier - Derrière le terrain,
l'État - Histoires de géographes,
textes réunis pas Chantal Blanc Pamard
- Éditions du CNRS - 1991
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Foncier,
questions foncières
Les conflits et les violences en Afrique
subsaharienne trouvent souvent leur origine
dans les évolutions rurales et plus
précisément agraires dans
un contexte où les pressions sur
des ressources aussi essentielles que la
terre et l’eau s'amplifient. Les conflits liés au foncier peuvent également naître de la politique de "sécurisation des terres" conduite par la Banque mondiale ayant, à terme, des effets dommageables sur la vie paysanne, conséquences, sans doute perverses, d'une logique de transfert de modèles.
Pression foncière, privatisation
et marchandisation de la terre, tensions
inter-communautaires entre autochtones et
allochtones, baisse des revenus des cultures
d’exportation : ces processus, qui
échappent souvent aux chefs coutumiers
traditionnels, peuvent alimenter de fortes
tensions. De la même manière,
les aménagements ruraux (hydrauliques
par exemple), en modernisant les conditions
de production agricole, sont aussi à
l'origine de la redéfinition, potentiellement
conflictuelle, des conditions d'attribution
des terres.
Pour approfondir :
- un article d'Audrey
Fromageot :
Agriculture et conflits en Côte d'Ivoire
: terroirs maraîchers, territoires
disputés
- un article de
Marc Lavergne (situation au Soudan, au Darfour)
|
France - Afrique,
Françafrique / Afrique - France
La deuxième formulation, forgée par F.-X. Verschave, désigne,
avec une nuance d'ironie et de critique,
les relations que la France entretient avec
les pays issus de son ancien domaine colonial
en Afrique. Depuis les indépendances,
certaines "affaires" ont pu illustrer
le mélange douteux d'intérêts
politiques et économiques et discréditer
ainsi l'action française en Afrique.
Ancienne puissance coloniale majeure en
Afrique, la France a conservé des
relations privilégiées avec
ses anciens territoires. Elles se traduisent
de différentes manières.
- Celle de la francophonie, chapeautée
par l'Organisation internationale de la
francophonie (OIF) et dont le secrétaire
général est, en 2005, l'ancien
président du Sénégal
Abdou Diouf. Périodiquement, les
sommets de la francophonie s'efforcent de
promouvoir les diversités linguistiques
et culturelles ainsi que le respect des
droits de l'homme. Ils sont aussi l'occasion
de réunir de nombreux acteurs de
la coopération décentralisée
et de la société civile.
- Mais aussi une présence militaire
française revêtant des formes
variées qui lui ont valu le qualificatif
de "gendarme de l'Afrique". Des accords de défense lient la France à six États (fin 2006 : Sénégal, Côte d'Ivoire, Togo, Gabon, Cameroun, Centrafrique) et, au Tchad, par un simple "accord de coopération militaire". Environ
11 000 militaires (fin 2006) y sont positionnés
et peuvent agir à partir de 5 bases
permanentes (Abidjan,
Djibouti, Libreville, Dakar, N'Ddjamena).
Des interventions militaires directes,
ont été décidées
au fil des années et des crises africaines.
Par exemple : dans l'ex-Zaïre en 1978
(opération sur Kolwezi) ; pour
soutenir le Tchad face à la Libye
(opérations "Manta" en
1983, "Epervier" en 1986) ;
au Rwanda de 1990 à 1994
(opération "Turquoise"*
en 1994) ; en intervenant dans
la vie politique centrafricaine (1979, 1996)
ou togolaise (1986) ; par des opérations
de forces spéciales, dans le cadre
d'une force multilatérale d'urgence
sous mandat de l'ONU, pour sécuriser
la ville de Bunia (Ituri) et son aéroport
(RDC, opération "Artémis"
en 2003). Dans le contexte actuel de la crise ivoirienne,
sous mandat international, la France maintient
sur le terrain 3 000 hommes de la force
"Licorne" (au 21 mai 2007) auxquels il faut ajouter
le déploiement de plus de 7 000 casques bleus. Le 6 novembre 2004, l'attaque de la base
de Bouaké causant la mort de neuf
soldats français, a marqué
un point de rupture et elle symbolise les
contradictions et les difficultés
auxquelles la présence française
en Afrique est confrontée.
Sous le poids des nouvelles réalités
de la géopolitique mondiale, la France
cherche aujourd'hui d'autres voies pour
encadrer et justifier ses actions en Afrique
sans courir le risque d'être accusée
d'ingérence abusive
ni le risque inverse d'être jugée
indifférente. Les stratégies
en sont multiformes : gestion multilatérale
des crises, incitation à la prise
en charge régionale des problèmes
du continent par le biais de l'UA, de l'ONU,
par exemple ; "européanisation"
de la politique africaine.
La "communauté
de destin" franco-africaine du XXIe
siècle est en pleine reconfiguration.
Ainsi, au cours du 23e sommet Afrique-France
de Bamako, au Mali (2
au 4 décembre 2005), il a été
annoncé que deux des cinq bases militaires
permanentes actuellement en activité
devraient fermer : N'Djamena et Abidjan. Tous les
États-majors concernés par
le théâtre africain œuvreraient,
à terme, en liaison avec les soldats
de la paix de l'Union africaine (UA) qui,
à l'horizon 2010, aura mis sur pied
cinq "brigades en attente" de
5 000 hommes, activables dès
qu'il s'agira de prévenir ou d'enrayer
un conflit sur le continent (exercices Recamp : Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix). Mais, en attendant, des crises telles que celle du Darfour peuvent imposer leurs urgences.
Notons enfin que, dans un nouveau contexte où les États perdent de leur influence par rapport aux firmes transnationales, le concept de "France - Afrique" perd peu à peu son contenu. Et il est probable que la concurrence, déjà
effective et croissante, d'autres influences
(États-Unis, Chine, Inde, mais aussi religieuses, humanitaires) contribuera
également à limiter l'influence
française dans son ex- "pré
carré" africain.
Voir aussi,
- dans ce dossier :
>
par Eric Bordessoule (L’État-nation
en Afrique subsaharienne)
> par Christian Bouquet, "La crise ivoirienne par les cartes"
> Un exemple : la coopération de l'AFD en Centrafrique (Benoît Boutefeu)
- Les sommets Afrique - France / France - Afrique :
www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo_833/.../presentation_15946/index.html.
Une frise chronologique :www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/frise
-
Sur RFI, "Bases françaises
en Afrique - Une réforme du dispositif
est à l’étude"
:
http://rfi.fr/actufr/articles/069/article_38531.asp
- Un dossier de l'Express :
www.lexpress.fr/info/monde/dossier/francafrique/dossier.asp
- L'opération Turquoise avait engagé
la France au Rwanda. Sous mandat de l’Onu,
la France avait été chargée
de former une zone humanitaire sûre
(ZHS) dans le sud-ouest du Rwanda entre
le 22 juin et le 22 août 1994
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Frontières,
États et territoires
Le discours qui consiste à souligner,
pour le déplorer, le caractère
artificiel et arbitraire du découpage
colonial ne mène pas loin même s'il ne faut pas perdre de vue que la balkanisation coloniale et post-coloniale de l'Afrique a une part de responsabilité dans les crises qui agitent le continent. Mais, plus que le tracé des frontières, c'est
le modèle étatique d'encadrement
de l'espace et de la société
qui a bouleversé l'Afrique.
Par ailleurs si la détermination
des frontières africaines, issue
de la colonisation, a pu
paraître arbitraire, elle ne s'est
pas faite sans principes ni logiques. La
partage de l'Afrique congolaise, par exemple,
a mis en jeu une représentation naturaliste
du monde liée à la théorie
des bassins hydrographiques. C'est ainsi
que le bassin de l'Ogooué donne,
dans l'ensemble, une unité formelle
au Gabon. Il est intéressant de voir
comment une unité plutôt abstraite,
dérivant d'un naturalisme indifférent
au substrat humain, a pu servir de fondement
à une entité territoriale
revendiquée aujourd'hui comme nation.
L'État colonial, puis l'État
indépendant qui en a poursuivi l'action,
ont, à travers leur action administrative
et organisatrice, "produit du territoire",
nouveau modèle de contrôle
social surimposé aux anciens modes
de relation socio-spatiales.
R. Pourtier*, à propos du Gabon,
s'interroge en ces termes : "Pourquoi
le Gabon, comment le Gabon ? Que signifie
cette figure spatiale, espace clos dont
la carte atteste l'indubitable réalité
? Quels sont les fondements de son identité
? Par quelles mutations une étendue
forestière inorganique est-elle devenue
territoire d'État ? Comment s'est
effectué le passage d'un espace fluide
à un espace encadré ?
Ce ne sont pas des questions académiques
car on s'aperçoit que les transformations
socio-spatiales résultent, pour une
part déterminante, de la dynamique,
largement exogène, de l'État."
On notera que les "frontières
chaudes", conflictuelles, ne sont pas
une spécialité de l'Afrique
et ne sont pas générales en
Afrique. On y rencontre plus souvent des
espaces vides, sans fonctions, où
l'État est peu présent ainsi
que des espaces transfrontaliers perméables
aux échanges licites ou illicites.
Mais les groupes ethniques transfrontaliers
ne constituent pas, le plus souvent tout
au moins, une remise en question du contour
des États. Contrairement à
ce que prétendent certains analystes,
les frontières africaines en général
ne sont pas globalement contestées
même si l’idée de redessiner
l’Afrique a toujours des adeptes.
Certes, les découpages
frontaliers voulus par les colonisateurs
pour des raisons économiques, militaires
et stratégiques, peuvent paraître
inadaptés aux réalités
du peuplement et de la mobilité.
La délimitation, orthogonale à
la côte, du territoire de certains
pays côtiers correspondait à
la volonté de drainer les richesses
vers les ports (Ghana, Côte d’Ivoire,
Nigeria, Cameroun), ou à celle de
donner aux zones sahéliennes un débouché
sur la mer (Bénin, Gambie, Togo). Ce découpage avait été dicté par la Conférence de Berlin (1885) au cours de laquelle les grandes puissances européennes s'étaient partagé le continent. De tels "espaces couloirs", de petite
taille et sans réelle homogénéité,
posent problème et les États
sahéliens, vastes et peu peuplés
ont des difficultés à assumer
leur souveraineté nationale et à
freiner les velléités indépendantistes.
Mais, malgré tout, ces frontières
sont désormais stabilisées,
à la suite d'une Conférence
de l’OUA (devenue l'UA) de 1964, qui,
dès les débuts des indépendances
et craignant l'implosion du continent, a
réaffirmé l’intangibilité
des frontières. Cette charte de 1964 a cependant été écornée une fois, en 1993, lorsque l'Érythrée a fait sécession avec l'Éthiopie.
Il apparaît plutôt aujourd'hui
qu'au-delà des États, l'avenir
de l'Afrique passe par des formes de concertation
et d' organisation régionales
supra-nationales. Les frontières
étatiques, en Afrique comme ailleurs,
sont en partie subverties par les logiques
de la globalisation, par les flux "invisibles"
licites et illicites et par les impératifs
d'actions d' ingérence
aux contours discutés.
- Dans ce dossier,
> par Christian Bouquet, "La crise ivoirienne par les cartes"
> par Eric Bordessoule, "L’État-nation
en Afrique subsaharienne"
- Roland Pourtier - Derrière le terrain,
l'État - Histoires de géographes,
textes réunis pas Chantal Blanc Pamard
- Éditions du CNRS - 1991
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Génocide
Le continent africain a le triste privilège
d'avoir connu deux génocides au XXe
siècle, et c'est sur son sol qu'est
née cette pratique nouvelle du meurtre
de masse. Le terme a été créé
en 1944 par le juriste Raphaël Lemkin.
L’ONU lui a donné une définition
juridique dans la Convention du 9 décembre
1948 pour la prévention de la répression
du crime de génocide (art II) : il
désigne les actes commis dans l’intention
de détruire, en tout ou en partie,
un groupe national, ethnique,
racial ou religieux. Selon d’autres
approches (Joël Kotek, Université
libre de Bruxelles) cinq caractères
sont requis pour qualifier l’entreprise
génocidaire : la désignation
d’un groupe humain dont l’élimination
est recherchée ; une idéologie,
généralement un racisme teinté
d’ethno-nationalisme ; la volonté
d’éliminer totalement le groupe
objet du génocide ; la décision,
préméditée, d’engager
cette action ; l’exécution
de cette entreprise au nom de l’État.
Si l’Afrique n’a pas expérimenté
les premiers camps de concentration, ceux-ci
ont été ouverts à Cuba
en 1895 par les Espagnols, elle en a connu
un développement lors de la guerre
des Boers (1896 - 1901), dans
la répression conduite par les Britanniques
(lord Kitchener). Mais le premier massacre
systématique d’une population
revient à l’Allemagne de Guillaume
II : après la découverte de
gisements diamantifères en Namibie,
de nombreuses exactions se produisent qui
amènent le peuple Héréro,
occupant des lieux, à se rebeller
en 1904. Les troupes du général
Lothar Von Trotha engagent alors un massacre
systématique du peuple Héréro.
Seuls 10 000 d’entre-eux survivront
sur une population initiale de 80 000
personnes. Et c’est au Rwanda que
se déroule, sous les yeux de la communauté
internationale, le dernier génocide
du XXe siècle avec l’extermination,
en trois mois, du 7 avril 1994 au 4 juillet
1994, de 800 000 personnes d’ethnie
tutsie, soit 1/10e de la population du pays.
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Gouvernance
et corruption
La notion de gouvernance a fait son apparition
à la fin des années 1980
dans le champ des relations internationales.
Le terme de "good governance"
est employé par les institutions
financières internationales pour
définir les critères d'une
bonne administration publique.
Dans son rapport 2005,
l'organisation non gouvernementale Transparency
International (TI) relevait que les
pays les plus corrompus au monde sont
aussi parmi les plus pauvres, "deux
fléaux qui s'alimentent réciproquement,
enfermant les populations dans le cycle
de la misère". Selon
l'organisation, qui évalue un "Indice
de perception de la corruption",
la corruption et ses
conséquences alimentent la violence,
du niveau supérieur de l'État
à ses échelons locaux.
Parmi les 70 pays où l'ONG considère
que la corruption atteint un niveau grave
(indice inférieur à 3 sur
10, 10 représentant l’absence
de corruption) figurent bon nombre d'États
africains : Tchad, Côte d'Ivoire,
Guinée Equatoriale, Nigeria.
Selon TI, la corruption a augmenté
en Afrique entre 2000 et 2004 et les pays
pétroliers riches, tels que l'Angola,
la Libye, le Nigéria et le Tchad,
affichent les indices de corruption les
plus élevés. TI fait
observer que "la corruption dépouille
les pays de leur potentiel" et que
"les pays riches en pétrole
comme l'Angola, la Libye, le Nigéria,
le Soudan, le Tchad affichent tous des
scores extrêmement bas. Dans ces
pays, la passation de marchés publics
dans le secteur pétrolier est corrodée
par la disparition des revenus qui aboutissent
dans les poches des dirigeants de sociétés
pétrolières occidentales,
d’intermédiaires et de fonctionnaires
locaux".
Selon un calcul du FMI, 4,22 milliards
d'USD auraient disparu des caisses de
la Banque centrale d'Angola entre 1997
et 2002, soit 9,25% du PNB du pays. Et
certaines recettes n'apparaissent pas
du tout dans les comptes publics, celles
du diamant par exemple.
Par ailleurs, entreprises et groupes qui
investissent en Afrique, souvent pour
en exploiter les ressources,
conditionnent rarement leur présence
à des garanties de bonne gouvernance
et n'y appliquent pas toujours les règles
de "Responsabilité sociale
et environnementale".
De plus en plus d'institutions et organisations
internatianales, bailleurs d'aide à
destination de l'Afrique subsaharienne,
conditionnent leurs financements à
des garanties de bonne gouvernance et
de transparence quant à leur utilisation.
Si certains y voient une ingérence
supplémentaire des puissants et
des riches à l'égard des
plus pauvres, les populations concernées
ne peuvent qu'en bénéficier.
Pous compléter et prolonger, voir
dans le corpus documentaire de ce dossier
(des cartes, des graphiques) :
La croissance et le développement
: à quelles conditions ?
- Les "diamants de sang" à travers le film Blood diamond, présenté par Zéro de conduite :
http://cinema-education.fluctuat.net/blog/14137_Blood+Diamond+:+This+is+Africa%85.html
- et par les Cafés géographiques : www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=1031
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Grands Lacs
L'Afrique des Grands Lacs est particulière
à plus d'un titre. C'est l'Afrique
du rift, et, dans les mythologies de l'Humanité,
celle des origines, véritable métaphore
de la création. Mais elle fut aussi
le théâtre des déchirements
récents du continent, dont le génocide
des Tutsis au Rwanda en 1994 qui fit,
environ, 800 000 victimes pour un nombre
à peu près équivalent
de "génocidaires", suivi
par environ 200 000 Hutus tués
pendant leur fuite à travers la
RDC.
Le volume Afrique de la Géographie
Universelle, paru en 1994, ne faisait
pas mention d’une Afrique des Grands
Lacs. Rwanda et Burundi, anciens "royaumes
interlacustres", étaient rattachés
à l’Afrique orientale. Non
sans raison : l’ouverture de ces
États enclavés, tout comme
celle de l’Ouganda, s’effectue
exclusivement par l’océan
Indien. Leur rattachement à l’Afrique
centrale n’est dû qu’aux
aléas de l’histoire, en l’occurrence
le partage des dépouilles des colonies
allemandes.
L’Afrique des Grands Lacs, comme
entité géopolitique, ne
s’est imposée que récemment.
Devenue un des espaces névralgiques
du continent, cette région a fini
par acquérir un statut autonome,
par devenir un objet politique et scientifique
en soi. Le Réseau
documentaire international sur la région
des Grands Lacs Africains dont le secrétariat
est à Genève et le Centre
d’étude de la région
des Grands Lacs d’Afrique, créé
en 1995 à l’Université
d’Anvers, contribuent dans une large
mesure à conforter l’identité
de cet espace.
Au final, cette Afrique des Grands Lacs
occupe une position singulière
à la charnière entre deux
entités, l’Afrique centrale
francophone, caractérisée
par un fort tropisme atlantique, et l’East
Africa, anglophone et swahiliphone,
qui regarde vers l’océan
Indien et le monde arabe. De même
que l’Afrique centrale de tradition
française se perpétue dans
la Communauté
économique et monétaire
de l'Afrique Centrale (CEMAC),
l’Afrique orientale britannique
trouve son expression institutionnelle
dans l’East African Community
(EAC).
Si l'on connaît l'Afrique des Grands
Lacs à travers ses malheurs, certains
processus récents pourraient annoncer
des évolutions plus encourageantes.
C'est ainsi, par exemple, que le Burundi
s'est engagé dans un double processus,
de démocratie électorale
d'une part, de réconciliation
nationale d'autre part.
- La Mission de l'ONU en R.D. du Congo
(Monuc) :
http://monuc.org/Home.aspx?lang=fr
- Conférence régionale des
Grands Lacs : la première en Tanzanie
en 2004.
- Réseau documentaire international
sur la région des Grands Lacs africains
:
www.grandslacs.net/index.html
- La Documentation française, le
contexte régional de l'Afrique
des Grands Lacs :
www.ladocfrancaise.gouv.fr/dossier_actualite/conflit_grandslacs_afrique/index.shtml
|
Humanitaire
L'Afrique est le théâtre récurrent
d'opérations humanitaires, parfois
qualifiées, d'une manière
critique, de charity business lorsqu'elles
sont perçues négativement
en raison du jeu complexe entre l'exposition
ou la mise en scène médiatique
des populations et l'aide qui leur est apportée.
Certaines populations y sont maintenues
sous la perfusion des ONG et des plans d'aide
d'urgence internationale, par exemple, à
travers le Programme alimentaire mondial
( World food program - WFP / PAM)
ou les activités du Haut commissariat
aux réfugiés des Nations unies
(UNHCR). Les guerres civiles, les conflits
entre nations, l'intervention d'urgence
en cas de grave aléa naturel, les
épidémies et pandémies,
placent souvent la "communauté
internationale" devant ses responsabilités
et ses devoirs d’intervention en Afrique
subsaharienne. Il faudrait, bien entendu,
toujours tout faire pour éviter d’y
recourir et pour que ces situations ne s’éternisent
pas. Mais ces modes d'intervention sont
bien inséparables des problématiques
de l’ ingérence.
Les Organisations non gouvernementales (ONG)
ont acquis une place de premier ordre dans
la gestion de ces situations du fait de
leur professionnalisme, de leurs savoirs-faire
géopolitiques, logistiques et techniques
dans les domaines de la santé et
de l'urgence médicale. Apparues,
pour la plupart, après 1945, les
ONG avaient alors une vision rédemptrice
de leur action (racheter les fautes de l’Occident
colonialiste) et c'est
en Afrique, dans les années 1970
- 1980, que les French Doctors
ont mondialisé l'émotion humanitaire
à travers l’image des enfants
pris dans la tourmente de la guerre du Biafra
au Nigéria (1967). Les situations
d'urgence se sont depuis diversifiées
et multipliées sur le terrain africain
: Restore Hope en Somalie en 1992,
le génocide au Rwanda en 1994 et
ses conséquences pour les pays voisins,
la sécheresse en Éthiopie
en 2000 (Ogaden), plus récemment,
l'assistance aux populations fuyant le Soudan,
etc..
Les conditions de l'action humanitaire en
Afrique sont souvent particulièrement
difficiles du fait du manque d'infrastructures
et de la faiblesse des États. On
sait par ailleurs que les malheurs qui affectent
l'Afrique subsaharienne suscitent, proportionnellement
aux victimes concernées, beaucoup
moins de dons que d'autres lieux et d'autres
circonstances. Ainsi, la mobilisation humanitaire
exceptionnelle suscitée par le tsunami
dans l’océan Indien a conduit
les gouvernements, les organisations internationales,
les ONG et organismes de bienfaisance, les
particuliers, les entreprises à promettre
13,6 milliards d'USD en faveur des pays
affectés. Parallèlement, la
crise alimentaire au Niger, les situations
d’urgence qui prévalent actuellement
au Soudan et en République démocratique
du Congo mobilisaient beaucoup moins la
générosité internationale.
- Voir, dans
ce dossier, les
articles de Luc Cambrézy et de Marc
Lavergne
- Un article du site
de Médecins sans frontières
: "Niger / Tsunami, un système
d'aide à deux vitesses ? (1er
juillet 2005) :
www.msf.fr/site/actu.nsf/actus/tsunami010705 |
Ingérence
et sécurité
De nos jours, environ 70% des décisions
de l’ONU et du Conseil de Sécurité
concernent directement le continent africain,
ce qui reflète le haut degré
de conflictualité qui y règne
encore et la nécessaire mobilisation
de la communauté internationale.
Les opérations internationales de
maintien de la paix en Afrique sont actuellement
au nombre de sept. Il s'agit, par exemple,
de l'Opération des Nations unies
en Côte d'Ivoire (ONUCI), de la Mission
des Nations unies en République démocratique
du Congo (Monuc), etc.. Il faut y ajouter
la Force multinationale en Centrafrique
(Fomuc), dirigée par la Communauté
économique et monétaire d'Afrique
centrale (Cemac), depuis 2002.
La Monuc, par exemple, créée
en 1999, fut constamment renforcée
par la suite. Pour accompagner le processus
de normalisation en cours en République
démocratique du Congo (l'accord de
Pretoria de 2002 prévoit le déroulement
d'un cycle d'élections qui doit s'achever
en juin 2006), les Nations unies ont déployé
au Congo leur plus importante mission de
maintien de la paix dans le monde à
ce jour, avec un effectif de 18 600 soldats
(casques bleus) et policiers (dont 4 800
en Ituri), un budget annuel d'1 milliard
d'USD. Elle est chargée de faire
respecter le cessez-le-feu entre la RDC,
ses alliés (Angola, Namibie et Zimbabwe)
et les États qui soutiennent la rébellion
en RDC (Ouganda, Rwanda).
Certes, on peut sans doute déplorer
que l’ingérence dans les affaires
intérieures d’un État
soit toujours l’expression des intérêts
et des droits des plus forts. Mais ce ne
sont pas les populations civiles victimes
d'exactions de toute sorte qui s’en
plaindront.
Et il semble que des progrès soient
en cours en Afrique. De nombreux conflits
se sont éteints ces dernières
années ou sont en voie de l’être.
Parfois par suite de l’élimination
physique ou de l'éviction d’un
protagoniste (Joseph Savimbi en Angola,
John Taylor au Liberia), de plus en plus,
par le biais de coalitions militaires avec
mandat des Nations unies. Le Sommet du 60e
anniversaire de l’ONU (septembre 2005)
a pris la décision d’établir
une Commission de consolidation de la paix
pour tenter d’empêcher des pays
sortant d’un conflit de replonger
dans la guerre et a pris l'engagement d'assumer
la responsabilité et le devoir de
protéger les populations d'un État
qui n'en a plus lui-même les capacités.
De leur côté, les organisations
régionales africaines, comme l'UA
et le Nepad qui lui est associé,
s' efforcent d'œuvrer
en faveur de la pacification du continent.
- Voir
les articles du dossier
(Eric Bordessoule, Luc
Cambrézy et Marc Lavergne) et de Christian Bouquet, "La crise ivoirienne par les cartes"
- La Documentation française
:
www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/maintien-paix/carte-omp.shtml |
Migrations
et mobilités
La libre circulation des personnes est
inscrite dans les textes fondateurs de
différentes organisations
régionales africaines.
Dans le monde rural, lorsque les migrations
sont transfrontalières, elles posent
les problèmes complexes des relations
entre autochtones et étrangers,
dès lors que le statut de la terre,
les questions foncières
et l’exercice du pouvoir sont en
cause. Les migrants ruraux, le plus souvent
résidents temporaires, gardent
un statut d’étrangers.
Mais ce sont les villes
qui constituent aujourd’hui le principal
lieu de destination des migrants africains.
Les flux d’immigrés se composent
majoritairement de jeunes hommes célibataires
qui cherchent à accumuler un pécule,
en vue du mariage, de la construction
d’une maison ou de la création
d’une entreprise "au pays".
La plupart des migrants étrangers
travaillent dans le secteur informel du
commerce, des transports, de l’artisanat,
des services, de la petite activité
marchande où ils sont indispensables
au fonctionnement de l’économie
urbaine.
Ces migrants temporaires tissent des réseaux
transnationaux, contribuent à une
redistribution régionale des ressources
monétaires, diffusent des pratiques
religieuses et culturelles, participant
ainsi à la formation d’une
urbanité africaine. Si en période
de crise politique ils sont exposés
à la vindicte populaire et aux
pillages et doivent parfois se résoudre
à un rapatriement prématuré,
ils ne posent pas de problèmes
aussi complexes que dans le monde rural.
De leur côté, les étrangers
non africains constituent une catégorie
d’acteurs importante tant par leur
rôle dans les secteurs économiques,
que par leur influence politique et culturelle
et leurs relations avec les élites
africaines. Ils se répartissent
en différents groupes ou réseaux
ayant chacun leurs rôles spécifiques
: "expatriés" Européens
et Américains, Libano-Syriens,
Indo-Pakistanais, et, de plus en plus,
cadres et ouvriers chinois.
De nombreux États
de l'Afrique subsaharienne sont confrontés
à la présence de populations
réfugiées et déplacées.
La question des réfugiés
n’est pas seulement humanitaire,
elle est aussi politique : les réfugiés
représentent en effet un potentiel
d’instabilité régionale.
Peu d'autres régions dans le monde
connaissent des mouvements d'ampleur comparable. Les migrations sous contrainte
créent des conditions de vie très
artificielles, plus ou moins éphémères,
généralement dans des camps
gérés par le HCR, signe
tangible de leur non-intégration
dans le pays d’accueil. Une réflexion
d’ensemble sur l’Afrique subsaharienne
ne peut éluder un questionnement
sur l’avenir des populations réfugiées
et sur les possibilités de résorption
des camps, soit par des politiques de
retour, soit par des politiques d’intégration.
- Voir, dans ce
dossier,
les articles de Luc Cambrézy et
de Marc Lavergne
- ainsi que l'article de Martine Drozdz
:
Places marchandes, places migrantes dans
l'espace saharo-sahélien
|
Organisations
régionales et intégration
L'exemple de l'Europe,
parvenue en quelques décennies,
à travers la construction d'une
Union, à surmonter l'essentiel
de ses divisions et de ses conflits,
le démontre : la coopération
inter-étatique dans différents
champs (économie, politique, aménagement
et développement des territoires)
est un facteur puissant de pacification.
Différentes formes de concertation,
d'harmonisation, et d'intégration
peuvent être favorables à
l'atténuation et à la gestion
des conflits sur le continent africain.
La configuration des regroupements régionaux
repose sur deux axes, politique et économique
et elle ne peut se comprendre sans référence
à l’histoire, principalement
aux héritages coloniaux
et au temps des indépendances.
L'axe politique occupe les discours et
les esprits et le rêve du panafricanisme
est ancien. Au moment des indépendances,
le sénégalais Léopold
Sedar Senghor et le ghanéen Kwame
Nkrumah développent l'idée
d’une nécessaire intégration
africaine. Aux yeux de Kwame Nkrumah,
un système fédéral
permettrait de dépasser le néo-colonialisme
induit par le maintien des frontières
nationales.
Plus récemment, l'OUA, devenue
l’Unité africaine (UA) en
2000, se donne
pour objectif de structurer l'ensemble
du continent autour d'un Parlement panafricain,
d'une banque centrale et d'un Fonds monétaire,
d'une Cour de justice, etc. Parallèlement,
au sein de l'UA, le Nouveau partenariat
pour le développement de l'Afrique
(Nepad / New Partnership for African
Development) a été
lancé en 2001 pour faire progresser
la gouvernance en Afrique.
Il est né d'une initiative des
chefs d'État sénégalais,
Abdoulaye Wade, et sud-africain, Thabo
Mbeki (son secrétariat général
est à Johannesburg), en association
avec leurs homologues algérien
(Abdelaziz Bouteflika) et nigérian
(Olusegun Obasanjo).
Comme son nom l'indique, le Nepad est
surtout un instrument de planification
du développement,
ce n'est pas une institution. Il vise
à mobiliser des fonds internationaux
pour réaliser des projets continentaux
ou régionaux, au moment où
de nombreuses études montrent l’importance
des infrastructures dans le domaine de
l’accès aux services de base
(éducation, santé), dans
la cohésion sociale et dans le
développement économique.
La construction de grands projets régionaux
structurants est envisagée et/ou
programmée : dans le domaine
des transports, l'autoroute côtière
Nouakchott/Lagos permettant de relier
10 pays africains, l’autoroute Dakar/N’Djamena
et le chemin de fer d’interconnection
entre le Bénin, le Togo et le Burkina
Faso ; dans le domaine de l’énergie,
deux projets de gazoducs (Nigéria
– Algérie et Nigéria
– Bénin, Ghana, Sénégal
et Togo ; dans le domaine des TIC, la
connection au réseau mondial de
câbles à fibres optiques.
Mais si, dans les discours, le Nepad est
très présent, sur le terrain
ses réalisations sont plus discrètes
à ce jour. Aux yeux de certains
africains, il pourrait faire figure d'"éléphant
blanc". Une de ses réalisations
la plus visible est la mise en place d'un
Mécanisme agricain d'évaluation
par les pairs (APRM) auquel, en 2005,
23 des 52 pays membres avaient souscrit.
L'idée est d'attirer les investissements
étrangers en échange d'engagements
de "bonne gouvernance" politique
et économique accompagnés
par l'évaluation et l'aide du PNUD.
Les objectifs du Nepad sont corrélés
aux Objectifs du millénaire pour
le développement (OMD) de lutte
contre la pauvreté
définis par l'ONU et ils affichent
aussi la volonté des États
membres de ne pas rester en marge du processus
de mondialisation. D'impact réel
encore limité, le Nepad a surtout
valeur symbolique. Dans le contexte de
la mondialisation des institutions, c'est
un outil de communication et de lobbying
et de recherche de financements de projets.
Sur le plan économique, les arguments
en faveur d’une intégration
régionale en Afrique sont nombreux
: faiblesse des échanges intra-régionaux,
frontières poreuses, marchés
internes exigüs, infrastructures
déficientes, faible diversification
des appareils productifs. De plus, aujourd’hui,
la mondialisation vient relancer la question
des "territoires pertinents".
L’intégration régionale
peut faciliter l’insertion des économies
nationales dans le commerce mondial et
amplifier leur poids dans les négociations
internationales. Cet argument, qui prévaut
dans la construction de la plupart des
coopérations régionales,
vaut aussi pour l’Afrique. La dimension
économique fait aujourd’hui
partie d’un processus qui justifie
les aides et les attentions des bailleurs,
de l’Union Européenne notamment.
Ainsi, les accords entre l'UE et les pays
ACP (Afrique, Caraïbe, Pacifique)
prévoient une ouverture réciproque
des marchés à partir de
blocs régionaux.
Ce tour d’horizon
des grandes organisations régionales
montre qu’il existe une intense
activité sur le plan institutionnel
en Afrique. Reste à évaluer
l’efficience de ces groupements
en étudiant les structures et les
dynamiques spatiales, pour montrer en
quoi les facteurs environnementaux, démographiques,
économiques, culturels, peuvent,
au-delà de l’actualité
politique, favoriser à terme l’intégration
ou au contraire lui faire obstacle. Certains
pays membres sont soupçonnés
de participer à l’intégration
pour multiplier les guichets de l’aide
internationale (fonds de l’UE notamment).
Tandis que l’Europe a pu mettre
en œuvre une politique régionale
de convergence territoriale, les pays
d’Afrique s’enlisent trop
souvent dans une crise des territoires
qui sont encore, trop souvent, des enjeux
de pouvoir et d’accaparement des
richesses.
Mais ces recompositions reflètent
les dynamiques politiques contemporaines.
Les élargissements en cours correspondent
à la tendance mondiale privilégiant
les grands ensembles économiques
dans le contexte de la mondialisation
et ces questions sont en arrière-plan
des enjeux géopolitiques à
long terme en Afrique subsaharienne.
- Christel
Alvergne - Quelle intégration régionale
pour l’Afrique de l’Ouest
? - XLème Colloque de l’ASRDLF
: Les politiques régionales à
l’épreuve des faits (Bruxelles,
Septembre 2004) :
www.ulb.ac.be/soco/asrdlf/programme.html
- Roland Pourtier - Derrière le
terrain, l'État - Histoires de
géographes, textes réunis
pas Chantal Blanc Pamard - Éditions
du CNRS - 1991
- L'Union africaine :
www.africa-union.org/home/bienvenue.htm
- Le Nouveau partenariat pour le développement
de l'Afrique (Nepad / New Partnership
for African Development) :
www.nepad.org/2005/fr/home.php
- Intégration régionale
en Afrique, cartothèque de Sciences-Po
:
www.sciences-po.fr/cartographie/
cartes/monde/organisations_internationales/67_integration_afrique_2005.jpg
|
Pauvreté
L'Afrique subsaharienne rassemble 689
millions d'habitants, soit 11% de la population
mondiale, en croissance moyenne annuelle
de 2,7%. Parallèlement, son PIB,
de 311 milliards d'USD, soit 1% du PIB
mondial, ses exportations, de 90 milliards
d'USD, ne représentent que 0,68%
du commerce mondial total. Avec un revenu
moyen/hab/an de 375 €, les populations
africaines sont souvent parmi les plus
pauvres du monde.
Quatorze pays africains font partie de
la catégorie des Pays pauvres très
endettés (PPTE) dont la liste,
dressée par le G8, comporte les
pays suivants : Bénin, Burkina
Faso, Ethiopie, Ghana, Madagascar, Mali,
Mauritanie, Mozambique, Niger, Rwanda,
Sénégal, Tanzanie, Ouganda
et Zambie.
La hausse du prix des matières
premières, parmi d'autres facteurs,
ont permis une croissance économique
de 5,1% en termes réels de l'Afrique
en 2004. Mais, la pauvreté n'a
pourtant pas reculé car les richesses
ne sont pas redistribuées. Les
Objectifs du millénaire pour le
développement (OMD) adoptés
par l'ONU en 2000 ont pour objectif de
réduire la pauvreté de moitié
d'ici à 2015. Pour les atteindre,
une croissance de 7% par an serait nécessaire.
Or, de 1990 à 2004, le rythme annuel
moyen de croissance en Afrique subsaharienne
n'a été que d'à peine
2,5%. Et la hausse du prix de certaines
ressources énergétiques,
minières, y a largement contribué,
ce qui n'assure pas une croissance nécessairement
durable. La croissance africaine n'est
pas suffisamment forte et pas suffisamment
"inclusive" pour tirer les populations
les plus fragiles vers le développement.
Selon la Banque mondiale, le revenu par
habitant a diminué d'un quart dans
les pays de l'Afrique sub-saharienne entre
1975 et 2003 tandis qu'il augmentait dans
le reste du monde. L'espérance
de vie à la naissance y est, en
2004, inférieure à ce qu'elle
était il y a quarante ans.
Aux yeux de certains, l'Afrique subsaharienne
serait trop pauvre pour décoller
économiquement, victime d'handicaps
cumulés difficiles à surmonter
: maladies endémiques, enclavements
des territoires, insuffisance des infrastructures,
déficits éducatifs, manque
de capitaux propres ou capitaux dépendants
de l'étranger, par exemple. Ainsi
la plupart des États seraient dans
l'incapacité d'enclencher les cercles
vertueux du développement sans
aide extérieure. De fait, l'Afrique
subsaharienne a bénéficié
d'une augmentation de l'Aide publique
au développement (APD) ces dernières
années, une part de celle-ci provenant
de l'aide d'urgence et de l'allègement
de la dette. Les "bons élèves",
comme l'Ethiopie, le Mozambique, la Tanzanie,
ont reçu l'essentiel de ces fonds.
Inversement, l'aggravation des problèmes
de gouvernance a pénalisé,
par exemple, le Zimbabwe ou la République
centrafricaine. Cette dernière
illustre ce qu'est un État incapable
de sortir du "piège de la
pauvreté".
Voir en complément
quelques données sur les
Objectifs du millénaire pour le
développement
|
Réconciliation
et pacification
Des processus de réconciliation et
de résilience se
sont efforcés de mettre un terme
à des conflits particulièrement
meurtriers et de réduire le niveau
de conflictualité en Afrique subsaharienne.
Différents exemples peuvent être
analysés et comparés.
Le défi judiciaire du génocide
des Tutsis au Rwanda est exemplaire. On
estime que 760 000 Hutus sont responsables
du massacre de plus de 800 000 tutsis en
trois mois (du 6 avril au 4 juillet 1994).
Le Tribunal pénal international pour
le Rwanda (TPIR) siège à Arusha
en Tanzanie depuis novembre 199 4
mais ne juge que "les échelons
suprêmes" de l'élite qui
gouvernait le Rwanda à l'époque
du génocide.
Les "génocidaires" hutus
réfugiés dans l'Est du Congo
ont été invités, par
le régime du président Paul
Kagamé, à rentrer dans
leur pays où ils sont accueillis
dans des ingandos ("camps
de solidarité"). Leur sont alors
dispensées, en chanson, les vertus
de la réconciliation nationale. Des
juridictions gacaca ("tribunal
sur gazon"), des tribunaux populaires
traditionnels jugent, localement, les Rwandais
qui ont participé aux massacres de
1994. Composé d'une douzaine de pays
et de représentants des Nations unies,
de l'UE et de l'UA, le Comité international
d'accompagnement de la transition (CIAT)
a appelé à "une collaboration
totale des autorités rwandaises et
congolaises pour assurer le bon déroulement
des opérations de rapatriement".
Mais ce processus de réconciliation
peut avoir un goût amer aux yeux de
ceux qui considèrent que le procès
des "génocidaires" reste
inachevé : des "impunis",
bénéficiant d'influence et
de réseaux, n'ont pas eu à
s'expliquer sur leurs actes. Cer tains
observateurs (ONG, experts internationaux)
jugent ce processus de pacification insuffisant
pour garantir une cohabitation sereine.
De son côté, le Burundi avait
plongé, en 1993, dans un cycle de
coups d'État et de massacres politico-ethniques
entre Hutus et Tutsis. Douze années
de guerre civile ont fait plus de 300 000
morts. En août 2000, sous l’autorité
du président sud-africain Nelson
Mandela, un accord de paix était
signé à Arusha en Tanzanie.
La première traduction, dans les
faits, de cet accord a été
l’intégration de quelques 3 000
soldats rebelles à l’armée
régulière. Le processus de
pacification, garantit par les États
voisins, (Ouganda, Tanzanie et Rwanda),
repose sur le retour à une vie constitutionnelle
normale et sur un programme électoral
(voir l'entrée ethnie
du glossaire).
Dans l’Afrique du Sud tout juste libérée
de l’apartheid (Nelson Mandela avait
été libéré en
1990, les trois dernières lois de
l’apartheid abolies en 1991), la création,
en 1993, de la Commission "Vérité
et réconciliation" (CVR / Truth
and Reconciliation Commission TRC)
a contribué à éviter
l'affrontement direct entre victimes (en
majorité noires) et bourreaux (blancs
pour la plupart) du régime de discrimination
raciale. La personnalité de Mgr Desmond
Tutu, archevêque anglican de Johannesburg
et prix Nobel de la paix, qui l’a
présidée, n’est pas
étrangère à la réussite
de cette expérience originale sur
le plan juridique. Mais le processus s'inspire
aussi de l'esprit d'"Ubuntu",
mot d'origine africaine qui désigne
une forme d'harmonie, de fraternité,
d'humanité commune, prenant en compte
l'humanité totale de l'individu et
de ses rapports avec la collectivité
au lieu de s'attacher exclusivement à
ses actes illicites.
Destinée à juger les infractions
aux droits de l'Homme commises pendant le
demi-siècle de l'apartheid, le principe
en était simple : bénéficieraient
d’une amnistie tous ceux qui viendraient
devant la CVR reconnaître leurs exactions
à condition que le requérant
"expose tous les faits" et qu’il
prouve que ses crimes étaient "politiquement
motivés". L'objectif était
de faire jaillir la vérité
en révélant des événements
passés, première étape
du processus de réconciliation. Les
déposants étaient surtout
des membres de la police qui avaient torturé,
et parfois tué, des militants des
mouvements de libération noirs, principalement
du Congrès national africain (ANC)
de Nelson Mandela.
Le 15 avril 1996, la Commission tenait sa
première audience publique et, au
fil des dépositions, elle a réussi
la catharsis réparatrice espérée
en explorant les "peurs" et les
"douleurs" du régime d'apartheid.
Évitant le piège de cycles
de vengeance sans fin, la révélation
des sévices infligés par les
bourreaux a facilité la réconciliation
entre les communautés, pour les actes
commis dans le passé. En 1998, le
rapport final de la CVR avait recensé
21 000 victimes, dont 2 400 ont témoigné
en audiences publiques. Sur les quelque
7 000 demandes d’amnistie reçues,
la plupart ont été accor dées.
Cependant, l’expérience
de la CVR n’a pas été
sans heurts. Beaucoup de blancs, en particulier
Afrikaners, y ont vu une chasse aux sorcières
qui prenait pour cible leur communauté.
Pourtant, la CVR s'est également
intéressée aux violations
des droits de l’Homme perpétrées
par les mouvements de libération.
Son impartialité à cet égard
apparaît clairement dans son rapport
et constitue en elle-même une importante
contribution à la réconciliation.
Observons pour finir que les situations de post-conflit sont très complexes à gérer. On parle, dans les documents internationaux de "Peace building" (consolidation de la paix), de "Nation building" (construction et consolidation de la nation). Il s'agit de ramener la confiance dans un pays, de désarmer les belligérants, de faire rentrer et d'accueillir les réfugiés, de réintroduire au plus vite les services de base (éducation, santé), de sécuriser les voies de communication pour relancer l'économie, d'insufler les règles de justice et d'État de droit ... des objectifs qui légitiment souvent l'ingérence extérieure (présence militaire et missions de l'ONU, rôle des ONG par exemple), avec d'éventuels effets pervers que l'on peut imaginer.
- Une étude du Nepad sur le "Cadre politique de reconstruction post-conflit en Afrique" (2005) :
www.nepad.org/2005/aprmforum/PCRPolicyFramework_fr.pdf
- Une réflexion du Haut Conseil à la coopération internationale sur la gestion des situations de post-conflit : www.hcci.gouv.fr/travail/avis/post-conflit-crise.html
- Burundi, Un pas de plus vers la paix :
www.rfi.fr/actufr/articles/065/article_36227.asp
- ONU : le site du Tribunal pénal
international pour le Rwanda :
http://65.18.216.88/FRENCH/index.htm
- Un dossier sur France Culture, Rwanda,
pour mémoire :
www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/dossiers/2004/rwanda
- La Commission "Vérité
et réconciliation" ( Truth
and Reconciliation Commission of South Africa)
:
www.info.gov.za/otherdocs/2003/trc
|
Résilience
À l'origine, en métallurgie,
la résilience désigne une
qualité des matériaux qui
tient à la fois de l'élasticité
et de la fragilité. Elle se manifeste
par leur capacité à retrouver
leur état initial à la suite
d'un choc ou d'une pression continue.
Dans le cadre de l'analyse socio-spatiale,
la résilience désigne la capacité
d’un système à assimiler,
voire à tirer profit, d’une
perturbation extérieure. Dans ce
cas, il s'agit de capacités d'adaptation,
plus que de retour à un état
initial, telles qu'elles permettront au
système socio-spatial de fonctionner
après un désastre, en présence
d'un stress continu ou plus couramment d'une
bifurcation géopolitique, économique,
environnementale. Les communautés
sahéliennes peuvent être étudiées
dans ces perspectives. Les processus judiciaires
et de réconciliation,
les arbitrages des organisations
régionales et internationales, peuvent
aider à la résilience des
sociétés africaines touchées
par les conflits. |
Ressources
et rente
"Sang du cacao", "diamants
de sang", "pierres de la mort",
ou autres "gemmes de la guerre"
... la floraison de ces expressions reflète
une réalité : leurs abondantes
ressources naturelles ne font pas, le
plus souvent, le bonheur des populations
africaines.
Pour les pays pauvres, les recettes provenant
des matières premières alimentent
trop souvent la corruption et la mal gouvernance.
Elles sont autant de cercles vicieux de
la violence et des prévarications.
Elles multiplient les risques géopolitiques
de coups d'État et servent souvent
à financer les conflits, guerillas,
guerres civiles. Si les investissements,
dans le pétrole et le gaz par exemple,
bénéficient à certains
pays d'Afrique (Angola, Tchad, Guinée-Equatoriale,
Soudan), ils ne profitent guère
au développement de leurs populations.
Et la dépendance, parfois extrême,
à l'égard des seules ressources
de leur sol et sous-sol, rendent ces économies
très vulnérables. Cela crée
des mentalités et des comportements
rentiers privilégiant la consommation
et peu favorables à l’entreprenariat.
Le déficit d'esprit d’entreprise,
souvent observé en Afrique, n’est
sans doute pas sans rapport avec le poids
écrasant d’une économie
extractive contrôlée par
des sociétés étrangères
: les royalties ne stimulent pas le goût
du risque.
Les firmes ou sociétés étrangères
ou pseudo-nationales continuent, comme
à l'époque coloniale,
d'exporter des produits bruts en en réinvestisant
que trop peu leurs bénéfices
sur place. Les détenteurs du pouvoir
politique pratiquent, trop souvent, une
redistribution clientéliste et
clanique des recettes nationales, visibles
ou invisibles, générées
par l’exploitation des ressources
: la manne pétrolière prédispose,
tout comme le coltan (composé de
deux métaux rares, le columbium
et le tantale), l'or et le diamant, etc…
on le sait, à la kleptocratie.
Ainsi, en Angola, le diamant a longtemps
financé la guerre puis, la paix
revenue, le parti au pouvoir (le MPLA).
Christine Messiant, chercheuse à
l'EHESS, spécialiste de l'Angola,
observe : "(...) il continue à
y avoir appropriation massive des ressources
de la nation, qui n'a, malgré le
multipartisme et la paix, pas cessé
d'être un parti-État. Depuis,
l'économie est verrouillée,
et ce contrôle général
est en train de se renforcer avec la paix"
(citation Le Monde du 3 septembre 2005).
Selon un calcul du FMI, 4,22 milliards
d'USD auraient disparu des caisses de
la Banque centrale d'Angola entre 1997
et 2002, soit 9,25% du PNB du pays. L'envolée
du cours des matières premières
énergétiques a permis à
l'Angola d'engranger une croissance moyenne
d'environ 10% entre 1998 et 2004. Mais
l'exploitation des recettes du pétrole
(plus de 45% du PIB) est dans les mains
de la compagnie pétrolière
nationale Sonangol, de la Banque nationale
d'Angola et du président Dos Santos.
Certaines recettes n'apparaissent pas
du tout dans les comptes publics, celles
du diamant par exemple.
À l'échelle mondiale, le marché des diamants tente des mesures d'assainissement : le "Processus de Kimberley",
lancé en 2000, regroupe 69 pays
producteurs, transformateurs, importateurs
et exportateurs de diamant brut. En théorie,
il interdit l'acquisition de diamants
lorsqu'ils proviennent d'une zone de conflit.
Mais, dans les faits, le passage par
d'autres territoires de production permet
de les "blanchir". Alors authentifiés,
ils gagnent les grands centres mondiaux
de taille et de commerce du diamant. Ainsi, l'ONG Global Witness décrit un circuit de blanchiment des diamants alluvionnaires du nord de la Côte d'Ivoire qui transiteraient par le Mali (non membre du processus de Kimberley), pour gagner ensuite la Guinée (qui en est signataire) afin d'arriver, munis de faux certificat de provenance légale, sur le marché mondial. Cependant, d'après les diamantaires, le commerce illégal du diamant ne représenterait plus que 4% du commerce total en 2003.
Jusqu'à six armées étrangères
et de nombreuses milices locales se sont
affrontées en République
démocratique du Congo, largement
motivées par le contrôle
des ressources. Un rapport d'experts internationaux,
remis au Conseil de sécurité
de l'ONU en 2003, a pu mettre en lumière
les pratiques de pillage des ressources
naturelles (coltan, or, diamants, etc),
de travail forcé dans les mines
et l'implication de certaines compagnies
occidentales dans ce système.
La mono-exploitation de ressources a cependant
pu entretenir des périodes de prospérité
en Afrique, tel le "miracle"
ou "modèle" ivoirien,
largement fondés sur l'exploitation
du cacao (60% des recettes d'exportation
du pays en 2002). Mais le succès
de cette économie de plantation
reposait largement sur la stabilité
politique du long règne de Félix
Houphouët-Boigny, sur le travail
peu rémunéré des
Burkinabés et autres Maliens et
sur le soutien du système de la
France - Afrique.
Pour Roland Pourtier*, le cas du Gabon
est exemplaire d'une intégration
territoriale, d'une "gabonisation"
réussie grâce à la
rente perçue de l'exploitation
forestière et pétrolière.
Dans certains pays, la situation pourrait
évoluer positivement. Au Congo
et au Nigéria par exemple, le budget
est préparé en se fondant
sur une estimation très prudente
de l'évolution des cours du pétrole.
Tout surplus est déposé
sur un compte spécial
auprès de la banque centrale. Ainsi,
le gouvernement du Congo a pu régler
les arriérés de sa dette
extérieure. L'initiative sur la
transparence des industries extractives
(Extractive Industries Transparency
Initiative - EITI)* vise à
encourager le partage d'informations
entre pouvoirs publics et compagnies privées,
plusieurs pays producteurs africains pourraient
y adhérer. Le Congo publie régulièrement
sur son site web officiel des informations
détaillées relatives aux
opérations financières du
secteur pétrolier.
De la même manière, un assez long bras de fer entre le Tchad et la Banque mondiale a trouvé une issue. En juillet 2006, l'Assemblée nationale tchadienne a adopté un projet de loi de finances conforme au protocole signé avec la Banque mondiale à propos de l’utilisation des revenus pétroliers du pays. Le Tchad s’engage à consacrer 70% de ses revenus pétroliers à des programmes prioritaires de réduction de la pauvreté (santé, éducation, agriculture, infrastructures, déminage et "bonne gestion des affaires publiques"). Une autorité indépendante sera chargée de contrôler l’utilisation des revenus pétroliers.
- Dans ce dossier :
L'exemple de l'exploitation forestière
en République centrafricaine (Benoît Boutefeu)
- Roger Brunet, "Aspects de la mondialisation :
la révolution du diamant", article publié dans Mappemonde (février 2005) : http://mappemonde.mgm.fr/num6/articles/art05204.html
- Roland Pourtier
- Derrière le terrain, l'État
- Histoires de géographes, textes
réunis pas Chantal Blanc Pamard
- Éditions du CNRS - 1991
- La campagne de Global Witness :
www.globalwitness.org/pages/en/conflict_diamonds.html
- Extractive Industries Transparency
Initiative (EITI) :
ww
w.eitransparency.org
- Les "diamants de sang" à travers le film Blood diamond, présenté par Zéro de conduite :
http://cinema-education.fluctuat.net/blog/14137_Blood+Diamond+:+This+is+Africa%85.html
- et par les Cafés géographiques : www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=1031
|
Santé
La situation sanitaire de certaines populations
des pays d'Afrique subsaharienne est alarmante.
Elle est aggravée dans les zones
de conflit et justifie
certaines interventions humanitaires
d'urgence. Les risques de diffusion non
contrôlée de certains virus
y sont réels : fièvres hémorragiques
de Lassa et de Marburg, virus du SRAS (pneumonie
atypique), virus Ebola, etc. Et bien entendu,
l'épidémie à HIV/sida
paraît hors de contrôle dans
certains pays.
Ces situations mobilisent la communauté
internationale, à travers l'OMS en
particulier.
Pour prolonger :
- Voir l'article de Jeanne-Marie Amat-Roze
:
L’infection à VIH/sida, image
de la fracture Nord-Sud ?
(dossier "Risques et sociétés")
- La situation sanitaire des pays d'Afrique
subsaharienne sur le site de l'OMS :
www.who.int/countries/fr
|
Villes et métropoles
La croissance démographique de
l'Afrique subsaharienne est surtout urbaine
et la population urbaine y croit à
un rythme accéléré,
de l'ordre de 6% de moyenne annuelle.
Par comparaison, l’Europe affichait
un taux de 2% au plus fort de sa croissance
urbaine. La population de Londres a ainsi
doublé en 30 ans, celle d’Abidjan
a doublé en sept ans… celle
de Lagos est passée de 300 000
à 9 millions en 40 ans (Kinuthia-Njenga
C., 2002).
C'est le résultat d’un important
exode rural, mais également d’une
croissance naturelle des villes. L'urbanisation
accélérée de l’Afrique
a un impact sur la gestion urbaine, à
travers la question foncière, l’accès
aux services de base ou la maîtrise
de l’étalement. Elle pose
également des questions plus globales
concernant la hiérarchie urbaine,
les relations ville-campagne, et même
l’intégration régionale.
L’image de la ville, tout au moins
de la grande ville africaine, est souvent
négative. Elle est perçue
comme un lieu de perdition, de violence,
de conflits exacerbés
entre communautés,de corruption.
Les grandes conurbations comme Lagos,
Johannesburg, Abidjan, etc. paraissent
concentrer les maux africains. De nombreux
quartiers sont organisés sur une
base ethnique et des
guerillas urbaines peuvent s'y dérouler
périodiquement comme à Brazzaville
ou à Monrovia.
Mais les réseaux d’immigration
et de sociabilité en milieu urbain
sont facteurs de dynamisme et de diffusion
de l'innovation. Et il ne faut pas oublier
que les agglomérations urbaines
sont les véritables moteurs du
développement, y compris du développement
rural. L’auto-développement
des campagnes est en effet une vue de
l’esprit : c’est du marché,
des aires de chalandise, qu’est
issu le stimulant permettant la mise en
œuvre des processus de progrès
de l’agriculture.
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Glossaire
proposé par Sylviane Tabarly,
avec la collaboration de Christian Bouquet et de Jean-Louis Carnat,
mise à jour partielle
le 5 juin 2007
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| Mise
à jour partielle : 05-06-2007
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