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Trois exemples de crise en Afrique subsaharienne

Publié le 10/01/2013

La seconde guerre du Congo (RDC), qui débute en août 1998, illustre bien la complexité d'une crise qui voit s'entremêler des troubles de nature diverse. La crise rwandaise affecte d'abord la partie orientale de la RDC avec des interventions extérieures plus ou moins directes (angolaise, zimbabwéenne et namibienne). Une rébellion, conduite par Laurent Désiré Kabila à partir de l'est du pays, avait emporté des succès. À Kinshasa, la chute du régime de Mobutu, à partir d'août 1998, l'incite à s'émanciper de ses alliés rwandais et ougandais. Ces deux pays ont aussitôt organisé une rébellion dans les vastes territoires du nord et de l'est du pays sous l'égide du RCD (Rassemblement congolais pour la démocratie). La guerre s'est enlisée, alors que Laurent Désiré Kabila recevait l'appui du Zimbabwe et de l'Angola. Pour la première fois un conflit africain prenait une dimension continentale. Depuis cet épisode, le conflit perdure alors que, paradoxalement, les combats les plus violents se sont déroulés entre les supposés alliés, le Rwanda et l'Ouganda, la rébellion de l'est a en effet éclaté en plusieurs factions, soutenues soit par le Rwanda (RCD GOMA) soit par l'Ouganda (Mouvement pour la libération du Congo MLC).

La situation est aujourd'hui particulièrement complexe, avec la manipulation de rivalités ethniques en Ituri (entre Hema et Landu), mais également avec l'intervention des anciennes milices Hutu du Rwanda, les Interahamwe, qui, après s'être réfugiées dans la forêt pendant quelques années, ont repris les armes contre le Rwanda. La mission de l'ONU (MONUC) s'est révélée impuissante à ramener le calme et les troupes indiennes ou népalaises de l'ONU, entraînées dans les combats, ont subi des pertes notables.

La guerre est aujourd'hui le prétexte à une tentative de dépeçage de la RDC pour s'emparer de ses ressources (diamants, or, coltan), de la part d'États comme le Rwanda et l'Ouganda, mais également de divers intérêts privés. Ainsi, les violents combats entre le Rwanda et l'Ouganda pour le contrôle de Kisangani, dans le Nord du pays, ne répondaient pas à des impératifs stratégiques mais à la volonté de s'emparer de gisements diamantifères. De même, les violences en Ituri, présentées comme le fruit de rivalités ethniques et de conflits fonciers, se sont déroulées sur un champ pétrolifère qui attise de nombreuses convoitises.

En 2003, l'Ouganda et le Rwanda ont retiré leurs troupes, alors que l'envoi de troupes françaises dans le cadre d'un mandat de l'ONU a permis de ramener le calme. Les accords de Sun city en Afrique du Sud ont débouché sur la mise en place d'un gouvernement d'unité nationale dirigé par Joseph Kabila qui a succédé à son père.

Les conflits libérien et sierra léonais ont conduit à l'émergence de foyers de troubles dans plusieurs pays de la région. Il s'agit d'un mélange de rivalités ethniques et de luttes pour le contrôle des ressources naturelles.

Au Liberia, les Afro-américains, implantés à partir de 1821 par l'Américan Colonization Society, ont longtemps monopolisé le pouvoir vis-à-vis des populations locales considérées comme primitives. L'État a profité de la rente procurée par les pavillons de complaisance. En 1980, un coup d'état militaire mené par le sergent Samuel Doe de l'ethnie krahn a renversé le pouvoir afro-américain et entraîné le déchaînement des violences. À partir de 1989, le front national patriotique de Charles Taylor a entraîné le pays dans une véritable guerre civile, en dépit de l'intervention d'une force ouest africaine d'interposition (l'ECOMOG, issue de la Communauté économique des États d'Afrique de l'ouest / CEDEAO). L'élection de Charles Taylor comme président en 1997 n'a pas mis fin au conflit, celui-ci reprenant de plus belle jusqu'en 2003. Depuis cette date, l'intervention de plus de 15 000 casques bleus et le départ de Charles Taylor ont mis un terme aux violences mais l'élection d'Ellen Jonhson Sirleal (décembre 2005) s'est déroulée dans un climat tendu, de nombreux chefs de guerre ayant apporté leur soutien à Georges Weah.

La Sierra Leone offre un profil comparable avec une opposition entre les populations côtières, les créoles de l'ancienne colonie britannique de Freetown, et les natifs de l'intérieur, notamment les Mende et les Temne. La guerre civile a éclaté pour prendre le contrôle de la principale ressource du pays, le diamant. Charles Taylor a soutenu le Revolutionary united front (RUF) en lui offrant des bases arrière en échange des diamants qui lui permettaient d'acheter des armes. L'alliance, dépourvue de tout aspect idéologique, entre Foday Sankoh, leader du RUF et Charles Taylor, illustre les liens établis entre des conflits différents. Face à la rébellion, les autorités de Freetown ont fait appel à des mercenaires sud africains ainsi qu'à des chasseurs locaux, les Kamajors, formés en milice. Dans tous les cas, les "diamants de sang" de la Sierra Leone ont généré de nombreux trafics et servis au financement de la guerre. L'ECOMOG et l'ONU se sont révélés impuissants et c'est finalement l'intervention de troupes britanniques, l'ancienne puissance coloniale, qui a permis la conclusion d'un cessez-le-feu, signé à Abuja en novembre 2000.

Même après l'exil de Charles Taylor en août 2003, et trois ans après l'installation en Sierra Leone de la force des Nations Unies destinée à restaurer la paix (MINUSIL) le conflit suscite encore des troubles dans les États voisins notamment en Guinée, en Côte d'Ivoire et même dans des États plus éloignés comme le Sénégal.

La fin du "miracle" ivoirien, la disparition d'Houphouët-Boigny en 1993, l'exaltation du concept "d'ivoirité" par des hommes politiques irresponsables ainsi que les troubles du Libéria à ses frontières occidentales ont entraîné la Côte d'Ivoire dans la guerre. Le coup d'état du général Gueï en 1999, l'arrivée au pouvoir de Laurent Gbagbo en octobre 2000, ont accentué les tensions entre le Nord et le Sud du pays. Celles-ci se fondent sur la peur des sudistes (population chrétienne et animiste de la zone forestière) face à la venue de migrants musulmans originaires du Nord ou du Burkina Faso. Les questions foncières, les tensions ethniques et religieuses, les ambitions politiques portent en germe le conflit.

Ce repli sur "l'ivoirité" et la volonté des hommes politiques du sud (le Baoulé : Konan Bédié, le Bété : Laurent Gbagbo) d'empêcher Alassane Ouattara, homme politique du Nord considéré comme de nationalité douteuse de se présenter aux élections, ont débouché sur le conflit. De jeunes militaires originaires du Nord ont déclenché celui-ci en septembre 2002, le Burkina Faso servant de base arrière à la rébellion. Ils ont conquis rapidement le Nord du pays sous la bannière du Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI). Seule l'intervention française a donné un coup d'arrêt à cette progression vers le Sud, en figeant la ligne de front et en contraignant les belligérants à signer les accords de Marcoussis en janvier 2003. Ces derniers n'ont pas été acceptés par le pouvoir et les sudistes, d'où leur tentative avortée, à l'automne 2004, de résoudre le conflit par la force. Il faut souligner que le conflit ne s'est pas arrêté aux frontières de la Côte d'Ivoire : dans l'ouest ivoirien, les rebelles du Mouvement populaire du grand ouest ont reçu le soutien de Charles Taylor alors que de son coté, Laurent Gbagbo recrutait parmi les opposants au président du Liberia.

Eric Bordessoule, pour Géoconfluences, le 15/01/2006

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