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Le secteur gazier ou les vicissitudes d’un monopole

Publié le 10/01/2013

 

 

Riche en pétrole, le sous-sol russe l'est plus encore en gisements de gaz. Premier producteur et premier exportateur mondial, avec environ 20 % des capacités mondiales de production de gaz, la Russie détient des réserves prouvées gigantesques : les estimations actuelles font état de 1680 trillions de mètres cubes (Tmc), soit environ un tiers du total des réserves mondiales et plus de deux fois celles de l'Iran, deuxième détenteur mondial de ressources. La Russie fournit ainsi plus de 25% de la consommation annuelle de l'Union Européenne, et entend renforcer à l'avenir sa présence sur ce marché très lucratif.

A la différence du secteur pétrolier, la production de gaz n'est pas répartie entre plusieurs acteurs : Gazprom, entreprise contrôlée par l'État, détient plus de 60% des réserves et assure 90% de la production, tout en contrôlant le transport et les exportations par le réseau de gazoducs et les licences qu'il détient. Ce géant industriel joue un rôle de premier plan dans la vie économique et politique de la Russie. Principal pourvoyeur national de devises étrangères, le groupe contribue également à hauteur de 25% des recettes du budget de l'État. Toutefois, la politique menée depuis le début des années 1990 par l'entreprise n'a pas permis d'enrayer le déclin de la production, qui a baissé de 10% en 10 ans. Pour maintenir les volumes à leur niveau actuel, la Banque Mondiale estime que l'entreprise devrait investir une moyenne de 10 milliards de dollars par an durant les dix prochaines années. L'effort devrait être encore plus important pour permettre d'atteindre les objectifs de l'entreprise, qui sont d'augmenter la production de 10% d'ici 2020. Or, malgré une forte croissance, les montants investis depuis 2001 sont très loin d'avoir atteint les niveaux requis : 2,8 milliards de dollars en 2001, 4,7 milliards en 2002 et 6,1 milliards en 2003.

L'insuffisance des recettes courantes est souvent invoquée pour expliquer la faiblesse de l'effort d'investissement. Gazprom pratique en effet une tarification particulièrement favorable envers les consommateurs russes, tandis que les prix à l'exportation sont déterminés par les conditions du marché mondial des énergies primaires. Les recettes nettes enregistrées en 2003, malgré une forte augmentation par rapport aux années précédentes du fait d'un contexte de prix d'exportation particulièrement favorable, n'ont pas dépassé 8 milliards de dollars. En effet, les prix domestiques moyens représentaient 50 % du coût de production et de distribution du gaz en 2002. Après les révisions tarifaires autorisées par l'État, ils se sont établis à 80% de ce coût en 2004. Même après cette augmentation substantielle, les prix domestiques ne représentent que 25% des prix mondiaux, particulièrement élevés il est vrai du fait d'une conjoncture mondiale tendue. Le montant cumulé du préjudice supporté par Gazprom du fait de cette politique tarifaire est difficile à chiffrer. Si l'on s'en tient à la tarification au coût marginal, on peut le situer dans une fourchette comprise entre 16 et 19 milliards de dollars sur la période 2002-2004, soit un montant largement supérieur au retard d'investissement correspondant. Pour important qu'il soit, ce manque à gagner lié aux obligations imposées au monopole gazier ne saurait l'exonérer des doutes pesant sur la qualité de sa gestion, ni sur sa volonté de poursuivre une politique active de modernisation et de contrôle des coûts, dans un contexte concurrentiel encore peu menaçant.

 

Julien Vercueil, xxxx.

 

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