Vous êtes ici : Accueil Informations scientifiques Dossiers régionaux La Chine entre espaces domestiques et espace mondial popup Les mutations du régime de Taipei depuis 1988

La Chine entre espaces domestiques et espace mondial

Les mutations du régime de Taipei depuis 1988

Publié le 01/11/2005

Quand Lee Teng-hui est devenu Président de la République en 1988, le régime de Taipei se réclamait officiellement d’une identité chinoise et il était marqué par un symbolisme continental généralisé. Il était dirigé par les Continentaux, sur un mode certes développementaliste, mais typiquement colonial. C’était une dictature finissante et le régime était officiellement réunificateur. Quand le Kuomintang a quitté le pouvoir en 2000, le régime de Taipei s’était métamorphosé : sans coup d’État, sans guerre civile, et en un temps record. Il promouvait désormais l’identité taiwanaise, s’était insularisé à tous points de vue, était dirigé de plus en plus par des Taiwanais de souche à tous les niveaux, y compris aux échelons supérieurs des armées, s’était profondément démocratisé, et ne souscrivait plus qu’officiellement, et pour calmer le jeu, à l’objectif de la réunification nationale. Celui-ci, horizon ultime de la tension géopolitique, était d’ailleurs rendu déjà totalement impraticable par les différences de développement politique entre les deux rives, par l’incapacité de la Chine à admettre la souveraineté effective de la République de Chine insulaire et par une méfiance généralisée de Taiwan envers le régime chinois. Le successeur de Lee Teng-hui, Chen Shui-bian, a approfondi le mouvement, sans en altérer les choix stratégiques essentiels qui demeurent la ligne de conduite. Cette métamorphose s'est accompagnée d'un profond mouvement de renaissance culturelle en cours aujourd’hui à Taiwan et qui nourrit par la base une identité nationale en plein développement, bien que récemment en perte de vitesse du fait d'une perception que l'avenir (économique) de l'île est inévitablement en Chine.

Les lignes rouges, dans le mouvement de transition politique à Taiwan, sont mouvantes. Certains des discours tenus à Taiwan aujourd’hui, par exemple sur la menace chinoise, n’auraient jamais pu être prononcés par les mêmes réformateurs il y a dix ans, sept ans, ou même quatre ans, dans un cadre officiel. Des réformes qui passent aujourd’hui, même si elles restent des sujets de batailles, n’auraient jamais été placées sur l’agenda politique alors que la situation n’était pas mûre et que le temps n’avait pas fait son œuvre : celui d’une inéluctable marginalisation, dans le jeu politique taiwanais, des tenants de la réunification, qui s’accrochent à cet objectif, invendable sur le marché électoral taiwanais, par ce qu’ils ne peuvent psychologiquement y renoncer. Pathétique est leur combat, acharnées sont leurs méthodes : mais les tendances lourdes de l’histoire ne leur font guère de cadeaux.

Et pendant ce temps, la stratégie internationale de Taipei est la même depuis quinze ans : celle du grignotage et de ce qu’il convient bien d’appeler une exploration méthodique du statu quo. Ceci veut dire, pour peu que son affirmation identitaire soit modérée, progressive et en y mettant les formes, en comprenant les limites qui lui sont imposées, que Taipei peut faire admettre de plus en plus, et par étapes, son point de vue et l’injustice de sa situation internationale.

En conclusion, la clé de la compréhension du conflit géopolitique entre la Chine populaire et la République insulaire réside autant dans la question de la souveraineté que dans celle de l’identité. Rien ne sert de dire "Mettons la question de la souveraineté de côté" : tentée depuis les années 1990, cette politique n’a abouti à aucun progrès ni pour la Chine, ni pour Taiwan, ni pour la communauté internationale. Et l’on voit difficilement comment il en serait autrement. Il est aussi irréaliste d’attendre des dirigeants élus d’un État souverain qu’ils sabordent la souveraineté de leur régime – ce qu’ils ne feront que sous les missiles, y compris les unificateurs – que d’espérer des dirigeants d’un État irrédentiste, aujourd’hui puissant et orgueilleux comme l’est la Chine, d’en revenir un jour prochain à une vision plus réaliste des relations entre les deux rives. Le problème ne fait donc qu’être repoussé.

Éléments tirés de l'article de Stéphane Corcuff
Taiwan existe-t-elle ? (III)
Du débat constitutionnel : nom du régime et territoire national
Monde chinois, n°5, été-automne 2005

Résumés de l'article d'origine en chinois et en anglais

摘要

臺灣存在嗎?(三) 關於憲法爭論:「國號」與「國土」議題

此系列文章的最後一篇以臺灣憲法問題結尾,1949年國民黨在中國戰敗後,臺灣不但成為中華民國政府的避難地,更是南京憲法的庇護所。僅管政府在中國大陸本土時期和臺灣島時期有著無法否認的法律延續效力,但由於1948到1991年間的非常時期〈動員堪亂臨時條款〉,以及1991年至今日,為了使南京憲法能夠確切適應臺灣今日情況而實行的七次修憲,原始憲法本身從未全部實行。這七次修憲引起的變化雖然影響甚大,卻仍被肇於地緣政治而無法跨越的政治界線限制住。這篇文章以一個基礎改革的可能必要性做為結論,並以2006年替換南京憲法的可能性做為前題,觸及了兩項最敏感的問題─:「國號」與「國界」─。

Does Taiwan exist ? (III) About the Constitutional Debate: Naming the Country, Delimitating its National Boundaries

This third and last paper concludes on the constitutional debate in Taiwan, an island that became the sanctuary of not only the institutions of the Chinese Republic but also of the Nanking Constitution, after the defeat of the Nationalists in 1949 in China. In spite of an undeniable legal continuity between the continental and the insular eras of the R.O.C. regime, the original, 1947 text has never been applied in it totality, neither between 1948 and 1991, because of a derogatory legal order, nor since 1991, because of a series of seven waves of "additional articles" adopted to adapt the content of the Nanking text to the Taiwanese contemporary reality. However deep those changes may have been, they have never gone beyond political limits that could not be crossed notably because of geopolitical reasons. The article concludes on the idea that a fundamental reform may be needed, leading to the question of how to deal with the two most sensitive issues of all, in the perspective of a possible abandonment of the Nanking Constitution in 2006: the issues of renaming the country, and the delimitation of its national boundaries.
Copyright ©2002 Géoconfluences - DGESCO - ENS de Lyon - Tous droits réservés, pour un usage éducatif ou privé mais non commercial

 
Actions sur le document