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Territoires européens : régions, États, Union

Des données sur l'innovation

Publié le 16/06/2008
Auteur(s) : Sylviane Tabarly, DGESCO-ENS de Lyon

Ci-dessous, dans l'ordre :

- Des données statistiques européennes, les Services à forte intensité de connaissance (SFIC) de haute technologie

- Tableau de bord pour l'innovation (TBEI), des résultats mitigés

- La Stratégie de Lisbonne en quête d'efficacité

Cette page du corpus documentaire est à mettre en relation avec l'article de Jacques Fache et Marion Gobin : Innovation et territoire, enjeu essentiel des politiques d'aménagement en Europe

 

Des données statistiques européennes : les services à forte intensité de connaissance (SFIC) de haute technologie

Sources essentielles d'innovation, les Services à forte intensité de connaissance (SFIC) et, dans une plus grande mesure encore, les SFIC de haute technologie* sont souvent considérés comme des moteurs importants de la croissance dans les économies modernes et ils jouent un rôle central dans les processus de l'innovation.

Des indicateurs de l'économie de la connaissance en Europe

La carte ci-contre présente les parts d'emploi dans le secteur des Services à forte intensité de connaissance de haute technologie en 2006 dans les régions (niveau NUTS 2) de l'UE et de l'AELE. Plusieurs régions qui présentent des parts élevées d'emploi dans le secteur des SFIC de haute technologie sont des régions capitales : Stockholm (Suède), Oslo og Akershus (Norvège), l'Île de France (France) et la Comunidad de Madrid (Espagne) et, avec près d'un dixième de l'emploi dans le secteur des SFIC de haute technologie (9,2%), la région de Berkshire, Buckinghamshire et Oxfordshire (Royaume-Uni) est largement en tête. Outre les régions capitales, les régions qui possèdent un taux élevé d'emploi dans le secteur des SFIC de haute technologie sont situées pour la plupart en Allemagne, au Royaume-Uni et en Europe du Nord. En revanche, le secteur des SFIC de haute technologie emploie en général moins de personnes en Europe du Sud et de l'Est.

Source : Eurostat, NACE*. Les indicateurs économiques sont tirés des statistiques structurelles sur les entreprises (SSE). Les données sur l'emploi proviennent de l'enquête communautaire sur les forces de travail (EFT).

Le secteur des Services à forte intensité de connaissance (SFIC) de haute technologie en Europe

Quel lien y-a-t-il entre les SFIC et les capacités d'innovations régionales ? On constate les parts élevées d'emploi dans le secteur des SFIC de haute technologie dans les régions capitales. L''innovation est à bien des égards un phénomène principalement régional. Certaines études (Makun et McPerson, 1997) avaient déjà révélé que, malgré les changements technologiques, tels que l'essor de l'Internet, les taux d'innovation sont plus élevés dans les régions où il existe une forte concentration de SFIC. Dans la plupart des cas, d'une part les échanges interrégionaux de SFIC ne sont pas possibles en raison de la nécessité d'établir des contacts "face à face" pour la diffusion de connaissances implicites, d'autre part, dans le secteur des services, le caractère local des relations entre fournisseurs et prestataires est nécessaire (Wood, 1991).

Le niveau régional est donc le plus approprié pour l'étude du rôle des SFIC dans l'innovation. En se fondant sur la théorie des "régions apprenantes", Strambach (1998) décrit deux types d'effets des SFIC : les effets directs et indirects. Les effets directs représentent le développement des innovations propres des SFIC, tandis que les effets indirects sont divisés en quatre groupes : transfert de connaissances à travers la gestion des connaissances ou du savoir-faire technologiques spécialisés ; intégration des différents stocks de connaissances et compétences ; adaptation des connaissances existantes aux besoins spécifiques des clients ; production de nouvelles connaissances. […]

D'après : Statistiques en bref, Services à forte intensité de connaissance de haute technologie. Forte concentration dans les régions capitales (fin de rédaction 26 février 2008 sur des données extraites le 28 novembre 2007http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_OFFPUB/.../FR/KS-SF-08-018-FR.PDF

Note, compléments documentaires

* Une Nomenclature statistique des activités économiques dans la Communauté européenne (NACE) a été adoptée en 1990 afin d'établir une nomenclature statistique commune des activités économiques dans l'UE pour rendre comparables et compatibles les nomenclatures, et partant les statistiques, nationales et communautaires. Une version révisée de la NACE est en vigueur depuis le 1er janvier 2003 (NACE rév. 1). Selon cette NACE, les Services à forte intensité de connaissance (SFIC) de haute technologie sont les suivants : Postes et télécommunications (64); Activités informatiques (72) ; Recherche-développement (73).

Pour plus de détails sur la classification NACE : http://ec.europa.eu/eurostat/ramon.

Documents pour aller plus loin

 

Tableau de bord pour l'innovation (TBEI) : des résultats mitigés

Le Tableau de bord européen de l'innovation (TBEI) comprend des indicateurs de l'innovation et des analyses de tendances pour l'ensemble des États membres de l'UE, ainsi que pour la Turquie, l'Islande, la Norvège, la Suisse, les États-Unis et le Japon. Il évalue cinq aspects clés de l'innovation : les moteurs de l'innovation, la création de connaissances, l'innovation et l'esprit d'entreprise, les applications et la propriété intellectuelle.

Sa cinquième édition (2006) fait ressortir d'importantes disparités nationales. Les pays nordiques et l'Allemagne sont les plus performants en matière d'innovation dans l'UE : la Suède, la Finlande, la Suisse, l'Allemagne et le Danemark sont les champions européens de l'innovation. La plupart des nouveaux États membres sont engagés dans un processus de rattrapage mais leur lente progression rend peu vraisemblable une convergence à court terme en Europe et certains continuent à perdre du terrain.

La plupart des "anciens" États membres appartiennent à un groupe plus large de pays moyennement performants. En fonction de leurs performances d'innovation, le tableau de bord répartit les pays européens en quatre groupes qui apparaissent sur le graphique suivant qui montre l'Indice de synthèse de l'innovation (Summary Innovation Index / SII) sur l'axe vertical et le taux de croissance moyenne du SII sur l'axe horizontal. Les pays situés au-dessus de la ligne horizontale en pointillé affichent actuellement des performances d'innovation supérieures à la moyenne de l'UE-25. Les pays à droite de la ligne verticale en pointillé ont connu une croissance moyenne du SII plus rapide que celle de la moyenne de l'UE-25.

Indice de synthèse de l'innovation

Mais au final, on peut penser que si les tendances pour l'ensemble des 25 États membres se confirment, l'écart existant entre l'Europe et les États-Unis en matière d'innovation ne se réduira pas*.

Par ailleurs, pour la première fois à l'occasion de cette enquête, le TBEI a mis au point une approche qui permet d'évaluer la façon dont les pays exploitent leurs facteurs d'innovation (approche input/output, entrant/sortant). Certains pays (Suisse, Allemagne, Luxembourg, Irlande par exemple) affichent de bien meilleures performances en termes d'output que d'autres et parviennent donc à transformer leurs atouts en réussites sur le plan de l'innovation. Ces différences pourraient notamment s'expliquer par la réceptivité de la population d'un pays aux nouveaux produits et services, telle qu'elle a été mesurée par l'enquête "Innobaromètre" de la Commission européenne en 2005.

Note et compléments

* Les investissements de l'UE dans la recherche sont inférieurs de près d'un tiers à ceux des États-Unis et le retard de l'UE en matière d'innovation ne s'est pas réduit depuis le début du XXIe siècle. Parallèlement, des pays émergents tels que la Chine et l'Inde sont en train de devenir rapidement des centres de recherche et d'innovation de premier ordre.

Activités de l'Union européenne :

 

La Stratégie de Lisbonne en quête d'efficacité

Le Conseil européen de Lisbonne, en 2000, avait initié un "Espace européen de la recherche" (EER) dans le cadre du processus et de la "stratégie de Lisbonne". Le Conseil européen de Barcelone de 2002 précisait le cap avec des objectifs chiffrés : augmenter de plus de 50% en valeur réelle les dépenses en R&D d'ici 2010, qui passeraient ainsi de 1,9 à 3% du PIB, et atteindre 67% de part du secteur privé dans les dépenses totales en R&D en 2010.

Depuis ses origines, la Stratégie de Lisbonne a bien évolué. Dans sa version initiale de 2000, elle visait à faire de l'Europe "l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde à l'horizon 2010", objectif qui se voulait mobilisateur, mais sans doute prétentieux et irréaliste, ce qui a d'abord nui à sa crédibilité. Puis l'accent fut mis sur le développement durable, pour faire de l'économie européenne une économie à la fois compétitive, sociale et écologique.

Après quatre années d'inefficacité et d'immobilisme certains, le rapport (Wim) Kok de 2004 (révision à mi-parcours de la Stratégie de Lisbonne www.rpfrance.eu/spip.php?article268) faisait un bilan sévère sur l'absence d'efficacité des efforts engagés. S'il considérait que la Stratégie de Lisbonne continuait à être valable il constatait que ses objectifs chiffrés pour 2010 ne seraient probablement pas atteints. Le rapport faisait, entre autre, le constat d'une carence dans l'appropriation nationale de la Stratégie de Lisbonne. Il considérait qu'une vue d'ensemble des mesures envisagées par les gouvernements était fondamentale pour assurer l'efficacité du processus. Le groupe invitait donc chaque État membre à établir un "programme d'action national", décrivant la façon dont il entend atteindre les objectifs de Lisbonne en améliorant sa gouvernance.

Dans ces circonstances, le 12 octobre 2005, la Commission a présenté un plan d'action intégré innovation/recherche (MEMO/05/366) qui préconisait une amélioration radicale des conditions de la recherche et de l'innovation en Europe et qui comportait diverses mesures : réaffectation des aides d'État ; plus grande efficacité de la protection de la propriété intellectuelle ; mobilisation de fonds supplémentaires pour la recherche ; création de pôles d'innovation et amélioration des partenariats entre les universités et l'industrie. Pour la première fois, le plan offre une approche intégrée des politiques communautaires concernant la recherche et l'innovation et il met particulièrement l'accent sur l'amélioration des conditions d'investissement du secteur privé dans la R&D et l'innovation.

Lisbonne 2000 - 2007 : des résultats insuffisants

La Stratégie de Lisbonne avait consacré un objectif global de 3% du PIB pour l'investissement dans la R&D. Or les dépenses publiques européennes demeurent très loin de cet objectif, à 1,8% du PIB, et apparaissent même en régression depuis 2000. De manière plus fine, l'analyse de l'évolution des dépenses nationales de R&D permet de constater que :

  • seules la Finlande et la Suède dépassaient en 2006 l'objectif de 3% du PIB, quatre pays (Danemark, Allemagne, Autriche et France) se situaient entre 2 et 2,5%, tandis que onze autres pays affichaient un niveau de dépenses inférieur à 1% ;
  • sur la période 2000-2006, 17 pays ont affiché une progression de leur dépense intérieure de R&D, tandis que 10 autres (dont la France et le Royaume-Uni) ont vu baisser ou stagner leur niveau de dépenses ;
  • compte tenu de l'importance absolue et relative des dépenses de R&D de ces deux derniers pays, de telles performances expliquent pourquoi l'effort moyen global de l'UE a légèrement régressé entre 2000 et 2006, ce qui contrevient sans nul doute aux engagements pris à Lisbonne, puis à Barcelone en mars 2002.

 

En termes de comparaisons internationales, l'UE a régressé dans le domaine de la R&D depuis 2000. Elle est rapidement rattrapée par les pays émergents : avec 136 milliards de dollars d'investissements en 2006, la Chine est ainsi devenue, en volume financier, le second investisseur mondial de R&D. Au rythme actuel, elle devrait dépasser l'effort consolidé européen (230 milliards en 2007) dès 2010.

La R&D devait être au cœur de la Stratégie de Lisbonne pour l'économie de la connaissance mais, sur la scène mondiale, la position relative de l'UE régresse depuis 2000, tant en termes de moyens financiers qu'en termes de résultats. Aussi la Stratégie de Lisbonne a-t-elle été qualifiée, en 2007, de "réponse européenne à la mondialisation", à travers notamment l'adjonction de la problématique énergétique et d'une "dimension extérieure" de la Stratégie. Le Conseil européen de mars 2007 a identifié de nouveaux "objectifs intermédiaires", pour 2020, au-delà de l'horizon 2010 retenu jusque là. Dans le secteur énergétique, impliquant fortement la R&D, il s'agirait donc : d' économiser 20% de la consommation énergétique de l'UE par rapport aux projections pour l'année 2020 ; d'atteindre une proportion contraignante de 20% d'énergies renouvelables dans la consommation énergétique totale de l'UE ; d'atteindre "une proportion contraignante de 10% de biocarburants dans la consommation totale d'essence et de gazole destinés au transport au sein de l'UE. C'est dans ce contexte que le Conseil européen des 13 et 14 mars 2008 a lancé le cycle 2008-2010 de la Stratégie de Lisbonne ("Lisbonne III").

Gouvernance et stratégie de Lisbonne

Une des critiques relatives à la mise en œuvre de la Stratégie de Lisbonne tient à l'implication politique variable, mais globalement limitée, des autorités de l'Union et des États membres, qui en fait trop souvent une stratégie essentiellement bureaucratique, sans contraintes et sans enjeux clairs.

Jean Pisani-Ferry et André Sapir ont cherché à mesurer ce degré d'appropriation politique en évaluant la prise en compte de la Stratégie de Lisbonne par les principales parties prenantes au niveau national. Celle-ci est très variable selon les pays de l'UE, notamment s'agissant du "niveau de suivi" des autorités gouvernementales et de l'implication des parlements. Ce qui explique sans doute le caractère relativement confidentiel de la Stratégie de Lisbonne. Ce déficit d'appropriation renforce les doutes relatifs à l'imputabilité réelle des bons résultats économiques récents de l'Europe à la Stratégie de Lisbonne plutôt qu'aux cycles macro-économiques ou à la volonté réformatrice propre de certains États membres : les pays scandinaves, en tête du palmarès de Lisbonne, n'ont-ils pas réformé leurs économies dès les années 1990 ?

Les transpositions des directives "Lisbonne" sont aussi inégales. L'UE a adopté plus de 70 directives dans le cadre de la Stratégie de Lisbonne. Quarante d'entre elles auraient du être transposées fin 2003.

Or :

  • la transposition moyenne par les États membres s'établit seulement à 58,3% pour ces 40 directives, soit une performance très médiocre,
  • le Danemark, l'Espagne et l'Italie ont les meilleures performances (entre 85 et 75% de directives "Lisbonne" transposées), tandis que la France, l'Allemagne et la Grèce cumulent les retards les plus importants (entre 42 et 35%),
  • seules 7 sur ces 40 directives ont été transposées par tous les États membres.

Ces non-transpositions retardent des réformes essentielles pour l'Union : le e-commerce, les communications électroniques, les énergies renouvelables dans le marché électrique...


Source : www.pisani-ferry.net/article.php3?id_article=195

Version abrégée : www.pisani-ferry.net/base/papiers/re-06-lisbonbrief.pdf

Devenir "l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde à l'horizon 2010" n'a sans doute jamais constitué un objectif réaliste pour l'Europe. Rester dans la course en termes de prospérité et d'influence internationale, dans un monde appelé à être dominé par un duopole américano-asiatique : tel est le vrai défi global auquel l'Europe se trouve désormais confrontée.

Sources et références

 

Sélection, adaptation documentaires et mise en page web : Sylviane Tabarly,

pour Géoconfluences, le 15 juin 2008

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Mise à jour : 16-06-2008

 


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