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La Méditerranée, une géographie paradoxale

Données climatiques et bio-géographiques

Publié le 17/12/2008


Caractères climatiques de l'aire méditerranéenne

Seule mer à avoir donné son nom à un type climatique régional, la Méditerranée, dans son extension spatiale habituellement retenue, ne se confond toutefois pas complètement avec l'aire du climat méditerranéen : des nuances, désertiques sur sa partie méridionale, continentales dans sa partie nord (Adriatique), ou relatives aux effets du relief, en complexifient la réalité.
Le climat méditerranéen s'insère dans le groupe des climats tempérés (et non dans celui des climats subtropicaux). Ses principaux caractères résultent, en été, de l'extension vers les pôles d'anticyclones subtropicaux (d'où la chaleur et la sécheresse estivales), qui s'effacent en automne et en hiver pour laisser passer le flux des perturbations tempérées venues d'Atlantique dans sa partie ouest ou de coulées d'air polaire dans sa partie nord-orientale. En conséquence, les caractères moyens des différents climats méditerranéens sont les suivants : un rythme à quatre saisons bien contrastées ; un été chaud et sec ; un hiver marqué, bien que doux (la moyenne mensuelle n'est jamais inférieure à 0°C) ; un printemps et un automne parfois très pluvieux, avec un net avantage à l'automne.

Le climat de type méditerranéen a ainsi comme particularité la coïncidence entre le minimum pluviométrique et la maximum thermique annuels, ce dont rendent bien compte les diagrammes ombrothermiques. La sécheresse estivale correspond, selon la méthode proposée par H. Gaussen, aux périodes où les précipitations moyennes sont inférieures au double des températures moyennes (P<2T)

Les quantités annuelles de précipitations sont rarement négligeables : 765 mm/an à Alger, 862 mm à Nice, et même 2 000 mm sur les Cévennes. Elles peuvent, par leur concentration dans le temps (quelques semaines, voire, quelques jours), avoir des conséquences spectaculaires si ce n'est catastrophiques : c'est le cas, en France, des "épisodes cévenols" susceptibles de provoquer des crues dévastatrices.

Au delà de ces paramètres pluvio-thermiques, le climat méditerranéen se distingue par la qualité de sa lumière, par ses durées d'ensoleillement généreuses : 2 400 heures minimum au nord-ouest du bassin, 3 500 heures sur le littoral libyen. Ce qui explique largement l'attractivité de la région.

Notons enfin que la variabilité interannuelle du climat est très forte ce qui n'est pas sans conséquences pour la gestion des ressources e
n eau et des risques.

Insertion : quelques diagrammes ombro-thermiques ? + carte de l'ensoleillement ? A rechercher

J.L. Carnat : Il serait bien d'introduire ici un diagramme ombrothermique avec un rapide commentaire du style « La lecture et parfois la construction de diagrammes ombrothermique ont longtemps constitué des exercices « canoniques » de l'enseignement de la géographie. Il est souhaitable d'aborder cet outil avec une certaine distance critique : - il a été au départ conçu dans une démarche bio-géographique afin de repérer les période de déficit hydrique pour les végétaux (cf. H. Gaussen)- construit à partir de moyennes ou totaux mensuels, il masque les épisodes paroxysmiques (pluies torrentielles).- il constitue toutefois un exercice de représentation graphique de données chiffrées, et de lecture croisée de données, par ailleurs mis en œuvre dans d' autres enseignements.Il convient surtout de le mettre au service de l' analyse géographique, dans une logique comparative permettant par exemple de différentier deux territoires, ou dans la mise en relation des données climatiques avec les activités humaines, qu'elles soient agricoles ou touristiques, ; à ce titre il peut être judicieux de corréler pour une station les données climatiques représentées sur le diagramme ombrothermique et la courbe mensuelle de fréquentation touristique ».

Pour prolonger :

- Sur le site de Météo-France, la rubrique climatologie (les stations par département, les fiches climatologiques, etc. la météo de A à Z) : www.meteo.fr/meteonet/temps/france/clim/cli.htm
- Groupe de sciences de l'atmosphère : http://meteocentre.com/toulouse
- Les épisodes cévenols : www.sea-river.com/69_1.php
- Infoclimat :
www.infoclimat.com
- Weather on line : www.weatheronline.co.uk

Formations végétales de l'aire méditerranéenne


Le sentiment d'unité dans le monde méditerranéen provient largement des formes d'adaptation de la flore à la sécheresse estivale (xéromorphie des végétaux) qui confère à ces régions une ambiance particulière.

La flore méditerranéenne se caractérise par sa xérophilie et sa thermophilie.

Les arbres ou les arbustes ont des feuilles coriaces, en général persistantes, présentant des dispositifs de lutte contre la transpiration excessive de l'été (membranes épaisses, stomates protégés du soleil, concentration particulière des sucs cellulaires) : divers pins, le chêne vert, l'olivier, les plantes du maquis, le palmier nain (Chamaerops) en sont des exemples. Il faut encore citer des arbres curieux comme le pistachier de l'Atlas, qui a des feuilles caduques en hiver et qui, bien que ses feuilles soient peu coriaces, supporte la sécheresse estivale là où le sol, profond, reste assez humide pendant l'été.
La structure succulente, plus rare, est représentée par quelques euphorbes indigènes et surtout par des plantes "grasses" d'origine américaine : cactus et agaves, qui sont devenues très abondantes et souvent considérées, à tort, comme les plantes caractéristiques des pays méditerranéens.
Toutefois, beaucoup de plantes passent la saison estivale défavorable sous forme de graines ou d'organes souterrains, rhizomes ou bulbes.
Certaines plantes sont étroitement localisées : reliques de plantes qui avaient jadis une plus large répartition ou plantes rares endémiques.

La forêt méditerranéenne

Les forêts de l'aire méditerranéenne diffèrent beaucoup des forêts tempérées. Les arbres dits mésogéens, olivier, laurier, filaires (Phillyrea), alaternes (Rhamnus alaternus), chêne vert (Quercus ilex), chêne-liège (Q. suber) forment rarement des massifs imposants. Les pins, plus grands, évoquent mieux l'idée de forêt ; le pin d'Alep, le pin Brutia en Orient sont les vrais méditerranéens ; divers types de laricios et de pins noirs, déjà plus montagnards, bénéficiant d'une humidité plus grande, les sapins dits "méditerranéens" n'entrent pas strictement dans cette aire bioclimatique. Les cèdres de l'Atlas, de Chypre, du Liban sont montagnards. Les palmiers, les eucalyptus, les araucarias, les filaos, etc., sont des exotiques dont l'introduction a été permise par la douceur hivernale du climat.

Occupant plus de 37% des terres non-désertiques au nord, les espaces boisés méditerranéens n'en couvrent que 14% au sud et 5% à l'est. Ces écarts s'expliquent naturellement par les différences des conditions climatiques mais ils sont également liés aux différences de contexte socio-économique.
Au nord de la Méditerranée, l'exode des anciennes populations rurales vers les villes, la concentration des zones de production vers les zones les plus fertiles et les plus accessibles, ont placé de nombreux espaces boisés méditerranéens en situation de déshérence.
Au sud et à l'est de la Méditerranée, les communautés rurales sont encore nombreuses et certaines continuent de croître. Les espaces boisés, qui ont de tout temps été intégrés dans des systèmes agro-pastoraux, sont trop souvent, aujourd'hui, surexploités. Ainsi, au Maghreb, le nombre de moutons et de chèvres est estimé à 50 millions, ce qui conduit au surpâturage de terrains de parcours. La consommation de bois de feu par les populations locales y est estimée à 0,35 m3 par habitant et par an. La croissance continue de ces besoins est souvent source de déséquilibres et de spirales de dégradations (sollicitations de plus en plus fortes sur des milieux de moins en moins aptes à y répondre).

Les formations basses et herbacées

Mais ce qui caractérise le mieux la végétation méditerranéenne est la richesse en arbustes, arbrisseaux et sous-arbrisseaux dont l'ensemble forme ce que les Espagnols appellent matorral. Il se divise en plusieurs types de paysages dont les noms locaux sont devenus classiques : maquis, garrigues, phryganes.
Le maquis, sur substrat siliceux, contient des arbousiers, la bruyère en arbre, des calycotomes, des lentisques, parfois du buis, des daphnés (le garou), des ajoncs, le tout enchevêtré de salsepareille (Smilax) le rendant impénétrable. Les cistes sont moins hauts et font la transition vers la garrigue. Celle-ci, généralement sur substrat calcaire, est formée de buis, de chêne kermès (Q. coccifera), de genévrier oxycèdre, de romarin, de lavandes et de thym.
La dégradation maximale donne une apparence de steppe, qu'on appelle "erme" en Provence. Les phryganes en Grèce ont une physionomie analogue à celle des garrigues.

Incendies

Quoique le feu puisse constituer un mode de régénération des forêts méditerranéennes, à condition de rester peu fréquent, la multiplication des incendies est devenue une grave cause de régression des écosystèmes boisés. Dans les pays méditerranéens du nord, la progression de l'embroussaillement dans les zones de déshérence a augmenté les risques d'éclosion et d'extension des incendies.

Plus de 95% des feux de forêt sont d'origine humaine, avec pour causes importantes l'imprudence et l'usage mal contrôlé du feu pour éliminer les chaumes et régénérer les pâturages. Leur nombre a doublé depuis les années 1970, et atteignait, au début du XXIe siècle, environ 50 000 départs par an et plus de 600 000 hectares d'espaces boisés méditerranéens brûlent chaque année. La lutte contre les incendies coûte chaque année plus d'un milliard d'euros.

Les systèmes de surveillance, d'alerte et de lutte doivent être très performants, mais ils ne suffisent pas à établir une politique cohérente de défense des forêts contre l'incendie. En effet, beaucoup d'autres politiques influent sur les feux de forêt : ainsi, les questions de droit d'usage ou de propriété, d'urbanisation ou de développement agricole ont des répercussions importantes sur les risques d'incendie. L'intégration de ces secteurs est donc indispensable à la mise en œuvre de stratégies efficaces de prévention.

 Sources et prolongements

- Le Plan Bleu : www.planbleu.org
- Encyclopedia Universalis
- Gervais-Lambony M.A. (dir.) - La Méditerranée - Atalande - 2002
- La partie "ressources" du dossier.

 

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