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La Méditerranée, une géographie paradoxale

Critères, indicateurs et indices de comparaisons internationales : lesquels retenir ?

Publié le 21/12/2012
Que ce soit de source institutionnelle (PNUD, PNUE, FAO, Banque mondiale, FMI, OCDE, UE, etc.) ou le fruit d'initiatives privées et de la société civile (lobbies, ONG, groupes d'intérêt collectif, comités d'éthique, etc.), nous constatons, de nos jours, la floraison des systèmes d'évaluation, d'observation, de notation, et, avec eux, de leurs cortèges d'indicateurs* de toute sorte.

Qu'est-ce qui peut expliquer un tel engouement ? D'une manière générale, on peut évoquer :
- le besoin de réguler une globalisation qui se fait à rythme rapide, mais sans dispositifs de gouvernance supranationale suffisants et efficaces,
- dans ce même contexte de globalisation et compte tenu de la complexité croissante des échanges, le besoin d'établir des comparaisons pour guider les choix et l'action,
- la demande, par un nombre croissant d'acteurs, tant dans la société civile que dans le monde des décideurs, de prise en compte des valeurs relatives à la transparence, à l'éthique, au développement durable.

Le monde méditerranéen fournit un laboratoire intéressant pour utiliser et confronter ces différents indicateurs.



 Quels indicateurs retenir pour comparer les données macro-économiques des États riverains de la Méditerranée ?

Interface Nord/Sud, la Méditerranée "constitue un espace de clivage en même temps que de contacts entre les pays du Nord et ceux du Sud" (extrait du programme de terminale applicable à la rentrée 2004). Quels indicateurs retenir pour étudier les écarts de développement et leurs effets ? Dans quelle mesure cette exploration peut-elle témoigner des nuances qui, au-delà des simplifications du clivage Nord/Sud, montrent les complexités des situations réelles ?

On pourra bien entendu s'appuyer sur les grands indicateurs retenus dans les études comparatives internationales proposés par le Programme des nations-unies pour le développement (PNUD), la Banque mondiale, la FAO, etc., voire par des organisations indépendantes reconnues (Transparency International par exemple) en fonction des thèmes d'étude.

La qualité et l'intérêt des indicateurs dépend aussi de sa longévité : les séries longues d'indicateurs tels que l'IDH du PNUD, de l'indice de liberté (Freedom House), permettent d'observer des évolutions, des tendances.


 Les indicateurs de richesse, les indicateurs socio-économiques du développement

Longtemps le PIB (ou PNB)/hab a servi de principale référence pour effectuer des comparaisons internationales en termes de richesses produites. Il apparaît à présent très insuffisant car :
- il ne rend pas compte de la répartition et de l'affectation du revenu global d'une nation et cache les inégalités internes,
- mesurant la richesse, il ne mesure pas réellement le développement dont il n'est qu'une composante : ce dernier nécessite la prise en compte d'indicateurs sociaux, environnementaux et, plus généralement, relatifs au "bien-être" réel des populations.

L'indicateur de développement humain (IDH)
C'est ainsi que le PNUD a proposé, à partir de l'année 1990, d'adopter un instrument comparatif plus élaboré, l'Indicateur de développement humain (IDH). Il s'agit d'un indice composite dont la valeur s'échelonne de 0 à 1. Il comporte quatre variables : l'espérance de vie à la naissance, le niveau de maîtrise des connaissances mesuré par le taux d'alphabétisation des adultes et le taux de scolarisation global (aux niveaux primaire, secondaire, supérieur), ainsi que le PIB réel par habitant ajusté en parité de pouvoir d'achat (PPA)*.

Dans son édition 2002, le rapport du PNUD sur le développement humain reconnaissait que l'intérêt de l'IDH est limité et que le concept de développement est plus dense que chacune des mesures qui le composent. Celles-ci n'épuisent pas l'idée de développement humain défini comme "un processus d'élargissement des choix" offerts aux individus. L'intérêt excessif porté à la croissance économique, à la création de richesses et à la prospérité matérielle a occulté le fait que le développement est avant tout centré sur l'être humain longtemps relayé à la périphérie des débats sur le développement.
Mais le "bien-être" n'est pas simple à mesurer, les données manquent ou sont hétérogènes. Dans la perspective d'une approche élargie du développement, les recherches du PNUD portent sur la mise au point d'un indicateur de développement humain alternatif qui tiendrait compte de nouvelles dimensions des sphères politiques, économiques, sociales (libertés politiques et économiques au sens large ; garanties de transparence ; sécurité et protection).

Sur le site du PNUD, www.undp.org/french/. Le rapport mondial sur le développement humain :
- en 2002 : www.undp.org/hdr2002/francais/
- en 2003 : www.undp.org/hdr2003/francais/

L'indice de pauvreté humaine (IPH), également proposé par le PNUD, mesure les formes de dénuement et reflète l'inégal accès au progrès. Il prend en compte les dimensions essentielles du développement humain : la longévité, le savoir, les conditions de vie. L'indice est calculé différemment dans les pays en voie de développement (IPH-1) et dans les pays développés (IPH-2).
IPH-1 mesure la pauvreté dans les pays en développement. Les variables* utilisées sont :
P1 = le pourcentage d'individus dont l'espérance de vie est inférieure à 40 ans,
P2 = le pourcentage d'adultes analphabètes et
P3 = le dénuement en terme de manque d'accès aux services procurés par l'économie dans son ensemble, cette variable étant représentée par trois critères : P31 = le pourcentage d'individus n'ayant pas accès aux services de santé, P32 = celui des personnes privées d'accès à l'eau potable et P33 = celui des enfants de moins de cinq ans souffrant d'insuffisance pondérale.
IPH-2 a été publié pour la première fois dans le rapport 1998 du PNUD. Il mesure la pauvreté humaine dans les pays industriels. Sachant que les aspects du dénuement varient en fonction des conditions socioéconomiques générales d'une communauté, cet indicateur distinct tire parti de la plus grande accessibilité de données statistiques dans les pays industrialisés. Il se concentre, lui aussi, sur le dénuement et les déficits, et s'attache aux trois même dimensions que l'IPH-1 en y ajoutant l'exclusion. Les variables utilisées sont : P1 = le pourcentage d'individus dont l'espérance de vie ne dépasse pas 60 ans, P2 = le pourcentage d'individus dont l'aptitude à lire et écrire est loin d'être suffisante, P3 = la proportion de la population ayant un revenu disponible inférieur à la demimédiane du revenu individuel disponible et P4 = le pourcentage de chômeurs de longue durée (c'est à dire supérieure à 12 mois).
Notons que l'IPH n'est pas encore disponible de manière homogène pour tous les États riverains de la Méditerranée.

 Les indicateurs du développement humain élargis aux champs socio-politiques. La mesure du "bien-être".

Avant que ne soit mis au point, dans le cadre du PNUD, un indicateur de développement humain alternatif qui mesurerait mieux le "bien-être", diverses organisations proposent des indicateurs qui peuvent servir de préfiguration à une évolution des outils de comparaisons internationales.

L'indicateur de liberté

Freedom House, organisation américaine à but non lucratif, publie, depuis les années 1972-1973, une estimation annuelle de l'état des libertés à travers le monde. Il s'agit d'une échelle permettant de mesurer le degré de respect d'un ensemble de droits et de libertés politiques et civiles sur le terrain, au-delà des textes et des politiques affichés officiellement par les États. Si la méthodologie mise en oeuvre peut être discutée, l'"indicateur de liberté" (de 0, absence totale de liberté à 1, jouissance totale de liberté) proposé par Freedom House caractérise globalement le respect des droits et des libertés. Ils sont jugés nécessaires à l'établissement d'un système de "bonne gouvernance". Il a servi à la construction par le PNUD, à titre expérimental, d'un indicateur de développement humain alternatif (IDHA).

L'indicateur de développement humain alternatif (IDHA)

Le succès de l'IDH a parfois eu comme résultat de réduire le développement humain à celui des richesses et des ressources humaines. Une nouvelle démarche, destinée à appréhender dans toutes ses dimensions le développement humain, a été expérimentée dans le cadre du Rapport du développement humain dans le monde arabe 2003. La méthode de classement adoptée s'inspire de la règle de Borda*. Les indicateurs utilisés pour cette expérimentation ont été les suivants : le niveau d'espérance de vie à la naissance ; le niveau d'éducation atteint ; l'indice de liberté comme expression de la jouissance des libertés civiles et politiques (cf. ci-dessus) ; l'indicateur de la participation des femmes (IPF) tel qu'il est calculé par le PNUD pour exprimer l'accès des femmes au pouvoir dans la société ; le nombre d'hôtes Internet par habitant comme représentation du niveau de connectivité aux TIC ; le taux d'émissions de dioxyde de carbone par habitant, reflet des péjorations apportées à l'environnement.
L'étude montre une corrélation positive entre l'IDHA et l'IDH, une corrélation également positive entre les cinq premières variables. Par contre, la dernière variable (émission de dioxyde de carbone) est en corrélation négative avec les autres.

Sur le site du PNUD, le Rapport du développement humain dans le monde arabe 2003 (un premier rapport a été publié en 2002) : www.undp.org/rbas/ahdr/french2003.html

L'indice de perception de la corruption (proposé par Transparency international)

Transparency International (TI), est une ONG de droit allemand créée en 1993 pour lutter contre la corruption dans les transactions internationales. Son but n'est pas de poursuivre ou de dénoncer, mais de dégager les leçons du passé pour éviter le renouvellement des erreurs et proposer des dispositifs appropriés. Elle considère que la corruption entrave et dévoie le développement et mène à un accroissement des abus des droits de l'homme, qu'elle mine les démocraties et en particulier les progrès effectués par bon nombre de pays en voie de développement ou des pays en transition. TI dispose du soutien financier de grandes organisations internationales, d'agences publiques de développement, de diverses fondations civiques, d'associations professionnelles et d'entreprises : www.transparency.org
Le Rapport mondial sur la corruption 2003 est le deuxième rapport annuel que Transparency International publie sur le sujet : www.globalcorruptionreport.org/
téléchargeable en version française : http://globalcorruptionreport.org/download.shtml
Elle établit un "indice de perception de la corruption" : www.transparency.org/cpi/2001/cpi2001.fr.html

Des précisions sur la méthodologie employée, sur les débats qu'elle suscite :
www.transparency.org/pressreleases_archive/2002/2002.08.28.cpi.fr.html

Les indices de gouvernance

Voir dans la partie "glossaire" du dossier, le terme "gouvernance".

- Le Rapport sur le développement humain établi par le PNUD en 2001 attribuait l'échec de certaines politiques destinées à réduire la pauvreté au déficit de gouvernance des pays concernés, aux insuffisances des institutions chargées de les mettre en oeuvre.
http://socioeconomic.unep.net/index.php?struct_id=governance
UNEP net - socio économiques http://socioeconomic.unep.net

- Toujours du côté de l'ONU, le réseau de l'administration publique et de la finance (United Nations Online Network in Public Administration and Finance - UNPAN) - www.unpan.org/index.asp propose une veille (Governance World Watch) sous forme de revues de presse mensuelles sur les thèmes de la gouvernance :
www.unpan.org/major_development.asp

- De son côté, la Banque mondiale, soucieuse d'une meilleure efficacité de ses financements, a cherché, à partir de 1996 (une enquête tous les deux ans), à évaluer, à quantifier la gouvernance à l'aide d'
indicateurs agrégés portant sur six domaines de gouvernance : participation et responsabilisation (voice and accountability) ; instabilité politique et violence (political stability) ; efficacité des pouvoirs publics (government effectiveness) ; qualité de la réglementation (regulatory quality) ; primauté du droit (rule of law) ; lutte contre la corruption (control of corruption).
Ces indicateurs résultent de la compilation statistique d'enquêtes auprès d'une série d'organisations (agences privées de notation du risque, instituts d'audit, organisations multilatérales, groupes de réflexion et autres ONG) et représentent divers points de vue (experts, entreprises, citoyens). De nature essentiellement qualitative, la mesure est rapportée à une échelle allant de -2,5 à + 2,5 : les valeurs les plus élevées correspondent aux meilleures performances estimées (colonne "Est.") en matière de gouvernance. L'évaluation de la marge d'erreur (colonne "S.E." : standard error) est clairement précisée.

Téléchargement du document excel (.xls) : les indicateurs de gouvernance de la Banque mondiale pour la région Europe - Méditerranée élargie.

L'intérêt de ces mesures est avant tout comparatif. Mais, il est très intéressant de les croiser avec d'autres indicateurs, d'autres variables afin de mettre en évidence d'éventuelles corrélations dont l'interprétation devra être raisonnée (voir le corpus documentaire du dossier).

Cette méthode d'évaluation de la gouvernance a été proposée par des chercheurs travaillant pour la Banque mondiale : Daniel Kaufmann, Aart Kraay, Massimo Mastruzzi, Pablo Zoido-Lobaton. Pour en savoir plus sur ces méthodes, voir les documents (working papers) sur le site de la Banque mondiale :
www.worldbank.org/wbi/governance/wp-governance.htm

Les indices et faits de gouvernance de la Banque mondiale : www.worldbank.org/wbi/governance/fra/
> Base de données > Indices et faits de gouvernance > Accéder aux données sur la gouvernance (en anglais à partir de là) : www.worldbank.org/wbi/governance/govdata2002/index.html

Le "Governance Research Indicator Country Snapshot (GRICS)" permet d'accéder à diverses données graphiques et statistiques sur les questions de gouvernance, d'après les études réalisées par la Banque mondiale depuis 1996. Des fichiers (format excel) peuvent être téléchargés, un générateur de cartes interactif peut être utilisé (Worldwide comparison of governance and socio-economic indicators - The Governance & Development Map Interface Web Tool) : http://info.worldbank.org/governance/kkz2002/

- D'autres approches, d'autres évaluations à partir d'un dossier (articles et données) de la Banque mondiale "Gouvernance et anti-corruption" : www.worldbank.org/wbi/governance/fra/index.htm

- Gestion des affaires publiques : De l'évaluation à l'action - Finances & développement - juin 2000
www.worldbank.org/wbi/governance/pdf/fandd_french.pdf

Autres sources et références :

Le Country Indicators for Foreign Policy Project (CIFP), entreprise conjointe du ministère des affaires étrangères canadien et de l'Université Carleton à Ottawa, vise à établir une banque d'indicateurs internationaux offrant un aperçu des caractéristiques économiques, politiques, culturelles et sociales de plus de 122 pays. Ces indicateurs sont traduits par une échelle uniforme. Certains portent sur la gouvernance incluant le niveau de démocratie et des libertés fondamentales, le score de corruption, etc. Le site CIFP permet, entre autre, d'effectuer des comparaisons internationales, de générer des cartes : www.carleton.ca/cifp

Notes :

- Les modules éducatifs de la Banque mondiale (dont un glossaire utile) :
www.worldbank.org/depweb/french/modules/index.html
- Parité de pouvoir d'achat (PPA) : Méthode de calcul qui exprime la richesse d'un pays indépendamment de la valeur internationale de sa monnaie.
- La règle de Borda est utilisée pour effectuer des classements, des hiérarchisations : elle consiste à attribuer des rangs hiérarchiques à différents groupes ("échelons") d'indicateurs. La combinaison des rangs obtenus produit, au final, un classement général exhaustif.
- Il convient de distinguer les termes suivants : le critère est un élément d'analyse ; l'indicateur est la mesure du critère (ex. : une bonne température est un critère de confort, la mesure du thermomètre en est un indicateur). Pour un critère donné, dans un contexte donné, on trouvera différents indicateurs qu'il faudra sélectionner, agréger, pondérer en fonction de la problématique posée et des objectifs recherchés.

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