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La France : des territoires en mutation

Les prémices d'une reconquête agricole ?

Publié le 08/02/2013

L'espace habité (1) est visible au centre de la photographie a).Quatre groupes d'habitations se distinguent : La Roche, Les Abattus, Les Mouriers et La Blache des abattus (de gauche à droite, de haut en bas). Autour, des surfaces en herbe maintiennent le milieu encore ouvert. Le toit d'une maison apparaît au milieu des arbres en bas à gauche de la photographie (2). Rachetée par des anglais dans les années 1980, elle a depuis changé à nouveau de propriétaire. Visiblement, après plusieurs étés consacrés à l'entretien de la propriété, les "anglais" ont fini par vendre, rebutés par la tâche que représente, entre autre, la lutte contre la broussaille et le genêt. Les terrasses et les murs sont encore visibles (3) mais ils ne sont plus remontés depuis plusieurs décennies et s'écroulent progressivement.

Malgré tout, même après avoir été ensevelis, les prés conservent un aspect ondulé. Au milieu de l'espace agricole, les arbres épars sont essaimés un peu partout. Il s'agit principalement de feuillus qui peuvent être d'anciens arbres fruitiers, ainsi que des peupliers sauvages notamment en bordure de la petite source qui naît au centre de la photographie. La présence d'un verger d'arbres fruitiers (4) témoigne de la diversification des productions agricoles dans la vallée du Doux depuis une vingtaine d'années. La ferme du hameau de Bouton, situé à une centaine de mètres en dessous du lieu où a été prise cette photographie, possède plusieurs centaines de cerisiers autour de ses bâtiments. Des travailleurs saisonniers sont employés pour ramasser cette variété tardive de cerise qui donne à partir de la mi-juillet. La production de fruits complète les revenus de la vente du lait.

En contrebas du lieu où a été prise la photographie, une vieille châtaigneraie à fruits découvre ses branches sèches, grisâtres (5). Elle est progressivement colonisée par d'autres espèces d'arbres (bouleau, merisier). Dans le plan médian de la photographie, de part et d'autre de l'espace agricole, ainsi qu'en partie sommitale du Serre de Bel-Air, l'espace est occupé par des peuplements de pins sylvestres plutôt purs au centre et mélangés à des feuillus sur le sommet (6). Deux boisements résineux sont visibles au sommet, à gauche et à droite (7). Ils apparaissent dans une couleur plus sombre. Le pin sylvestre parmi les conifères pourrait être qualifié d'essence "modératrice", au même titre que le pin maritime. N'ayant pas ce caractère "sombre", ils sont perçus différemment des conifères "noirs" (douglas, sapin pectiné, de Vancouver, nordmann, épicéa commun, pins noirs). Le pin maritime dans la Basse-Cévenne ardéchoise est synonyme d'ambiance méditerranéenne et valorisante à ce titre. Le pin sylvestre dans les Coteaux du Nord-Vivarais offre des sous-bois agréables, où la lumière diffuse à travers ses aiguilles fines et claires.

La photographie b) met en scène un pré de fauche nouvellement gagné sur la forêt. À  l'été  2004, les lignes d'ensemencement de l'herbe sont encore visibles. La tempête de 1999 a eu raison d'un boisement de douglas installé au début des années 1960 par le grand père du jeune agriculteur qui vient de s'installer sur la ferme du hameau de Bouton. Située à 300 mètres des bâtiments agricoles, la parcelle n'a pas été replantée. Au contraire, elle a été dessouchée et nettoyée à la pelleteuse.  L'ensemble  des  rémanents d'exploitation a été mis en andain. Quelques anciens murs ont été conservés alors qu'ils auraient pu être enterrés grâce aux engins. Probablement sont-ils là en mémoire du passé agricole de la parcelle : le grand-père de l'actuel repreneur de l'exploitation agricole, âgé de 91  ans  à  l'époque,  et  qui  a  planté  ces  douglas  au  début  des  années  1960  grâce  à  une subvention du FFN était encore vivant. Écouté ou non, il a son mot à dire. La forêt qui s'étend au-delà de l'espace agricole  recèle  de  nombreux  trésors  d'un  point  de  vue  strictement  forestier.  Quelques douglas restés debout ont été conservés. Au milieu, d'autres douglas couchés sont encore sur  place.  Le  propriétaire  a  terminé  de  les  exploiter  dans  l'hiver  2004-2005.  Vendus localement, ils n'ont pas vraiment été dépréciés. Leur état de conservation est encore très satisfaisant car les fûts entremêlés sont restés à quelques dizaines de centimètres du sol sans qu'ils  ne  soient  en  contact  avec  lui.  Cinq  printemps  après  la  tempête,  une  très  jolie régénération naturelle s'est installée sous le peuplement dans les trous de lumière. Les plus beaux  des  jeunes  douglas  et  des  érables  sycomores  atteignent  déjà  pratiquement  cinq mètres de hauteur. Un peu plus loin, d'anciennes châtaigneraies à fruits ont été exploitées il y  a  une  trentaine  d'années. De  nombreux  hêtres  se  sont  installés  dans  le  sous-bois.  En travaillant  à  leur  profit,  ils  constituent  un  réel  potentiel  forestier  en  mélange  avec  le châtaignier.

Clément Dodane, post-doctorant, université de Lyon, UMR 5600, EVS,

université Jean Monnet Saint-Etienne,

pour Géoconfluences le 4 octobre 2010

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