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La France : des territoires en mutation

Quelle est la part du FFN dans la transformation du visage des forêts françaises au cours de la seconde moitié du XXe siècle ?

Publié le 08/02/2013

Les surfaces aidées par le FFN de 1947 (premier exercice) à 1999 (suppression du compte spécial du Trésor par la loi de finance de 2000) sont connues. En un peu plus de 50 ans, le FFN a permis de développer officiellement un potentiel forestier de près de 2,3 millions d'ha de nouvelles forêts de moins de 50 ans d'âge essentiellement résineuses. Toutefois, le croisement entre les données qui figurent dans les données officielles du FFN (rapport annuel [1]) et les données des archives du FFN dépouillées à la DDAF de l'Ardèche (Dodane, 2009), nécessite quelques explications. Il apparaît très clairement pour le département de l'Ardèche, que les données officielles reflètent très largement l'enthousiasme de l'Administration forestière pour la mission d'intérêt général qui était la sienne, la mise en œuvre de la politique forestière du FFN, qui ne pouvait que susciter le zèle des ses personnels. Ainsi, le chiffre des surfaces mises en boisement et reboisement chaque année correspond toujours à la surface maximale des autorisations de programmes et non à la surface réellement mise en œuvre. Il est systématiquement fait état de tous les dossiers en cours, même de ceux qui n'aboutiront pas.

Par ailleurs, sous l'appellation générale du FFN se cachent en réalité d'autres sources de financement des boisements et reboisements : le budget de l'État et les subventions européennes principalement (Fonds européen d'orientation et de garantie agricole [2]). De même, dans le sillage du FFN, des plantations volontaires, non aidées, ont été aussi réalisées par quelques propriétaires intéressés et passionnés. Ils échappent de toute manière au dénombrement statistique. Ainsi, les nouvelles forêts créées par plantation sur l'ensemble du territoire national représentent certainement plus que les 2,3 millions d'ha aidés par le FFN (bien que ce chiffre soit surestimé) qui figurent dans les données officielles de 1948 à 1999. De même, la part des boisements, ou l'extension forestière propre [3], due aux plantations dépasse sûrement le million d'ha répertorié dans les données officielles, sur les 2,3 cités précédemment. En Ardèche, l'Administration forestière d'État admet que l'essentiel des plantations aidées (FFN, État et Europe) sont de véritables boisements donc des extensions forestières. Les données d'archives le prouvent.

Quelle est la part de l'homme et quelle est la part de la nature dans le processus de reforestation au cours de la seconde moitié du XXe siècle ? À l'échelle nationale, en retenant comme taux de réussite le chiffre de 80% [4], au million d'ha aidés par le FFN présumés être des boisements (donc de l'extension forestière) et considérant égale à la moitié de cette surface l'extension forestière non aidée par le FFN [5], c'est près de 1,2 millions d'ha de nouvelles forêts [6] qui ont été créées de la main de l'homme sur des terrains qui n'étaient pas boisés auparavant entre 1945 et 2000. Cela représente le quart des 4,5 millions d'ha d'extension forestière en France depuis 1945.

Et quelle est la part du FFN dans la transformation du visage des forêts françaises au cours de la seconde moitié du XXe siècle ? Afin d'estimer la part du FFN dans la transformation du visage des forêts françaises par enrésinement, un croisement a été réalisé entre les données officielles et la proportion de résineux dans les opérations du FFN. Il ressort qu'environ 1,9 millions d'ha aidés par le FFN sont des résineux. En intégrant un taux de réussite, tous types d'aides et d'espèces confondues, de 80%, la contribution du FFN dans l'augmentation de la superficie des conifères en France, entre 1947 et 1999, peut être estimée à 1,5 millions d'ha. Ainsi, les plantations de conifères aidées par le FFN représenteraient les trois-quarts (75%) des nouvelles surfaces résineuses apparues dans la forêt française au cours de la seconde moitié du XXe siècle (+ 2 millions d'ha environ, source : ministère de l'Agriculture, de la Pêche et de l'Alimentation, 1996). Si l'on intègre aux statistiques du FFN, les boisements et reboisements volontaires, ceux ayant fait l'objet d'un autre mode de financement que le FFN (y compris les améliorations avec introduction de plants forestiers), alors la part de l'ensemble des plantations résineuses serait encore plus élevée.

En résumé, le FFN (de 1947 à 1999) serait responsable de la création du quart des extensions forestières propres (1,2 millions d'ha sur 4,5) et des trois quarts des nouvelles surfaces résineuses apparues dans la forêt française au cours de la seconde moitié du XXe siècle (1,5 millions d'ha sur 2).

Notes

[1] - Les rapports annuels du FFN au Comité de contrôle de 1948 à 1999 (édité par le ministère de l'Agriculture) sont disponibles dans les archives des anciennes DRAF, notamment en Rhône-Alpes, où nous les avons consultés.

[2]  Jusqu'en 2007, le Fonds européen d'orientation et de garantie agricole (Feoga) a été le principal instrument financier de la politique agricole commune.

[3] L'extension forestière consiste à boiser une parcelle dont l'usage antérieur était différent de l'usage forestier (lande, friche, terre agricole...). On peut distinguer l'extension forestière contiguë à un massif forestier et le boisement hors forêt, qui correspond au boisement d'une parcelle située dans un espace non boisé auparavant.

[4] La plupart des aides du FFN prenaient en charge en général un entretien de la plantation pendant les trois années qui suivaient son installation. Ce n'était donc que 4 à 5 ans après la décision d'attribution de l'aide que l'on pouvait savoir si l'opération était ou non réussie. Il faut donc appliquer aux données du FFN un taux de réussite globale à toutes les aides, car les plantations ayant disparu à la suite d'un échec (non reprise de la plantation, sécheresse, incendie) n'ont pas été déduites des statistiques du FFN, de telle sorte qu'elles induisent une surestimation. Nous avons choisi 80% pour l'ensemble de la France et 75% pour l'Ardèche à cause de son appartenance à la zone méditerranéenne et aux conditions de milieux difficiles. Voir l'étude : AFOCEL, CEMAGREF - Enquête sur la réussite des boisements, reboisements et améliorations réalisées avec l'aide du Fonds Forestier National et du Budget de l'Etat (période 1973-1998). Synthèse Nationale. Convention Cadre - DERF-CEMAGREF-AFOCEL du 28 novembre 1994. Octobre 1998. 35p., 1998

[5] En 1972, dans le numéro spécial de la Revue Forestière Française sur le FFN, à l'occasion de ses 25 ans, Philippe Giraut écrit : "les boisements et reboisements réalisés sans l'aide du FFN, qui ne peuvent être connus avec la même précision, ne sauraient être inférieurs, d'après les meilleurs spécialistes à la moitié des surfaces ayant bénéficié de l'aide du FFN". (Giraut Philippe - Les propriétaires privés. Revue Forestière Française, n° spécial "Le FFN", Vol. XXIV, pp. 630-632, 1972)

[6] Le chiffre de 2 millions d'ha d'extensions forestières imputables au FFN, que donne Bruno Cinotti (1996) et qui est repris par Waldtraud Koerner et al. (2000), paraît surestimé. Pourtant, l'article de Bruno Cinotti est devenu une référence en matière de reconstitution de l'évolution des surfaces forestières en France. Il est fréquemment cité en bibliographie dans de nombreux documents officiels.

Clément Dodane, post-doctorant, université de Lyon, UMR 5600, EVS,

université Jean Monnet Saint-Etienne,

pour Géoconfluences le 4 octobre 2010

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