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Le développement durable, approches géographiques

Méthodes d’élaboration des scénarios

Publié le 30/06/2009

Les scénarios élaborés se fondent sur la méthode générique des scénarios (Godet, 1992 ; Poux, 2003).  Certains cadres méthodologiques diffèrent toutefois selon l'échelle d'analyse et la dimension stratégique des scénarios. Afin d'éclairer les enjeux de gestion de l'eau à l'échelle du Blavet, les scénarios réalisés reposent sur :

  • une analyse spatiale afin de caractériser les dynamiques territoriales en jeu à travers des typologies spatiales ;
  • une analyse économique, considérant les modalités d'adaptation des agents présents sur le bassin (exploitants agricoles, filières, employés, propriétaires fonciers, acteurs du tourisme…) à différentes perspectives d'évolution des marchés agricoles et, plus généralement, de l'économie régionale et de l'emploi ;
  • une analyse des acteurs, embrassant les logiques et les modes d'organisation socio-politique envisageables ;
  • une analyse technico-économique des différents thèmes de gestion de l'eau (Narcy et al, 2006).

 

Par exemple, l'hypothèse que l'usage des sols sera en grande partie déterminé par l'évolution de l'agriculture sur des critères de performance économique est maintenue. Dans cette optique, les perspectives macro-économiques des grandes filières (lait, volailles, porcs, cultures) sont comparées et des hypothèses à long terme sont proposées (recul des volailles, concentration des exploitations laitières et porcines…), tenant compte des tendances démographiques et socioprofessionnelles régionales. Ainsi le scénario tendanciel, projetant l'organisation territoriale du Blavet à l'horizon 2030, est construit d'après les dynamiques actuelles en extrapolant les mécanismes de régulation du territoire en place actuellement. À la lumière de ce scénario, des scénarios thématiques, fondés sur des hypothèses "pro-actives" (Godet et Roubelat, 1996), sont réalisés afin d'identifier les dimensions stratégiques du SAGE, c'est-à-dire de tester différentes options et/ou différents niveaux d'ambitions pour l'ensemble des compartiments de la gestion de l'eau (alimentation en eau potable / AEP, tourisme, milieux aquatiques, etc.).

Les scénarios réalisés à l'échelle locale reposent sur une adaptation en quatre étapes de la méthode des scénarios intégrant la dimension spatiale tout au long du processus de construction. La première étape consiste à choisir un/des site(s) représentatif(s) de la diversité des situations. La deuxième étape vise à déterminer les trajectoires d'évolution des modes d'occupation et d'utilisation des sols et à identifier les forces motrices des changements observés et des règles d'usages des sols. Cela a été réalisé à partir de données de télédétection sur des pas de temps long (1952-1999) et court (1996-2002), de réunions participatives avec les acteurs locaux et les gestionnaires de l'eau et d'une analyse systémique croisant des approches quantitatives et qualitatives. La méthode est plus précisément décrite dans Houet et al (2008b). La troisième étape consiste à traduire spatialement les scénarios qui auront préalablement été définis. La méthode utilisée diffère selon le type de scénario (voir ci-dessous) : elle est réalisée à l'aide d'une plateforme de modélisation des usages des sols pour les scénarios exploratoires et à l'aide d'un SIG et de requêtes multicritères pour les scénarios normatifs (Houet et Gaucherel, 2007 ; Houet et al, 2008a). La dernière étape vise à évaluer, à l'aide d'outils spatialement explicites (indicateurs cartographiques, modèle) l'impact possible des changements futurs des modes d'usages de sols.

De manière succinte, les scénarios relèvent de deux principales familles et types.

  • Les scénarios exploratoires ou normatifs (forecasting et backcasting) se différencient par leur construction. Les premiers partent d'une situation connue, initiale, pour explorer progressivement le futur. Les seconds partent d'une norme de désirabilité (image souhaitable ou non) et remontent du futur vers le présent. Le cheminement est alors construit de façon rétrospective. Ils éclairent davantage les risques de ruptures et les moyens à mettre en œuvre pour parvenir à des objectifs prédéfinis (éviter telle situation ou atteindre telle autre) alors que les premiers illustrent les tendances les plus vraisemblables.
  • Les scénarios tendanciels ou contrastés. Les premiers ou scénarios "sans surprise" (Hatem, 1993) correspondent à une poursuite des tendances actuelles, sans rupture majeure, et intègrent des facteurs de changements déjà connus dont la probabilité est certaine. À l'inverse, les scénarios contrastés sont destinés à explorer des hypothèses de rupture, ayant ou non un degré de probabilité faible mais dont l'impact est potentiellement important.

Thomas Houet, Laboratoire GEODE UMR 5602 CNRS

Université Toulouse le Mirail,

pour Géoconfluences le 30 juin 2009

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