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Le développement durable, approches géographiques

Résumé du scénario tendanciel pour le bassin versant du Blavet : 2000 à 2030

Publié le 30/06/2009

Le cheminement 2000-2015

Dans la zone amont, le territoire est marqué sur la période par un processus de dévitalisation, l'agriculture restant dominante faute d'autre secteur d'activité significatif. Toujours en marge du modèle breton, celle-ci poursuit sa spécialisation laitière, qui comporte une réelle dimension identitaire et patrimoniale. Dans un contexte très concurrentiel, on assiste à la poursuite de la dynamique de concentration des exploitations, ainsi qu'à une stratégie d'extensification herbagère induisant une restructuration du parcellaire : les terres les plus favorables à l'herbe sont exploitées en optimisant l'efficacité du travail (disparition de haies et talus), tandis que les plus difficiles sont délaissées (fonds de vallées en particulier). Fragiles économiquement, elles négligent les investissements de mise aux normes, ce qui explique le maintien du classement en Zone d'Excédent Structurel (ZES) en 2015. Certaines exploitations font le choix de valoriser la qualité (filière "bio" par exemple), sans aller jusqu'à induire cependant une véritable dynamique économique territoriale.

Dans la section médiane, on assiste à la poursuite d'une restructuration marquée du secteur agricole. Pour les exploitations, l'enjeu est de faire face à la fois à la volatilité des cours et à la pression réglementaire environnementale. Elles s'inscrivent alors dans un modèle agro-industriel de plus en plus intégré, marqué par la spécialisation porcine et la recherche d'une qualité industrielle globale : les exploitations sont à la fois plus intensives (recul de l'herbe au profit du maïs) et plus équipées pour le respect des normes (le traitement des déjections remplaçant progressivement l'épandage agronomique des effluents). Cette dynamique économique induit un solde démographique positif, conforté par la résidentialisation de la zone (bassin d'emploi de Pontivy et influence de la section aval) et accompagné d'un développement des services à la faveur d'un essor rapide des voies de communication. Toutes ces tendances sont nettement plus marquées en rive gauche du Blavet, la rive droite continuant de constituer un intermédiaire avec le centre Bretagne.

Dans la section aval enfin, l'évolution marquante est la périurbanisation, sous l'effet à la fois de la tertiarisation de l'économie locale (avec le déclin de l'industrie portuaire) et de l'attractivité des zones littorales. Dans se contexte, l'activité agricole périclite sur la période.

 

L'image 2015

Les évolutions différenciées des déterminants territoriaux aboutissent à une image de l'eau et des milieux aquatiques contrastées selon les secteurs. Ainsi la zone amont, ayant connu sur la période une baisse des pressions en termes d'occupation des sols et de flux de polluant, voit la qualité de ses cours d'eau rester globalement stable (les améliorations n'étant pas encore sensibles en raison de l'inertie des milieux et de phénomènes de relargages, notamment pour le phosphore). Le patrimoine écologique se dégrade en revanche ainsi que sa fonctionnalité pour l'eau, en raison du manque d'entretien des fonds de vallées et de la disparition  de nombreuses structures fixes du paysage sur les plateaux. Dans la zone médiane, la qualité de l'eau continue de se dégrader sur l'ensemble des paramètres (augmentation des flux de polluants, perte des derniers éléments de fonctionnalités liés aux zones humides), à l'exception des nitrates, dont l'augmentation ralentit en raison de la généralisation des usines à lisier. Enfin, le mitage des milieux et l'arrivée de nouvelles populations induisent là aussi une dégradation généralisée de la fonctionnalité des milieux et de la qualité de l'eau.

 

Le cheminement 2015-2030

En secteur amont, les stratégies extensives agricoles se poursuivent et, alors que la demande globale en produits de qualité se confirme, la part d'agriculteurs visant ce type de marché (label rouge, bio) devient très significative. Par rapport à la période précédente, le fait nouveau est l'arrivée de nouveaux habitants saisissant les opportunités foncières issues de la période précédente : parisiens et anglais apprécient en particulier ce secteur moins saturé que le reste de la Bretagne, tandis que d'autres stratégies purement foncières (sylviculture et chasse) sont également observées. Ces nouveaux arrivants concourent à une privatisation accrue de l'espace (clôture des propriétés). Dans la zone médiane, la phase de restructuration agricole est désormais achevée, la phase d'investissement passée : les aléas des marchés tout comme les enjeux environnementaux sont gérés dans un modèle industriel maîtrisé. Par ailleurs, le développement des services et la résidentialisation observés dans la période précédente se perpétuent. Enfin, la zone aval connaît peu de changements (si ce n'est un croissance de la fréquentation estivale), la dynamique étant stabilisée.

 

L'image 2030

Les contrastes qui s'esquissaient en 2000 et se confirmaient en 2015 sont désormais extrêmement marqués. Dans la zone amont, la qualité des cours d'eau s'est très nettement améliorée, sur l'ensemble des paramètres, puisque les systèmes laitiers extensifs prédominent dès lors depuis une quinzaine d'année au moins – même l'eutrophisation du barrage de Guerlédan, qui en 2015 restait problématique, est cette fois en voie de disparition. En revanche, la fermeture des fonds de vallée s'est encore accentuée, avec notamment le développement des peupliers ou des taillis pour le bois de chauffe, provoquant ponctuellement des problèmes liés au phosphore. Dans le secteur médian, seul le paramètre nitrate a connu une inversion de tendance, tandis que le phosphore et les pesticides notamment deviennent très problématiques, les pressions agricoles et  domestiques (résidentialisation) augmentant de concert. Enfin, le secteur aval connaît une situation très similaire à celle de 2015. Un point commun à l'ensemble du bassin ressort de cette image composite : son potentiel touristique a été totalement hypothéqué, soit en raison d'une fermeture des espaces (amont), soit en raison d'une dégradation généralisée de la qualité et de la fonctionnalité des milieux (secteurs médian et aval).

Thomas Houet, Laboratoire GEODE UMR 5602 CNRS

Université Toulouse le Mirail,

pour Géoconfluences le 30 juin 2009

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