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Le
paysage dans tous ses états |
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Autour du paysage : propos de géographes
(Paul Arnould)
Les bassins houillers d'Europe : des paysages entre héritages et renouveau
(Michel Deshaies)
Les paysages des eaux douces
(Jacques
Bethemont, Anne Honegger-Rivière,
Yves-François Le Lay)
Perception et représentation des paysages
castillans dans la littérature
(Vincent
Clément)
Articles indépendants du dossier (nouvelles fenêtres)
Les nouvelles forêts françaises. L'exemple ardéchois
Brève n°2, 2004 - Énergie
éolienne : le retard et le retour
(Paul et Xavier
Arnould)
Brève n°4, 2003 - Aménagement
et paysages en montagne : gestion de la ressource
en eau et contrainte touristique (Marc-Jérôme Hassid)
Autour
du paysage : propos de géographes
Le paysage : de la
production à l'usage
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Ce schéma
comporte trois boîtes correspondant respectivement
au paysage produit, visible et utilisé.
Dans le premier sous-système
producteur le paysage est le produit
de trois grandes catégories de forces
interagissantes : abiotiques, biotiques ou anthropiques.
Abiotiques car les volumes paysagers dépendent
des matériaux rocheux, de leur âge,
leur agencement, leurs déformations,
leur érosion. Un riche arsenal notionnel
permet de désigner et expliquer ces formes
du relief (cuesta, crêt, combe, val, escarpement,
falaise vive ou morte, etc.). Biotiques puisque
vie végétale et animale constituent
la couverture vivante de l'épiderme de
la terre : forêts, prairies, steppes,
savanes, landes, etc., identifient des paysages
végétaux. Ils mettent de la couleur,
de la texture, des structures de surface sur
les volumes précédemment définis.
Enfin, les paysages, constructions humaines,
sont d'une extrême diversité, depuis
les villages jusqu'aux villes géantes,
en passant par les forêts aménagées,
les champs ouverts ou clos, les près,
les vignobles, les vergers, etc.. Ils sont reliés
par les réseaux plus ou moins denses
des infrastructures de transport et de circulation.
La troisième
boite est le système utilisateur.
On propose d'y distinguer les grandes catégories
suivantes : tout d'abord, celle des chercheurs,
des scientifiques de toutes disciplines, qui
mènent des études fondamentales
ou appliquées sur les paysages ; ensuite,
celle des aménageurs, des décideurs,
des architectes qui fabriquent des paysages
dans les villes, sur le bord des routes, sur
les voies ferrées, qui réaménagent
les friches industrielles et urbaines ; celle
enfin des consommateurs (touristes, promeneurs,
etc.) qui effectuent leurs choix de déplacement
en fonction de paysages naturels et culturels
aux caractères exceptionnels et des vendeurs
de paysages, agents de voyage qui fabriquent
des paysages emblématiques dans leurs
brochures et autres dépliants Tous les
utilisateurs sont dépendants d'un effet
de filtre de type psycho-social où jouent
la culture individuelle et collective, les mythes,
les valeurs, les représentations, les
expériences accumulées, le jeu
des comparaisons, l'affectivité. Serge
Ormaux insiste beaucoup sur le rôle de
ce qu'il appelle le filtre "épistémo-social"
qui domine le filtre "psycho-social"
: les manières de voir ou de lire le
paysage sont fortement conditionnées
par les règlements administratifs, le
vocabulaire, les manuels scolaires et l'enseignement
à l'école et, de plus en plus,
les médias qui valorisent certaines gammes
de paysages. Certains conflits à propos
de paysages trouvent leur origine dans des appréciations
différentes du beau paysage, entre une
vision de proximité et de connivence
et des logiques d'aménageurs.
Entre
ces deux systèmes, le deuxième
sous-système, en position centrale est
appelé paysage visible. Il correspond
d'abord au paysage vu directement depuis un
point de vue plus ou moins élevé
et offrant des angles de vues et des perspectives
plus ou moins vastes. Les questions de vision
tangentielles, obliques, dominantes, dominées
y jouent un rôle majeur. Ce paysage est
fondamentalement changeant, fuyant, mobile,
renouvelé. Il est bien sûr nourri
de mémoire, de souvenirs mais aussi de
projets. Il est aussi la collection d'éléments
d'images qui figurent le paysage : cartes postales,
photographies, films, tableaux, logos, mais
également descriptions littéraires,
qui constituent le vaste champ des perceptions
et des représentations. Le statut des
documents cartographiques, des photographies
aériennes et des images satellitales
mérite que l'on s'interroge sur ce qu'elles
livrent comme image paysagère construite,
sur le paysage plus conçu que réellement
perçu.
Par zone de non-réductibilité,
il faut entendre que le visible ne rend jamais
compte de la totalité du réel.
La principale critique opposée
à cette fructueuse tentative de conceptualisation
porte sur l'insuffisante prise en compte de
la dimension temporelle dans la formulation
initiale. Ces reproches ont suscité de
nombreux travaux pour y intégrer temps
longs voire très longs (évolution
géologique ou systèmes technico-économiques
stables) et temps courts des événements
de tous ordres affectant le paysage. Il s'agit
de peser le poids des rythmes, des cycles, des
seuils, des ruptures, des bifurcations. Cette
question des temporalités et des discontinuités
s'applique non seulement au système producteur
mais aussi aux deux autres systèmes où
peuvent jouer le temps social des mythes et
des modes.
A l'heure où le paysage devient une valeur
marchande, un patrimoine, une référence
dans les enjeux environnementaux, un objet d'études
d'impact, un outil de transaction et de négociation,
ce souci d'en décortiquer tous les aspects
est une démarche fructueuse de prise
en compte de la complexité du réel.
Note
- Ce schéma est
inclus dans "Propos sur le paysage"
- Mémoire d'habilitation à
diriger des recherches - Serge Ormaux - Théma
(Théoriser et modéliser pour aménager)
- Besançon - 1999.
Il a été progressivement formalisé
par les chercheurs de l'école, dite bisontine,
rassemblés à l'Université
de Franche Comté, autour de Jean Claude
Wieber et Thierry Brossard. Affiné au
fil de diverses thèses, publications,
études de cas, il a été
testé et a prouvé son caractère
fécond et opératoire dans des
programmes interdisciplinaires avec des archéologues,
des architectes, pour les services de l'environnement
et dans des opérations d'aménagement.
Discours
sur le paysage : à la croisée
des regards et des systèmes
Le
terme paysage est installé en "cœur
de cible", à la croisée
des systèmes.
Le terme placé au centre du modèle
peut être remplacé par d’autres
concepts, passés au crible de la
même analyse.
Les concepts flous et mixtes, comme environnement,
aménagement, patrimoine, milieu,
biodiversité, développement
durable… et bien d’autres
encore se prêtent à cette
mise en perspective.
Un essai de lecture du terme aménagement,
suivant ces principes, a été
proposé lors d’un colloque
sur l’aménagement forestier
à Tours (publication dans : Arnould,
P., 2002, Histoire et mémoire des
aménagements forestiers, Ingénieries)
Ce schéma identifie six grands
systèmes (écosystème,
géosystème, psychosystème,
politico-juridico système, sociosystème,
système technico-économique),
liés à des champs disciplinaires.
Ces systèmes peuvent être
éventuellement dédoublés.
La séparation du politique et du
juridique est justifiée dans certains
cas. L’agrégation du système
technique et économique est également
à évaluer. Ils sont caractérisés
par un certain nombre de mots clés
dont l’intitulé et le nombre
ne sont pas figés.
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Cette formalisation
du paysage, à la croisée
de plusieurs systèmes, a été
présentée au :
Colloque
européen de Florence, sur le
paysage ("Analysis and Management
of Forest and Rural Landscapes"),
de septembre 2002.

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Pour
les paysages industriels, urbains, ruraux ou
pour d’autres lectures, les champs lexicaux
peuvent être sensiblement modifiés,
adaptés.
L’intérêt de cette formalisation
est de déboucher sur des hypothèses
sur les hiérarchies et les interactions
entre ces systèmes interdépendants.
Il est ainsi possible d’affirmer que longtemps
le paysage forestier a été ignoré
par les deux sphères les plus influentes
dans l’aménagement, celle des ingénieurs,
des techniciens, des économistes et celle
des politiques et des juristes.
L’irruption des réflexions menées
par les géographes sur géosystème,
paysage et territoire (voir les travaux de G.
Bertrand, G. Rougerie dans la partie ressources
…), la constitution d’une écologie
du paysage (voir ce terme), dans la sphère
des sciences de la vie, la reconnaissance de
l’importance des paysage sensibles, perçus,
vécus, imaginés, rêvés
par les historiens, les philosophes, les agronomes,
les architectes, les sociologues, l’appropriation
du concept par différents acteurs sociaux,
de l’échelon local au national,
en ont fait un objet de lois, de recherches
scientifiques, de colloques, de films, de dialogue
mais aussi de conflits.
Les jugements de valeur, parfois simplistes,
sur le beau ou le laid, l’exceptionnel
ou l’ordinaire, le rare ou le banal, le
bon marché ou le cher… sont nécessairement
relativisés et contestés, par
la prise en compte des autres dimensions attachées
à un terme aux sens et aux significations
multiples.
Paul
Arnould, professeur des universités, ENS LSH
pour Géoconfluences, le 23 février
2003

Perception et représentation
des paysages castillans dans la littérature
:
Théophile Gautier
- Voyage en Espagne (1840) (Vincent Clément)
Cadrage |
Documents,
compléments |
| Contextualiser
Au XVIIIe
siècle, une image négative
de l'Espagne prévaut et la description
du paysage en est l'écho : les
paysages sont désolés, les
routes dangereuses, les auberges malfamées
.. autant de poncifs sur une Espagne jugée
répulsive et qui alimenteront longtemps
un certain pittoresque du récit
de voyage dans la péninsule.
Cette image évolue au cours du
XIXe siècle. L'invasion napoléonienne
et la Guerre d'Indépendance (1808-1814)
ont conduit vers l'Espagne des centaines
de milliers de soldats : contact qui a
permis de remettre en cause bien des clichés.
La résistance héroïque
du peuple espagnol face à l'envahisseur
français a suscité admiration
et intérêt dans le reste
de l'Europe et l'Espagne devient une destination
à la mode.
Pour un Romantique,
le voyage en Espagne est un aboutissement.
Ont ainsi été recensé
599 récits de voyages d'étrangers
en Espagne dont de nombreux français
: Alexandre Dumas, Théophile Gautier
par exemple. Les écrivains trouvent
aussi dans les signes de l'héritage
mauresque [1] des résonances à
la mode orientaliste du moment. |
L'itinéraire
de Théophile Gautier lors de
son voyage en Espagne de 1840 (5 mois
de mai à octobre)

Cliquer sur
l'image pour l'agrandir
|
| Un
regard romantique sur le paysage
Théophile
Gautier aurait-il mieux saisi que d'autres
le caractère de certains paysages
espagnols ?
Il fut d'abord peintre avant de devenir
écrivain. D'où l'importance
des précisions sur les couleurs
ainsi que ce regard particulier qui lui
fait détacher chaque objet pour
l'analyser, l'individualiser.
On lui reprochera d'être trop descriptif,
de décrire avec trop de détachement,
voire d'indifférence. On a dit
aussi qu'il faisait des descriptions de
myope à cause de sa manière
particulière de grossir les détails.
De fait, dès le début de
son voyage, il se définit comme
un "voyageur enthousiaste et descriptif
qui, la lorgnette à la main, s'en
va prendre le signalement de l'univers".
Lors de sa visite de Tolède, à
la suite d'une digression historique,
il dit "revenir bien vite à
notre humble mission de touriste descripteur
et de daguerréotype littéraire".
Mais il ne faut pas surestimer l'objectivité
de son récit. Ainsi, il souscrit,
de manière parfois maladroite,
avec certaines approximations, à
la mode orientaliste. Tout au long de
son récit, il maintient le lecteur
dans une ambiance mauresque : à
Irun, les murs des maisons sont blanchis
à la chaux "selon l'usage
arabe" ; à Salinas le clocher
a une "forme sarrasine" ; etc.
Le regard qu'il pose sur l'Espagne n'est
pas neutre. Il s'agit d'un regard construit,
à la fois par la lecture d'œuvres
littéraires et par sa propre imagination,
comme lui-même le précise,
juste avant de franchir la frontière
:
"Encore quelques tours de roue, je
vais peut-être perdre une de mes
illusions, et voir s'envoler l'Espagne
de mes rêves, l'Espagne du Romancero,
des ballades de Victor Hugo, des nouvelles
de Mérimée et des contes
d'Alfred Musset. En franchissant la ligne
de démarcation, je me souviens
de ce que le bon et spirituel Henri Heine
me disait au concert de Liszt, avec son
accent allemand plein d'humour et de malice
: "Comment ferez-vous pour parler
de l'Espagne quand vous y serez allé
?" (p. 43)" |
La
Castille vue par T. Gautier
"Le
pays que nous traversions avait un aspect
d'une sauvagerie étrange : c'étaient
de grandes plaines arides, sans un seul
arbre qui en rompît l'uniformité,
terminées par des montagnes et
des collines d'un jaune d'ocre que l'éloignement
pouvait à peine azurer" -
p. 89-90
La gorge de Pancorbo, porte de la Vieille
Castille : "Les rochers ne laissent
plus que la place du chemin tout juste
et l'on arrive à un endroit où
deux grandes masses granitiques, penchées
l'une vers l'autre, simulent l'arche d'un
pont gigantesque que l'on aurait coupé
par le milieu, pour fermer le passage
à une armée de Titans"
- p. 60
Sur le piémont de la Sierra de
Guadarrama : "(...) d'immenses quartiers
de grès affectant des formes architecturales
se dressaient de toutes parts et découpaient
sur le ciel des silhouettes de Babels
fantastiques. Ici, une pierre plate tombée
en travers de deux autres roches simulait,
à s'y méprendre, des peulvens
ou des dolmens druidiques ; plus loin,
une suite de pitons en forme de fûts
de colonnes représentaient des
portiques et des propylées ; d'autres
fois, ce n'était plus qu'un chaos,
un océan de grès figé
au moment de sa plus grande fureur"
[2] - p. 101
Dans la sierra de Guadarrama : "Sous
les rayons du soleil, les hautes cimes
scintillaient et fourmillaient comme des
basquines de danseuses sous leur pluie
de paillette d'argent ; d'autres avaient
la tête engagée dans les
nuages et se fondaient dans le ciel par
des transitions insensibles, car rien
ne ressemble à une montagne comme
un nuage." p. 102 |
|
Notes
[1] Par exemple, à travers le style
mudéjar. Le mudéjar est
le musulman resté en territoire
castillan après la reconquête
.. par extension, le style mudéjar,
qui se développe en Castille entre
le XIIe et le XVIe siècle, désigne
toutes les formes architecturales ou de
décor chrétiennes influencées
par l'art mauresque.
[2] Il s'agit ici de toute évidence
d'un modelé granitique typique,
composé de tors, de pierres branlantes
et de chaos de blocs. La seule erreur
commise concerne l'identification de la
roche qu'il prend pour du grès
alors qu'il s'agit de granite.
Les numéros de pages du "Voyage
en Espagne" correspondent à
l'édition Gallimard de 1981
Références,
bibliographie
- Pays et paysages de Vieille Castille
- Vincent Clément - Thèse
- Lille - 1997
- La perception romantique de la Castille
à travers le récit de voyage
de Théophile Gautier - Vincent
Clément - L'Espace Géographique,
n°4, 1998
- Voyage en Espagne - Théophile
Gautier - Gallimard - Edition 1981
Vincent
Clément, maître de conférences, ENS LSH,
pour Géoconfluences,
le 23 février 2003 |

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| Mise
à jour : 26-03-2004
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