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Géographie de la santé : espaces et sociétés

Personnels de santé d'origine étrangère en France. Le médecin généraliste : points de vue, témoignages

Publié le 28/06/2012

1) À Saint-Pierre-des-Nids, l'un des 4 166 bassins de vie classés "zone déficitaire"*, le Dr Alain Cabanes, unique médecin de la bourgade depuis 2003, vient enfin d'être rejoint par deux consœurs : Emilia Levitchi, tout juste arrivée de Roumanie, et Stéphanie Lebret.

(…) Cette bourgade de 2 000 habitants est située aux confins de l'Orne et la Mayenne et les petits commerces y sont nombreux : une pharmacie, deux boulangeries et deux agences immobilières. Sa population augmente régulièrement. Il faut un petit quart d'heure de voiture pour se rendre à Alençon. Son histoire, c'est juste la chronique ordinaire d'un canton rural où les médecins ont progressivement dévissé leurs plaques. Et aucun jeune praticien pour les remplacer. Ainsi, comme 4 166 autres "bassins de vie" en France, Saint-Pierre-des-Nids est aujourd'hui classée "zone déficitaire". Pourtant, la conjonction de deux volontés a permis de déjouer le sort. Pendant que le Dr Alain Cabanes, resté seul au village depuis 2003 et le départ de ses deux confrères, se démenait pour trouver un nouvel associé, le maire, recherchait au-delà des frontières un médecin supplémentaire pour ses administrés. Ironie de l'histoire, les deux démarches aboutissent presqu'en même temps. En janvier 2008, Stéphanie Lebret, généraliste de 34 ans, s'installe comme collaboratrice libérale du Dr Cabanes, à raison de trois journées par semaine. En soi, "déjà un petit événement" pour la commune, se souvient le médecin quinquagénaire. À la même époque, à 2 000 kilomètres de là, à Putna en Roumanie, un couple de généralistes lit dans La vie médicale une petite annonce et décide, après dix-huit ans d'exercice de la "médecine de famille", de changer de vie. Et c'est lundi qu'Emilia Levitchi a reçu ses premiers patients dans la maison médicale communale de Saint-Pierre-des-Nids. Son époux la rejoindra au printemps et exercera à une vingtaine de kilomètres avec un praticien français. (…)

Les trois généralistes de Saint-Pierre-des-Nids travaillent désormais ensemble dans les locaux de l'ancienne maison de retraite que la mairie a transformée en "maison des associations" dans les étages, et en cabinet médical au rez-de-chaussée. Le Dr Cabanes assume les charges financières du cabinet qu'il loue à la mairie. Sa collaboratrice libérale lui reverse sa participation au prorata du temps qu'elle y passe. Le Dr Levitchi est gracieusement accueillie par la mairie qui, en plus, met à disposition de l'ensemble du cabinet une seconde secrétaire médicale. Pour l'heure, les deux premiers médecins ne sont pas formellement associés à leur consœur roumaine qui, du coup, ne peut pas bénéficier du bonus de 20% d'honoraires que l'assurance-maladie verse aux médecins de groupe des zones déficitaires. (…) La commune est également une zone de revitalisation rurale (ZRR). À ce titre, les libéraux qui s'y installent sont exonérés de taxe professionnelle les premières années. (…) L'histoire de cette petite ville montre que les médecins sont parfois obligés de bricoler avec les dispositifs. (…)

À 44 ans, [Emilia Levitchi] ne vient pas avec l'idée que "tout sera facile". Elle ne méconnaît pas non plus que certains de ces confrères roumains ont jeté l'éponge au bout quelques mois. Comme pour beaucoup d'entre eux, c'est par l'entremise de la société de conseil Revitalis, qui met en contact les médecins étrangers et les collectivités, qu'elle a eu connaissance de "l'opportunité" de venir travailler en France. "Il y a eu des expériences malheureuses avec des médecins roumains y compris en Mayenne, reconnaît Alain Cabanes. Il faut en tirer des expériences.". La première est de ne pas laisser le médecin étranger isolé. La secrétaire du cabinet a aidé Emilia Levitchi dans ses démarches administratives. Les deux pharmaciennes du village, mère et fille, sont déjà devenues ses amies et l'accompagnent pour les démarches de la vie de tous les jours. La mairie lui prête provisoirement un appartement et à l'occasion une voiture. Et surtout, les trois médecins sont bien décidés à travailler ensemble et les deux premiers semblent sincèrement ravis de l'arrivée de leur consœur. Peut-être pourront-ils enfin un peu lever le pied ?

En Roumanie, le Dr Levitchi avait également un rythme effréné. C'est l'argument de son mari qui avait achevé de la convaincre. "Combien de temps pourrons-nous continuer à ce rythme ?", avait-il plaidé. Le couple laisse un grand fils de 17 ans chez sa grand-mère en Roumanie. Il viendra faire ses études en France ou en Grande-Bretagne, mais n'envisage en aucun cas la médecine. Un métier « trop prenant » dit-il. Mais probablement autant dans ce coin des "Alpes mancelles", que dans les régions vallonnées du Nord-Est de la Roumanie. Des paysages si semblables, paraît-il...

Source : Le Généraliste, Véronique Hunsinger. "J'ai même rencontré des généralistes heureux", n°2470 du 05/12/2008, www.legeneraliste.fr/layout/.../id_article=21557

* les zones sous-médicalisées, déficitaires, sont déterminées par les missions régionales de santé en application de la réforme de l'assurance maladie d'août 2004.


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2) Face à la pénurie de généralistes, des sociétés privées facilitent désormais l'installation en France de professionnels de la santé venus de l'Est : Médecins roumains à prix d'or

(…) Les deux agences, [l'Association pour la recherche et l'installation de médecins européens / Arime et le cabinet Revitalis-Conseil], qui se livrent une concurrence féroce, se sont créées il y a trois ans avec la même intuition : les départs à la retraite des médecins du baby-boom ne seront pas compensés par l'installation de jeunes praticiens français, qui rechignent à exercer dans les campagnes.

Le recrutement est aisé car le choix ne manque pas et les candidats se bousculent. Depuis son entrée dans l'Union européenne, au 1er janvier 2007, la Roumanie a déjà fourni plus de 800 médecins à la France. Bien formés, francophones, les candidats résistent mal à l'argument financier. Dans leur pays, ils gagnent en moyenne 500 € par mois, soit dix fois moins qu'un médecin généraliste français. "En Roumanie, on me proposait de très bons postes, mais à 300 € par mois", témoigne le docteur Radu Moisa, installé à Chabreloche (Puy-de-Dôme), par l'intermédiaire de Revitalis. “Je me disais, "il y a un zéro qui manque. Et c'est la France qui me l'offre".

À raison de 10 000  € d'honoraires par médecin trouvé, Revitalis a déjà procédé à l'installation de vingt-sept praticiens sur tout le territoire, dont douze Roumains. L'Arime, elle,  d'abord positionnée dans le secteur hospitalier, facture ses services 40  000 € . Malgré ces tarifs élevés, beaucoup de "clients" se déclarent satisfaits: Christian Barges, le maire de Chabreloche, est ainsi "tout heureux" d'avoir trouvé le docteur Moisa, "un médecin gentil, humain et dynamique". Son prédécesseur, un jeune Français, avait dévissé sa plaque du jour au lendemain, et était parti sans prévenir pour le Sud. "On ne pouvait pas rester les pieds dans nos pantoufles à attendre que le médecin veuille bien venir", se justifie le maire. Même sentiment pour Marc Mouret, maire de Cayres (Haute-Loire), 700 habitants, qui a déboursé 9 000 euros pour une jeune doctoresse roumaine: "Ces agences, c'est très bien, on ne savait plus à quel saint se vouer", explique-t-il. "On avait mis des annonces partout sur Internet, au conseil de l'ordre, dans les facultés de médecine. On n'a jamais eu un seul retour".

(…) Ces agences de recrutement ont agi comme un aiguillon pour décider les médecins libéraux à s'organiser sur le territoire. "Dès 2006, on a vu arriver des médecins roumains et bulgares, vendus aux mairies par ces entreprises de rabattage", s'insurge Antoine Leveneur, président de l'Union régionale des médecins libéraux (URML) de Basse-Normandie. “Ils étaient complètement perdus dans le système français d'assurance-maladie et repartaient au bout de trois mois” assure-t'il. Depuis, l'URML a convaincu les tutelles sanitaires et les collectivités locales de passer une convention organisant l'offre de soins sur la région: "On donne une perspective d'installation intéressante pour les jeunes en les réunissant dans des cabinets de groupe", poursuit Antoine Leveneur. "Et, du coup, on exonère les élus du poids et de la responsabilité de trouver un médecin".

En attendant que l'exemple de la Basse-Normandie fasse école (il a inspiré le projet de loi "Hôpital, patients, santé, territoire", discuté à l'Assemblée nationale à partir de février), le marché de la désertification prospère: Paragona, leader européen du recrutement de médecins étrangers, s'implante progressivement en France. Cette société suédoise, qui a recruté plus de 700 médecins au profit des pays scandinaves et de la Grande-Bretagne, s'intéresse aussi depuis 2007 à la pénurie dans l'Hexagone. Après avoir passé une convention avec l'Agence régionale  d'hospitalisation  (ARH)  de Picardie, Paragona vient d'installer onze médecins roumains dans les centres hospitaliers d'Abbeville et d'Amiens.  Une  première  étape avant de s'attaquer, demain, au marché de la médecine générale.

Source : Cécile Prieur, Le Monde du 11 février 2009, p. 3, http://fr.scribd.com/Nicolas%20Mx/d/12166915-Le-Monde-du-11-fevrier-2009

consultable sur Les Nouvelles de Roumanie, mars-avril 2009, p. 22, www.lesnouvellesderoumanie.eu/archives/1-3-2009 en .pdf, www.lesnouvellesderoumanie.eu/images/2009-03-01.pdf  

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Sélection : S. Tabarly ,

pour Géoconfluences le 28 juin 2012

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