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Agro-terroir

Publié le 15/02/2013

Le terroir “physique” ou “agro-terroir” est une notion indispensable pour qui s’intéresse au vin et cherche à comprendre les facteurs d’implantation d’un vignoble de qualité. Ce serait l’un des fondements de la qualité sinon de la typicité d’un vin. Ce point de vue est largement répandu chez les scientifiques comme chez les professionnels et constitue la base des activités de l’Institut national des appellations d’origine (INAO) depuis un bon demi-siècle.
Mais deux constats viennent infléchir cette tentation de faire de l’agro-terroir l’essence même des grands vignobles. D’abord, en ne promouvant que le support physique du terroir, les chantres de l’agroterroir ont la mémoire courte. Dans la définition des grands vins actuels, la part de création des hommes est déterminante. Ensuite cette notion est assez récente dans l’histoire des vignobles et sa prise en compte dans leur gestion l’est davantage encore. La délimitation des vignobles a fait appel à l’agro-terroir de manière très circonstanciée, sauf à très grande échelle. Ainsi, si Porto et la Bourgogne (pour partie) ont fondé leurs appellations sur l’agro-terroir, Bordeaux, Côtes-du- Rhône, Chianti, Rioja sont avant tout des constructions humaines tant dans leur totalité que dans leurs divisions. Ce qui fait la particularité des vins de terroir, comparés aux vins du "Nouveau monde", c’est donc leur ancrage dans un espace modelé par la société productrice. C’est qu’ils cumulent histoire et géographie.

Construction sociale dans la durée, le terroir apparaît ainsi comme l’actif majeur des vignobles des vieux pays producteurs européens. Espace de production délimité le plus souvent par des hommes qui avaient choisi de travailler ensemble, les terroirs sont des constructions collectives dans le temps long.
C’est là une dimension fondamentale à valoriser pour mieux assurer l’avenir des vieux vignobles européens face à la concurrence des nouveaux vignobles de l’hémisphère sud. La notoriété du château, terroir et construction sociale individuels, ne pourra, seule, s’en charger face aux puissantes wineries du nouveau monde viticole. Le château a besoin de la marque collective qu’est l’appellation. Que représente-t-il en effet comme moyen de pression auprès de l’OMC, comparé aux grands trusts de l’agroalimentaire, apôtres de la déréglementation ? De quelle puissance financière dispose-t-il face aux investissements colossaux des majors anglosaxons ? Défendre le terroir, c’est donc défendre l’appellation d’origine contrôlée, c’est mettre en avant le long labeur du temps dans un monde en quête de racines plus que promouvoir la qualité exceptionnelle des terroirs physiques (ne sont-ils pas exceptionnels dans de très nombreuses régions viticoles !), c’est promouvoir une société et son terroir, c’est affirmer la volonté de faire ensemble. Aujourd’hui, les vins de terroirs, ce sont des vins qui non seulement font parler mais aussi rêver... ou du moins ce devrait être le cas.

Enfin, le terroir est plus qu’une simple adéquation entre une plante (la vigne par exemple), des savoirs produire et un milieu "favorisé". Cette faveur, ce sont les sociétés successives qui l’ont déterminée et le terroir est avant tout projet d’une société locale, d’où le vocable proposé de socio-terroir. Pour nous le terroir est aujourd’hui forcément socio-terroir.

Voir :
- Espace et temporalités du vignoble : une comparaison franco-chilienne (Hélène Velasco-Graciet et Jean-Claude Hinnewinkel)

- Hélène Velasco-Graciet et Jean-Claude Hinnewinkel ont coordonné un dossier "Vignes et vins" - Contact, journal de l'Université de Bordeaux 3 :
www.u-bordeaux3.fr/SCCommunication/planche_contact.htm et
www.u-bordeaux3.fr/SCCommunication/ARCHIVES/2006/Contact_162.pdf