Vous êtes ici : Accueil Glossaire Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (BAII)

Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (BAII)

Publié le 27/01/2016
Auteur(s) : Nashidil Rouiaï, Docteure en géographie - CNRS, Université Paris IV La Sorbonne

La Banque asiatique de Développement pour les Infrastructures (BAII) est une institution financière internationale promue par la Chine, sur le modèle d’autres banques comme la Banque mondiale ou la Banque asiatique de développement. Elle vise à soutenir financièrement des projets de développement, principalement en Asie centrale et du Sud (Inde, Indonésie, Turquie, Azerbaïdjan, Pakistan…) dans les domaines de l’énergie, des transports, de l’aménagement urbain et des télécommunications.

Les besoins de financements d'infrastructures en Asie sont extrêmement importants (de l'ordre de 800 milliards de dollars par an) et l'aide de la Banque Mondiale et de la Banque asiatique de Développement (BAD) n'est pas suffisante (leur capital total s'élève respectivement à 223 et 160 milliards de dollars). La puissance financière chinoise, avec sa réserve de 3 000 milliards de dollars, s'impose comme un acteur de premier plan, cherchant à soutenir le développement régional non seulement pour les besoins de son économie, mais aussi pour ses ambitions stratégiques.

Le succès de la BAII est dû à sa capacité à réunir un nombre d’États membres suffisant pour apparaître crédible (87 pays à l’automne 2018). Après le ralliement du Royaume-Uni, l'Allemagne, la France et l'Italie ont décidé d'en devenir membres fondateurs. Dix-sept des puissances du G20 ont rejoint la nouvelle banque d'investissement (le Mexique, les États-Unis et le Japon en sont absents). Toutefois, cette institution reste avant tout la créature de la Chine, qui détient un tiers du capital de la Banque, contre 8 % pour l’Inde, deuxième contributeur, et 4 % pour l’Allemagne, premier contributeur hors du périmètre d’intervention de la BAII (chiffres 2018).

Si officiellement les réserves des États-Unis et du Japon notamment se portent sur des aspects réglementaires, les objections sont en fait bien plus stratégiques, il s'agit avant tout du nouveau rôle central que prend la Chine en étant au cœur du financement d'une grande partie des infrastructures du continent asiatique.

Pour la Chine, les bénéfices de cette banque sont pluriels. Économiquement, la BAII est une manne d'opportunités pour ses routes d'exportation et pour ses sociétés de travaux publics. Bien que n’étant pas officiellement associées, la BAII a principalement été mise en place pour financer les projets issus du programme des Nouvelles routes de la soie (One Belt One Road, OBOR). Financièrement, le développement de cette banque d'investissement va de pair avec l'internationalisation du yuan et l'augmentation du rendement de ses réserves financières. Stratégiquement, l'organisation lui permet de structurer en sa faveur l'ordre régional en matière économique et financière – et donc de diminuer l'influence du Japon et des États-Unis via la moindre influence de la Banque asiatique de Développement –, et à une autre échelle de contribuer à un ordre financier international multipolaire, dominé depuis les accords de Bretton Woods (1944) par les États-Unis et l'Europe. La Chine est ainsi en train de créer un nouvel ordre financier en affirmant son autonomie et son influence macro-économique mondiale.

Nashidil Rouiaï
Docteure en Géographie, Sorbonne université, Laboratoire ENeC (Espaces, Nature et Culture, UMR 8185)

 
  • Dans ce texte l'auteure a actualisé et condensé des éléments d’un article paru dans Carto :
    Nashidil Rouiaï, «  Vers un ordre financier dirigé par la Chine ? », Carto n° 30, juil-août 2015.

Pour compléter :

 

 

Septembre 2018. Mise à jour : septembre 2018.