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Espaces ruraux en Chine

Publié le 24/05/2019

Anciennement article « Campagnes en Chine » dans l'entrée « Campagnes »

Le miracle économique chinois s’est davantage appuyé sur un développement industriel et urbain que sur l’agriculture. Les zones rurales n’ont que peu contribué à la croissance, si ce n’est par la fourniture de main d’œuvre et de terrains. Une large part des 727 millions d'individus classés comme "ruraux" en 2007 (dont 300 millions d’actifs agricoles) qui vivent dans les campagnes chinoises semblent rester en marge du processus de développement macro-économique dont bénéficie le pays et qui a privilégié les espaces urbains et la production industrielle. L'agriculture chinoise, en 2004, ne contribuait plus qu'à 14% de la formation du PIB national, contre 33% en 1982. Les ruraux ont été longtemps confrontés à l'abandon relatif des systèmes de protection sociale dont ils bénéficiaient avant la libéralisation de l'économie chinois : soins médicaux, éducation, retraite. La condition des populations s’est moins améliorée en zone rurale qu’en ville. Ainsi, l’écart de revenus annuels entre les villes et les campagnes est, en 2008, de 1 à 4 (355 USD vs. 1 138 USD) et le revenu moyen par agriculteur n’a été multiplié que par 3 entre 1980 et 2007 alors que le revenu moyen des Chinois sur la même période était multiplié par 8. Au demeurant, le taux de pauvreté rurale a très nettement diminué et les campagnes ont bénéficié, malgré tout, du développement général de la Chine, surtout dans les régions proches des marchés urbains.

Les agriculteurs travaillent dans un cadre encore peu sécurisé, la précarité de leurs droits sur le foncier agricole a, d’une part, permis l’expropriation de leurs terres pour d’autres usages et, d’autre part, contrarié le développement agricole. Ils subissent en effet diverses spoliations, pour les grands travaux ou au profit de l'expansion urbaine. Pour éviter que les paysans ne négocient directement la cession de terrains constructibles, les autorités locales ont, depuis 1999, le monopole du transfert des terres au privé, mesure qui a ouvert la porte à tous les abus. Quelques 200 000 ha seraient ainsi "escamotés" chaque année à la discrétion des gouvernements locaux et à des prix de compensation pour les paysans lésés très inférieurs aux prix du marché. Des hommes de main ou la police font taire les protestations, les bavures se succèdent et sont parfois médiatisées : durant la seule première moitié de 2008, on a dénombré plus de 20 000 incidents d'expropriations illégales de paysans victimes de la collusion entre responsables locaux du Parti et entrepreneurs immobiliers. Les populations rurales démunies ou lésées et qui ne bénéficient pas des dynamiques du développement alimentent des vagues de migrants (les mingong) errants à travers le pays, recherchant du travail en usine ou sur les chantiers urbains. Leur nombre est estimé à près de 200 millions en 2009.

Dans ces conditions, les agriculteurs ne sont pas toujours enclins à investir dans leur exploitation et ils ont peu de capitaux disponibles pour le faire. Leur productivité est donc faible : un agriculteur nourrit 3 à 4 personnes en Chine, contre 160 au Danemark, plus de 100 en France, 75 aux États-Unis. Les quelque 200 millions d'exploitations, pour la plupart familiales, disposent en moyenne d'un à trois mu (équivalent à 666,7 m² ou à 1/15e d'ha) de terre cultivable dont elles ont seulement la jouissance, mais non la propriété qui reste aux collectivités rurales (comités de village) et à l'État. La Chine est confrontée au défi de nourrir 22% de la population mondiale avec seulement 10% des superficies cultivables (120 millions d'ha, soit 13% de la superficie du pays). La rareté des terres contribue à ce plafonnement, avec la pénurie en eau, un niveau technique et un équipement insuffisants, ainsi que l’inorganisation des filières (industrie agroalimentaire et marchés). Les surfaces cultivables diminueraient d’environ 2 500 km² par an, du fait de l’urbanisation et de la dégradation des sols et les meilleures terres, dans les vallées alluviales autour des agglomérations, sont souvent les plus concernées. Si la production a augmenté de 90 % de 1990 à 2003 (données FAO), elle tend à plafonner depuis, voire à décliner pour les productions traditionnelles (blé, riz), alors même que la demande interne augmente, accroissant le besoin d’importations. Certaines productions sont cependant en croissance, parfois spectaculaire : le soja, le coton, la production sucrière, la production halieutique par exemple. Par ailleurs, l'agriculture chinoise adopte rapidement les nouvelles biotechnologies (variétés OGM de coton, maïs, riz, soja, etc.). Notons enfin que la perte tendancielle de terres arables en Chine conjuguée à la croissance des besoins de la population explique que Pékin cherche à acquérir des droits sur les terres dans sa proche périphérie tout d'abord (Russie, Laos, Kazakhstan, ...) voire au-delà, en Afrique ou en Amérique latine.

La volonté affichée d’accorder plus d’attention aux campagnes s'est traduite, à partir de 2004, par la politique des trois "nong" (l'agriculture, le monde rural et les paysans), et, en 2006, par l'appel à bâtir la "nouvelle ruralité socialiste" pour réduire les écarts entre villes et campagnes. Cette politique de rééquilibrage en faveur des campagnes s'est concrètement traduite par la réduction des impôts grevant les revenus des agriculteurs (l'impôt agricole a été supprimé en janvier 2006 mais des "redevances" de toute sorte subsistent), par l'augmentation des subventions agricoles, le financement des infrastructures en zone rurale, l'ébauche d’un système plus étendu de sécurité sociale.

Quant à la sécurisation des droits des paysans sur le foncier agricole, c'est une question récurrente en Chine, d’un point de vue social, mais aussi économique. Le 3ème Plénum du comité du 17e Congrès du Parti communiste (octobre 2008) a réaffirmé les possibilités d’usage et de cession des terres, mais sans renforcer les droits des paysans. Ce Plénum a également posé l’objectif d’une "concentration foncière à un niveau convenable", dans le but d’accélérer le développement agricole. Cet objectif pose plusieurs questions : outre la fixation de ce "niveau raisonnable" et les difficultés de son application, celle du risque social de cette concentration, dans un contexte d’un exode rural déjà fort et de ralentissement de la croissance ? Par ailleurs, celle de l’adaptation d’un modèle de grandes exploitations extensives en main d’œuvre et intensives en capital aux besoins de la Chine, par rapport à un développement reposant sur des exploitations de taille plus modeste, moins intensives en capital mais davantage en main d’œuvre ? (Bulletin économique Chine du 30 octobre 2008). Cette "nouvelle donne" est susceptible d'accélérer la transformation des campagnes et de l'agriculture chinoises.

(ST) Mise à jour : janvier 2010

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