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Inflation patrimoniale

Publié le 21/06/2021

L’inflation patrimoniale (en anglais heritage boom) est une extension rapide et importante du champ du patrimoine. Celui-ci n’a cessé de s’élargir, depuis une attention exclusivement portée aux monuments les plus anciens et les plus imposants au XIXe siècle, à l’intérêt porté aujourd’hui au patrimoine immatériel (danses, chants, pratiques rituelles, fêtes traditionnelles, jeux…). Le titre d’un ouvrage de Nathalie Heinich (2009) résume ce mouvement d’un trait d’humour : La fabrique du patrimoine : « de la cathédrale à la petite cuillère ».

Or ce mouvement d’élargissement n’a pas été continu, il a connu des soubresauts. L’inflation patrimoniale désigne justement un tournant, à partir des années 1980, où le nombre d’objets susceptibles d’être répertoriés, inventoriées, et classés a considérablement augmenté (Deschepper, 2021). Au moins trois facteurs y ont concouru :

  • L’émergence de politiques nationales et surtout internationales de protection du patrimoine, en particulier avec la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 1972, ensuite imitée par des inventaires nationaux et régionaux dans de nombreux États
  • Les intenses mutations socio-économiques dans les décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, entraînant une disparition rapide de ce qu’on appelait alors le « folklore », les arts et traditions populaires, notamment ruraux, et par réaction des entreprises de préservation et d’inventaire.
  • Dans le sillage de ces mutations, les crises économiques et la désindustrialisation des États les plus impliqués dans la définition du champ du patrimoine ont entraîné une prise de conscience de la nécessité de sauvegarder des patrimoines urbains, populaires, ou contemporains, et du patrimoine naturel désormais considéré comme un bien commun à préserver (Deschepper, 2021).

L’expression d’inflation patrimoniale a un sens neutre, dans la mesure où c’est le constat d’une réalité mesurable, mais elle peut aussi avoir une dimension critique, celle du « tout-patrimoine ». Dans ce cas, elle n’est pas une remise en cause de la légitimité des nouveaux objets patrimonialisés par rapport aux anciens mais plutôt un questionnement sur le sens donné au patrimoine dans son ensemble, en l’absence d’un mouvement de dépatrimonialisation.

(JBB) mars 2021.


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