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Organisations et intégration régionales en Afrique

Publié le 11/01/2013

L'exemple de l'Europe, parvenue en quelques décennies, à travers la construction d'une Union, à surmonter l'essentiel de ses divisions et de ses conflits, le démontre : la coopération inter-étatique dans différents champs (économie, politique, aménagement et développement des territoires) est un facteur puissant de pacification.
Différentes formes de concertation, d'harmonisation, et d'intégration peuvent être favorables à l'atténuation et à la gestion des conflits sur le continent africain. La configuration des regroupements régionaux repose sur deux axes, politique et économique et elle ne peut se comprendre sans référence à l’histoire, principalement aux héritages coloniaux et au temps des indépendances.

L'axe politique occupe les discours et les esprits et le rêve du panafricanisme est ancien. Au moment des indépendances, le sénégalais Léopold Sedar Senghor et le ghanéen Kwame Nkrumah développent l'idée d’une nécessaire intégration africaine. Aux yeux de Kwame Nkrumah, un système fédéral permettrait de dépasser le néo-colonialisme induit par le maintien des frontières nationales.

Plus récemment, l'OUA, devenue l’Unité africaine (UA) en 2000
, se donne pour objectif de structurer l'ensemble du continent autour d'un Parlement panafricain, d'une banque centrale et d'un Fonds monétaire, d'une Cour de justice, etc. Parallèlement, au sein de l'UA, le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (Nepad / New Partnership for African Development) a été lancé en 2001 pour faire progresser la gouvernance en Afrique. Il est né d'une initiative des chefs d'État sénégalais, Abdoulaye Wade, et sud-africain, Thabo Mbeki (son secrétariat général est à Johannesburg), en association avec leurs homologues algérien (Abdelaziz Bouteflika) et nigérian (Olusegun Obasanjo).
Comme son nom l'indique, le Nepad est surtout un instrument de planification du développement, ce n'est pas une institution. Il vise à mobiliser des fonds internationaux pour réaliser des projets continentaux ou régionaux, au moment où de nombreuses études montrent l’importance des infrastructures dans le domaine de l’accès aux services de base (éducation, santé), dans la cohésion sociale et dans le développement économique. La construction de grands projets régionaux structurants est envisagée et/ou programmée : dans le domaine des transports, l'autoroute côtière Nouakchott/Lagos permettant de relier 10 pays africains, l’autoroute Dakar/N’Djamena et le chemin de fer d’interconnection entre le Bénin, le Togo et le Burkina Faso ; dans le domaine de l’énergie, deux projets de gazoducs (Nigéria – Algérie et Nigéria – Bénin, Ghana, Sénégal et Togo ; dans le domaine des TIC, la connection au réseau mondial de câbles à fibres optiques.

Mais si, dans les discours, le Nepad est très présent, sur le terrain ses réalisations sont plus discrètes à ce jour. Aux yeux de certains africains, il pourrait faire figure d'"éléphant blanc". Une de ses réalisations la plus visible est la mise en place d'un Mécanisme agricain d'évaluation par les pairs (APRM) auquel, en 2005, 23 des 52 pays membres avaient souscrit. L'idée est d'attirer les investissements étrangers en échange d'engagements de "bonne gouvernance" politique et économique accompagnés par l'évaluation et l'aide du PNUD. Les objectifs du Nepad sont corrélés aux Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) de lutte contre la pauvreté définis par l'ONU et ils affichent aussi la volonté des États membres de ne pas rester en marge du processus de mondialisation. D'impact réel encore limité, le Nepad a surtout valeur symbolique. Dans le contexte de la mondialisation des institutions, c'est un outil de communication et de lobbying et de recherche de financements de projets.

Sur le plan économique, les arguments en faveur d’une intégration régionale en Afrique sont nombreux : faiblesse des échanges intra-régionaux, frontières poreuses, marchés internes exigüs, infrastructures déficientes, faible diversification des appareils productifs. De plus, aujourd’hui, la mondialisation vient relancer la question des "territoires pertinents". L’intégration régionale peut faciliter l’insertion des économies nationales dans le commerce mondial et amplifier leur poids dans les négociations internationales. Cet argument, qui prévaut dans la construction de la plupart des coopérations régionales, vaut aussi pour l’Afrique. La dimension économique fait aujourd’hui partie d’un processus qui justifie les aides et les attentions des bailleurs, de l’Union Européenne notamment. Ainsi, les accords entre l'UE et les pays ACP (Afrique, Caraïbe, Pacifique) prévoient une ouverture réciproque des marchés à partir de blocs régionaux.

Ce tour d’horizon des grandes organisations régionales montre qu’il existe une intense activité sur le plan institutionnel en Afrique. Reste à évaluer l’efficience de ces groupements en étudiant les structures et les dynamiques spatiales, pour montrer en quoi les facteurs environnementaux, démographiques, économiques, culturels, peuvent, au-delà de l’actualité politique, favoriser à terme l’intégration ou au contraire lui faire obstacle. Certains pays membres sont soupçonnés de participer à l’intégration pour multiplier les guichets de l’aide internationale (fonds de l’UE notamment). Tandis que l’Europe a pu mettre en œuvre une politique régionale de convergence territoriale, les pays d’Afrique s’enlisent trop souvent dans une crise des territoires qui sont encore, trop souvent, des enjeux de pouvoir et d’accaparement des richesses.
Mais ces recompositions reflètent les dynamiques politiques contemporaines. Les élargissements en cours correspondent à la tendance mondiale privilégiant les grands ensembles économiques dans le contexte de la mondialisation et ces questions sont en arrière-plan des enjeux géopolitiques à long terme en Afrique subsaharienne.

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Christel Alvergne - Quelle intégration régionale pour l’Afrique de l’Ouest ? - XLème Colloque de l’ASRDLF : Les politiques régionales à l’épreuve des faits (Bruxelles, Septembre 2004) : www.ulb.ac.be/soco/asrdlf/programme.html
- Roland Pourtier - Derrière le terrain, l'État - Histoires de géographes, textes réunis pas Chantal Blanc Pamard - Éditions du CNRS - 1991
- L'Union africaine : 
http://www.africa-union.org/root/ua/index/index.htm
- Le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (Nepad / New Partnership for African Development) : 
http://www.nepad.org/fr
- Intégration régionale en Afrique, cartothèque de Sciences-Po :

> ensembles régionaux africains à vocation économique, septembre 2010,  http://cartographie.sciences-po.fr/fr/ensembles-r-gionaux-africains-vocation-conomique
> les organisations régionales en Afrique, juillet 2007, http://cartographie.sciences-po.fr/fr/afrique-organisations-r-gionales-juillet-2008