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Patrimoine

Publié le 13/03/2013

Étymologiquement, le terme désigne ce qui est hérité du père (patrimonium). Il faut attendre les années 1970 pour voir apparaître l’idée que des biens communs à tous doivent être transmis aux générations futures du fait de leur valeur.

Le rôle de l’Unesco, avec la rédaction en 1972 de sa "Convention pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel" (Convention de Grenade) consiste à organiser la solidarité internationale pour sauvegarder des biens culturels et naturels. Les sites candidats et retenus sont inscrits sur la Liste du patrimoine mondial.
Extraits de la Convention :
"... certains biens du patrimoine culturel et naturel présentent un intérêt exceptionnel qui nécessite leur préservation en tant qu'élément du patrimoine mondial de l'humanité tout entière.
... devant l'ampleur et la gravité des dangers nouveaux qui (...) menacent [le patrimoine mondial], il incombe à la collectivité internationale tout entière de participer à la protection du patrimoine culturel et naturel de valeur universelle exceptionnelle.
... Il est institué auprès de l'Unesco un Comité intergouvernemental de la protection du patrimoine culturel et naturel de valeur universelle exceptionnelle dénommé "le Comité du patrimoine mondial".
... le Comité établit (...) sous le nom de "liste du patrimoine mondial", une liste des biens du patrimoine culturel et du patrimoine naturel (...) qu'il considère comme ayant une valeur universelle exceptionnelle."

Le patrimoine culturel concerne les monuments, constructions et sites avec des valeurs historiques, esthétiques, archéologiques, scientifiques, ethnologiques ou anthropologiques. Le patrimoine naturel concerne les formations physiques, biologiques et géologiques remarquables, les habitats d'espèces animales et végétales menacées et les aires d'une valeur exceptionnelle du point de vue de la science, de l'environnement ou de la beauté naturelle. Les sites mixtes sont une association des deux.
La dualité du patrimoine, culturel ou naturel, est d’ailleurs discutable. Le contenu de la notion de patrimoine a connu une réelle inflation ces dernières années. Il regroupe en effet tout à la fois du patrimoine désigné comme matériel (mobilier, monuments, ruines…) ou immatériel (arts du spectacle, rituels, par exemple, récemment, le "repas gastronomique à la française") mais aussi des paysages ou des formations géologiques.  Le patrimoine n'est pas quelque chose de figé, il s'adapte au fil du temps.
Le changement d’échelle, d’un patrimoine privé domestique à un patrimoine public mondial, dénote d’un rapport complexe à un temps vécu comme linéaire et menaçant, car associé à la mort et à la destruction de ressources. Cette conception commande des mesures spécifiques de protection, faisant du même coup de l’ancienneté un gage d’"authenticité", en témoignent les multiples contraintes pesant sur d’éventuels travaux résultant d’un classement patrimonial.

Cette notion sous-tend la responsabilisation à l'égard de l'environnement et la réparation des dommages qui lui sont portés. Les sites inscrits au patrimoine mondial peuvent être menacés par des phénomènes naturels (activité volcanique ou sismique, dégâts des eaux, phénomènes de submersion, etc.) ou humains (pillages, conflits, déterriorations volontaires ou involontaires) justifiant des opérations de préservation et de sauvetage. En droit international, elle est mentionnée, explicitement ou implicitement, dans plusieurs domaines : le droit international de la mer, divers domaines relatifs à la culture, les conventions de protection des espèces et des habitats (CITES, biodiversité, RAMSAR).
En cela, la protection du patrimoine s’inscrit dans les grands principes édictés par le développement durable, où l’empreinte humaine est redoutée tant sur la "nature" que sur la "culture". C’est sûrement là qu’il faut chercher le lien entre tourisme et patrimoine : un goût thanatocratique pour ce qui n’est plus, une altérité procurée par un voyage dans le temps, qu’il s’agisse d’un passé glorieux mais révolu dont témoignent quelques vestiges anciens, ou d’un état de nature précédant l’action humaine plus ou moins idéalisé.

La dimension idéologique du patrimoine est évidente, la sélection et la désignation relevant forcément d’un regard situé dont l’universalité en matière d’esthétisme et d’exception sera toujours discutable. Être reconnu comme patrimoine procède forcément d’un désir de reconnaissance voire d’intégration à la communauté internationale. La protection revêt de ce fait nécessairement une dimension politique et économique, servant tout autant des revendications identitaires de populations minorées dans leur propre pays, la constitution de labels touristiquement rentables (entrant alors en conflit avec les objectifs initialement affichés de protection) ou l’appui à des opérations immobilières de gentrification (cas du Marais à Paris).

L'inscription sur la liste du patrimoine mondial est un enjeu fort pour les territoires, en termes de notoriété, de marketing territorial. Certaines études font état d'une progression sensible de la fréquentation touristique à la suite de cette labellisation. La patrimonialisation, les politiques de conservation, sont légitimes mais entrent parfois en contradiction avec certains projets de développement. Des arbitrages délicats sont nécessaires.

En France, le Conservatoire de l'espace littoral et des espaces lacustres (Conservatoire du littoral) est un établissement public de l'État à caractère administratif créé en 1975. Il a reçu, au terme de l'art. L.243-1 du Code rural, "la mission de mener, après avis des conseils municipaux intéressés, une politique foncière de sauvegarde de l'espace littoral, de respect des sites naturels et de l'équilibre écologique (...)." Les pouvoirs publics ont été conduits à envisager une politique d'acquisition des sols pour préserver quelques uns des espaces littoraux les plus fragiles ou les plus menacés, l'appropriation publique pouvant être un ultime barrage face à la bétonisation. Une part significative du budget du Conservatoire est consacrée à la réalisation de travaux d'aménagement ou à l'entretien du patrimoine. Son action peut être confrontée aux habituelles contradictions entre "conserver" et "aménager".


Voir :
- sur Géoconfluences :
> l'exemple de l'inscription de territoires viti-vinicoles au patrimoine mondial de l'Unesco

> sur le patrimoine "industriel", l'article de Michel Deshaies : Les bassins houillers d'Europe : des paysages entre héritages et renouveau

-  le site de l'UNESCO à partir duquel on pourra retrouver l'inventaire des sites classés par pays :
http://whc.unesco.org/fr/list/
- Le programme "culture" de l'Unesco : http://portal.unesco.org/culture/fr
- Des opérateurs touristiques créent des parcours Unesco, par exemple, Jet Tours : www.jettours.com/guide-des-circuits/circuit-unesco.html
- Anne Bodescot - "Le ''label'' Unesco apporterait 20% de visiteurs supplémentaires", Le Figaro, 14/10/2007, www.lefigaro.fr/voyage/.../_label_unesco_apporterait_de_visiteurs_supplementaires.php
- le site du Conservatoire du littoral:  http://www.conservatoire-du-littoral.fr/

Mise à jour : avril 2016