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Ressources (énergie et matières premières)

Publié le 26/02/2013

Ressources en Russie | Ressources en Chine | Ressources en Afrique subsaharienne

Ressources en Russie


La Russie possède un énorme potentiel de ressources biologiques, minérales et énergétiques.
Si la rudesse des conditions climatiques paralyse l'activité agricole pendant de longs mois, elle n'en possède pas moins une surface agricole utile de 220 millions d'ha, dont 130 millions de terres arables. L'épaisse couverture forestière qui s'étend sur une large part du territoire est un réservoir pour l'exploitation du bois. Les nombreuses étendues d'eau comme le lac Baïkal ou le lac Lagoda, les fleuves géants tels que la Lena, l'Amour, l'Ienisseï et la Volga offrent des ressources pour la pêche, l'irrigation et la production d'hydroélectricité.
Mais ce sont avant tout les réserves énergétiques, minérales, de la Russie qui sont impressionnantes. Le pays détient environ 30% des réserves mondiales de gaz naturel, 6% des réserves pétrolières, 20% des réserves de charbon et 14% des réserves d'uranium. Il est le plus gros producteur et exportateur de gaz naturel. D'autres richesses sont présentes
en abondance : fer, manganèse, cuivre, nickel, or par exemple. Ces ressources considérables paraissent encore sous-exploitées car leur mise en valeur suppose des investissements (nationaux ou étrangers) qui font parfois défaut.

Le secteur des hydrocarbures, selon une étude de la Banque mondiale de 2004, représentait alors 20% du PIB de la Russie, et les taxes sur les exportations énergétiques 40% des recettes du budget fédéral. Ces recettes ont permis de financer un "fonds de stabilisation" pour prévenir un retournement de conjoncture éventuel et qui pourrait servir à d'autres fins (financement des retraites par exemple), mais qui sert aussi à financer des dépenses croissantes de l'armée ainsi que des investissements géostratégiques (ceux de Gazprom par exemple).

Les retombées d'une telle manne sont mitigées. Comme pour beaucoup d'autres pays producteurs, le dynamisme de l'exploitation pétrolière et gazière bride le développement des autres secteurs d'activité, de sorte que le pays ne parvient pas à diversifier sa production industrielle pour répondre à la demande de son marché intérieur, notamment en matière de biens de consommation. La "rente pétrolière" pénalise la diversification de l'économie, retarde certaines réformes structurelles et place l'économie et l'État à la merci de variables extérieures, de la moindre baisse des cours sur les marchés internationaux.

Les maux traditionnels de l'économie russe semblent aggravés par cette "malédiction des ressources" qui veut que les États riches en ressources naturelles se retrouvent souvent dans une situation de dépendance entravant leur développement et qu'ils souffrent de problèmes de gouvernance politique et économique. Le développement du secteur énergétique engendre différents problèmes : tensions entre le centre et la périphérie, les régions les plus riches étant peu désireuses de financer les plus pauvres ; corruption encouragée et irrégularités fiscales, etc.

Ainsi, l'économie russe est surtout une économie de rente. Mais ses richesses permettent à V. Poutine de conforter le statut de grande puissance de son pays sur la scène internationale. La production énergétique russe apparaît aux yeux de nombreux pays consommateurs comme une alternative bienvenue aux productions des pays de l'OPEP, à celle de l'Iran par exemple. En cycle de forte hausse des cours qui a toute chance d'être durable, les ressources ainsi générées sont aussi, en partie, redistribuées au bénéfice de la population qui voit son niveau de vie moyen s'améliorer après des années d'appauvrissement.

Pour compléter :
- en corpus documentaire, Nouveau front pionnier pétrolier et gazier dans l'Extrême-Orient russe, Sakhaline
- dans le dossier scientifique, les articles de Julien Vercueil :
> Les hydrocarbures en Russie, entre promesses et blocages
> Politique et géopolitique du pétrole russe
- dans le cadre du dossier "La frontière, discontinuités et dynamiques", Océan Arctique : des frontières maritimes à l'épreuve d'une nouvelle donne climatique
- dans le cadre du dossier "Territoires européens, régions, États, Union", un autre article de Julien Vercueil : Union européenne – Russie : des "politiques de voisinage" de l'énergie

Mise à jour : septembre 2007

 

Ressources en Chine


Pour pouvoir se maintenir, la croissance chinoise (comme celle de l'ensemble de l'Asie orientale) suppose une pression croissante sur le marché mondial des matières premières et tout particulièrement dans le secteur de l'énergie.
Sur son propre territoire les contraintes spatiales ne sont pas toujours surmontées : les ressources en charbon sont à 70% localisées au nord, les ressources hydroélectriques à l'ouest et au centre alors que les principaux foyers de consommation sont à l'est, dans les zones littorales et sub-littorales. D'où de fréquentes coupures d'électricité.
La Chine est devenue, en 2003, le deuxième consommateur mondial de pétrole brut, derrière les États-Unis. Elle importe, en 2006, un tiers du pétrole qu'elle consomme, dont 40% proviennent d'Arabie saoudite. Elle cherche donc à augmenter ses réserves stratégiques de pétrole et de gaz et la question énergétique inspire en large partie la politique du pouvoir à l'égard des provinces occidentales, tout particulièrement les provinces à population turco-musulmane du Nord-Ouest. Ainsi le gazoduc Tarim - Shanghai relie le bassin gazier du Tarim (Xinjiang) à la Chine côtière. Cette dépendance énergétique explique aussi bien des aspects de la politique étrangère chinoise, à l'égard de la Russie, de l'Iran, des autres pays producteurs africains ou latino-américains qui participent de la stratégie de diversification des approvisionnements chinois. Moscou s'est engagé à construire deux gazoducs vers la Chine d'ici à 2011. Depuis 2005, un oléoduc achemine le pétrole kazakh depuis Atasu, un autre permettra de charger le pétrole de l'Alberta depuis la côte Pacifique, etc.
La diversification des sources d'approvisionnement se double d'une diversification des types d'énergie. La part du gaz naturel dans le bilan énergétique, de 2,5% en 2004, à comparer avec le charbon (67%), le pétrole (23,5 %) est appelée à augmenter, comme celle de l'hydroélectricité et du nucléaire. Avec le charbon dit "propre", le gaz naturel est considéré comme une alternative stratégique qui présente l'avantage d'être disponible en Asie et donc d'échapper à la géopolitique tourmentée du Moyen-Orient.
Dans d'autres domaines que l'énergie, les appétits chinois créent une nouvelle donne plus ou moins déstabilisatrice. Par exemple la Chine est devenue le premier importateur mondial de bois tropicaux largement prélevés, souvent illégalement, dans les forêts d'Indonésie, de Malaisie et de Papaousie - Nouvelle Guinée. Ce qui lui permet de produire, en 2006, le tiers du marché mondial du meuble.

Pour en savoir plus :
- le World Energy Council (WEC - Conseil mondial de l'énergie), avec différentes publications et rapports : www.worldenergy.org/publications
- l'U.S. Energy Information Administration (EIA) : www.eia.doe.gov/emeu/international/contents.html

Mise à jour :  septembre 2006


Ressources en Afrique subsaharienne


"Sang du cacao", "diamants de sang", "pierres de la mort", ou autres "gemmes de la guerre" ... la floraison de ces expressions reflète une réalité : leurs abondantes ressources naturelles ne font pas, le plus souvent, le bonheur des populations africaines.
Pour les pays pauvres, les recettes provenant des matières premières alimentent trop souvent la corruption et la mal-gouvernance. Elles sont autant de cercles vicieux de la violence et des prévarications. Elles multiplient les risques géopolitiques de coups d'État et servent souvent à financer les conflits, guerillas, guerres civiles. Si les investissements, dans le pétrole et le gaz par exemple, bénéficient à certains pays d'Afrique (Angola, Tchad, Guinée-Equatoriale, Soudan), ils ne profitent guère au développement de leurs populations. Et la dépendance, parfois extrême, à l'égard des seules ressources de leur sol et sous-sol, rendent ces économies très vulnérables. Cela crée des mentalités et des comportements rentiers privilégiant la consommation et peu favorables à l’entreprenariat. Le déficit d'esprit d’entreprise, souvent observé en Afrique, n’est sans doute pas sans rapport avec le poids écrasant d’une économie extractive contrôlée par des sociétés étrangères : les royalties ne stimulent pas le goût du risque.
Les firmes ou sociétés étrangères ou pseudo-nationales continuent, comme à l'époque coloniale, d'exporter des produits bruts en en réinvestisant que trop peu leurs bénéfices sur place. Les détenteurs du pouvoir politique pratiquent, trop souvent, une redistribution clientéliste et clanique des recettes nationales, visibles ou invisibles, générées par l’exploitation des ressources : la manne pétrolière prédispose, tout comme le coltan (composé de deux métaux rares, le columbium et le tantale), l'or et le diamant, etc… on le sait, à la kleptocratie.
Ainsi, en Angola, le diamant a longtemps financé la guerre puis, la paix revenue, le parti au pouvoir (le MPLA). Christine Messiant, chercheuse à l'EHESS, spécialiste de l'Angola, observe : "(...) il continue à y avoir appropriation massive des ressources de la nation, qui n'a, malgré le multipartisme et la paix, pas cessé d'être un parti-État. Depuis, l'économie est verrouillée, et ce contrôle général est en train de se renforcer avec la paix" (citation Le Monde du 3 septembre 2005). Selon un calcul du FMI, 4,22 milliards d'USD auraient disparu des caisses de la Banque centrale d'Angola entre 1997 et 2002, soit 9,25% du PNB du pays. L'envolée du cours des matières premières énergétiques a permis à l'Angola d'engranger une croissance moyenne d'environ 10% entre 1998 et 2004. Mais l'exploitation des recettes du pétrole (plus de 45% du PIB) est dans les mains de la compagnie pétrolière nationale Sonangol, de la Banque nationale d'Angola et du président Dos Santos. Certaines recettes n'apparaissent pas du tout dans les comptes publics, celles du diamant par exemple.
À l'échelle mondiale, le marché des diamants tente des mesures d'assainissement : le "Processus de Kimberley", lancé en 2000, regroupe 69 pays producteurs, transformateurs, importateurs et exportateurs de diamant brut. En théorie, il interdit l'acquisition de diamants lorsqu'ils proviennent d'une zone de conflit. Mais, dans les faits, le passage par d'autres territoires de production permet de les "blanchir". Alors authentifiés, ils gagnent les grands centres mondiaux de taille et de commerce du diamant. Ainsi, l'ONG Global Witness décrit un circuit de blanchiment des diamants alluvionnaires du nord de la Côte d'Ivoire qui transiteraient par le Mali (non membre du processus de Kimberley), pour gagner ensuite la Guinée (qui en est signataire) afin d'arriver, munis de faux certificat de provenance légale, sur le marché mondial. Cependant, d'après les diamantaires, le commerce illégal du diamant ne représenterait plus que 4% du commerce total en 2003.
Jusqu'à six armées étrangères et de nombreuses milices locales se sont affrontées en République démocratique du Congo, largement motivées par le contrôle des ressources. Un rapport d'experts internationaux, remis au Conseil de sécurité de l'ONU en 2003, a pu mettre en lumière les pratiques de pillage des ressources naturelles (coltan, or, diamants, etc), de travail forcé dans les mines et l'implication de certaines compagnies occidentales dans ce système.
La mono-exploitation de ressources a cependant pu entretenir des périodes de prospérité en Afrique, tel le "miracle" ou "modèle" ivoirien, largement fondés sur l'exploitation du cacao (60% des recettes d'exportation du pays en 2002). Mais le succès de cette économie de plantation reposait largement sur la stabilité politique du long règne de Félix Houphouët-Boigny, sur le travail peu rémunéré des Burkinabés et autres Maliens et sur le soutien du système de la France - Afrique.
Pour Roland Pourtier, le cas du Gabon est exemplaire d'une intégration territoriale, d'une "gabonisation" réussie grâce à la rente perçue de l'exploitation forestière et pétrolière.

Dans certains pays, la situation pourrait évoluer positivement. Au Congo et au Nigéria par exemple, le budget est préparé en se fondant sur une estimation très prudente de l'évolution des cours du pétrole. Tout surplus est déposé sur un compte spécial auprès de la banque centrale. Ainsi, le gouvernement du Congo a pu régler les arriérés de sa dette extérieure. L'initiative sur la transparence des industries extractives (Extractive Industries Transparency Initiative - EITI)* vise à encourager le partage d'informations entre pouvoirs publics et compagnies privées, plusieurs pays producteurs africains pourraient y adhérer. Le Congo publie régulièrement sur son site web officiel des informations détaillées relatives aux opérations financières du secteur pétrolier.
De la même manière, un assez long bras de fer entre le Tchad et la Banque mondiale a trouvé une issue. En juillet 2006, l'Assemblée nationale tchadienne a adopté un projet de loi de finances conforme au protocole signé avec la Banque mondiale à propos de l’utilisation des revenus pétroliers du pays. Le Tchad s’engage à consacrer 70% de ses revenus pétroliers à des programmes prioritaires de réduction de la pauvreté (santé, éducation, agriculture, infrastructures, déminage et "bonne gestion des affaires publiques"). Une autorité indépendante sera chargée de contrôler l’utilisation des revenus pétroliers.

- Dans le dossier Afrique subsaharienne : territoires et conflits,  L'exemple de l'exploitation forestière en République centrafricaine (Benoît Boutefeu)

- Roger Brunet, "Aspects de la mondialisation : la révolution du diamant", article publié dans Mappemonde (février 2005) : http://mappemonde.mgm.fr/num6/articles/art05204.html
- Roland Pourtier - Derrière le terrain, l'État - Histoires de géographes, textes réunis pas Chantal Blanc Pamard - Éditions du CNRS - 1991
- La campagne de Global Witness : www.globalwitness.org/pages/en/conflict_diamonds.html
- Extractive Industries Transparency Initiative (EITI) : ww
w.eitransparency.org
- Les "diamants de sang" à travers le film Blood diamond