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Société civile

Publié le 11/03/2013

La société civile, à travers ses représentants, l'activité de ses associations, ses syndicats, ses groupes de consommateurs, fournit des acteurs et des contre-pouvoirs indépendants de l'État et du marché et essentiels au bon fonctionnement d'une démocratie. Ils peuvent, par exemple, peser sur le respect des droits de l'Homme, la transformation des rapports sociaux, les choix d'aménagement du territoire et sur l'ensemble des questions environnementales.

Société civile en Russie | Société civile en Chine | Société civile en Inde
 

Société civile en Russie


On constate qu'il n'y a jamais eu de société civile épanouie en Russie. La population a longtemps vécu abandonnée à son sort, passive et silencieuse, en marge du système politico-économique que lui impose le pouvoir, ce que le politologue Alexeï Berelovitch appelle la "démocratie contemplative", où "le peuple se contente d'aller aux urnes, puis de regarder ce qui se passe". Il vote "mais sans vraiment choisir". "Notre société est restée une société sans convictions véritables", constate Elena Bonner (veuve d'Andreï Sakharov) qui y voit un héritage de l'époque totalitaire, plus encore qu'une conséquence du désastre social : "Je parle de l'absence de critères moraux ainsi que de notre incapacité à distinguer la vérité du mensonge, le bien du mal". L'une des hypothèses de Nicolas Werth est que la violence d'État de l'ex-URSS n'était pas exclusivement alimentée par l'idéologie, mais par la perception qu'avaient les dirigeants de la vulnérabilité du système face à un corps social difficilement maîtrisable.
L'absence de réel mouvement syndical indépendant en Russie survit durablement à l'effondrement du système soviétique. Certaines associations et ONG sont davantage actives et parfois médiatisées et connues en Occident pour leur engagement en faveur des droits de l'Homme : Memorial, Comité des Mères de soldats, le Contrôle civique, le Groupe moscovite de Helsinki, par ex. Mais une nouvelle loi entrée en vigueur le 17 avril 2006, oblige - entre autre - les ONG étrangères travaillant en Russie à se conformer à une procédure stricte d'accréditation auprès d'un Service fédéral d'enregistrement (FSR) dont la justification officielle est de "recueillir des statistiques sur les ONG en Russie". En conséquence, près de 3 000 ONG pourraient cesser leur activité, des organisations souvent les plus actives dans la promotion de la société civile, seraient touchées.
Mais une large part de la population russe reste à l'écart de ces mobilisations et pourrait être tentée de cristalliser ses frustrations sur "l'ennemi" extérieur ou intérieur : l'étranger, le Tchétchène, le terroriste islamiste, les minorités juives. Selon un sondage publié dans Nezavisimaâ Gazeta le 21 novembre 2001, à une question sur la définition de la société civile 55% des personnes interrogées répondent qu'elles n'en ont jamais entendu parler, 22% ne peuvent pas expliquer de quoi il s'agit (rapporté par M. Fainberg et A. Loussenko*).
Remarquons cependant les capacités, à la fois, d'adaptation, de résistance et de résilience dont la société civile russe a dû faire preuve au fil des décennies de son histoire tumultueuse.

Sources et pour prolonger :
- en corpus documentaire : Le défi démographique russe ; Flux et politiques migratoires  
- dans la rubrique Savoir faire : Mémoires et territoires en Fédération de Russie

Le Centre analytique d'étude de l'opinion publique Iouri Levada : www.levada.ru/eng
Iouri Levada est considéré comme le fondateur de la sociologie en URSS, discipline considérée comme "bourgeoise", interdite du temps de Staline et mise ensuite "sous surveillance". Sous la présidence de Mikhaïl Gorbatchev il entre au Centre d’étude de l’opinion publique (VTsIOM) créé en 1987. Mais en 2003, le pouvoir, mécontent de la publication de certains sondages peu conformes au "politiquement correct" prend le contrôle du Centre que Iouri Levada quitte alors, avec l’ensemble de ses collaborateurs, pour créer, en toute indépendance, le VTsIOM-A, devenu en mars 2004 le Centre analytique Levada, au sein duquel il poursuit des enquêtes d’opinion sur la vie politique et sociale, outils indispensables pour tous les chercheurs. Décédé le 16 novembre 2006, Iouri Levada a notamment publié :
> Entre le passé et l'avenir : l'homme soviétique ordinaire, enquête (Paris, Presses de Sciences Po, 1993, traduit par Jacqueline Tordjman et Alexis Berelowitch, préfacé par Alexis Berelowitch) et
> À la recherche de l'individu (en russe, Moscou, Novoe Izdatel'stvo, 2006)


- L'association russe Mémorial, fondée en 1988
- Françoise Daucé, « Entre société civile et société civique : l'exemple des associations de défense des droits de l'homme en Russie », in Sylvie Martin (dir.) Circulation des concepts entre Occident et Russie, [en ligne], Lyon, ENS LSH,  2008

Mise à jour : septembre 2013


Société civile en Chine


Grâce, entre autre, à la diaspora chinoise dans le monde, à l'essor des moyens d'information portés par l'Internet et la téléphonie mobile ainsi qu'à la constitution d'une classe moyenne bien formée, le citoyen chinois s'est ouvert aux influences et aux expériences extérieures. Par ailleurs, les informations circulent beaucoup plus vite sur l'ensemble du territoire national. Dans ce contexte, avec l'ébauche d'une professionnalisation de la justice, du droit et des médias, la société civile a pu prendre son essor et on assiste indéniablement à son développement malgré le contrôle souvent étroit et bureaucratique d'un régime de nature autoritaire.

Mais les manifestations de la société civile chinoise se font encore bien souvent de manière spontanée et violente plutôt que négociée : en 2006, selon les statistiques officielles, 87 000 manifestations et violences ont secoué le pays, mais depuis, le gouvernement a cessé de publier des chiffres de cette nature. On assiste fréquemment aux cycles "manifestation - répression" caractéristiques des régimes politiques de cette nature. Face aux différentes injustices accompagnant une mutation économique à marches forcées, l'exaspération sociale est parfois forte et les dérives politico-mafieuses des pouvoirs locaux ajoutent au sentiment de frustrations. L'expression citoyenne se manifeste en différentes occasions : des affaires quotidiennes liées aux conditions de vie jusqu'aux enjeux de l'aménagement urbain, du développement des infrastructures (grands barrages, voies de communication), en passant par les conditions de travail des mingong, les fréquents scandales sanitaires (par exemple, en 2008, l'affaire du lait contaminé à la mélamine qui a touché, à des degrés divers allant jusqu'au décès, environ 300 000 enfants) et les effets de la pollution sur les populations (empoisonnements au plomb par exemple).

La presse chinoise estimait, en 2007, que 50 000 émeutes et protestations étaient imputables à des problèmes de nature écologique et environnementale. Ainsi le soulèvement, en avril 2005, des habitants de Huaxi, à Dongyang, dans la province du Zheijiang, avait permis aux villageois d'obtenir l'arrêt de plusieurs usines chimiques. Les vastes opérations immobilières, soit sur des espaces en périphérie des villes empiétant sur les terres agricoles, soit sur des quartiers d'habitat traditionnel destinés à être rasés, sont l'occasion de mobilisation des populations concernées. Des milliers de paysans affrontent les forces de l'ordre pour protester contre les réquisitions de terres dont ils ont la jouissance. Les moyens juridiques et d'expression sont encore limités et encadrés. Les propriétaires expropriés et "rebelles" tentent de s'appuyer sur la loi favorisant la propriété privée, adoptée par l'Assemblée nationale populaire en 2007.

Il existe aussi un espace officiel de plainte et de parole, le shan fang (littéralement "monter et visiter"), héritage de la tradition impériale et encadré aujourd'hui par l'"administration des Lettres et des visites". Les citoyens-plaignants peuvent s'y exprimer oralement ou par écrit. En 2004, plus de 13 millions de témoignages écrits ou oraux ont été adressés aux différents niveaux de ce réseau organisé de bas en haut de la hiérarchie. Le nombre de "plaignants" issus des provinces et qui se rendent, en dernier recours, à Pékin, est croissant mais les autorités s'efforcent de décourager ce type de "remontées" parfois médiatisées et elles vont jusqu'à sanctionner les responsables locaux qui n'ont pas sur les empêcher. Une très large majorité de ces plaintes n'aboutit à rien si ce n'est à informer le pouvoir des crispations sociales.

Les manifestations de la société civile à travers l'action d'ONG ou de mouvements spontanés, sont encore parfois durement réprimées par des peines d'emprisonnement et des intimidations dissuasives du régime. Les ONG chinoises, potentiels "agents de l'étranger", suspectes aux yeux des autorités et soumises à toutes sortes de contraintes administratives et politiques, se limitent souvent à des actions de sensibilisation.

Voir :
Isabelle Thireau et Hua Linshan - Les ruses de la démocratie. Protester en Chine, Le Seuil, 2010 : http://cecmc.hypotheses.org/2410

Mise à jour : juin 2010


Société civile en Inde

Les organisations de la société civile ont un long passé en Inde : mouvements pour l'Indépendance, mouvement gandhien, mouvements d'émancipation des plus basses castes et des tribus, mouvements de défense de l'environnement, etc. Sous la forme d'une multitude de mouvements associatifs, d'ONG, de groupes d'accès locaux, elles expriment la vitalité de la démocratie indienne. En effet, l'accès de tous à la citoyenneté politique est un principe fort de l'Inde indépendante, à la différence de l'accès aux droits sociaux (soins, éducation, par exemple), ce qui n'est pas sans rejaillir sur la citoyenneté politique.
En revanche, il n'existe pas aujourd'hui de véritables grands mouvements sociaux de masse. Ce fait peut s'expliquer par l'écran posé entre l'individu et ces grands mouvements, par les solidarités familiales et communautaires, et par la pratique du clientélisme politique.

Voir :
Ingrid Therwath, « La démocratie indienne est-elle représentative », 2015.

MIse à jour : mars 2015