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Système de production agricole

Publié le 26/02/2013

Systèmes de production agricole au Brésil

Plusieurs systèmes de production agricole coexistent en fait tant bien que mal dans l’espace rural du pays :
- d’un côté des formes nouvelles d’organisation de la production agropastorale modernes, intégrées à un puissant complexe agro-industriel et bien reliées aux autres formes de production, de circulation et de consommation, mais qui emploient peu de main d’œuvre par rapport à leur production et à leur capital investi,
- au nord et au nord-est (mais aussi, dans une moindre mesure, dans le Sud), des régions où la population agricole est nombreuse mais qui sont largement tournées vers l’autoconsommation et encore mal intégrées dans les circuits commerciaux,
- enfin des zones pionnières, encore en cours d’incorporation au territoire national puisque le Brésil a le privilège d’avoir encore de vastes espaces disponibles.
Ces oppositions se retrouvent dans les pratiques agricoles des exploitations. Les indicateurs disponibles (on ne dispose que de quelques indicateurs du recensement agropastoral de 2007 et l’on doit donc pour le moment se contenter de ceux de 1996) vont pratiquement tous dans le même sens. Ils montrent, dans le Sud-Sudeste, un recours beaucoup plus fréquent aux intrants modernes, à l’assistance technique publique et privée et à des pratiques plus respectueuses de l’environnement. Ils montrent une nette avance du Sud, notamment des régions d’agriculture familiale. Le Nordeste ne se signale que par l’usage insuffisant des produits phytosanitaires, un peu moins par celui des engrais (principalement dans les régions productrices de canne à sucre), par les pratiques de conservation des sols (presque uniquement dans le Ceará) et moins encore pour le recours à l’assistance technique. Ce retard correspond à une difficulté à tenir son rang dans le mouvement général de progrès qu’a connu le pays : la consommation d'engrais y a été multipliée par trois entre 1980 et 1990, celle de produits phytosanitaires par deux, alors que celle des semences sélectionnées et des aliments pour le bétail progressaient plus rapidement encore.

Ces oppositions traduisent des différences entre des systèmes de production, dominés selon les régions par les grandes ou par les petites exploitations. Le statut des exploitants oppose nettement ces deux groupes : alors que dans les régions où domine la grande exploitation le recours à une main d’œuvre salariée permanente est fréquent, que ce soit dans les zones de plantations ou dans celles qui sont vouées à l’élevage, dans celles des petites exploitations la main d’œuvre se réduit la plupart du temps à l’exploitant et à sa famille (agriculture familiale).
La "petite production" (appelée ainsi depuis le régime militaire quand, dans un contexte de guerre froide et de menace de contagion cubaine, le mot "paysannerie" était tabou) est bien une véritable paysannerie, même si elle est très composite, allant des amérindiens d’Amazonie aux colons d’origine allemande du Sud. Ce secteur représentait, en 2005, 75% des propriétés agricoles du pays, 25% des terres cultivées et 35% de la production agricole nationale. Il mobilise 14 millions de personnes, soit 60% des travailleurs dans l'agriculture.
Le secteur de l'agriculture familiale présente une autre particularité, capitale quand on s’intéresse à l’alimentation de la population : près de 70% des aliments qui sont mis sur la table des Brésiliens en proviennent, selon le secrétaire national à la Sécurité alimentaire et nutritionnelle du ministère du Développement social et du Combat contre la faim (MDS), Onaur Ruano : en 2005, la quasi-totalité du manioc (85%), 70% des haricots, 60% des porcs, la moitié du maïs et du lait, 40% des volailles et des œufs, 30% du riz (autrement dit les principales bases alimentaires de la population, sauf la viande de bœuf) provenaient de l'agriculture familiale.

Pour prolonger :
- L'agriculture brésilienne en mouvement : performances et défis (Hervé Théry)