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Carte à la une : territoires métropoliStains

Publié le 04/07/2016
Auteur(s) : Fabien Pontagnier, professeur d'histoire et géographie, collège Joliot-Curie de Stains et professeur-relais aux Archives nationales.
Ce photogramme est la production d’une élève d'une classe de sixième du collège Joliot-Curie de Stains. Il s’insère dans un projet intitulé Territoires métropoliStains, mené dans le cadre d’une classe à PAC (Projet Art et Culture), avec les Archives nationales et une photographe de St-Denis, durant l’année scolaire 2015-16.

Un photogramme à la une

Intégré dans le programme de géographie de la classe de sixième (« Mon espace proche » et « Habiter la ville » notamment), le projet Territoires métropoliStains consiste à proposer aux élèves une appropriation artistique de leurs territoires de proximité et une restitution de ce travail sous deux formes : un photomontage et un photogramme [1]. Ce dernier proposé ici interroge la manière dont les élèves appréhendent et s’approprient cet espace de banlieue nord de Paris. L'expérience introduit aussi une réflexion sur l’apprentissage des savoirs sémiologiques avec les élèves.

Photogramme de Djoely, classe de sixième

Photogramme, 24 x 30 cm, 2015. Auteur : Djoeli Vieira
Classe de 6e du collège Joliot-Curie de Stains/Anna Rouker/François Hervieu/Fabien Pontagnier - Territoires métropoliStains.

Le photogramme est un cliché unique, non-reproductible, proche en apparence d’une radiographie. Il est obtenu sans manipuler d'appareil photographique et ne résulte pas d’une projection mais du contact entre un objet et le papier sensible. Il est construit à partir de trois images superposées :

Plan de la commune de Stains

Le fond est constitué d’un plan non daté [2] de la commune de Stains (Seine-Saint-Denis). Le document a fait l'objet d'une séance d'étude avec la responsable des Archives municipales. Le document imprimé en négatif est produit sur transparent.

Trajet mental de l'élève

Réalisé en classe, le trajet mental est une représentation du déplacement quotidien de l'élève entre domicile et collège. Le document dessiné au feutre est produit sur transparent.

Portrait photographique de l'élève

Ce portrait photographique en pied de l'élève a été travaillé, en Arts plastiques, pour devenir une silhouette détourée, retracée sur une feuille de papier noir puis découpée et réservée.

Un projet d’Éducation Artistique et Culturelle

La démarche multiscalaire commence par la réalisation par chaque élève d'un plan mental du quartier du collège. Puis la comparaison des dessins permet l’introduction de notions sémiologiques simples : plan, carte, orientation, toponymie, figurés, légende, titre et échelle. Un plan de la commune est ensuite observé et questionné. Puis un parcours urbain est organisé autour de nœuds culturels et patrimoniaux souvent ingérés par les constructions nouvelles et ignorés des enfants. Chacun complète progressivement son livret d’activités qui sert de trace écrite. Le plan mental de l'espace proche se précise par les déplacements, l’observation paysagère et la reconstitution dans un temps long des mutations urbaines grâce à l’explication de documents anciens sur les lieux traversés, issus des fonds des Archives municipales. Ces lieux sont ensuite représentés par un photomontage.

Dans une seconde phase, un autre modèle graphique est privilégié : le photogramme. Quelques « dessins photogéniques » de William Henri Talbot et « rayogrammes » de Man Ray ont étayé le discours introductif d'Anna Rouker, la photographe, aux élèves. Le choix de ce procédé artistique relève de la volonté d’ancrer les pratiques dans une approche historicisée et artisanale de la photographie et de réaliser par un autre outil que le téléphone mobile, bien connu des élèves, la production instantanée d’une image. Les élèves travaillent au laboratoire photographique à la Maison du Geste et de l’Image de Paris, par groupes de cinq ou six, guidés par la photographe et l'enseignant d’Arts plastiques de la classe, François Hervieu. À la différence des procédés actuels d’impression numérique, la classe découvre une pratique initiatique qui exige de manipuler un matériel fragile, lourd parfois et de respecter scrupuleusement le processus chimique indiqué. Tous, en chambre noire, disposent d’un agrandisseur sur lequel ils règlent la hauteur de la source lumineuse et d’un compte pose pour définir le temps d’exposition de leur montage. Celui-ci correspond à l’association sur une vitre des trois images superposées introduites précédemment. Enfin, l’élève intercale une feuille de papier sensible entre le plateau de l’appareil et la plaque de verre. L’image est tout d’abord latente sur le papier insolé. Puis, dans le bac révélateur, elle monte en valeurs moyennes de gris. L’expérience en laboratoire est le dernier temps d’un processus de création artistique maîtrisé par les élèves dans son ensemble. Les conditions techniques de travail valorisent une démarche collective ; le photogramme est un outil de sociabilisation.

Restitution du projet sur bâche

(cliquer ici pour une meilleure résolution, 3,5 Mo)

Une restitution imprimée sur une bâche est consacrée aux photogrammes. Elle est conçue comme une mosaïque associant aux productions des élèves la plupart des documents d’archives étudiés par ceux-ci. L’objectif est de lier une logique paysagère, d’observation géohistorique à une approche dynamique autour des mobilités et des notions de proximité et de distance.

Objectifs et démarches pédagogiques

À travers une première étape de déambulation dans la commune inscrite dans un temps long par les documents patrimoniaux, les élèves se sont projetés dans des représentations et des territorialités éloignées de leur espace-temps.

Ensuite, pour aborder l’espace proche, c'est à travers la représentation par les élèves de leurs déplacements et de leurs limites qu'apparaît l'appropriation spatiale des territoires. Un figuré linéaire est souvent utilisé pour représenter le déplacement. Il est accompagné de figurés de surface (hachures ou couleurs) parfois précisés dans une légende. Les réalisations matérialisent aussi une volonté d’expliciter leurs quartiers : des temps de trajet sont notamment indiqués. Ainsi, la distinction entre une distance-temps et une distance réelle semble assimilée de même que la notion d’échelle cartographique. D’autres privilégient des figurés ponctuels pour préciser l’organisation de leur espace proche, comme avec les représentations des logos d’entreprises publiques ou privées. Enfin, certains travaux explicitent des stratégies de mobilités. Des raccourcis sont représentés par des figurés linéaires ou ponctuels (tirets, flèches) ; l’itinéraire n’est plus direct mais s’agrémente de détours et de contournements. Rencontres avec des amis et passage dans des commerces de proximité ponctuent certains trajets. Le déplacement est ici un marqueur d’appropriation territoriale. Les pas parcourus favorisent des sociabilités et construisent des territoires délimités, des au-delàs, des lointains et des proximités. Mais c’est davantage l’organisation socio-économique des territoires, à travers les pratiques de consommation, qui est représentée. Le temps bref de fabrication des photogrammes en chambre noire pérennise les territorialités des élèves.

Déconstruire les légendes urbaines associées aux territoires de banlieues, valoriser leurs diversités, travailler sur les notions de citadinité, sur des rapports centres/périphéries fluctuant suivant les échelles spatiales et temporelles, replacer, enfin, au cœur des imaginaires les premiers acteurs de ces territoires étaient quelques-uns des objectifs du projet. Celui-ci ambitionne surtout de donner à ressentir les espaces vécus, subis ou aimés par les enfants.

De l'espace proche à l'espace métropolitain

Travailler sur l’espace proche des élèves, c’est aussi s’interroger sur la question de l’accessibilité des espaces habités par ceux-ci. Stains est relié à la ville-centre par une gare RER, mais cette dernière est ressentie comme distante, donnant lieu à un sentiment d’éloignement, de mise en périphérie. Réalisée pour l’exposition scientifique du Festival International de Géographie de St-Dié-des-Vosges, en octobre 2015, la carte du poster matérialise les mobilités limitées au sein du département de la Seine-St-Denis. Les stratégies de mobilités au sein du territoire sont rythmées par l’intermodalité et des distances-temps nettement plus longues que les distances réelles.  

Les images dépréciatives accolées à certains espaces familiers des élèves (le quartier de grands ensembles du Clos St-Lazare notamment, engagé dans un processus de rénovation urbaine) favorisent une proximité avec d’autres territoires voisins en termes de représentations mais moins accessibles. D’autres enfants, au contraire, revendiquent leur appartenance à un quartier patrimonialisé (la cité-jardin de Stains) qu’ils opposent au lieu précédemment cité malgré sa proximité. Presque tous, enfin, ont un sentiment d’injustice spatiale. La présence régalienne semble pourtant affirmée par le choix de Pierrefitte-sur-Seine  pour accueillir le "vaisseau amiral des Archives nationales" (F. Mitterrand). Pour Plaine commune, la communauté d'agglomération, la volonté est aussi manifeste d'associer des représentations positives et opposées à celles traditionnellement accolées à son territoire. Inséré dans un processus de métropolisation, le site de Pierrefitte devient objet de rapports de force et de rivalités de pouvoirs entre la ville-centre et certains de ses espaces périphériques. 

Poster scientifique présenté au Festival International de Géographie de Saint-Dié-des-Vosges 2015

Poster récompensé au concours de posters 2015.
(cliquer ici pour une meilleure résolution, 1,8 Mo)

 

L’ensemble des travaux graphiques réalisés par les élèves ont donné sens aux enseignements et ont favorisé une meilleure appropriation du territoire de proximité. L’évaluation de l’acquisition des compétences a consister à compléter, à la fin du livret d’activités, un croquis de synthèse sur l’organisation du quartier du collège. Cartes mentales, productions graphiques multiples, réflexion sur le langage photographique, analyses répétées de cartes et plans à différents échelles, maîtrise progressive de notions sémiologiques simples, l’image, son étude, ses représentations associées, ses déconstructions, ont été au cœur du projet développé avec la classe. S’emparant du processus de création artistique, les élèves sont devenus acteurs de leurs apprentissages.
 

Notes :

 

Ressources complémentaires :

  • Neusüss Floris, 1988. Photogramme, Nathan, coll. Photopoche, 140 p.
     
  • Giblin Béatrice (dir.), 2009. Dictionnaire des banlieues, Paris, Larousse, coll. « À présent », 447 p.
  • Stébé Jean-Marc, Marchal Hervé (dir.), 2009. Traité sur la ville, Paris, PUF, 785 p.
  • Vanier Martin (dir.), 2009. Territoires, territorialité, territorialisation. Controverses et perspectives, Rennes, PUR, coll. « Espace et territoires », 228 p.
  • Velasco-Graciet Hélène, 2009. Territoires, mobilités et sociétés. Contradictions géographiques et enjeux pour la géographie, Pessac, Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine, 348 p.

 

Fabien PONTAGNIER,
professeur d'histoire-géographie, collège Joliot-Curie, Stains,
et professeur-relais aux Archives nationales.

 

Pour citer cet article :
Pontagnier, Fabien, 2016, « Carte à la une : territoires métropoliStains », Géoconfluences, mis en ligne le 4 juillet 2016
URL : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/a-la-une/carte-a-la-une/carte-a-la-une-territoires-metropolistains

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