| De
la neige aux canons ...
Les
activités de "glisse"
contribuent pleinement à l'équilibre
économique des massifs alpins
tournés vers le tourisme d'hiver.
C'est ainsi qu'en 2001-2002, les seules
remontées mécaniques généraient
646,7 millions d'euros de chiffre d'affaires
dans les Alpes du Nord et 73,6 millions
d'euros (contre 100,6 millions d'euros
en 2000-2001) dans les Alpes du Sud.
Mais la situation est fragile pour certaines
stations. Si la progression de la fréquentation
est régulière pour les
Alpes du Nord, il n'en est pas de même
pour les Alpes du Sud avec de fortes
variations interannuelles. Celles-ci
peuvent s'expliquer par des différences
de comportement des vacanciers mais
s'expliquent avant tout par la variabilité
interannuelle de l'enneigement.
Ainsi, les données du laboratoire
du Col de Porte en Chartreuse (1 320
m) confirment la forte variabilité
naturelle de l’enneigement, mais
révèlent également
une diminution progressive du manteau
neigeux au cours des quarante dernières
années (Météo-France,
2002). L’épaisseur de neige
moyenne y était d’environ
150 cm en 1961, elle n’est plus
que d’environ 85 cm en 2001, soit
quasiment deux fois moins !
Enneigement
dans les Alpes françaises
:
1) situation actuelle et l'évolution
récente |
2)
situation future : impact sur
l’enneigement d’un
réchauffement
de 1,8°C sur les Alpes, d’après
le modèle CROCUS de Méteo-France |
| Durée
moyenne de l’enneigement
à 1 1500 m dans les
Alpes françaises
(en jours par an)

-
Les limites des unités
spatiales de mesure des durées
sont en gris et les limites frontalières
et départementales sont
en noir.
- en orangé : durées
< 129 j/an
- en vert : durées >
129 j/an
Il
ne s’agit pas de valeurs
mesurées mais simulées
par Météo-France.
Source : Météo France
- CNRM/CEN |
|
| Nombre
de jours par semaine avec neige
au sol au Col de Porte (1960 à
2001)
Cliquer pour agrandir
Le
laboratoire du Col de Porte, situé
en Chartreuse (Isère) à
1.320 m d’altitude, permet
de disposer de relevés
précis sur les 40 dernières
années. Ils montrent que
la tendance générale
est à une diminution de
l’enneigement et que les
fluctuations annuelles sont très
prononcées.
|
Commentaire
général :
Les projections du changement
climatique fournies par les
modèles des climatologues
donnent une fourchette de variation
des températures globales
à la fin du XXIe siècle
comprise entre +1° et +4,5°C
(source Groupe d'experts
Intergouvernemental sur l'Évolution
du Climat - GIEC). Pour
l’Europe, elles sont généralement
comprises entre +1° et +3,5°C.
La carte ci-dessus, fournie
par le modèle CROCUS
de Méteo-France pour
un réchauffement de 1,8°C
sur les Alpes, est à
prendre avec précaution
: il s'agit d'un scénario
possible d’évolution,
ce n'est pas une prévision.
Source
: Météo France
- CNRM/CEN -
Documents en ligne sur le site
:
www.tourisme.equipement.gouv.fr/
Sur la question des évolutions
climatiques, voir les ressources
en ligne indiquées ci-dessous.
|
Pour
faire face au manque de neige, mais
aussi pour prolonger les débuts
et les fins de saison, de nombreuses
stations de sport d’hiver s’équipent
pour produire de la neige de culture.
Par exemple, en 2000-2001, on relevait
:
- pour les Alpes du Nord, 87 sites équipés
pour une superficie d'enneigement de
1 776 ha,
- pour les Alpes du Sud, 38 sites équipés
pour une superficie d'enneigement de
615 ha.
... Quels impacts sur les paysages et
l'environnement ?
Mais
ces nouvelles installations ne sont
pas sans conséquence sur l’environnement
et sur les paysages.
La création d’installations
de neige de culture suppose le respect
de la Loi sur l’eau du 3 janvier
1992 et également de la Loi du
19 juillet 1976 sur les installations
classées pour la protection de
l’environnement. Une étude
d’impact doit être réalisée
et comporte notamment une analyse de
l’état initial de l’environnement
et des mesures de compensation.
Il existe trois types de mobilisation
de l’eau pour la fabrication de
neige de culture :
- le prélèvement direct
dans les cours d’eau,
- le prélèvement dans
les réseaux d’eau potable,
- la mise en place de retenues collinaires,
solution la plus utilisée.
Comment intégrer ces retenues
dans le paysage ? Les aménageurs
cherchent à les masquer au maximum
en se servant des formes du relief,
de la végétation et en
tenant compte de la position du point
d’observation (altitude, angle
de vue, etc.).
Paysages
et retenues collinaires des Alpes
( Cliquer pour agrandir)
Alpe d'Huez et La Clusaz
Retenue collinaire de la station
de l’Alpe d’Huez
(photo Marc-Jérôme
Hassid - mai 2003)
|
Retenue collinaire de la station
de la Clusaz (photo Marc-Jérôme
Hassid - mai 2003) |
Retenue collinaire de la station
de La Clusaz (photo Marc-Jérôme
Hassid - mai 2003) |
Serre-Chevalier
: retenues collinaires sur le versant
exposé au nord (ubac) de la vallée
de la Guisane (rive droite)
( Cliquer pour agrandir et faire
défiler la photographie*)
| |
| Crête
de la Balme - Clot Gauthier |
Retenue
collinaire - Clot de l'Aravet |
Grand
Alpe - Bois des Coqs (retenue collinaire
Est) |
Retenue
collinaire Ouest (cliquer pour agrandir
et faire défiler)
Photos en montage panoramique nord-ouest
(gauche) / sud-est (droite)
Sylviane Tabarly - juin 2003
* Si l'agrandissement de l'image en
pop-up ne se fait pas correctement,
cliquer
ici
Retenue collinaire Est (Bois des Coqs
et Prorel)
Photos en montage panoramique - Sylviane
Tabarly - juin 2003
* Si l'agrandissement de l'image en
pop-up ne se fait pas correctement,
cliquer
ici
Extrait du
plan des pistes du domaine skiable de
Serre-Chevalier globalement orienté
sud-est (gauche) / nord-ouest (droite)
Les points rouges localisent les deux
retenues collinaires. (cliquer pour
agrandir)
www.serre.chevalier-ski.com
Pour retrouver les cartes correspondantes
à partir du site de l'IGN :
www.ign.fr/affiche_rubrique.asp?rbr_id=438&lng_id=FR
| Ces
installations peuvent être
relativement bien intégrées
dans le paysage. Dans le cas de
La Clusaz, la végétation
sert de masque. Pour l’Alpe
d’Huez, la retenue a été
implantée entre deux parois
rocheuses : elle n’est pas
visible depuis les lieux d’habitation
de la station de ski et elle l'est
peu en amont. Dans le cas de Serre-Chevalier,
la retenue Ouest, dans un contexte
peu boisé, est très
visible depuis le lieu d'arrivée
du téléphérique
(2491 m). Par contre, la retenue
Est est mieux intégrée
au milieu de la forêt de
mélèzes. Il faudra
aussi tenir compte de l'évolution
paysagère dans le temps.
Mais, au-delà de l'humanisation
croissante des paysages de montagne,
le problème essentiel est
celui de l'approvisionnement en
eau. Les besoins en eau pour la
fabrication de neige de culture
prennent des proportions considérables.
Une étude de l’Agence
de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse
fait état de 104 stations
équipées. 15 % des
surfaces skiables sont équipées
en moyenne et la consommation
d’eau observée sur
un an est d’environ 10 millions
de m³ (colloque
international : L’eau en
montagne – Gestion intégrée
des Hauts Bassins versants - septembre
2002 - Office International de
l'Eau). À titre
d’exemple, ce volume représente
la consommation annuelle d’une
ville de 170 000 habitants.
La baisse significative de l’enneigement
en moyenne montagne devrait entraîner
une augmentation du prélèvement
d’eau pour l’enneigement
des pistes de ski. L’Agence
de l’eau estime que "si
la situation ne semble pas trop
alarmante, elle pourrait le devenir
du fait de l’expansion annoncée
de cette activité dans
les prochaines années".
|
Localisation
des principales stations de
ski des Alpes
(cliquer pour agrandir)
D'après un document du
Guide du routard
|
De plus,
la demande en eau (neige de culture,
eau potable pour la consommation) se
concentre à une époque
durant laquelle elle se fait plus rare
à cause du gel. Ainsi, début
2002, on est passé très
près de la pénurie à
la station des Orres dans les Hautes-Alpes.
La création de retenues collinaires
permet de faire des réserves
et d’étaler dans le temps
les prélèvements d’eau.
La politique du "tout-canon"
mise en place par les stations de ski,
a des conséquences inévitables
sur l’environnement. Au-delà
de l’impact sur le paysage, la
mobilisation de la ressource en eau
semble plus préoccupante. D’autres
questions se posent : la neige artificielle
n’a-t-elle pas d'effet sur la
végétation ? Certains
agriculteurs se plaignent de perdre
des zones de pâturage. Les effets
de l'humanisation croissante du milieu
montagnard sont donc multiples.
Marc-Jérôme
Hassid - Doctorant - Laboratoire
BioGéo à l'ENS LSH de
Lyon
Première mise en ligne : Septembre
2003
Travaux
:
- DEA Gestion des espaces montagnards
: sociétés et environnement.
Intitulé du mémoire :
"Valorisation des déchets
organiques en végétalisation
- Impact sur l'environnement" sous
la direction de Stanislas Wicherek (Laboratoire
BioGéo). Soutenance du 17 septembre
2003.
Compléments,
mises à jour
Selon l'enquête menée par
le Service d'études et
d'aménagement touristique de
la montagne (SEATM), les stations
de ski françaises ont investi,
en 2002, 46 millions d'euros dans la
neige artificielle contre 37 millions
en 2001, soit une progression de 24%,
nouveau record de croissance. Pour l'activité
ski en France, la répartition
géographique de l'investissement
des canons à neige s'élève
à 48% pour les Alpes du Nord,
qui représentent 75% du chiffre
d'affaires, et 37% pour les Alpes du
Sud, avec 10 à 15% de chiffre
d'affaires national.
Ces dépenses sont complétées
par 7 millions d'euros d'investissements
en réserves collinaires et 18
millions d'euros d'aménagement
de pistes afin de créer un tapis
d'herbe sans rocher permettant de skier
avec seulement 20 cm de neige. 48 %
des nouveaux canons ont été
installés dans les Alpes-du-Nord,
qui représentent 75 % du chiffre
d'affaires du ski en France, 37 % dans
les Alpes-du-Sud et 9 % dans les Pyrénées.
185 stations françaises sur 250
sont aujourd'hui équipées
d'installations de neige de culture.
"Il est raisonnable de penser que
l'on va vers un triplement des surfaces
actuellement enneigées au cours
des dix prochaines années",
estime le SEATM.
|