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Corpus documentaire
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Crises, insécurité alimentaire
et aides d'urgence.
L'exemple de la Côte d'Ivoire
L'instabilité
régnant en Côte d'Ivoire depuis quelques
années a pu bouleverser les conditions
de production et de commercialisation des denrées
agricoles. Des organisations internationales s'efforcent
de venir en aide aux populations civiles, par
exemple, le Programme alimentaire mondial (PAM
/ World Food Programme,
WFP), agence de l'ONU.
Les cultures vivrières
et leur commercialisation
Les documents ci-dessous proviennent
d'un aménagement du rapport de la mission
d'évaluation des récoltes et des
disponibilités alimentaires en Côte
d'Ivoire réalisée par la FAO et
le PAM le 24 mars 2004. On pourra noter tout particulièrement
la façon dont une guerre civile déstabilise
une société en désorganisant
ses échanges, ses réseaux de distribution
et de commercialisation, ses conditions de production.
Et on aura aussi un aperçu sur la façon
dont est menée une action humanitaire internationale
sur le terrain.
La production
des principales cultures vivrières en Côte
d'Ivoire
de 1998 - 2003 (en milliers de tonnes)
| |
1998 |
1999 |
2000 |
2001 |
2002 |
2003 |
Moy.
1998-2002 |
2003/Moy
(%) |
| Riz |
938 |
976 |
1 036 |
1 055 |
976 |
847 |
996 |
- 14,96 |
| Maïs |
605 |
675 |
631 |
615 |
587 |
523 |
623 |
- 16,05 |
| Mil |
80 |
76 |
75 |
73 |
69 |
55 |
75 |
- 26,67 |
| Sorgho |
32 |
30 |
30 |
31 |
30 |
24 |
31 |
- 22,58 |
| Igname |
2 921 |
2 944 |
2 950 |
2 938 |
2 874 |
2 674 |
2 925 |
- 8,58 |
| Manioc |
1 692 |
1 681 |
1 691 |
1 688 |
1 658 |
1 576 |
1 682 |
- 6,30 |
| Plantain |
1 410 |
1 402 |
1 418 |
1 410 |
1 395 |
1 322 |
1 407 |
- 6,04 |
La période
des récoltes a été fortement
perturbée par les combats de septembre
2002. Les exploitations n'ont pu être entretenues
convenablement en raison des déplacements
massifs des populations, de l'enrôlement
des jeunes dans les milices et de l'insécurité.
Le manque de main d'œuvre et les conditions
d'insécurité ont causé la
pourriture des récoltes en plein champ.
Avant la crise, la Côte d’Ivoire bénéficiait
d’un système de commercialisation
relativement efficace et d’un réseau
de transport permettant l’acheminement des
denrées des zones de production aux centres
de consommation à des coûts et dans
un temps raisonnables. Une concurrence serrée
parmi les commerçants garantissait des
prix équitables tant aux producteurs qu’aux
consommateurs. La rébellion militaire de
septembre 2002 qui a entraîné l’insécurité,
les déplacements de populations et la partition
de facto du pays avec comme corollaire le contrôle
excessif du système de transport, a durement
affecté le système de commercialisation
des produits agricoles. La segmentation des marchés
qui en a résulté a touché
tous les acteurs de la chaîne de production
à la consommation, et ce à des degrés
divers dépendant des localités.
Ainsi par exemple, la mission a observé
que certaines zones de production éloignées
des grands marchés d’Abidjan ne trouvaient
guère d’acheteurs pour leurs récoltes,
qu’elles bradaient à des prix minables
aux quelques commerçants qui arrivaient
de temps à autre. C’était
le cas dans les localités occupées
par les FN [Forces Nouvelles, "rebelles"
antigouvernementaux du nord du pays] aux environs
de Bouaké, Korhogo et Touba, de même
que dans les villages de la zone de Daloa sous
contrôle gouvernemental. De manière
générale, les prix "bord champs"
observés pendant la mission pour des produits
tels que les bananes plantains étaient
de l’ordre de 500 FCFA pour trois régimes
contre 2 000 FCFA à la même période
avant la crise. Depuis le début de la crise,
beaucoup de producteurs ont déclaré
qu'ils ne vendaient plus qu'à peine 10%
de leur production vivrière contre 1/3
avant la crise.
À l’inverse des marchés provinciaux
et des zones rurales, où les prix des denrées
alimentaires sont très bas
par rapport à la période avant le
conflit, les prix à Abidjan ont connu de
fortes hausses, reflétant ainsi la réduction
de l’offre de la plupart des produits. À
présent que les routes sont devenues dangereuses
et le transport très cher, les coopératives
de femmes commerçantes basées au
marché d’Angre peuvent difficilement
s’approvisionner à partir de toutes
les grandes zones de production du pays, ainsi
que du Burkina Faso et du Niger pour la tomate
fraîche et les oignons. Elles doivent vendre
à des prix élevés pour rentrer
dans leurs frais. Les prix ont aussi augmenté
au marché de bétail de Port-Bouët
à Abidjan, essentiellement approvisionné
à partir du Burkina Faso. Plutôt
que de passer par Bouaké comme avant la
crise, les cargaisons de moutons transitent par
le Ghana au coût de 1 500 000 FCFA chacun,
contre 800 000 FCFA un an auparavant.
Les revenus provenant de cultures de rente servent
généralement à faire face
à la période de soudure, étant
utilisés pour l’achat de nourriture
quand les stocks propres des ménages sont
épuisés. Les producteurs des cultures
de rente souffrent du manque de mobilité
à l’intérieur du pays et entre
les zones contrôlées par le gouvernement.
Des gens d’affaires peu scrupuleux, qui
peuvent se permettre de payer les deux côtés,
exploitent les agriculteurs qui ne peuvent guère
voyager facilement. Les tensions entre les autochtones
et les travailleurs itinérants (allochtones,
allogènes, étrangers) sont vives
à certains endroits, ce qui entrave l’accès
aux exploitations et empêche la reprise
des travaux agricoles.
Des groupes spécifiques sont plus particulièrement
confrontés à un risque élevé
d’insécurité alimentaire.
Ce sont en particulier des personnes revenant
à leur lieu d’origine le long de
la frontière libérienne où
de violents combats ont eu lieu au début
de 2003.
Le PAM a
approuvé trois opérations d'urgence
en Côte d'Ivoire depuis le début
de la crise, échelonnées entre novembre
2002 et décembre 2004
Le PAM a approuvé
trois opérations d’urgence en Côte
d’Ivoire depuis le début de la crise
entre novembre 2002 et décembre 2004. La
première a couvert les premiers mois de
la crise, fourni une aide alimentaire de secours
aux personnes déplacées qui fuyaient
les zones de combat.
Moyens
engagés dans le cadre
des opérations d'urgence et bénéficiaires
| Type d'intervention |
Nombre
de
bénéficiaires |
Total
des besoins alimentaires en t. |
Distribution générale
Réfugiés
Personnes déplacées
Personnes de retour à leur
lieu d'origine |
94
000
16 000
8 000
70 000 |
9
429
3 146
1 621
4 662 |
Filets de sauvetage
Cantines scolaires d'urgence
Vivres contre travail (VCT)¹
Alimentation institutionnelle |
580
000
345 000
225 000
10 000
|
24
407
8 746
13 635
2 026 |
Alimentation ciblée
Thérapeutique
Supplémentaire
Ration à emporter² |
14
000
500
11 000
2 500 |
1
117
27
584
506 |
| Total |
688 000 |
34 953 |
Source
: Mission FAO / PAM* d'évaluation
des récoltes et des disponibilités
alimentaires en Côte d'Ivoire (24
mars 2004)
1 - VCT : Dans l’Ouest, le programme
VCT est destiné à la réhabilitation
des infrastructures communautaires (écoles,
points d’eau, installations sanitaires,
services de santé). Les femmes
des comités villageois ont le rôle
crucial d’identifier les besoins
d’infrastructures de leur communauté.
Dans le Nord et dans l’Ouest, des
travailleurs offrent des services sociaux
essentiels dans les écoles et les
institutions sociales antérieurement
assistées par le gouvernement (centres
de santé, hôpitaux, services
d’hygiène, etc.).
2 - Ration familiale pour des familles
de cinq personnes. Normalement, les enfants
relevant d’un centre d'alimentation
thérapeutique doivent bénéficier
des programmes d’alimentation supplémentaire
(PAS). Comme ces programmes n’existent
pas à certains endroits de Côte
d’Ivoire, ces enfants reçoivent
une ration familiale par MSF.
|
Les personnes déplacées à
l’intérieur (PDI) et les réfugiés
dans les camps ont reçu des rations entières.
D’autres PDI, des personnes récemment
rentrées chez elles et d’autres populations
touchées par la crise (par exemple les
producteurs de cultures de rente) ont reçu
des rations générales puis, de plus
en plus, des rations de vivres contre travail
(VCT) qui viennent en appui à la production
agricole et la protection des semences (en collaboration
avec les programmes de distribution des semences
appuyés par la FAO).
Les groupes vulnérables tels que les enfants
gravement amaigris et des malades hospitalisés
reçoivent de l’assistance du PAM
par le biais des ONG à vocation médicale.
Le PAM fournit aussi de l’assistance de
type VCT à des travailleurs qui dispensent
des services sociaux essentiels dans le Nord et
l’Ouest. Progressivement, l’assistance
du PAM a vocation à s’orienter davantage
vers un appui destiné à reconstituer
les moyens d’existence (dans l’Ouest),
par opposition à la fourniture de l’aide
humanitaire par la distribution alimentaire.
En concertation avec le HCR, le PAM accueillait
et alimentait au total 26 000 réfugiés
dans des camps en 2004. Au début de l’année
2004, les deux agences ont dû faire face
à un influx de réfugiés libériens
à Bin Houyé et Danané. Cette
zone a connu des combats intenses et des pillages
pendant la crise, et des familles sont restées
cachées dans la forêt pendant plusieurs
mois.

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| Mise
à jour : 19-01-2006
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