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Approvisionner en eau potable les populations soudanaises du Darfour réfugiées dans l'est du Tchad

Publié le 19/01/2006
Auteur(s) : Alain Gachet
Sylviane Tabarly, professeure agrégée de géographie, responsable éditoriale de Géoconfluences de 2002 à 2012 - Dgesco et École normale supérieure de Lyon

Le défi

En mars 2004 (la guerre au Darfour, au Soudan, faisait rage depuis un an), la société Radar Technologies France (RTF) -  www.radar-technologies.com - a été chargée par l'UNHCR (Agence des Nations unies pour les réfugiés) de cartographier le potentiel en eaux souterraines dans le massif de l'Ouaddaï au sud-est du Tchad. Il s'agissait de pouvoir faire face, dans l'urgence, aux besoins des réfugiés du Darfour (voir l'article de Marc Lavergne ). La population de réfugiés dans l'Est tchadien a rapidement atteint 200 000 personnes. L'UNHCR devait les accueillir pour plusieurs années peut-être. En dépit de l'insuffisance des ressources locales en eau dans cette région du Tchad, il fallait découvrir des réserves pour relever ce défi.

RTF a mis en œuvre un procédé d'exploration des ressources en eau souterraine par satellites radar. Les images sont acquises auprès de différentes agences spatiales, canadienne, européenne et japonaise, pour les traiter de façon spécifique. En quatre mois, sur une aire de 85 000 km² (la superficie du Portugal), le long de la frontière du Tchad avec le Darfour, RTF a découvert des sites potentiellement aménageables en camps pour réfugiés et identifié à leur proximité immédiate de nouvelles ressources en eau jusqu'alors inconnues.

Des réfugiés, le long de la frontière tchadienne, fuyant le Soudan

L'appariton fantomatique, dans les tourbillons d'une tempête de sable, de réfugiés fuyant le Soudan. Les familles exilées se disséminent, par groupes de 5 ou 10 personnes, au fil du lit asséché d'un wadi (cours d'eau intermittent).

La démarche

Les technologies de la télédétection pouvaient contribuer à la recherche des réservoirs aquifères contenus dans les alluvions des lits des wadis et à l'identification des zones de forages des puits, afin d'optimiser la localisation des camps de réfugiés. Les images radars ont d'abord été traitées et assemblées en mosaïques.

À partir de ce document, le travail sur le terrain a pu commencer, à 60 km de la frontière soudanaise, dans la région désolée de l'Ouaddaï oriental, région peu développée, peu sûre et peu accessible. Les conditions étaient difficiles : chaleur intense, tempêtes de sable aveuglantes dans la journée, champs de mine. Il fallait souvent emprunter des parcours hors piste pour atteindre les sites potentiellement intéressants. À l'aide d'un ordinateur portable alimenté sur la batterie 12V de la vieille land-rover louée au sultan d'Iriba, cette prospection a permis d'établir les positionnements GPS de géo-référencement des images et de collecter des échantillons géologiques. Les failles et fractures, les cours d'eau, les lignes de partage des eaux et les pentes ont pu être cartographiées numériquement. Le résultat en fut une carte des sites à explorer (Radar Water Target map).

Le traitement en 3 dimensions des images radar permet de localiser, sur de grands espaces, des aquifères alluviaux invisibles par simple prospection de surface(© RTF 2004)

 

Les résultats

Ainsi, le camp de Gaga, le long du wadi Dalal, à environ 60 km à l'est d'Abéché, a été recommandé par RTF pour ses caractéristiques exceptionnelles uniquement détectées par ces méthodes indirectes. Il recèle un réservoir alluvial épais de près de 20 m, constitué de graviers siliceux d'excellente conductivité. En mars 2005, les forages d'eau d'Oxfam, partenaire de l'UNHCR, ont confirmé ce pronostic et le site peut désormais accueillir 30 000 réfugiés qui recevront comme prévu 15 litres d'eau par jour et par personne durant toute l'année.

Le site de Gaga le long du wadi Dalal

La mobilisation croisée de l'exploration géologique et de l'analyse géospatiale a réduit significativement les risques et les coûts de la recherche d'eau en limitant le nombre de sites à explorer à ceux dotés d'un fort potentiel. Dans la zone explorée par RTF, le taux de succès des forages a doublé, passant de 42% à 89%.

Cette expérience montre comment les technologies géospatiales permettent d'accompagner des opérations humanitaires dans des régions arides ou semi-arides.

 

Des ressources pour compléter

 

Avec l'aimable collaboration d'Alain Gachet,

directeur de la société Radar Technologies France (RTF),

adaptation et traduction, Sylviane Tabarly,

Pour Géoconfluences, le 19 janvier 2006

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Mise à jour :   19-01-2006


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