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Le Brésil, ferme du monde ?

La réforme agraire dans la Pampa : l'exemple du Rio Grande do Sul

Publié le 15/05/2009
Auteur(s) : Cécile Follet, association "HOLOS environnement et développement"

La commune d'Herval est située dans le Rio Grande do Sul, un État à la frontière de l'Uruguay, couvert d'immenses étendues de prairies naturelles. Au cours du XVIIIe siècle, cette région d'espace frontalier avait été confiée par la couronne portugaise à des militaires afin de la protéger des invasions espagnoles. Elle avait été partagée en très grandes exploitations de plusieurs milliers d'hectares qui s'étaient spécialisées, étant donné la qualité de leurs prairies naturelles, dans l'élevage bovin.

Ce système, très extensif, ne permettait que de très faibles charges de bêtes à l'hectare malgré la grande qualité des prairies naturelles (photo ci-dessous). Les exploitations ont eu du mal à innover à cause du manque d'infrastructure et d'accès à l'information de ces régions reculées et beaucoup ont fait faillite. Pour cette raison, les terres de la région du sud du Rio Grande do Sul ont vu leur valeur baisser fortement et sont devenues, à partir des années 1990, un lieu d'investissement privilégié pour l'Institut national de colonisation et réforme agraire (INCRA) [2] (figure ci-dessous).

Paysage de pampa dans le Sud de l'État de Rio Grande do Sul

Cliché : C. Follet

Source de la carte ci-contre : Viera Medeiros (2006) [3], données du Cabinet de la réforme agraire (GRAC) de l'État du Rio Grande do Sul

Concentration des assentamentos par commune dans le Rio Grande do Sul (2003) [3]

Comme l'agriculture familiale paysanne était très peu développée dans cette région et les mouvements paysans peu présents, ce sont des milliers de familles originaires du nord de l'État qui ont migré vers le sud. Leur région d'origine est le berceau du Mouvement des Sans Terre (MST) où les descendants des colons européens se sont organisés pour revendiquer l'accès à la terre. Dans la plupart des cas, ces familles paysannes ne connaissaient rien de la région où elles allaient s'installer. Les premières années ont donc été des années de lutte pour s'adapter à de nouvelles conditions de travail, dans un contexte socio-culturel, agro-climatique et matériel peu favorable et marqué par un manque d'infrastructures de base.

Dans ces conditions, près de 50% des familles installées ont abandonné ou vendu leurs terres. Cependant elles ont toutes été remplacées par d'autres familles paysannes qui, elles, ont tenu bon. À Herval, la population installée grâce à ce processus de réforme agraire représente plus de 20% de la population de la commune (environ 500 familles). Elles ont développé la région en profondeur. Peu à peu les infrastructures ont été améliorées (routes, électricité), des commerces se sont établis et ont prospéré. Les familles ont également fait évoluer les habitudes culturelles locales introduisant dans l'alimentation quelques nouvelles coutumes (consommation de fromage, de pain, de charcuterie...), ainsi que de nouvelles productions et de nouveaux outils. Elles ont ainsi modifié profondément le système agraire local.

Aujourd'hui l'économie agricole de la commune a évolué. Mis à part les cultures vivrières, encore peu et mal commercialisées faute d'organisation du marché local et d'infrastructures adaptées, la principale source de revenu des paysans vient de la production laitière. L'installation de ces familles est donc un succès, malgré le manque de politiques publiques de soutien à l'agriculture familiale.

Production de lait dans l'assentamento Lago Azul

Le développement de la production laitière a permis aux familles de se maintenir sur leurs terres et d'améliorer leurs conditions de vie. Cependant il existe encore des difficultés par manque d'infrastructures et de moyens financiers.

Clichés : C. Follet, avril 2006

Cependant plusieurs menaces pèsent encore sur le devenir de ces terres et des familles paysannes qui en vivent. Tout d'abord, la politique agricole brésilienne qui appuie en priorité "l'agro-business", concurrence déloyale pour une agriculture familiale débutante. Ensuite, l'expansion récente des monocultures d'arbres destinés à la production de pâte à papier (eucalyptus, pins, acacias noirs) dont l'impact écologique et économique, social et culturel menace la viabilité des exploitations familiales locales.

Enfin, la criminalisation actuelle des mouvements sociaux dans l'État du Rio Grande do Sul marginalise les familles organisées par le MST, installées ou en attente de l'être. En effet, depuis 2007, les actions menées par le MST ont été réprimées avec violence (manifestations contre l'expansion des plantations d'arbres destinées à la cellulose, contre le pouvoir des entreprises multinationales dans les décisions d'ordre public ou occupations de terres pouvant être destinées à la Réforme agraire). La police de l'État du Rio Grande do Sul (connue sous le nom de "brigade militaire") y a mis fin en faisant de nombreux blessés et en retenant prisonniers quelques leaders. Plusieurs camps de Sans-Terre ont été évacués, les centres de formation contrôlés, et les militants mis sur écoute. (sources : InformANDES Online 53, 12/7/2008, carta dos Movimentos Sociais do Rio Grande do Sul a Comissão de Direitos Humanos do Senado Federal e Assembléia Legislativa 24/06/2008).

Notes et ressources

[1] Cécile Follet : ingénieure agronome, diplômée de AgrosParisTech, spécialisée en développement agricole. Elle travaille aujourd'hui à Herval, frontière sud du Brésil, sur un lot en zone de Réforme agraire, elle participe aux activités agricoles familiales (transformation laitière, viande bovine, miel, cultures vivrières). Elle accompagne aussi la production laitière régionale : conseil technique, aide à l'organisation locale, formation.

[2] Rappelons que les assentamentos sont des territoires divisés en plusieurs lots sur lesquels ont été installées des familles sans terres à des fins d'agriculture. Entre 2002 et 2003, le gouvernement de l'État du Rio Grande do Sul a créé 93 nouveaux assentamentos, dont 43 créés exclusivement par l'État et 22 issus d'un partenariat entre cet État et l'INCRA. 75% des familles installées et 80% de la superficie des assentamentos sont dans la partie Sud de l'État.

[3] Vieira Medeiros, Rosa Maria. Camponeses, cultura e inovações. 2006 http://bibliotecavirtual.clacso.org.ar/ar/libros/edicion/lemos/16medeiros.pdf

 

Cécile Follet, association "HOLOS environnement et développement",

pour Géoconfluences le 15 mai 2009

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Mise à jour :   15-05-2009

 

 


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