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Le Brésil, ferme du monde ?

Le cadre général des échanges internationaux : organisation des marchés, fluctuations des cours

Publié le 15/05/2009
Auteur(s) : Sylviane Tabarly (Dgesco / ENS de Lyon)

Les matières premières agricoles peuvent être négociées de différentes manières, sur différents types de marchés. À côté des marchés au comptant (ou "spot"), pour un échange immédiat de la marchandise, et des marchés à livraison différée (ou "forward"), pour une livraison de la marchandise à une date future avec un prix établi à l'avance, se sont développés les marchés à terme, ou futures.

Le marché à terme définit un prix d'échange pour un produit donné et pour une date ultérieure. Ce prix, formé par la libre confrontation de l'offre et de la demande, sert de repère pour de nombreuses décisions économiques telles que la mise en production, le stockage ou la transformation des matières premières agricoles. La mise en place d'un marché à terme répond généralement à deux objectifs : rassembler en un seul lieu les acheteurs et les vendeurs afin d'organiser la confrontation de l'offre et la demande (unicité des prix à un instant donné, standardisation des contrats) ; établir et faire respecter les règles qui assurent que la négociation prend place dans un environnement ouvert et compétitif. Tout agent (opérateur) est capable de prendre une position sur le marché, qu'il soit acheteur ou vendeur.

Ces marchés à terme offrent donc, entre autre, la possibilité d'une transaction sans livraison effective : les opérations  sur le marché peuvent être conduites indépendamment des opérations physiques. La négociation porte alors sur des échanges futurs de produits dont le prix fluctue sur le temps. Le marché à terme permet l'émergence d'un prix à terme pour chaque date de livraison : c'est la formation des cours. En règle générale, le prix à terme est supérieur au prix "spot" (ou immédiat), puisqu'il intègre aussi les coûts financiers et de stockage.

Puis sont apparues les "options", qui sont simplement une assurance (vendue ou achetée) sur le prix futur d'un produit. Il peut s'agir d'options d'achat d'une matière première ("call") ou de vente ("put"). Acheter une option d'achat signifie payer pour le droit d'acheter un produit à un certain prix, soit à une date de livraison spécifiée ("option à l'européenne"), soit à n'importe quel moment avant cette date ("option à l'américaine").

Les opérations à terme et les options peuvent être conclues de gré à gré entre deux acteurs individuels (par exemple, entre une banque et une entreprise de transformation). Ces opérations de gré à gré donnent lieu à des flux très importants mais moins bien connus que ceux qui passent par les marchés organisés. Les entreprises de transformation, qui doivent connaître le prix de leurs matières premières, achèteront des contrats à terme ou des options d'achat.

Comment le prix des aliments dans nos assiettes peuvent-ils rester globalement stables et prévisibles alors que le prix des ingrédients (matières premières de base) peut se révéler volatil sur les marchés spot ? L'une des méthodes pour stabiliser le prix des matières premières échangés entre producteurs et transformateurs est constituée par les produits dits de couverture du risque de prix (hedging). Cette pratique de se protéger contractuellement contre le risque de prix semble être apparue dans le domaine des échanges de riz au Japon au XVIIe siècle. En effet, étant donné le caractère saisonnier de la production de grains, il n'y a généralement pas coïncidence des moments où producteurs et transformateurs se retrouvent sur le marché : l'achat/vente de produits dérivés tels que les contrats à terme et les options a constitué une solution à cette difficulté en fournissant des outils efficaces pour sécuriser les profits et atténuer les risques tout au long des filières alimentaires, aussi, les volumes de produits dérivés échangés sur ces marchés devraient-ils continuer à progresser.

Les opérateurs en couverture de risques ("hedgers" en anglais) peuvent être une coopérative, un négociant ou une industrie agroalimentaire (IAA) qui cherche à se prémunir contre une fluctuation (selon les opérateurs, à la hausse ou à la baisse) des cours. Ils achètent (ou vendent) plusieurs mois et jusqu'à un an à l'avance pour se garantir un prix définitif. Ils y parviennent en prenant sur le marché à terme des positions inverses à celles qu'ils ont sur le produit physique, positions qu'ils dénouent au moment de la livraison (ou de la réception) effective du produit, les pertes enregistrées sur une opération étant équilibrées par les gains symétriques réalisés sur l'autre. Le marché à terme joue donc le rôle d'une assurance de prix pour les "hedgers". Quant au risque qu'ils ne veulent pas prendre, il est pris en charge par les "speculators" qui interviennent à la hausse ou à la baisse pour réguler le marché.

Acteurs, risques et marchés à terme (MT)
Opérateur
Action entreprise, sa durée (position)
Nature et durée du risque
Fin de la prise de risque,
hors MT
Couverture du risque sur les MT
Agriculteur
Mise en culture, position longue
Le prix obtenu est inférieur au prix anticipé à la mise en culture
Vente de la production
Vente de contrats
Éleveur, engraisseur
Engraissement d'un lot d'animaux,
position longue
Le prix de vente des animaux doit couvrir les coûts et assurer un revenu
Vente du lot des animaux
Vente de contrats
Coopérative de collecte
Apports des adhérents et paiement au prix moyen,
position longue
Risque de défection des adhérents en cas de prix obtenu insuffisant
Vente des productions collectées
Vente de contrats
Négociant
Vente de produits agricoles livrables et payables en différé, position courte
Le prix d'achat des produits agricoles doit être inférieur au prix de vente négocié
Achat des produits agricoles à livrer
Achat de contrats
Utilisateur, transformateur, industriel
Position courte
Mise en concurrence sur le marché aval
Achat des matières premières
Achat de contrats

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Le terme de "base" est utilisé pour désigner la différence entre le prix du marché à terme et le prix du marché physique local pour une même qualité de matière première. La base résulte de trois composantes :

- la distance car à tout moment le cours au comptant d'une marchandise en un point donné est différent de celui qui prévaut au lieu de la livraison sur le marché à terme, cette différence reflétant le coût du transport d'un produit de son lieu de production à sa zone de consommation et l'équilibre entre offre et demande aux deux localisations,

- le temps qui intègre les anticipations des opérateurs quant à l'évolution des cours, essentiellement composé du coût du stockage, de la prime d'assurance et du coût du financement,

- la qualité, qui tient compte des écarts entre la production livrée et la qualité de référence pouvant donner lieu à des primes ou à des décotes.

Le volume d'activité sur les marchés à terme a beaucoup augmenté ces dernières années. Ceci concerne tous les produits, financiers et autres ; en 2006 et 2007, les produits agricoles, qui représentent 4% du nombre de contrats négociés, ont vu croître leur volume un peu plus vite que la moyenne. En mai 2008, le total des positions longues sur le seul marché de Chicago s'élevait à 25% des récoltes annuelles de maïs et de soja, et à 8% pour le blé, ce qui est très élevé.

De nombreux marchés à terme gèrent les matières premières agricoles, à côté des produits financiers, des produits énergétiques et des métaux précieux ou non. Les principaux sont situés aux États-Unis (CME, ICE) et en Europe (NYSE-Euronext). D'autres marchés plus petits existent (Kansas City, Minneapolis…) et, surtout, de grands marchés se développent dans les pays émergents, en particulier le Dalian Commodity Exchange en Chine (premier des trois marchés chinois) et le Bolsa de Mercadorias & Futuros (BM&F) au Brésil.

Matières premières agricoles : principaux marchés à terme dans le monde
Marché
Lieu de cotation
Produits agricoles cotés
Autres produits cotés sur ce marché
Chicago mercantile exchange (CME) Chicago (Chicago board of trade, CBOT) et New York - maïs, blé, soja (graine, huile, tourteau), éthanol
- produits laitiers, bétail, porc, bois, pâte à papier, cacao, coton, café, sucre brut
 
métaux précieux, produits climatiques, produits financiers, métaux, énergie
NYSE - Euronext Londres (Liffe)
Paris (ex Matif)
cacao, café, sucre blanc, blé fourrager, blé meunier, maïs, colza, ... produits financiers
Intercontinental Exchange (ICE) New York sucre brut, colza, coton, café pétrole, gaz et autres produits énergétiques
Dalian Commodity Exchange (DCE) Chine maïs, soja (graine, tourteau, huile), palme (oléine) polyéthylène
Bolsa de Mercadorias & Futuros (BM&F) Brésil sucre blanc, coton, café, soja, maïs, éthanol, bétail produits financiers, or, ...
Multi Commodity Exchange (MCE) Inde maïs, huiles, épices, coton, café, cajou, ... métaux, énergie, crédits carbone, ...

Le Chicago Board of Trade (CBOT) est le premier marché à terme du monde. Aux États-Unis, les marchés à terme ont débuté sur les marchés de grains au milieu du XIXe siècle. Le CBOT, ouvert en 1848, est aujourd'hui le marché leader mondial en termes de contrats à terme (futures) et d'options, fournissant des outils de fixation des cours et de gestion du risque de prix pour divers marchés : matières premières agricoles, taux d'intérêt, actions et métaux. Ainsi, des matières premières majeures pour le secteur agricole y sont traitées : maïs, soja (pour les États-Unis et l'Amérique du Sud), avoine, blé, riz et éthanol. Plus de 3 600 membres / actionnaires du CBOT négocient cinquante types de contrats à terme et d'options, soit à la corbeille soit électroniquement. L'offre et la demande globales de céréales et d'oléagineux se rencontrent sur le CBOT sous la forme d'ordres d'achat (bids) et d'ordres de vente (offers) et aboutissent à la formation des prix, considérés comme une référence dans le monde entier.

Dans un contexte de crise économique mondiale et de fortes turbulences et tensions sur les prix des matières premières agricoles, des critiques émergent et des questions se posent sur les limites, ou les contrôles, qui pourraient être appliqués aux investisseurs financiers sur ces marchés. Ainsi, aux États-Unis, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) a été la cible d'attaques en provenance notamment de certains comités du Congrès qui souhaiteraient encadrer légalement et limiter l'activité des grands investisseurs institutionnels sur les marchés de matières premières. Et l'Inde, particulièrement touchée par la hausse conjoncturelle des prix alimentaires, a interdit les échanges à terme sur le blé et le riz en 2007 et décidé de suspendre les échanges à terme sur l'huile de soja et d'autres matières premières entre mai et septembre 2008. Les résultats de ce type de mesures ne sont pas totalement concluants d'après les rapports d'experts.


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Des exemples d'oscillations des cours mondiaux : soja, sucre

La demande d'huile de soja pour la fabrication de biodiesel devrait être limitée par le haut niveau des prix de ce produit, ainsi que par la baisse des prix du pétrole brut. Aux États-Unis, la législation adoptée en matière d'énergie en 2007 suppose une multiplication par trois de la consommation de biodiesel à l'horizon 2012. Pour 2009, ce sont 500 millions de gallons de biodiesel qui sont censés être vendus dans le pays, ce qui représenterait une augmentation substantielle par rapport aux niveaux antérieurs. On s'attend de ce fait à ce que les prix restent à un niveau élevé par rapport aux tendances passées, avec une moyenne de 390 dollars la tonne en 2009 et 385 dollars en 2010. Mais si les mandats étaient suspendus, les prix baisseraient encore plus. Ces mandats en matière de production de biodiesel sont également réexaminés ailleurs, notamment dans les pays de l'UE où l'essentiel de cette production est à base d'huile de colza, produit de substitution proche de l'huile de soja (l'UE est le plus gros producteur de biodiesel au monde).

Les cours du sucre ont marqué une hausse tendancielle forte et soutenue à partir de mai 2005, à la suite d'un déficit de la production mondiale durant trois années consécutives, des prix élevés du pétrole et de l'énergie, d'une croissance constante de la consommation de sucre et d'un détournement accru de la canne à sucre au profit de la production d'éthanol au Brésil, le principal exportateur mondial de sucre.

Les exportations brésiliennes représentent depuis quelques années plus de 40% des exportations mondiales, alors même que 60% de la production de canne à sucre est destinée à la production d'éthanol. La plupart des producteurs brésiliens ont la capacité de produire à la fois de l'éthanol et du sucre et peuvent facilement consacrer une partie de leur récolte de canne à sucre à l'un ou l'autre de ces produits. La forte diminution des prix du pétrole incitera probablement les producteurs brésiliens à accroître leur production de sucre, ce qui devrait empêcher une hausse des cours du sucre à moyen terme.

La modification du régime du sucre de l'Union européenne (UE), convenue par le Conseil des ministres de l'agriculture de l'UE en novembre 2005, devrait aussi contribuer à la hausse des cours mondiaux. Le programme de réforme prévoit une réduction de 36% en quatre ans, à partir de juillet 2006, du prix de soutien au sucre et l'abolition du prix d'intervention qui sera remplacé par un prix de référence. À terme, les cours mondiaux du sucre devraient rester fermes et stables aux niveaux actuels car les indicateurs de base de l'offre et de la demande sur le marché mondial du sucre n'annoncent pas un nouveau raffermissement des prix, à moins d'événements météorologiques extrêmes ou d'une hausse constante des prix du pétrole brut.


Sources : Banque mondiale, notes de synthèse des produits de base :
http://web.worldbank.org/external/default/.../
> le soja (soybean) : http://siteresources.worldbank.org/INTGBLPROSPECTFRE/.../soybeans_FR.pdf
> le sucre (sugar) : http://siteresources.worldbank.org/INTGBLPROSPECTFRE/.../sugar_FR.pdf

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Sources et Ressources

Par exemple :
> le soja (soybean) : http://siteresources.worldbank.org/INTGBLPROSPECTFRE/.../soybeans_FR.pdf
> le sucre (sugar) : http://siteresources.worldbank.org/INTGBLPROSPECTFRE/.../sugar_FR.pdf

 

Sélection et synthèse documentaire, édition web : Sylviane Tabarly (Dgesco / ENS de Lyon),

pour Géoconfluences le 15 mai 2009

 

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Mise à jour :  15-05-2009

 


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