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Les
effets spatiaux de l'investissement direct étranger
(IDE) en Chine :
intégration ou désintégration
? (François Gipouloux)
Données
globales et régionales sur l'investissement
direct étranger en Chine (RPC)
La Chine
a commencé à attirer le capital
étranger au début des années
1980. En 1992 commence une croissance rapide
de l'investissement direct étranger
(ci-dessous IDE) en Chine consécutif
à l'endaka (appréciation
du yen) japonaise et à une attitude
plus réceptive des autorités
chinoises sous Deng Xiaoping.
L'adoption d'un
cadre légal (loi sur les Joint venture, traités
bilatéraux de protection
de l'investissement et de non double
taxation, etc.) et des mesures préférentielles
ont provoqué un gonflement
considérable des entrées
de capitaux. Les chiffres de l'IDE
absorbé par la Chine la dernière
décennie sont tout à
fait impressionnants. Et le mouvement
s'est accéléré
: de 1996 à 2001, 256 billions
d'USD avaient été
investis en Chine. Selon les statistiques
chinoises, leur montant cumulé
serait de 396,28 billions de dollars
US en 2002 (Zhongguo tongji
nianjian). Ainsi la Chine est-elle
devenue le premier pays récepteur
d'IDE devant les États-Unis.
L’IDE opère sur des
structures industrielles très
différenciées mais
généralement tournées
vers l’exportation. Ceci expliquant
peut-être cela, l’investissement
direct étranger est concentré
dans les régions côtières
: de 1983 à 2001, 88% du
montant total des entrées
d'IDE s'est concentré sur
la ceinture orientale ne laissant
que respectivement 9% et 3% aux
régions centrales et occidentales.
Cette répartition très
déséquilibrée
est-elle appelée à
durer ?
|
Origine
de l'IDE : part dans l'IDE
total investi en Chine
sur la période 1979
- 1999 |
Hong Kong
|
40,7% |
| Iles Vierges |
8,9% |
| États - Unis |
8,6% |
| Singapour |
7,5% |
| Japon |
7,5% |
| Taiwan |
6,4% |
| Allemagne |
1,6% |
| France |
1,6% |
| Iles Caïman |
0,7% |
| Canada |
0,7% |
D'après
un document de Thierry Pairault
- 2001 - À retrouver à
partir de :
www.ehess.fr/centres/cecmc/
pages/chercheurs/pairault.html
Ce tableau
met en évidence le rôle
joué par la place de Hong
Kong et par certains paradis fiscaux
dans le financement de l'investissement
en Chine de 1979 à 1999.
|
Observons
et comparons les évolutions
sur les périodes 1985 à
1991 et 1992 à 1998.
On constate que les trois principaux
pôles des zones côtières,
la Chine du sud (Guangdong, Fujian,
Hainan and Guangxi), les régions
du delta du Yangzi (Shanghai, Jiangsu,
Zhejiang) et la zone du golfe de Bohai
(Beijing, Tianjin et Liaoning ; les
provinces du Hebei et de Shandong)
ont des performances différentes
selon la période considérée.
Tandis que le pôle méridional
domine pour la période 1985
- 1991 (55,23% du total cumulé
d'IDE), ses performances relatives
s'érodent pendant les années
1990 (42,8%). Les capitaux se dirigent
plus au nord, vers l'aire de Chang
Jiang. Avec 24,32% de l'IDE actuellement
employé, cette zone a doublé
sa part du total national. Grâce
à l'importante croissance de
Shanghai mais surtout de l'étonnante
performance de la province de Jiangsu
(12,5%, trois fois plus que pour la
précédente période).
Les neuf provinces centrales (Heilongjiang,
Jilin, Shanxi, Inner Mongolia, Henan,
Hubei, Hunan, Anhui, Jiangxi) ont
presque doublé leur part du
total régional au cours de
la période 1992-1998 (9,19
contre 5,45%) |
L'investissement
direct étranger en Chine
(1992 - 1998)
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© Géoconfluences - Réalisation
C. Dodane
Source des données :
F. Gipouloux, calculé d'après
le Zhongguo tongji nianjian
(ZGTJNJ) 1993-1999
Données,
graphique et discrétisation
cartographique : document
excel à télécharger
|
Incontestablement,
les provinces occidentales (Shaanxi, Gansu,
Ningxia, Qinghai, Chongqing, Sichuan, Guizhou,
Yunnan, Tibet et Xinjiang) sont les grandes
perdantes de cette décennie de massive
absorption de capital étranger :
leur part passe de 4,27% pendant la période
1985-1991 à 3,08% pendant la période
1992-1998.
Les déséquilibres dans la
distribution du capital étranger
contribuent à aggraver les disparités
régionales, l’écart
entre les régions riches de la frange
côtière et les régions
pauvres de la Chine du centre et de l’ouest
se creuse : le rapport du PIB/habitant entre
Shanghai et la province du Guizhou était
de 1 à 14 en 2001. À tel point
que les autorités ont lancé,
en 2000, une campagne pour le développement
de la Chine occidentale (xibu da kaifa).
Quelles
sont les raisons de cette inégale
distribution de l'IDE en Chine ? Il est communément admis que la localisation
des investissements est guidée par
les différentiels des coûts.
En conséquence, alors que le travail,
les terrains, les frais augmentent dans
les zones côtières, les investisseurs
devraient progressivement relocaliser leurs
investissements dans des zones moins chères
de l'intérieur. Mais, de fait, ils
ne le font pas en dehors de régions
spécifiques comme le Hubei. Les facteurs
de localisation habituellement évoqués
(avantages comparatifs en termes de coûts,
accès aux marchés étrangers,
etc.) ainsi que les politiques de traitement
préférentiel auraient donc
un rôle partiel sur les localisations
de l'IDE en Chine.
Il convient alors de s'intéresser
aux facteurs institutionnels tels que les
régimes de la propriété
industrielle, le mode de fonctionnement
bureaucratique. En fait, les principaux
handicaps des provinces de l'intérieur,
des provinces occidentales, tiendraient
aux complexités et lourdeurs bureaucratiques,
au demeurant très variables d'une
province à l'autre. Par exemple,
les délais pour obtenir une licence
ou le droit d'utiliser une terre sont habituellement
de 3 à 5 mois à Shanghai alors
qu'ils peuvent prendre un an à l'ouest.
On observe aussi une corrélation
positive entre le niveau d'urbanisation,
les grandes plates-formes logistiques et
la pénétration d'IDE. L'IDE
est un phénomène urbain. La
faiblesse de l'urbanisation de la Chine
centrale et occidentale peut donc être
un facteur explicatif à la faible
pénétration du capital étranger,
sachant cependant que cause et effet sont
étroitement imbriqués.
En conclusion, si l'IDE
est distribué de manière fort
inégale en Chine, ce n'est pas exclusivement
dû aux avantages de localisation des
provinces côtières mais, aussi,
aux conséquences des choix politiques
des autorités chinoises tant en matière
de gouvernance que d'aménagement
du territoire.
L'absorption
des investissements directs étrangers
:
évolution de deux macro-régions |
| |
1998 |
2000 |
milliards
d'USD |
%
du total de l'IDE en Chine |
milliards
d'USD |
%
du total de l'IDE en Chine |
| Delta du Yangzi |
11,54 |
25,37 |
11,19 |
27,48 |
| Guangdong |
12,01 |
26,41 |
11,28 |
27,70 |
Source : Zhongguo
tongji nianjian (ZGTJNJ), 2000
Investissement
direct étranger et industrialisation
Alors
que le capital étranger contribue
dans une forte proportion à la
production industrielle dans les régions
côtières (plus de 60% dans
le Guangdong, 40% à Hainan et à
Shanghai, 33% dans le Fujian) il n'y contribue
que très faiblement dans les régions
centrales — à peine 3% dans
le Shanxi, 4% dans le Hunan — et
de manière négligeable dans
les régions occidentales (Xinjiang,
Qinghai et Gansu). La seule exception
est le Sichuan, où la contribution
des firmes sino-étrangères
à la production industrielle totale
a déjà franchi le seuil
des 10%.
Là encore, les provinces côtières
se distinguent du reste du pays, avec
des niveaux de contribution des entreprises
sino-étrangères à
l’investissement industriel supérieur
à 15%. La Chine centrale et occidentale
demeure en deçà de ce seuil,
l’Anhui, le Jiangxi, le Hunan constituant
un "ventre mou", où l’IDE
représente moins de 5% de l’investissement
industriel. Au-delà de cette frontière,
une seule exception, le Hubei (12%), qui
témoigne de la récente pénétration
de l’IDE à Wuhan : infrastructures
portuaires et production manufacturière,
dans l’automobile entre autres.
En termes sectoriels, on note que l'investissement
étranger concerne surtout les productions
de haut de gamme technologique : par exemple,
il maîtrise 70% de l'industrie électronique
et des télécommunications
en Chine (2002).

Investissement
direct étranger, exportations et
insertion dans l'espace régional
et mondial
En
1999, l'investissement étranger avait
généré 47% des exportations
chinoises contre 15% en 1990. La part de
la Chine dans les exportations mondiales
de produits manufacturés dépasse
désormais 5% et elle devrait devenir
en 2003 le troisième exportateur
mondial de produits manufacturés,
après avoir dépassé
le Royaume-Uni en 2001, et la France en
2002. C'est encore peu rapporté au
poids de sa population bien entendu mais
le rythme de progression est conséquent.
Chiffres
clés et évolutions |
| Année |
PIB
(milliards de yuans) et évolution |
Exportations
(milliards d'USD) et évolution |
Importations
(milliards d'USD) et évolution |
IDE
réalisé et évolution
(milliards d'USD, %) |
| 1998 |
7834 |
7,8% |
183,81 |
0,6% |
140,24 |
-
1,5% |
45,46 |
0,5% |
| 1999 |
8206 |
7,1% |
194,93 |
6,1% |
165,70 |
18,2% |
40,32 |
-
11,3% |
| 2000 |
8940 |
8,0% |
249,20 |
27,8% |
255,99 |
35,8% |
40,72 |
1,0% |
| 2001 |
9593 |
7,3% |
266,16 |
6,8% |
243,61 |
8,2% |
46,88 |
15,1% |
Origine
des exportations chinoises : comparaison
de deux macro-régions |
| |
1998 |
2000 |
Billions
d'USD |
% du
total des exportations chinoises |
Billions
d'USD |
% du
total des exportations chinoises |
| Delta du Fleuve
Bleu |
43,15 |
23,47 |
71,48 |
29,07 |
| Guangdong |
76,28 |
41,50 |
93,42 |
37,48 |
Source : Zhongguo tongji
nianjian, 2001
D'une manière
plus générale, en 2002, l'IDE
a produit 45% des exportations de la Chine.
 |
Trois macro-régions
ont une vocation et un lien particulier
avec les autres dragons asiatiques
:
1 - le golfe
du Bohai (Dalian - Tianjin) qui
entretient des liens forts avec
la Corée et le Japon et qui
est une région plutôt
orientée vers le marché
intérieur.
2 - le Yangzi (Yangtse ou Changjiang
ou Fleuve bleu) et son delta (Shanghai,
Hangzhou) dont les liens sont forts
avec Taiwan, le Japon, les États-Unis.
Sa vocation est mixte : marché
intérieur et exportation.
3 - le Guangdong
(delta de la rivière des
Perles, voir annexe ci-dessous),
étroitement lié à
Taiwan, Hong Kong (Région
autonome spéciale), reçoit
d'abondants capitaux de la diaspora
chinoise et a une vocation exportatrice
très affirmée.
|
L'ensemble
de ces dynamiques font de la façade
maritime de la Chine un moteur essentiel
de l'"aire de puissance" d'un
"corridor économique" en
Asie orientale (voir article)
Sauf mention
particulière, ce qui précède
résulte des travaux de François
Gipouloux, (directeur
de recherches au CNRS - Centre Chine, École
des Hautes Études en Sciences Sociales)
et de l'adaptation des sources suivantes
:
- une présentation power-point,
- Determinants in Foreign Direct Investment’s
Uneven Distribution in China : A comparative
Study of three Macro-regions–East
Centre and West. Intervention à
la 7ème conférence des études
asiatiques - Institute of Asian Cultural
Studies, International Christian University, Tokyo - 21-22 June 2003
- Intégration ou désintégration
? Les effets spatiaux de l’investissement
direct étranger en Chine - Perspectives
chinoises, n°46 - mars - avril 1998
Première mise en ligne le 19 décembre
2003

Annexe
Au-delà des risques, les
cercles vertueux du développement
régional extraverti ? L'exemple
de la province du Guangdong
Les investissements
directs étrangers dans la
province du Guangdong (Canton, Shenzhen
et villes du Delta)
L'IDE
joue un rôle primordial
dans le décollage économique
du Guangdong au cours des
vingt dernières années.
Attiré à l’origine
par le volontarisme politique
des autorités chinoises,
qui ont fait de la Chine du
Sud le laboratoire de l’ouverture
économique du pays
au début des années
1980, l’afflux actuel
de capitaux étrangers
est encouragé par la
qualité croissante
du tissu industriel d’une
part, par le potentiel du
marché intérieur
de la province d’autre
part. Cependant, à
mesure que l’ensemble
du pays s’ouvre à
l’économie de
marché, le statut privilégié
de la province s’efface
peu à peu, et les autorités
provinciales devront trouver
des nouveaux arguments pour
continuer à attirer
les capitaux étrangers,
notamment dans les Zones
Economiques Spéciales,
dont l’avenir demeure
incertain. |
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pour agrandir
|
La
promotion des atouts logistiques
de la province, la mise en valeur
de l’expérience acquise
des acteurs économiques provinciaux
en vingt ans de collaboration avec
les entreprises étrangères
ou encore la montée en gamme
de la production locale permettent
cependant aux autorités d’envisager
l’avenir sereinement. Ainsi,
en annonçant un nouvel investissement
de 300 millions d'USD à Canton
pour y produire 300 000 véhicules/an
destinés à l’exportation,
Honda montre l’exemple et
tire vers le haut l'IDE. Depuis
l’été 2003,
une nouvelle vague d’implantations
de multinationales de renom semble
se dessiner, ce qui constitue un
point très encourageant pour
le Guangdong.
Adaptation
d'un document de la Mission Économique
de Canton (© MINEFI –
DREE/TRÉSOR). Disponible
sur le site de la DREE : www.dree.org/chine/
Avec l'autorisation du Chef de la
mission économique de Canton
|
Pour compléter, pour prolonger
- Laurent Carroué
- Chine : de l'ouverture aux déséquilibres
territoriaux - Alternatives économiques,
n° 187 (12/2000)
- Sur Topic, le bulletin
d'information en ligne proposé par
le pôle d'expertise asiatique du groupe
HEC :
> Taiwan, déjà une province
chinoise ?, mars 2003
> Comment Taiwan investit la Chine, septembre
2001
> Intégration régionale
en Asie : quid novi ? , mai 2001
www.hec.fr/hec/fr/groupe/dir_international/eurasia/publications/index.html
- La CNUCED (UNCTAD) compile des
statistiques sur l’IDE :
www.unctad.org/Templates/Page.asp?intItemID=1923&lang=1
Le département sur l'investissement,
la technologie et le développement
des entreprises (Division on Investment,
Technology and Enterprise Development -
DITE) entretient le site du World
Investment Directory online : statistiques
détaillées sur l’IDE
et les activités des sociétés
transnationales (STN) dans un certain nombre
de pays. Il publie le World Investment
Report (WIR). Le WIR 2003 (Foreign
Direct Investment - FDI - Policies for Development
: National and International Perspectives)
:
http://r0.unctad.org/wir/index.htm
The World Investment Report 2002, downloads
section : http://r0.unctad.org/wir/contents/wir02_dl.htm
- Pour mettre en perspective l'IDE en Chine
avec l'IDE en France, un dossier pédagogique
(davantage orienté sciences économiques)
proposé par l'INSEE sur Éducnet
:
www.educnet.education.fr/insee/invest/
- Voir aussi
la partie
"ressources" du dossier

| Mise
à jour : 01-10-2003
|
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