Vous êtes ici : Accueil Informations scientifiques Dossiers régionaux La Chine entre espaces domestiques et espace mondial popup Autour du barrage des Trois-Gorges, un corpus préparé pour être analysé par les logiciels d'Analyse de données textuelles (ADT)

La Chine entre espaces domestiques et espace mondial

Autour du barrage des Trois-Gorges, un corpus préparé pour être analysé par les logiciels d'Analyse de données textuelles (ADT)

Publié le 22/01/2010

Les textes du corpus qui sont fournis ci-dessous ont déjà été balisés pour les logiciels Lexico et Tropes. N’étant pas libre de droit, l’article du Monde n’est pas présenté. Chaque document est introduit par une ligne de balises : entre les signes supérieur et inférieur se trouvent le code de la variable (ici l’identifiant et la source), suivi du signe d’égalité et de sa modalité, le tout sans espace. Le corps du texte ne doit comprendre que des minuscules. Le début de chaque paragraphe est indiqué par un caractère spécial (§). Les termes composant les expressions ont été fusionnés pour en souligner l’unicité, par exemple le "barragedestroisgorges" ou "karlwittfogel".

<art=0001> <j=md>

§ fin de la construction du barragedestroisgorges

§ le 20 mai s’est achevée la construction du barragedestroisgorges, le plus grand du monde, sur le fleuve yangzi, en chine. le projet, très controversé, a nécessité le déplacement de plus d’un million de personnes voire du double, selon l’organisation écologiste les amisdelaterre et englouti de nombreux sites archéologiques. il s’était vu refuser le financement de la banque mondiale, qui ne le jugeait pas viable. Il pourrait avoir de lourdes conséquences environnementales, sans parler de la catastrophe que provoquerait une brèche ou une fissure dans le barrage.

§ il y a dix ans, soit trois ans après le début des travaux, jeanphilippebeja faisait le point sur les problèmes soulevés par la construction des troisgorges, et jeanchesneaux racontait sa descente du fleuve yangzi.

§ la capacité de maîtriser les fleuves, traditionnellement représentés par les dragons, a de tout temps été considérée en chine comme le critère d’une bonne dynastie. l’inventeur du concept de mode de production asiatique, karlwittfogel, a bien montré l’importance du contrôle des eaux dans les civilisations orientales ( thèse validée par l’histoire contemporaine), qui permet de comprendre l’insistance mise par les actuels dirigeants à mener à bien un projet gigantesque sur le plus long fleuve du pays, le yangtsé, que les chinois appellent simplement « le longfleuve » (changjiang).

§ c’est au lendemain de la répression du mouvement en faveur de la démocratie de 1989, alors que le régime se trouvait en pleine crise de légitimité, que le sichuanais lpeng et le shanghaïen jiangzemin, respectivement premier ministre et secrétaire général du parti communiste, ont fait adopter, en forçant tous les obstacles, le projet de barragedestroisgorges, aménagement qui détruira l’un des paysages les plus chantés par les poètes chinois. Pourquoi un tel acharnement si le contrôle de l’eau ne revêtait une telle valeur symbolique ?

§ déjà, au début du siècle, sunyatsen, le père de la révolution chinoise, révéré sur les deux rives du détroit de taïwan, avait exprimé le rêve de transformer le longfleuve en une voie d’eau utilisable par les péniches de gros tonnage jusqu’à chongqing, et en source d’énergie indispensable au développement de la chine de l’intérieur. périodiquement depuis cette époque, le projet a été ressorti des cartons, dans les années 30 par des ingénieurs chinois et soviétiques d’abord, puis, dans les débuts de la république populaire de chine. mais mao luimême, pourtant l’un des défenseurs certes pas fanatique de l’idée, a reculé devant l’immensité de la tâche. Il a fallu le retour au pouvoir du sichuanais dengxiaoping pour que l’on reparle de ce projet pharaonique.

§ les chiffres sont impressionnants : un investissement évalué à 250 milliards de yuans (les estimations étaient de 146,8 milliards en 1993), seize ans de travaux (1993-2009), 17 680 MW de capacité installée, soit 1/8 de la capacité de production d’électricité du pays avec 84 milliards de kWh par an, un barrage de 1,98 kilomètre de long et de 185 mètres de haut, un lac de retenue de 54 000 kilomètres carrés, le déplacement de 1,130 million de personnes. ces quelques chiffres donnent une idée de l’ampleur du chantier, le plus grand du monde en ce qui concerne le contrôle des eaux. or, depuis la construction du barrage d’Assouan, un semiéchec qui a eu un résultat décevant en ce qui concerne la production d’électricité, les projets mégalomaniaques ne jouissent plus de la faveur des experts. celui des troisgorges a suscité beaucoup d’opposition, non seulement dans le monde entier parmi les groupes de défense de l’environnement, mais aussi en chine, notamment chez les spécialistes travaillant dans les universités. tout au long des années 80, les adversaires du programme ont pu s’exprimer dans la presse et les revues officielles, leur combat étant symbolisé par daiqing, une journaliste du xinguancha. et, en dépit de la prééminence des fonctions des personnalités qui demandaient la construction du barrage, lorsque le projet a été soumis au vote de l’assemblée nationale populaire en avril 1992, un tiers des députés de cette instance, qui se comporte en temps normal comme une simple chambre d’enregistrement, se sont abstenus ou ont voté contre.

§ toutes les provinces ne bénéficieront, en effet, pas au même titre des bienfaits du programme. ainsi, le sichuan, qui devrait accueillir 85 % des personnes déplacées mais recevoir seulement 10 % de l’électricité produite, n’est guère enthousiaste. mais, depuis le massacre du 4 juin 1989, la province la plus peuplée de chine - dirigée par xiaoyang, gouverneur connu pour son francparler - n’est pas en odeur de sainteté à pékin. En effet, le sichuan, dont zhaoziyang le secrétaire général déposé à la suite du 4 juin 1989 pour avoir soutenu le mouvement étudiant avait été le numéro un, et qui a compté parmi les principaux bénéficiaires des réformes des années 80, ne dispose plus de représentants influents au sein du bureau politique. aujourd’hui, shanghaï a le vent en poupe, et les réticences du sichuan ne pèsent pas très lourd dans la balance.

§ c’est du reste l’un des grands handicaps de ce projet que d’avoir été entrepris dans la précipitation pour des raisons d’abord politiques. ces raisons font que les autorités ont ignoré les réticences d’une partie des experts qui s’interrogeaient sur la viabilité autant que sur la rentabilité d’un projet si mégalomaniaque. cellesci ne sont pourtant pas faciles à évacuer. est, par exemple, critiquée la version officielle qui veut que le barrage permette effectivement de contrôler les inondations : en effet, celles qui affectent périodiquement la basse vallée du fleuve sont causées par les nombreux affluents qui se trouvent en aval du barrage, et échapperont donc à son contrôle. selon la même thèse, si un tremblement de terre ou un défaut de construction provoquait une brèche dans le barrage, les résultats seraient catastrophiques. dans un livre publié en 1987 et interdit depuis, huit experts affirmaient que, en cas d’accident de ce genre, « l’eau descendrait en cascade directement sur les villes de wuhan et de changsha. L’ampleur de la catastrophe et le nombre de morts défieraient l’imagination.

§ or, récemment, les autorités ont reconnu qu’en 1975 l’effondrement des barrages de banqiao et de shuimanqiao, sur la rivière huai (un affluent de la rive gauche du yangtsé), avait causé une catastrophe au henan. selon un rapport de humanrightswatchasia, 240000 personnes auraient trouvé la mort à cette occasion. les responsables de la compagnie des troisgorges ont déclaré que « le barrage (...) est un projet central et [que] le travail d’entretien sera bien meilleur qu’à banqiao et shimanqiao. les caractéristiques géographiques sont aussi différentes, et un tel désastre ne saurait s’y produire   «  pourtant, quels que soient les progrès réalisés depuis 1975, les accidents continuent de se produire. ainsi, dans le district de pengze, au jiangxi, deux digues sur le yangtsé, qui avaient été réparées il y a quelques mois, se sont effondrées, causant la mort de 26 personnes. ces digues ne relèvent pas du chantier des troisgorges, mais cet incident a relancé la polémique parmi les experts.
§ tous les adversaires du projet ne sont pas, du reste, des ennemis de l’hydroélectricité, énergie propre. le barrage devrait permettre de fournir l’équivalent de 50 millions de tonnes de charbon, source d’énergie dominante en chine et qui est à l’origine d’une grande partie de la pollution ravageant le pays. pourtant, les personnes hostiles à ce programme affirment que l’hydroélectricité issue du barrage sera très chère, qu’il faudra la transporter sur de très longues distances et que, de toute manière, comme il faudra attendre douze ans avant que commence la production, le projet ne peut résorber à court terme la pénurie. tout en reconnaissant que l’hydroélectricité serait effectivement une solution adéquate à certains problèmes de la chine, ils estiment qu’il serait plus judicieux de construire plusieurs petites centrales sur les affluents du fleuve, ce qui permettrait de commencer plus rapidement à produire de l’électricité, de préserver le site historique des troisgorges, et d’éviter des transferts massifs de population.

§ car cette question est au coeur des inquiétudes. avec 600 kilomètres de long, le lac de retenue devrait inonder 19 districts et villes, 140 bourgs et 4 500 villages. le viceprésident de la corporation créée pour mener à bien le projet, hegong, reconnaît que « le relogement et son coût constituent de très graves problèmes ». en 1994, les autorités prévoyaient de donner aux familles déplacées de la région d’yichang un dédommagement de 6 000 yuans et une allocation allant jusqu’à 56 yuans par mois pendant trois ans, dans une zone où le revenu annuel par tête est de 921 yuans. de grandes cérémonies ont été organisées dans la région d’yichang pour accueillir les personnes déplacées, cérémonies qui rappellent les réunions destinées à souhaiter la bienvenue aux « jeunes instruits » au lendemain de la révolution culturelle. les paysans expropriés ne sont pas pour autant satisfaits de leurs nouvelles conditions de vie. du reste, des habitants de la région du barrage qui ont été relogés dans des villes du guangxi vivent dans la pauvreté. il est certes prévu de leur trouver un emploi, mais la tâche sera très difficile à accomplir car - selon les statistiques officielles - le guangxi connaît l’un des taux de chômage urbain les plus élevés du pays. les programmes de relogement n’ont jamais été très efficaces en chine. une enquête a révélé que sur les 10 millions de personnes déplacées pour la construction de barrages depuis 1949, 3 millions vivent dans une pauvreté extrême . voilà qui explique peut-être en partie les réticences des personnes qui doivent quitter leur résidence. en mars 1995, les autorités ont annoncé qu’elles doubleraient les fonds alloués à la réinstallation de ces personnes, qui atteignent la somme de 2 milliards de yuans. depuis 1992, toujours d’après hegong, 120 000 personnes ont été réinstallées, et l’essentiel des migrations ne commencera pas avant l’an 2002.

§ l’énormité du coût humain, les dangers que fait peser ce projet sur l’environnement comme sur les villes du cours moyen du yangtsé ont conduit les grands agences internationales (la banque mondiale avait au départ été favorable) à refuser le financement. enfin, les mobiles politiques qui ont présidé à la décision de construire le barrage rendent le programme extrêmement fragile. en cette période de succession incertaine, il est difficile de parier sur la longévité de dirigeants comme lipeng. immense interrogation à la mesure de l’immensité du programme...

<art=0002> <j=un>

§ démarrée il y a 13 ans, la construction du barragedestroisgorges sur le fleuve yangtsé vient de s’achever aujourd’hui, dans la province du hubei, au centre de la chine. A l’image de la chine du XXIe siècle, ce géant, le plus grand projet hydroélectrique du monde, fait tomber les records en s’étendant sur 2309m de long pour 185m de haut et 28millions de mètres cubes de béton, le tout réalisé 10 mois avant terme.

§ officiellement à partir du 6 juin, le réservoir du barragedestroisgorges commencera à se remplir pour couvrir à terme une surface supérieure à celle de la belgique, tandis que les 12 dernières turbines, sur les 26 que comptera l’ouvrage, vont être installées dans les deux ans à venir. à l’horizon 2008, le barrage devrait donc tourner à plein régime et produire 84,7 milliards de kilowatts/heure par an, majoritairement destinés à alimenter shanghai et d’autres villes de l’est à la recherche d’électricité. s’il va domestiquer le troisième plus grand fleuve du monde, le yangtsé, ce barrage doit permettre de prévenir les inondations, améliorer le transport fluvial et produire de l’énergie. néanmoins, le barragedesTroisGorges c’est également un projet très controversé, que cela soit d’un point de vue économique, environnemental ou humain.

§ son coût, entre 22 et 25 milliards de dollars selon les sources, n’a cessé de dériver (+ 50% selon les amisdelaterre). son impact sur l’environnement, à l’instar des autres grands barrages (eutrophisation des eaux, perte de biodiversité…) promet d’être à son image : énorme. ainsi, nombre d’écologistes et d’ingénieurs se rejoignent en estimant que le lac artificiel du barragedestroisgorges risque de devenir une immense flaque de pollution où s’accumuleront les déchets des villes situées en amont, la plupart ne disposant pas de véritables installations de traitements des eaux usées. par ailleurs, une étude rendue publique en avril 2006, met en évidence que certaines zones bordant le fleuve yangtsé se sont érodées de 4 km2 par an depuis la construction du barrage. la cause : les sédiments charriés par le fleuve sont désormais bloqués par le barrage. chengzong, un expert de l’évolution fluviale à l’université durham estime ainsi que cette érosion massive menace la plus grande ville de chine : shanghai, peuplée de 15 millions d’habitants, pourtant à 900 km de là. long de 660 km, son réservoir a déjà nécessité le déplacement de plus de 1,3 million de personnes, 600 000 restants encore à déplacer. la mise en eau de cette zone noiera 13 villes et 4 500 villages, parmi lesquels habitaient des familles qui ont parfois été « déplacées » à la matraque et au bulldozer, refusant de quitter leur maison par crainte de ne pas être relogées.

<art=0003> <j=sc>

§ maîtriser le yangzijiang (le fleuvebleu), augmenter les capacités de navigation, réaliser un puissant complexe hydroélectrique pour répondre aux besoins croissants du développement économique chinois… des objectifs ambitieux pour le barragedestroisgorges, mais aussi des conséquences dramatiques, qu'elles soient humaines, patrimoniales ou environnementales. un ouvrage hors normes. le 6 juin 2006, le gigantesque barragedestroisgorges, situé sur le cours du yangtsé, dans le centre de la chine, est entré en service. avec 2,3 kilomètres de longueur et 185 mètres de hauteur, l'ouvrage régule désormais les eaux du troisième fleuve du monde, long de 6 300 kilomètres, et dont le débit est estimé à 22000 mètres cubes par seconde. une date historique pour la chine, qui marque la fin d'un chantier hors normes. à terme, le remplissage définitif du barrage entraînera ainsi la formation d'une retenue de 600 kilomètres de longueur, d'un volume total de 4 milliards de mètres cubes d'eau, d'une superficie de 58 000 km²… plus que celle de la suisse ! le dénivelé entre le réservoir en amont et le niveau du fleuve en aval sera de 120 mètres… dénivelé que pourront franchir des bateaux pesant jusqu'à 10 000 tonnes, grâce à un système d'écluses et d'élévateurs. au cours des treize années de chantier, sur lequel ont travaillé des milliers d'ouvriers, 27 millions de mètres cubes de béton ont été coulés. la digue, érigée pour maintenir le chantier à sec, et détruite le 6 juin dernier, avait des mensurations propres à faire pâlir les plus grands barrages : de 580 mètres de long et 140 mètres de haut! en 2009, lorsque les 26 turbines de 25 mètres de diamètre chacune tourneront à plein régime, l'ouvrage hydroélectrique générera 18 200 mégawatts par heure, soit 10% de la consommation chinoise en électricité. un tiers de plus que le barrage d'itaipú, au brésil, qui occupait jusqu'alors la première place mondiale. enfin, le budget officiel du projet s'élève à... 27 milliards de dollars.

§ trois objectifs majeurs… et trois menaces principales. officiellement, le barrage répond à trois objectifs principaux. « le premier consiste à maîtriser le yangtsé, dont les dernières crues, en 1998, ont fait plus de 1500 morts, explique le géographe thierrysanjuan, professeur à l'universitéparis1panthéonsorbonne, qui a réalisé plusieurs études sur le terrain. le barrage doit aussi augmenter les capacités de navigation jusqu'à la ville de chongqing, en amont du fleuve, et permettre l'émergence d'un nouveau pôle de croissance dans cette région. enfin, le but est également de réaliser un puissant complexe hydroélectrique, pour répondre aux besoins croissants du développement économique chinois. » . autant d'arguments, martelés sans cesse par le pouvoir, qui ont rendu quasiment inaudible le discours des adversaires au projet... tout au long du chantier, intellectuels chinois et ong internationales se sont en effet opposés au barragedestroisgorges. l'ouvrage représente en effet, selon eux, trois menaces majeures : humaines, patrimoniales, et environnementales.

§ déplacements forcés ou accès à la modernité ? les associations de défense des droits de l'homme ont essentiellement mis l'accent sur le déplacement forcé de centaines de milliers de villageois vivant dans des zones qui ont déjà été englouties par les eaux, ou qui sont sur le point de l'être… le nombre total de déplacés, relogés dans des villes érigées de toutes pièces par l'état chinois, varie selon les sources entre 1,2 et 1,9 million de personnes. de plus, souligne un rapport publié par l'ong internationalriversnetwork, « les fonds d'indemnisation prévus pour dédommager les populations déplacées ont la plupart du temps été détournés vers d'autres investissements ou ont fini dans la poche de représentants locaux du gouvernement ». au-delà de la corruption dénoncée, les entorses aux droits de l'homme seraient monnaie courante aux abords du barrage. pour peterbosshard, directeur d’ internationalriversnetwork, « de nombreuses personnes ont été arrêtées et parfois condamnées à de lourdes peines de prison, simplement pour avoir manifesté pacifiquement contre le projet ». alors, drame humanitaire, le barragedestroisgorges ? sans nier les excès d'un pouvoir très autoritaire, thierrysanjuan signale toutefois que « la construction du barrage et les aménagements auxquels elle donne lieu sont aussi le moyen pour les populations locales d'accéder à une certaine modernité. posséder une maison neuve avec l'électricité, l'eau courante et les sanitaires est aujourd'hui une réalité à la portée de ceux qui vivaient au fond de la montagne, dans la pièce unique et insalubre d'une ferme en bois au sol de terre battue ».

§ un patrimoine archéologique en péril. moins connues : les menaces que le barrage fait peser sur des vestiges archéologiques inestimables. la région des troisgorges est en effet un lieu de peuplement très ancien, qui recèle une grande variété de vestiges, accumulés depuis près de 5000 ans sur les rives du fleuvebleu. plusieurs dizaines de grottes de l'âge de pierre, qui auraient été investies par le peuple ba il y a près de 4000 ans, ainsi que des tombes de la dynastie Han (IIe siècle avant J.C. au IIe siècle après J.C.), ou des temples ming (XIVe XVIIe siècles) vont ainsi être noyés. combien exactement ? impossible de répondre, même si certains spécialistes avancent le nombre de 15000 sites préhistoriques et historiques bientôt engloutis. « on ignore la richesse de ce patrimoine en voie de disparition, car son recensement a été négligé », analyse thierrysanjuan.

§ catastrophe écologique. enfin, c'est sur le plan écologique que les conséquences de la mise en eau de l'ouvrage risquent d'être les plus dramatiques. la région des troisgorges constitue en effet un réservoir de biodiversité unique au monde, que le barrage va profondément bouleverser. ainsi, selon une étude réalisée par des biologistes chinois, publiée par l'ecologicalsocietyofamerica, la zone menacée par la retenue recèle 6400 espèces végétales, 3500 espèces d'insectes, dont plus de 600 papillons, 500 vertébrés terrestres dont une centaine de mammifères, et 350 espèces de poissons. une grande partie de ces espèces animales et végétales sont endémiques, c'estàdire qu'elles ne vivent que dans cette région, et leur devenir est incertain. c'est, par exemple, le cas de l'esturgeon chinois, ou du dauphin du yangtsé. pour les spécialistes, il ne fait aucun doute qu'un grand nombre d'entre elles ne survivra pas à la montée des eaux. raisons avancées : le ralentissement, voire l'arrêt du courant, l'obstacle aux migrations saisonnières destinées à la reproduction, et les bouleversements dans la chaîne alimentaire. ainsi sébastienbrosse, biologiste au laboratoire de dynamique de la biodiversité du l'université paulsabatier de toulouse, qui a mené en 2003 une étude sur le hautyangtsé avec ses collègues de l'académie des sciences de chine, estime que sur 44 espèces de poissons endémiques recensées, « 14 ont un futur plus qu'incertain, et 6 n'ont aucune chance de survivre »… et ce, alors que des solutions de préservation ont été proposées par les scientifiques, comme celle de réserver un affluent du fleuve aux espèces menacées, afin qu'elles puissent y survivre. « les autorités n'ont jamais donné suite à nos suggestions de sauvegarde », témoigne le chercheur. une expérience grandeur nature ? ainsi placés devant le fait accompli, certains chercheurs proposent de se servir du barrage pour réaliser une immense expérience, grandeur nature, sur l'évolution des espèces face à un bouleversement majeur de leur environnement. « une centaine d'îles artificielles vont être créées par la montée des eaux, entraînant une concentration d'espèces animales, argumente ainsi le biologiste jianguowu, professeur à l'académie des sciences chinoise. c'est une opportunité unique d'étudier l'adaptation biologique face à une fragmentation majeure des biotopes, étude qui nécessiterait une grande collaboration scientifique internationale ». observer comme sous un microscope la lutte pour la survie d'espèces menacées par un ouvrage construit par l'homme… darwin luimême n'y aurait pas pensé ! mais l'idée ne fait pas sourire ceux qui ont constaté sur place la richesse des écosystèmes. « il me parait bien triste d'engloutir des millions d'animaux dans le but d'observer comment certaines espèces vont s'adapter, commente sébastienbrosse. cela ressemble surtout à une tentative de justification scientifique face aux extinctions annoncées.»

§ une volonté de prestige. rien n'arrêtera donc la marche en avant des autorités chinoises, ni les critiques humanitaires, ni les menaces écologiques. ni même les risques que ferait peser sur l'ouvrage la survenue d'un tremblement de terre, dans cette région à forte activité sismique… c'est qu'audelà des objectifs avoués, énergétiques et régulateurs du cours du fleuve, la fonction du barrage est également politique, marquant une volonté de prestige. « il permet à la chine de prouver, sur la scène intérieure et visàvis du monde, qu'elle est toujours capable de grandes réalisations, comme l'ont été la grandemuraille et le grandcanal », analyse thierrysanjuan. dans ces conditions, s'étonnera t on que le pouvoir chinois projette déjà de construire, sur les affluents du majestueux fleuvebleu, quatre nouveaux monstres de béton ?

<art=0005> <j=lp>

§ c'est l'archétype de la volonté chinoise de dompter son immense territoire au risque de contrarier la nature. le barragedestroisgorges (qutangxia, wuxia et xilingxia), le plus grand du monde, dont la construction a commencé en 1993, se situe dans la province du hubei au centre de la chine. après le tremblement de terre survenu lundi 12 mai, les doutes sur la résistance de l'ouvrage ressurgissent. son effondrement pourrait déclencher la plus grande catastrophe qu'ait jamais connue la chine. d'une longueur totale de plus de deux kilomètres, l'ouvrage revêt un caractère démesuré. construit pour dompter le fleuve yangtsé, il s'élèvera à une hauteur de 185 mètres et ne sera définitivement achevé que courant 2009.

§ une idée ancienne. le premier projet de barrage sur le site des troisgorges remonte à 1919. il est formulé par sunyatsen, le premier président de la république de chine. plus tard, un ancien ingénieur en hydraulique, lipeng, formé à moscou dans les années cinquante et devenu premier ministre, défend l'idée du barrage. le projet est officiellement approuvé lors de la cinquième session de la VIIe assemblée populaire nationale en mars avril 1992. s'il est adopté à la majorité absolue, le barrage ne recueille que 68 % d'opinions favorables. c'est le premier vote au cours duquel les membres de l'assemblée populaire expriment publiquement un désaccord politique.

§ 10% de la consommation électrique chinoise. ce que les autorités aiment alors à présenter comme le chantier du siècle se doit d'être l'une des principales vitrines de l'ouverture chinoise à l'étranger. la chine communiste veut prouver au monde qu'elle est capable de mener à bien de grands projets techniques en s'appuyant sur les investissements et le savoirfaire étrangers sans pour autant céder sur son indépendance nationale. plusieurs entreprises étrangères, dont certaines françaises (edf, alstom), ont participé à sa mise en oeuvre. trois objectifs ont présidé à la construction du barragedestroisgorges : les dirigeants chinois successifs rêvaient de dompter le fleuve yangtsé afin de diminuer les risques d'inondations, développer l'irrigation des terres en aval souvent touchées par la sécheresse et rendre le fleuve navigable pour des navires de gros tonnage. il doit aussi permettre de diminuer la dépendance de la chine visàvis du charbon pour la production d'électricité. avec le complexe hydroélectrique qui l'accompagne, il devrait fournir à terme 10% de la consommation chinoise.

§ forte opposition. par son gigantisme, le barragedestroisgorges a soulevé bien des inquiétudes. sa réalisation a déjà entraîné l'engloutissement de zones entières. ce qui a suscité une forte opposition d'une partie de la population qui craint les conséquences écologiques pour la région. elle dénonce la transformation de la faune et la flore voire même la disparition pure et simple de certaines espèces. plus gênant encore, le projet implique le déplacement de 1,2 million de personnes, parfois sans aucune aide de l'état et la disparition de sites historiques et archéologiques encore inexplorés. des doutes subsistent également sur sa capacité à résister à des séismes de grande ampleur, car il est traversé par de nombreuses failles actives. cette inquiétude se concrétise aujourd'hui même si les autorités chinoises se veulent rassurantes sur l'état du barrage après le séisme qui a frappé le pays lundi 12 mai. l'épicentre a été localisé bien plus à l'ouest que le barrage. le centre des études sismiques de wuhan estime d'ailleurs qu'il y a très peu de risques de voir un tremblement de terre supérieur au niveau 6 secouer la zone du réservoir, lequel est censé résister à des intensités sismiques allant jusqu'au niveau 7. mais de nombreux experts continuent à s'inquiéter. sébastiencolin, géographe, maître de conférences au département chine de l'inalco, estime pour sa part qu'il est trop tôt pour dire si oui ou non le barrage a été touché comme l'ont fait les autorités chinoises et les gestionnaires du projet quelques heures après la catastrophe. Selon lui, une telle affirmation ne pourra être faite que lorsque des études plus précises auront été menées sur le barrage.

<art=0006> <jo=ma>

§ en chine, le sichuan est connu comme la province des jolies filles et des plats pimentés. une réputation absolument méritée. chongqing faisait jadis partie du sichuan, avant d’en être détaché dans les années 1990 pour devenir une « municipalité autonome », c’estàdire une villeprovince, comme shanghai ou tianjin. pékin a-t-il cassé en deux le sichuan pour affaiblir cette province à la forte identité ? ou pour contrer le clan dengxiaoping après la mort de ce dernier (deng était originaire du sichuan) ? toujours est-il que cette municipalité autonome de superficie de l’autriche fascine les étrangers. un architecte français a même été désigné pour concevoir le nouvel opéra dont on aperçoit le chantier sur l’une des rives de la rivière jialing, un gros affluent qui rejoint le yangtsé au niveau de chongqing. beaucoup d’étrangers sinobéats devant le « miracle chinois » croient encore que chongqing est la plus grosse ville de Chine, avec 33 millions d’habitants. seulement voilà : l’agglomération en tant que telle ne compte que 6 à 7 millions d’habitants. Où sont passés les 26 millions restants ? la plupart vivent dans les campagnes avoisinantes, qui s’étendent sur la superficie de l’autriche, et qui longent une partie des berges du yangtséjiang. le très beau film de jiazhangke, stilllife, raconte le quotidien de ces habitants, qui vivent en sachant que bientôt, l’eau engloutira tout.Â

§ chongqing sauvée des eaux… mais pas sa région. ce n’est pas le cas des habitants de chongqing, située en haut du bassin de retenue du barragedestroisgorges, lac artificiel de 660 kilomètres de long. en 2009, la ville échappera de justesse à l’élévation finale du niveau des eaux, consécutive au remplissage du barrage. ce n’est pas le cas des habitants des nombreuses villes et villages qui jalonnent les trois_gorges. 1,4 millions d’entre eux ont déjà été « invités » à partir ailleurs. pour les autres qui sont restés, les soucis ne font que commencer. pékin a annoncé le 12 octobre 2007 le déménagement « volontaire » de 3 à 4 millions d'habitants de plus, officiellement pour sauvegarder l’écologie du fleuve. en réalité d’énormes morceaux de berges commencent à s’effondrer dans le barrage…

§ il y a trois ans, la ville de wushan dont le nom signifie « la montagne de la sorcière » ressemblait comme deux gouttes d’eau à son portrait dressé par jiazhangke dans son chef d`oeuvre stilllife. les faubourgs de la ville, avec leurs maisons en cours de destruction, ressemblaient aux flancs écorchés d`un animal. des centaines d`ouvriers, torse nu dans la chaleur et la poussière étouffantes, grattaient et récupéraient les briques usagées pour les revendre comme matériaux de construction d`occasion. entre deux pans de mur en charpie, on croisait même des gourgandines qui tapinaient dans ce décor de petite apocalypse. le barragedestroisgorges s`apprêtait à engloutir sous ses eaux des centaines de villes comme celle-là.

§ pour ne pas gêner la navigation fluviale, les parois de la gigantesque cuvette devaient être abrasées au bulldozer. un travail de titan. trois ans plus tard, le pont rouge qui s’arque audessus du yangtsé fait toujours toile de fond. le reste, la ville en ruine et ses soupirs, ont disparu sous les eaux et les coulées de béton. la veille, j`ai été accosté dans un starbuck café de chongqing par un yéyé local polo blanc cintré, cheveux teints et tatouages. Il travaille avec les autorités pour attirer les investissements étrangers, et se propose de me mettre en contact avec l`exsecrétaire du parti de wushan, avec qui il a de bonnes guanxi (des relations, en chinois).Â

§ dachag, très beau et très ancien village transformé en atlantide. mais pour l`heure, je prends le chemin de dachang, un village d`époque ming situe en amont de la rivière daning un affluent du yangtsé. les gorges que l`on traverse en remontant la daning sont célèbres dans toute la Chine. est-ce pour cela qu`un péage est censé extorquer 300 yuans à chaque étranger qui remonte les gorges en bateau ? le seul moyen d`échapper à cette gabelle, c`est de se cacher entre les sièges, avec la complicité des passagers chinois, qui se pincent pour ne pas éclater de rire quand a lieu l`inspection. l’affluent du yangtsé, maintenant transformé en lac artificiel, est le meilleur moyen de communication avec dachang. revers de la médaille : dans ces eaux presque stagnantes flottent des milliers de détritus, qu`aucun courant ne vient chasser. apres les gorges, le culdesac de la vallée est emblématique de la manière dont la vie des millions d’habitants des troisgorges est transformée par le barrage. depuis août 2006, le très beau et très ancien village de dachang n’existe plus : il est désormais à cinq mètres sous l’eau turquoise. le compteur gradué sur les berges indique le niveau de remplissage : 150 mètres. tout a disparu, ainsi que les terres cultivables des paysans de dachang. ceuxci ont été relogés dans une cité lotissement sise sur une colline tronquée à coups de bulldozer. l`activité économique y est presque nulle : sans leurs champs, les paysans n`ont plus de revenus. ils vivent d`une maigre pension versée par les autorités. les hommes et les femmes valides sont partis grossir les rangs du prolétariat des zones côtières industrielles, à des milliers de kilomètres de là. le lendemain, je repasse à wushan sur le chemin du retour et je dîne avec les officiels locaux dont le yéyé m`a donné le contact. il s`agit de deux petites dames bien mises et extrêmement soucieuses à l`idée de rencontrer un journaliste étranger. elles s`appliquent tant et tant à respecter les règles compliquées de la politesse chinoise que nous arrivons tout juste à échanger quelques phrases. nous parlons du film de jiazhangke, qu`elles n`ont pas vu, et des jeux olympiques dont elles s`apprêtent à regarder la cérémonie d`ouverture en famille. leur souhait pour ces jeux ? « que la chine retrouve son statut de puissance dont elle a été déchue il y a deux cents ans. »

<art=0007> <j=li>

§ scepticisme officiel sur l'ouvrage des troisgorges.

§ longtemps symbole pour la chine de fierté et de puissance retrouvées, le plus grand barrage du monde, celui des troisgorges, ne fait plus du tout l'unanimité à la tête même du pays. déjà responsable du déplacement de plus d'un million de personnes, et soupçonné d'avoir été l'occasion de détournements de fonds, il fait peser de graves menaces écologiques sur la région (risques d'éboulement, pollution.), menaces reconnues officiellement il y a quelques mois. faut-il pour autant abandonner l'idée de grands barrages ? les experts sont partagés. Pour beaucoup, il s'agit là de «craintes de pays riches», disposant facilement d'eau pour leur consommation et leur irrigation.

<art=0008> <j=f2>

§ après 15 ans de travaux, le gigantesque barragedestroisgorges, dans la province du hubei, est achevé : la 26ème et dernière turbine est en fonctionnement depuis le début du mois de novembre et le niveau maximum du réservoir en aval est atteint : 172 mètres.

§ c’est le barrage le plus grand et le plus puissant du monde, capable de produire 2% de la consommation d’électricité en chine. c’est aussi l’un des ouvrages les plus controversés en terme d’atteinte à l’environnement : plus d’une centaine de villages ont été engloutis sous les eaux pour former ce réservoir long de 600 kilomètres et de nombreux experts craignent aujourd’hui que la montée du niveau de l’eau provoque des glissements de terrain et que le fleuve yangtze ne devienne très pollué. Le gouvernement chinois, lui, est fier de présenter le barrage comme la preuve de son engagement pour une énergie plus propre.

<art=0009> <j=ci>

§ le barragedestroisgorges menacé par les ordures.

§ la mise en eau du réservoir des troisgorges a dû être interrompue : les tonnes de détritus déversées dans le fleuve par les localités riveraines risquaient d’endommager les turbines. le remplissage du réservoir du barragedestroisgorges a provisoirement été arrêté à 172,47 m, soit 2,53 m audessous du niveau prévu (175 mètres). son envahissement par les déchets a en effet montré que les installations de protection de l’environnement dans la zone étaient loin d’être suffisantes. la décision d’interrompre le remplissage a été prise en tenant compte de plusieurs facteurs. l’affaire des ordures n’est qu’un des problèmes qui ont émaillé les seize ans d’histoire du chantier du barragedestroisgorges. ce programme a déjà englouti plusieurs centaines de milliards de yuans. atteindre le niveau des 175 mètres devait permettre à des navires de haute mer de rejoindre chongqing (juste en amont du grand lac de retenue du barrage) depuis shanghai. vers la minovembre, toutes les bourgades situées en amont et en aval du grand réservoir des troisgorges poussaient un soupir de soulagement, car, au terme de près de deux mois d’efforts acharnés, les équipes chargées du nettoyage des déchets sur les différents tronçons du fleuve en amont étaient enfin parvenues à une réduction significative de la quantité d’objets flottant à la surface du cours d’eau.

§ pas d’installation de traitement en amont. les services municipaux de l’agglomération de chongqing ont publié les statistiques suivantes : les districts concernés ont repêché près de 400 000 tonnes de déchets flottant à la surface ; pour cela, ils ont dû mobiliser 33895 personnes et 7687 bateaux nettoyeurs. l’équipe de nettoyage de wanzhou, dirigée par liugujun, a établi un surprenant record : 200 tonnes de déchets repêchés en une seule journée ! une véritable épreuve de force pour ces hommes en train de livrer un combat acharné contre les ordures flottant sur le yangtsé. Selon liugujun, la question de la gestion des ordures n’a pas été intégrée dans les études préliminaires à la conception du barrage. « ce travail ne peut s’arrêter un instant, puisque toute présence humaine produit des ordures et que, si cellesci sont happées par les installations du générateur, un accident se produira inévitablement. »

§ a wanzhou, le lit du fleuve, autrefois étroit, s’est élargi de façon considérable avec la mise en eau du bassin de retenue. malgré tout, le trajet du cours d’eau épouse toujours les anciens méandres, et de grandes quantités d’ordures s’y accumulent. SSelon les explications d’un responsable du bureau de l’environnement de wanzhou, la ville a demandé récemment au cabinet d’architecture huabei, de tianjin, de concevoir une importante station de retraitement. itéressées par cette initiative, les villes des districts situés en amont ont dépêché des agents sur place. en effet, la plupart de ces bourgades ne disposent pas d’installations de retraitement des ordures dignes de ce nom et elles ont pour habitude de gérer les déchets en les entassant au bord du fleuve. ainsi, on observe un contraste frappant entre les installations, restées à un stade primitif, des sites à proximité du bassin de retenue et les technologies sophistiquées utilisées pour le barragedestroisgorges. « ces bourgades ne disposent d’aucune station de retraitement des déchets ou des eaux usées, à quelques exceptions près. Les ordures continuent donc de s’amonceler le long du fleuve. C’est n’importe quoi ! » dit ce responsable.

<art=0010> <j=ci>

§ l’autre drame des troisgorges.

§ souillées par les rejets de l’agriculture locale, les eaux du barrage chinois géant sont envahies par les algues. une catastrophe écologique en devenir. avant que le barragedestroisgorges soit complètement mis en route, il est crucial de trouver les moyens de garantir la sécurité des ressources en eau du réservoir. selon nos informations, la pollution présente dans le réservoir des troisgorges est principalement une pollution de surface, qui a pour particularité de prendre rapidement de l’ampleur et d’être difficilement maîtrisable. d’après une enquête réalisée par la commission hydraulique du yangzijiang sous l’égide du ministère de l’énergie hydraulique, les polluants de surface représentent actuellement 60 % à 70 % de l’équivalent habitant dans la région. ceuxci proviennent principalement de la pollution générée par l’érosion des sols, la production agricole, l’élevage intensif et les villages dans les régions en bordure et en amont du réservoir. par ailleurs, on constate également de graves problèmes de pollution ponctuelle causés par des déversements illégaux de certaines industries et mines locales. depuis l’achèvement du barrage, le débit des affluents s’est ralenti et leur capacité de dispersion s’en est trouvée amoindrie, ce qui a facilité la concentration de substances nutritives, créant les conditions favorables à la prolifération des algues. depuis 2004, on a noté une nette modification de la qualité des eaux dans les zones de reflux aux points de jonction du réservoir avec les affluents du yangzijiang : xiangxihe, daninghe et xiaojiang. ces affluents s’eutrophient depuis plusieurs années, avec le développement d’algues envahissantes, notamment les algues bleues (cyanobactéries). dans la région, on utilise 547 kilos d’engrais par hectare. wangchongjun, le directeur adjoint du bureau de l’environnement du district de badong, dans la province du hubei (centre), nous a confié que, depuis la mise en eau du barrage, les terres qui restent sont pour la plupart très pauvres. pour produire davantage, les paysans de la région du barrage ont recours de façon excessive aux engrais et aux pesticides. selon l’enquête du ministère de l’énergie hydraulique évoquée plus haut, la quantité d’engrais chimiques utilisée par hectare dans la région du barragedestroisgorges est bien supérieure à la moyenne des pays développés. en 2005, elle était de 547,50 kilos par hectare, alors que, dans les pays développés, la dose considérée comme sans danger est de 225 kg/ha. quant à la quantité de pesticides, elle était de 46,65 kg/ha (contre 3 kg/ha en Europe et 4,4 kg/ha en France). une étude réalisée à fuling, dans la zone du réservoir de chongqing (centreouest, en amont du lac de retenue du barrage), avait déjà mis en évidence une utilisation excessive des engrais azotés et phosphorés dans les campagnes. alors que, dans des conditions normales, la proportion idéale d’azote, de phosphore et de potassium est de 1/0,4/0,8 pour les cultures inondées et de 1/0,32/0,59 pour les cultures sèches, à fuling on a relevé une proportion moyenne de 1/0,29/0,08. quand arrive la saison des pluies, de grandes quantités d’azote et de phosphore se déversent par ruissellement dans les eaux du yangzijiang. or ces substances sont les principales sources nutritives favorisant l’eutrophisation du fleuve. interrogé par nos soins, l’environnementaliste wenglida, ancien directeur du bureau de protection des ressources hydrauliques du bassin du yangzijiang du ministère de l’énergie hydraulique, a souligné l’importance des régions du sichuan et du qinghai (ouest de la chine) situées en amont du barrage et dont de nombreux cours d’eau alimentent le fleuve. ces régions ont une agriculture dans l’ensemble peu développée, et l’usage irraisonné d’engrais et de pesticides y est monnaie courante. il faudrait une action coordonnée au niveau de plusieurs provinces, mais il semble difficile à court terme de modifier les modes de production traditionnels. pour survivre les agriculteurs défrichent à toutva. d’après l’enquête, dans les vingt districts (circonscription élémentaire sur le plan budgétaire)situés autour du réservoir des troisgorges, le secteur primaire occupe toujours une place importante, avec une part supérieure à 20 % dans quinze districts. l’unité de base de la production reste la petite exploitation familiale centrée sur la culture céréalière et sur l’élevage de bétail et de volaille. si la pollution de surface est aussi préoccupante, c’est surtout à cause du poids démographique trop lourd. actuellement, la densité démographique dans la région des troisgorges frôle les 348 habitants au kilomètre carré, soit 2,6 fois la moyenne nationale. d’après une étude effectuée par le bureau des migrants de chongqing, dans sa partie bordant le réservoir, la densité de population atteindrait même 403 personnes au kilomètre carré. une telle densité est tout à fait incompatible avec la capacité de charge limitée de l’environnement et des ressources  naturelles locales. un fonctionnaire du bureau des migrations de badong nous a expliqué que, dans la région bordant le réservoir des troisgorges, la surface arable par habitant est inférieure à 7 ares, alors qu’il en faut au moins 10 pour subvenir aux besoins d’une personne. sur les rives du réservoir, où les terres labourables sont limitées, les agriculteurs n’ont d’autre choix pour survivre que de défricher à toutva et de recourir massivement aux engrais et pesticides pour augmenter leurs rendements.

Pour Géoconfluences le 22 janvier 2010,

page source : http://geoconfluences.ens-lsh.fr/doc/etpays/Chine/ChineScient7.htm

Copyright ©2002 Géoconfluences - DGESCO - ENS de Lyon

Actions sur le document