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Instituts Confucius

Publié le 21/05/2019
Auteur(s) : Nashidil Rouiaï, Docteure en géographie - CNRS, Université Paris IV La Sorbonne

Les Instituts Confucius sont des établissements culturels publics à but non lucratif visant à diffuser la langue et la culture chinoise dans de nombreuses villes à l'échelle mondiale.

Implantés depuis 2004 par la République populaire de Chine dans des centaines de villes du monde, ils sont l’une des manifestations les plus visibles du soft power chinois. À travers eux, la République populaire souhaite exporter la langue, la culture, l'histoire et la philosophie chinoises par-delà les frontières du pays. Pour Pékin, le pari est que plus les populations du monde maîtriseront la langue chinoise et s’intéresseront à la culture du pays, mieux seront comprises l’émergence de la Chine ainsi que les politiques et les idées véhiculées par l’Empire du Milieu sur la scène internationale.

Le développement extrêmement rapide de ces centres à travers le monde depuis le milieu des années 2000 coïncide avec la place et à l’influence grandissante qu’occupe la Chine dans les relations internationales. Entre 2012 et 2017, l’Institut Confucius s’est implanté dans 34 nouveaux pays, avec 116 nouveaux instituts Confucius et 541 nouvelles classes Confucius dans des écoles primaires et secondaires. Selon le recensement de janvier 2019 du Hanban (汉办), le Bureau national pour l'enseignement du chinois langue étrangère (sous la tutelle du ministère chinois de l'Éducation), les Instituts Confucius sont présents dans 154 pays à travers le monde, pour un total de 548 Instituts Confucius et 1193 Classes Confucius. Les 47 000 enseignants chinois et étrangers enseignent le mandarin à 2,67 millions d'apprenants dont 810 000 sont inscrits en ligne. 

Bien que portant le nom de Confucius, ces instituts n’ont pas pour rôle de faire connaître la pensée du philosophe. Leur vocation est avant tout de valoriser et de transmettre la langue chinoise et les éléments culturels proposés sont les plus facilement exportables. Ainsi à côté des cours de langue, retrouve-t-on des ateliers de cuisine, de tai-chi, de kung-fu, de calligraphie ou d’initiation à la cérémonie du thé. Le contenu politique des cours et des ateliers est presque totalement inexistant. Les points de crispation géopolitiques entre la Chine et son voisinage ne sont jamais évoqués et Taiwan est présenté dans les cartes des ouvrages d’apprentissage linguistique comme partie intégrante de la Chine sans qu’aucune clarification historique ou juridique ne soit apportée.

Cette manière de faire de la politique par l’absence apparente de contenu politique n’est pour autant pas inédite. La Chine s’est en bonne partie adossée au modèle des Alliances françaises pour créer celui de l’Institut Confucius. Or cette institution prône deux marqueurs majeurs : le principe d’universalité d’une part et la dépolitisation de la dimension culturelle d’autre part. C’est à travers ces deux marqueurs que la France est parvenue à diffuser sa culture dans les pays où elle cherchait à s’implanter. Le fait pour la Chine de ne pas valoriser des éléments historiques non-consensuels et de dépolitiser de manière apparente ses enseignements, se fonde sur ces mêmes marqueurs, repris d’ailleurs par l’ensemble des centres linguistico-culturels nationaux ayant des antennes à travers le monde.

Nashidil ROUIAÏ
Docteure en Géographie, laboratoire Espaces, Nature et Culture (ENeC) — UMR 8185, Université Paris IV La Sorbonne

Cette page reprend et condense des éléments d’un article à paraître dans l'EHNE (Encyclopédie pour une Histoire Nouvelle de l'Europe) et intitulé « Instituts Confucius : la langue et la culture comme outils de l’influence de la Chine dans le monde. »

(mai 2019)


Pour compléter
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