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La pandémie et le retour des frontières dans la géopolitique du football

Publié le 19/03/2021
Alors que le monde du football avait de plus en plus tendance à se penser comme un espace sans frontières, la fermeture de celles-ci dans le contexte de la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 oblige les acteurs de cette industrie culturelle à repenser son fonctionnement.

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La saison de football 2019-2020 du Big 5 (les cinq grandes nations du football européen : Angleterre, Espagne, Allemagne, Italie et France) a été en grande partie perturbée par le confinement généralisé de l’Europe, soit par l’arrêt pur et simple de toute compétition nationale (championnats de France), soit par une pause plus ou moins longue (les championnats allemands, italien, anglais et espagnol ont, par exemple, repris pour aller à leur terme). Les compétitions européennes avaient également été réorganisées en août sous la forme de tournois finaux en un match éliminatoire dans une ville-hôte (Lisbonne pour la Ligue des Champions) ou plusieurs (Duisbourg, Cologne, Gelsenkirchen, Düsseldorf pour la Ligue Europa).

La saison actuelle a connu quelques soubresauts (rencontres reportées pour de nombreux cas de Covid-19 parmi les effectifs et personnels d’encadrement, selon des normes fixées par chaque ligue professionnelle et par l’UEFA, l’instance qui dirige le football européen) mais suit toujours son cours. Dans le cadre des compétitions européennes, la pandémie et l’absence de décisions collectives ont entraîné la redécouverte de l’existence des frontières et des réalités diplomatiques.

En raison du Brexit, des mesures spécifiques concernant le Royaume-Uni ont pu être appliquées par d’autres États. Ainsi, l’Allemagne et l’Espagne interdisent la libre circulation, en raison des craintes liées à la diffusion du variant anglais du Covid-19. Les équipes allemandes et espagnoles ne peuvent donc pas jouer contre leurs homologues anglaises, par l’application d’une quarantaine stricte qui revient à interdire l’entrée sur le territoire en raison des protocoles sanitaires puisque les clubs ne peuvent s’y plier au risque de ne pouvoir assumer leurs places dans plusieurs compétitions (nationale et européenne) qui les obligent à voyager plusieurs fois par semaine.

Pour ne pas annuler les rencontres et garantir l’organisation de la compétition, l’UEFA a décidé de délocaliser l’organisation des matches entre le F.C. Liverpool et le R.B. Leipzig (à Budapest), ainsi que celui opposant l’Atlético de Madrid et le club anglais de Chelsea (à Bucarest). Les rencontres ont bien eu lieu mais en se déroulant sur terrain extérieur. La décision de délocalisation n’a pas modifié l’équilibre de la compétition puisque les matches aller et retour ont bien eu lieu dans ces mêmes villes.

Budapest et Bucarest étaient candidates à la réception de ces matchs et les ont accueillis à huis-clos. La Hongrie et la Roumanie, qui recevront des rencontres de l’Euro de football 2020 (décalé à 2021, autre conséquence de la pandémie), ont ainsi montré qu’elles étaient capables d’accueillir dans des stades rénovés des rencontres de haut niveau, certes sans public. La Hongrie a d’ailleurs ainsi joué sur le prestige de pouvoir recevoir une compétition internationale, particulièrement en temps de pandémie. Le président Viktor Orbán est un passionné de football, dont il a fait un usage politique (source Courrier International) et la Hongrie affiche notamment sa politique de vaccination massive par l’inoculation des vaccins chinois et russe sur son territoire (source L’Express).

L’actualité pandémique incite aussi les clubs à des mesures de prudence. La très puissante Premier League, ligue professionnelle anglaise, a par exemple renforcé le protocole sanitaire en incitant les clubs à sanctionner les joueurs (qui sont des salariés) qui ne respecteraient pas les injonctions (source So Foot). Par ailleurs, dans le cadre des championnats domestiques, la question des frontières ne se pose pas habituellement pour les clubs plus modestes qui ne sont pas qualifiés pour des compétitions européennes.

Pour autant, elle devient prégnante lors de la mise à disposition des joueurs auprès de leurs sélections nationales. Ces mesures qui ont été négociées auprès de chaque instance continentale sous l’égide de la FIFA (qui régit les compétitions internationales) visent à ce que les clubs libèrent en temps normal les joueurs concernés pendant les périodes dites « internationales », au cours desquelles se déroulent des rencontres entre sélections nationales (compétitions ou qualifications, voire matches amicaux). Elles sont généralement bien appliquées malgré les réticences, parfois, des clubs à voir partir leurs joueurs lors de périodes plus ou moins longues. Le cas de la Coupe d’Afrique des Nations est souvent conflictuel puisque cette compétition se joue tous les deux ans aux mois de janvier et février des années paires, privant les clubs européens de leurs internationaux africains alors que leurs championnats sont en cours.

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Origine des joueurs étrangers en ligue 1 (1980-2020)   Brésil;Sénégal;Argentine;Algérie;Côte d'Ivoire;Cameroun;Maroc;Mali;Serbie;Portugal;Belgique;Tunisie;Guinée;RD Congo;Danemark;Pologne;Pays-Bas;Suisse;Espagne;Nigeria Pays d'origine;Nombre de joueurs false
  Nombre de joueurs 189;160;125;121;113;103;101;81;75;74;67;56;55;53;51;47;44;42;42;38   #029F7E

Source : Chuck No Risk 2019.

La situation actuelle vient fortement perturber l’application des accords de mise à disposition. En effet, les clubs européens disposent dans leurs effectifs de nombreux joueurs étrangers. Ceux-ci sont majoritairement originaires d’Amérique du Sud (le Brésil en tête), d’Afrique et d’autres pays européens. La nouvelle donne pandémique vient donc compliquer la situation. Ainsi, les clubs ont commencé dès l’automne 2020 à interdire leurs joueurs de quitter le territoire national hors Union européenne en raison des risques épidémiques (source l‘Equipe), d’une part, et des protocoles sanitaires, d’autre part, qui viendraient à les bloquer pendant plus d’un mois : quatorzaine à l’entrée et à la sortie, en plus des journées de compétitions. Cette politique très prudente vient d’être confirmée par l’ensemble des clubs professionnels français de première et deuxième divisions (source L’Equipe). Le gouvernement français semble avoir pris en compte les difficultés des clubs en leur accordant une dérogation pour la trêve internationale de la fin du mois de mars (source Le Parisien).

De ce fait, les frontières semblent revenir dans l’actualité d’un football qu’on avait un peu trop tendance à croire « sans frontière » (source Positivefootball) et reprendre leur rôle de délimitation claire de la souveraineté nationale, sanitaire dans ce cas précis. 

Martin Charlet

Dernière mise à jour : 22 mars 2021.


La diaspora des footballeurs :

Pour compléter avec Géoconfluences

 

Pour citer cette brève :

Martin Charlet, « La pandémie et le retour des frontières dans la géopolitique du football », Géoconfluences, mars 2021.
URL : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/actualites/veille/breves/frontieres-covid-football

 

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