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La frontière États-Unis–Mexique, entre réalité et représentations

Publié le 05/12/2017

Un article mis en ligne en novembre 2017 aborde cette frontière sous l'angle de ceux qui l'ont traversée malgré les contrôles, en renouvelant les études migratoires sur cette région :

L'article révise la vision traditionnelle de la migration transnationale qui insiste sur l'importance des liens communautaires parmi les migrants. Son enquête au long cours sur un groupe identifié au Mexique comme des Indiens, les Santiaguenses, montre en fait l'éclatement des lieux de destination aux États-Unis et relativise l'attachement des migrants à leur « communauté » d'origine, laquelle n'est pas structurante dans leur parcours migratoire même si des solidarités existent. Par ailleurs, les destinations, principalement situées dans les nouveaux États d'accueil du Sud-Ouest des États-Unis, ne sont pas nécessairement concentrées dans les grandes villes comme dans d'autres réseaux migratoires mais dispersés dans un grand nombre d'agglomérations, y compris de petite taille.
 

On peut compléter avec deux articles plus anciens : 

Marie Mallet rappelle que la frontière américano-mexicaine joue un rôle symbolique important : aux États-Unis comme rempart contre une population perçue comme différente, au Mexique comme un obstacle dans la recherche d'une vie meilleure. L'auteure rappelle que la militarisation de la frontière a un coût élevé, en moyens humains avec le nombre de gardes-frontières nécessaires, mais surtout en vies humaines. Le renforcement de la frontière a entraîné un renchérissement du prix de passage, une criminalisation des réseaux de passeurs, et une plus grande mortalité parmi les migrants clandestins. En outre, l'auteure montre les effets pervers de la frontière : les migrants qui parviennent à rentrer sont enfermés aux États-Unis. Ne pouvant pas circuler entre les deux pays, ils préfèrent tenter de faire venir leurs proches plutôt que de risquer un retour. D'autant que les risques encourus incitent les migrants à embellir leur situation auprès de leurs proches restés au pays, pour justifier leur choix, ce qui a un effet incitatif.

L'auteure rappelle l'impossibilité de penser la frontière en d'autres termes que sous l'angle sécuritaire, et ce des deux côtés de la frontière. Pourtant, si la frontière est une barrière dans les mobilités humaines, elle est une interface pour les échanges économiques, au centre d'un commerce bilatéral d'une valeur de 320 milliards de dollars en 2009. Les insistances pour renforcer la barrière physique, incarnées dans l'orientation de la présidence actuelle, trouvent leur origine dans un discours auto-alimenté sur la criminalité supposée imputée aux migrants d'origine latino-américaine. Ces discours xénophobes font l'objet d'une forte opposition de nombreux acteurs qui expriment leur désaccord avec les milieux ultraconservateurs.

Faire le point en vidéo : Le point géographique de Thibaut Sardier sur le mur à la frontière mexico-étatsunienne, novembre 2016. (voir sur Youtube)

Aller plus loin en audio : Emmanuelle Perez Tisserant, États-Unis et Mexique : une frontière cruelle, dans Concordance des temps, France Culture, 18 novembre 2017 (59 min)

Faire le lien avec les SVT : Un article paru en mai 2017 dans Bioscience affirme que le mur est une barrière pour la biodiversité. La coupure qu'il introduit pour la circulation de certaines espèces perturbe les écosystèmes. C'est même le cas pour certaines espèces d'oiseaux, notamment celles qui ne volent pas très haut comme une espèce vernaculaire de hibou. Source : Lesley Evans Ogden, "Border Walls and Biodiversity: New barriers, new horizons", BioScience, volume 67, issue 6, 1 June 2017, pages 498–505.

  Anne-Lise Boyer — frontière mur états-unis mexique photographie Anne-Lise Boyer — frontière mur états-unis mexique photographie  
 

Un mur coupe en deux les villes jumelles de Nogales, Arizona (États-Unis) et Nogales, Sonora (Mexique) depuis le milieu des années 1990. Ces photographies ont été prises côté états-unien, aux abords de l'entrée piétonne vers le Mexique. Cliché : Anne-Lise Boyer, 19 décembre 2015. Libre de droits pour l'usage pédagogique dans la classe.

(Voir aussi de la même auteure : Anne-Lise Boyer, « Green Valley, Arizona : vivre vieux et heureux au pied d’une mine à ciel ouvert », Image à la une de Géoconfluences, décembre 2016.)

 
La barrière frontalière à proximité d'El Paso, en août 2017. Photographie du Congrès des États-Unis, libre de droits. La barrière frontalière à proximité d'El Paso, en août 2017. Photographie du Congrès des États-Unis, libre de droits. 
Pour compléter avec Géoconfluences
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