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Internet, les sources et la géographie : enjeux civiques

Publié le 10/02/2017

La géographie est porteuse de nombreux enjeux civiques, parmi lesquels l'éducation aux médias occupe une place de plus en plus importante. Effectuer une recherche en géographie, c'est l'occasion de réfléchir à la fiabilité des sources, à leur bon usage, et à la singularité de l'écriture scientifique, pour faire face à l'émergence de ce qu'on appelle de plus en plus des alternative facts, des faits alternatifs, qui sont des contre-vérités présentées comme recevables par leur énonciateur.

La presse

Les sources journalistiques peuvent être utilisées en géographie. Dans la géographie scolaire, les manuels les emploient abondamment pour leurs qualités de synthèse et leur capacité à traiter d'événements récents. La géographie scientifique, elle, peut s'appuyer sur un corpus d'articles de presse pour analyser, de manière quantitative et qualitative, l'évolution du traitement d'un sujet par la presse sur une période longue, et pour étudier les représentations des journalistes et par leur biais, celles de la société. Si un article de presse n'est pas une référence scientifique proprement dite, il peut cependant être cité parmi d'autres sources, en particulier pour traiter les aspects les plus récents d'une question.

Depuis plusieurs années, le journal Le Monde réalise un important travail de fact checking, de vérification des faits. C'est l'objet de la page Les Décodeurs, qui vérifient notamment les affirmations tenues par les personnalités politiques ou les sujets mis en avant par l'actualité. 

Les Décodeurs du Monde ont lancé en 2017 un outil, le Décodex, afin de mettre en garde les internautes sur les écarts de fiabilité des sources médiatiques sur internet. Il répond à la multiplication des sites se présentant comme des sites d'information mais comportant un important biais idéologique tacite. C'est le cas de certains sites d'extrême-droite relayant des « faits alternatifs » et se présentant comme des sites de « réinformation », assimilant l'ensemble de la presse généraliste ou d'opinion à de la « désinformation ». Malgré les 600 références enregistrées, certaines font défaut, comme le site Sputnik qui diffuse la voix du gouvernement russe à l'étranger sans l'anoncer explicitement.

Le Décodex a suscité de vives réactions, notamment de la part des sites classés comme peu fiables par les deux journalistes auteur de l'application, mais aussi d'autres titres généralistes. On a reproché aux auteurs, et indirectement au journal Le Monde, de distribuer les bons points et de faire preuve de partialité. Les auteurs ont d'ailleurs annoncé que l'outil allait devoir évoluer. On lui reconnaît au moins le mérite d'exister et la controverse qu'il a soulevé est une étude de cas intéressante pour aborder la question de la pluralité des médias et son rôle dans le débat démocratique.

Les revues scientifiques

Les revues et les ouvrages scientifiques respectent un certain nombre de normes qui en font des sources fiables. Les auteurs sont des chercheurs qui ont fait l'objet d'une validation institutionnelle lors de l'obtention de leurs titres universtaires. Ils s'appuient sur d'autres travaux, également validés, en citant systématique le nom et la date dans le texte, et la référence complète en bibliographie. Un article scientifique doit également exposer ses méthodes et si possibles leurs biais et leurs limites. Généralement, les articles comportent un cadre de citation qui permet de les citer dans les travaux ultérieurs. Une revue scientifique possède un comité de lecture composé de chercheurs qui évaluent la validité scientifique des articles qui lui sont soumis.

Le propre de la recherche scientifique est de porter des affirmations qui sont démontrées et peuvent être contredites par des recherches ultérieures. Une affirmation scientifique n'est pas vraie en soi, elle ne l'est que parce qu'elle repose sur l'état des connaissances scientifiques de son époque, et tant que de nouvelles recherches ne la démentent pas.

Les moteurs de recherche

L'utilisation de Google comme moteur de recherche n'était pas une évidence aux origines de l'Internet, et elle peut ne pas le devenir complètement. 

Le moteur de recherche est alimenté par des robots qui naviguent en permanence sur internet pour lire le contenu des pages web et les répertorier. Les concepteurs des sites internet les aident souvent en améliorant le référencement de leurs pages web à l'aide d'un titre et de mots-clés (tags), qui ne sont pas forcément visibles de l'internaute. Le référencement par Google est gratuit, mais l'entreprise propose également des options payantes permettant à un site d'apparaître en haut de la première page de résultats, identifié par le mot "Annonce". Google utilise également un algorithme basé sur les recherches précédentes de l'utilisateur afin de l'orienter vers des résultats susceptibles de l'intéresser. C'est pourquoi un adepte de thèses complotistes tombera d'avantage sur des sites promouvant ces thèses. On ne peut donc pas se fier aux résultats d'une recherche google sur son ordinateur personnel pour tirer des conclusions sur la manière dont un sujet est traité sur internet : la page de résultats diffère d'un individu à l'autre. 

Bon à savoir

La recherche avec des guillemets permet de rechercher un groupe de mots placés uniquement dans cet ordre. Rechercher "Lac Victoria" éliminera toutes les pages où le mot Victoria existe mais n'est pas placé après le mot Lac. L'utilisation du signe moins permet d'exclure un mot de la recherche. La recherche Victoria -reine éliminera les pages où le mot reine est présent.

Le moteur de recherche Qwant est d'une efficacité comparable à Google mais s'engage à ne pas tracer l'utilisateur ni relever ses données personnelles. C'est, comme Google, une entreprise privéeà but commercial, mais tous ses services sont basés en France (Paris, Nice et Rouen), ainsi que ses serveurs. Il revendiquait 21 millions d'utilisateurs en mai 2016 (Source : Pixels, 2016)

Wikipédia

Wikipédia est une encyclopédie collaborative en ligne, libre et gratuite. Elle est gérée par une organisation non gouvernementale à but non lucratif, financée par les dons des internautes, la Fondation Wikimédia. Il s'agit d'un outil unique et qui, au moins par le nombre d'entrées, n'a pas d'équivalent sur internet ou en papier.

Chaque internaute est invité à collaborer pour édifier ce projet collectif. Dans les faits, une communauté de plusieurs milliers de personnes participe réellement de manière active et suivie à l'élaboration du site qui nécessite une auto-formation préalable pour sa prise en main. Wikipédia propose de nombreux articles traitant de son fonctionnement. La lecture de l'article « Wikipédia » est recommandée. Comme tout outil, Wikipédia n'est ni bonne ni mauvaise en elle-même, mais son bon usage dépend de la compréhension de son fonctionnement.

  • Wikipédia n'est pas une source scientifique mais une ressource de vulgarisation scientifique.
  • Wikipédia n'est pas une source première. Pour affirmer quelque chose, les auteurs participant au projet ont l'obligation de citer une référence : c'est la référence d'origine qui fait foi et pas sa citation.
  • Wikipédia est transparente. Chaque article est doublé d'une page « discussion » qui permet le débat entre contributeurs. Les articles ne citant pas assez leurs sources ou posant problème sont indiqués clairement.
  • Le fonctionnement collaboratif peut conduire certains utilisateurs à pratiquer des actes de vandalisme. Dans la plupart des cas, l'autocontrôle est efficace et la communauté de contributeurs répare rapidement les dégâts. Une page humoristique de l'encyclopédie fait l'histoire des guerres d'éditions les plus futiles relevées sur la version francophone (comme la célèbre guerre de l'endive contre le chicon).
  • La fiabilité varie d'un article à l'autre et d'une version à l'autre. La version anglaise, qui a plus de contributeurs et a fait l'objet de nombreuses études, est réputée plus fiable que les autresUn article de Nature (en anglais) a fait date en affirmant que Wikipédia en anglais était aussi fiable que l'Encyclopaedia Britannica en 2005. 
  • La plupart des images de Wikipédia appartiennent à leurs auteurs mais sont sous licence CreativeCommons et sont donc libres de droits, sous condition (voir plus bas)
  • Une partie des articles sont générés automatiquement. Par exemple, les 35 500 communes françaises ont une page sur Wikipédia, mais celle-ci est parfois vide faute de contributeur humain. Certains articles sont seulement des traductions de l'anglais et reflètent donc la recherche anglophone.
  • Il est donc préférable de privilégier les sources premières. Écrire « Source : Wikipédia » est souvent insuffisant et revient presque à écrire « source : Google ».

Une endive (ou chicon), photographie de David Monniaux, 2008, image publiée dans Wikipédia sous licence CreativeCommons–Paternité.

Un demi-milliard de personnes utilisent l'encyclopédie chaque mois dans le monde, soit un quatorzième de l'humanité (en 2014, source... Wikipédia).

Wikipédia en classe : quelques pistes :

 

Un ouvrage de recherche scientifique consacré à Wikipédia et disponible en ligne : 

  • Barbe, Lionel (dir.) ; Merzeau, Louise (dir.) ; et Schafer, Valérie (dir.). Wikipédia, objet scientifique non identifié. Nouvelle édition. Nanterre : Presses universitaires de Paris Nanterre, 2015. ISBN : 9782821862326. DOI : 10.4000/books.pupo.4079.
    Premières lignes de la présentation : « Parmi les dix premiers sites visités au monde, Wikipédia est désormais d’un usage courant dans le milieu éducatif et scientifique. Mais quelles sont exactement les relations que les chercheurs ont nouées avec la plus célèbre encyclopédie participative et collaborative en ligne ? Tel est l’objet de ce livre collectif et interdisciplinaire, où alternent études de cas et réflexions transversales. »

 

Les images et leurs droits

Bien que la pratique soit courante, y compris dans certains cas sur Géoconfluences, il n'est théoriquement pas légal de prélever une image sur un site internet pour la reproduire sur son propre site ou sa propre page. Une image quelle qu'elle soit est, sauf mention contraire, la propriété de son auteur. Dans les faits, une souplesse existe, et il est très difficile de contrôler la diffusion d'une image sur internet. 

Certaines images sont libres de droits et chacun peut en faire usage. C'est le cas des images appartenant au domaine public, souvent parce que la durée pendant laquelle les droits d'auteurs s'appliquent a expiré. C'est le cas des documents de la Bibliothèque Nationale du Congrès des États-Unis (en anglais) ou des documents que la Bibliothèque Nationale de France (BNF) a numérisé sur le site Gallica

Les sites Wikimedia Commons et Flickr proposent des images sous licence CreativeCommons, dite aussi licence libre. Ce type de licence autorise la réutilisation des images, selon plusieurs modalités possibles : réutilisation seule, réutilisation et modification autorisées, réutilisation mais sans but commercial, obligation de citer la source ou non. Sur ces deux sites, les images sont accompagnées d'une légende, ce qui permet de les citer correctement, de connaître leur contexte, et ainsi de limiter les erreurs d'interprétation.

Le moteur de recherche Google (voir plus haut) permet de rechercher une image libre de droits ou sous licence CreativeCommons. Il faut lancer une recherche dans Google Images, cliquer sur Outils puis droits d'usages. Cela permet de choisir des images utilisables avec ou sans but commercial. Exemple d'une recherche sur le Lac Victoria.

Google permet aussi la recherche inversée à partir d'une image, en cliquant sur images et sur l'icône représentant un appareil photo. Cela permet de téléverser une image pour chercher son origine probable. Cela fonctionne mieux avec des images relativement connues et anciennes qu'avec des images rares, récentes ou virales.

Dans certaines conditions, on peut utiliser une image sous droits d'auteurs. On peut contacter l'auteur ou le détenteur des droits (un éditeur par exemple) pour demander l'autorisation d'utiliser l'image. Si c'est impossible, il faut tâcher d'identifier de la manière la plus certaine possible la source première de l'image et l'indiquer clairement sous l'image ou juste à côté. Les trois informations les plus importantes sont l'auteur, la date et un lien vers la source de l'image originale.

Les images présentes sur les réseaux sociaux sont très rarement légendées, souvent sorties de leur contexte, et parfois manipulées. Leur provenance ainsi que l'intention de leur auteur doit toujours faire l'objet d'une vérification.

Les cartes et images satellites

Comme toute image, les cartes proposées par les sites internet sont l'oeuvre d'un ou plusieurs auteurs, dont elles reflètent les présupposés culturels et idéologiques, et elles sont soumises au droit d'auteur.

Google propose deux services de cartographie : Google Maps et Google Earth. Google Earth est un globe virtuel sous forme de logiciel à télécharger et à installer. De nombreuses pistes d'exploitation pédagogique existent pour cet outil. 

Google Maps est un site de cartographie en ligne reposant sur la puissance d'information de Google. Il est associé à Google Street View qui permet d'accéder à des photographies du paysage, prises par des voitures spécialisées appartenant à l'entreprise.

Les critiques de cet outil sont au moins de deux ordres :

  • sur le plan technique, pour faciliter le zoom, la carte est en projection de Mercator. Aux échelles petite et intermédiaire, cela aboutit à de très importantes déformations. Ainsi à l'échelle mondiale, le Groenland est presque aussi grand que l'Afrique (dans les faits il est 15 fois moins vaste). L'échelle indiquée sur l'image correspond en fait à l'échelle du centre de l'écran, sans que cela soit précisé. Lire : Laurent Jégou, Denis Eckert, « Quel planisphère de référence pour Google Maps ? », dans Mappemonde
  • sur le plan géopolitique, Google est régulièrement accusé de publier des cartes différentes dans chaque pays de manière à flatter les pouvoirs en place et à considérer des territoires renveniqués comme des territoires acquis. C'est le cas par exemple pour le Cachemire ou l'Arunachal Pradesh dont les limites diffèrent dans les versions indienne et chinoise de Google maps. Lire : Éductice, Les frontières dans Google Maps, un enjeu géopolitique, avril 2011.

Les saisies d'écran des cartes de Google maps, des images de Google earth, et des photographies de Street view sont autorisées dans la mesure où il s'agit d'une citation et non d'une reproduction in extenso, et à condition de citer les sources (pour les images satellites Google n'est pas la source première). Voir : Usage raisonnable dans les conditions d'utilisation de Google Maps, Earth et Street view.

Les images du Géoportail, le service piloté par l'Institut Géographique National français (IGN), ne sont pas libres de droits, sauf mention contraire.

En revanche, les images satellites de la NASA sont libres de droits pour un usage non commercial, en particulier pour un usage pédagogique, et sauf mention contraire. Source : Nasa, Media Usage Guidelines

Le projet Open Street Map propose en revanche une cartographie détaillée, collaborative et libre de droits sous réserve de citer la source. La quantité d'informations représentée dépend du nombre de contributeurs ayant participé pour chaque espace donné, et la mise à jour des cartes est plus rapide que sur Google maps. Le site permet également possible de télécharger des cartes au format svg ou pdf. 

Les cartes d'OpenStreetMap ont le même défaut que celles de Google Maps en termes de projection cartographique : de l'échelle mondiale à l'échelle nationale, les distances sont très déformées. 

Géoconfluences

Géoconfluences n'est pas une revue scientifique en tant que telle dans la mesure où elle ne réunit pas tous les critères cités plus haut. C'est une revue dite de vulgarisation scientifique, dans laquelle les universitaires présentent leurs travaux, ou des synthèses, à un lectorat composé en partie de non-spécialistes de la discipline. Les articles font l'objet d'une double relecture du responsable éditorial et d'une enseignante-chercheuse. Géoconfluences est pilotée par le ministère de l'Éducation nationale (par l'intermédiaire de la Direction générale de l'enseignement scolaire) par l'École normale supérieure de Lyon. Il s'agit donc d'une source institutionnelle, mais les propos tenus par les chercheurs n'engagent que leur responsabilité, sur le plan scientifique, et pas celle de la revue.

Les articles publiés dans Géoconfluences appartiennent à leurs auteurs et il convient de demander les droits pour toute utilisation via le formulaire de contact.

 

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