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La croissance et le développement : à quelles conditions ?

Publié le 19/01/2006
Auteur(s) : Sylviane Tabarly, Dgesco ENS Lyon

Bonne gouvernance des institutions, absence de corruption des acteurs ... ces deux préalables apparaissent souvent comme la condition des autres facteurs de développement (diffusion de l'investissement, redistribution des richesses, etc.). Mais il n'est par toujours facile de distinguer cause et conséquence (voir la note ci-dessous*) et cette approche est discutée par ceux qui y voient une ingérence des pays du Nord, détenteurs des fonds nécessaires au financement du développement, sur les choix politiques et sociaux des pays du Sud en développement et demandeurs d'aide.

 

Gouvernance et transparence

La notion de gouvernance a fait son apparition à la fin des années 1980 dans le champ des relations internationales. Le terme de "good governance" est employé par les institutions financières pour définir les critères d'une bonne administration publique.

De plus en plus d'institutions et d'organisations internationales, bailleurs d'aide à destination de l'Afrique subsaharienne, conditionnent leurs financements à des garanties de bonne gouvernance et de transparence quant à leur utilisation. Si certains y voient une ingérence supplémentaire des puissants et des riches à l'égard des plus pauvres, les populations concernées ne peuvent qu'en bénéficier.

*Note : corrélations et causalités - Il convient d'être particulièrement vigilant lorsque, constatant des corrélations, on se pose la question des relations de causalité qu'elles induisent. Établir une corrélation c'est constater la variation simultanée de deux phénomènes sans en déduire, a priori, aucune interprétation. Cette corrélation peut être directe : les deux variables observées évoluent dans le même sens, croissant (c'est le cas du graphique ci-dessus) ou décroissant. Ou inverse : les deux variables observées évoluent en sens opposé, l'une croissant, l'autre décroissant.

Lorsqu'une corrélation est constatée, différentes hypothèses peuvent être formulées :

  • s'agit-il d'une simple coïncidence ?
  • peut-il y avoir relation de dépendance, relation de "cause à effet", dans l'évolution des différentes variables observées ?
  • et si oui, est-ce l'évolution de la variable "a" qui détermine celle de la variable "b" ? Est-ce l'inverse ? Ou l'évolution de ces deux variables n'est-elle pas la conséquence d'une ou de plusieurs autres variables ?

 

La gouvernance dans le monde vue par la Banque mondiale

Le dernier rapport de la Banque mondiale sur la "gouvernance mondiale" passe en revue 209 pays en fonction de 352 critères provenant de la Banque mondiale elle-même, mais aussi de la fondation Freedom House ou du cabinet d'audit PriceWaterhouseCoopers. Il établit que l'amélioration des conditions de vie est le résultat d'une meilleure gouvernance et non l'inverse (voir graphique ci-dessus). C'est donc la politique et la démocratie qui priment sur l'économie, du moins pour une majorité de pays car il peut y avoir des exceptions (Chine ou pétro-monarchies du Golfe, par exemple, dont les caractéristiques sont à bien des égards particulières). D'une manière générale, une bonne gouvernance, à savoir une redistribution équitable des richesses et des ressources, des transferts raisonnés en faveur de l'éducation et de la santé, débouche sur des conditions de vie meilleures et sur une réduction renforcée de la pauvreté. Les effets sont rapidement efficaces : amélioration des droits humains, efficacité de l'administration et des régulations publiques, lutte contre la corruption, respect de règles de droit ont des résultats en moins de 10 ans.

La Banque mondiale, soucieuse d'une meilleure efficacité de ses financements, propose d'évaluer et de quantifier la gouvernance à l'aide d'indicateurs agrégés portant sur six domaines de gouvernance : participation et responsabilisation (voice and accountability*) ; instabilité politique et violence (political stability) ; efficacité des pouvoirs publics (government effectiveness) ; qualité de la réglementation (regulatory quality) ; primauté du droit (rule of law) ; lutte contre la corruption (control of corruption). Depuis 1996 une enquête, suivie d'un rapport, a lieu tous les deux ans.

*Il est difficile de traduire en français le terme "accountability", qui renvoie aux notions d'imputabilité, de comptabilité (dans le sens d'être comptable de) et de responsabilité d'une personne ou d'une organisation.

L'échelle est conçue d'après les deux déciles extrêmes et les quartiles de tous les pays analysés par la Banque mondiale (échelle mondiale)

Les indicateurs de gouvernance de la Banque mondiale en Afrique

Lutte contre la corruption (control of corruption)

Primauté du droit (rule of law)

Qualité de la réglementation (regulatory quality)

Instabilité politique et violence (political stability)

Efficacité des pouvoirs publics (government effectiveness)

Participation et responsabilisation (voice and accountability*)

Diaporama : des indicateurs de la gouvernance (Banque mondiale) pour une sélection de pays d'Afrique subsaharienne

L'indice de perception de la corruption

Dans son rapport 2005, l'ONG Transparency International (TI) relevait que les pays les plus corrompus au monde sont aussi parmi les plus pauvres, "deux fléaux qui s'alimentent réciproquement, enfermant les populations dans le cycle de la misère". Selon l'organisation, qui évalue un "Indice de perception de la corruption", celle-ci alimente la violence, du niveau supérieur de l'État à ses échelons locaux.

Parmi les 70 pays où TI considère que la corruption atteint un niveau grave (indice inférieur à 3 sur 10, 10 représentant l'absence de corruption) figurent bon nombre d'États africains : Tchad, Côte d'Ivoire, Guinée Équatoriale, Nigeria.

Selon TI, la corruption a augmenté en Afrique entre 2000 et 2004 et les pays pétroliers riches, tels que l'Angola, la Libye, le Nigéria et le Tchad, affichent les indices de corruption les plus élevés. TI fait observer que "la corruption dépouille ces pays de leur potentiel". La passation de marchés publics dans le secteur pétrolier s'y accompagne de la disparition des revenus qui aboutissent dans les poches des dirigeants de sociétés pétrolières occidentales, d'intermédiaires et de fonctionnaires locaux".

Selon un calcul du FMI, 4,22 milliards d'USD auraient disparu des caisses de la Banque centrale d'Angola entre 1997 et 2002, soit 9,25% du PNB du pays. Et certaines recettes n'apparaissent pas du tout dans les comptes publics, celles du diamant par exemple.

Par ailleurs, entreprises et groupes qui investissent en Afrique, souvent pour en exploiter les ressources, conditionnent rarement leur présence à des garanties de bonne gouvernance et n'y appliquent pas toujours les règles de "Responsabilité sociale et environnementale".

L'Indice de perception de la corruption en Afrique en 2005

Sources et prolongements :

 

Sélection documentaire, mise en page web : Sylviane Tabarly

 

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Mise à jour :   19-01-2006

 


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