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La pêche
en eau douce en Chine continentale : un
modèle transposable ?
La
République populaire de Chine (RPC) occupe
une place de premier plan dans la production
halieutique en eaux continentales. Ces dernières
années, elle a fait des progrès
remarquables dans ce domaine et pourrait constituer,
dans une certaine mesure, un modèle d'inspiration
pour d'autres pays en développement.
La croissance de sa capacité productive
en eau douce (captures et aquaculture) dépasse
de loin celle des pêches continentales
ailleurs dans le monde. Au cours des 30
dernières années, la consommation
par habitant, estimée sur la base
de la production déclarée,
est passée de 4,4 kg en 1972 à
25,1 kg en 1999. Le poisson contribue pour
environ 20% à la consommation totale
de protéines animales. [1]
Un rapport récent
de la FAO [2], de facture assez officielle
et institutionnelle, donne, néanmoins,
un aperçu des stratégies de
développement de la production halieutique
mises en œuvre
en Chine. Il analyse les raisons et les
facteurs qui ont conduit au développement
de l'aquaculture, en s'intéressant
au rôle des politiques gouvernementales,
tournées à la fois vers l'autosuffisance
alimentaire et vers l'ouverture économique.
On s'intéressera essentiellement,
ici, à la production halieutique
en eau continentale.
En Chine, une large gamme de technologies
aquacoles est utilisée pour
différentes espèces : carpes,
anguille japonaise, crevette d'eau douce,
poisson-chat, tilapia, etc.. Les conditions
environnementales de la production
sont diversifiées : élevage
en étang ; élevage en enclos
ou en cages, techniques introduites dans
les années 1970 et 1980 ; élevage
en rizières, ou rizipisciculture,
est une pratique traditionnelle du système
cultural, très importante pour le
développement rural ; élevages
en circuit fermé et pêcheries
en eaux libres [3]. |
Production
des pêches continentales
par catégorie de pays
| Catégorie |
Production
en 2000
(millions de t.) |
Part
mondiale
(%) |
| Chine |
2,23 |
25,4 |
Autres pays ou zones
en développement |
5,93 |
67,4 |
| Economies en transition |
0,41 |
4,6 |
| Pays industrialisés |
0,23 |
2,6 |
| Total |
8,80 |
100 |
Production
mondiale des pêches continentales
:
les dix premiers producteurs
Source
: FAO [2]
|
Le secteur aquacole
s'est développé, d'abord, sous le
régime dit de "planification centralisée"
de 1949 à 1978. Puis, sous celui dit d'"économie
d'ouverture du marché", à partir
de 1978. Dans le premier cas, le contrôle
étatique était sévère
mais sans prise en compte des dynamiques de production
et de consommation (situation de l'offre et de
la demande). Le développement de l'aquaculture
fut donc très lent. À partir de
1978, des réformes économiques et
des politiques aquacoles nouvelles ont été
adoptées : prise en compte du facteur humain,
mobilisation des ressources productives (zones
d'élevage dans les bas-fonds, dans les
terres inondées), promotion des investissements
en recherche et technologie, diversification des
espèces élevées (espèces
indigènes et importées), amélioration
des cadres juridique et réglementaire.
La "loi sur la pêche"
de la RPC, promulguée en 1986 et révisée
en 2000, régit la pêche et l'aquaculture.
Elle a été complétée
par un arsenal juridique (règles, règlements,
directives) régissant le développement
de l'aquaculture et par la "Réglementation
sur la protection et la reproduction de la faune
sauvage aquatique" de 1993. Par ailleurs,
en 1999, le gouvernement a adopté la politique
de "croissance zéro" de la pêche
de capture et a renforcé les périodes
d'arrêt de la pêche afin de protéger
les ressources. À certains égards,
cette politique a encouragé les fermiers
à se tourner vers l'aquaculture.
La nouvelle réglementation a renforcé
la confiance des aquaculteurs et encouragé
leurs investissements. Les aquaculteurs peuvent
obtenir, par contrat, des droits d'usage et d'aménagement
des plans d'eau et des zones aquacoles, propriétés
d'État ou propriétés collectives.
La réglementation s'efforce aussi de réduire
les impacts environnementaux générés
par l'aquaculture : pollution de l'eau,
perte de biodiversité génétique,
etc. Par exemple, vingt-six stations aquacoles
ont été créées dans
le pays afin de conserver des souches sauvages
de plusieurs espèces ou de variétés
de poissons génétiquement sélectionnées.
Depuis le début des années
1980 (réformes économiques et politique
d'ouverture), le gouvernement a encouragé
et facilité le transfert de propriété
des fermes aquacoles du secteur public au secteur
privé. Cette réforme foncière
a eu une influence positive sur le développement
de l'aquaculture dans le pays que l'extension
du bail à trente ans a aussi favorisé.
Par exemple, la province de Hubei, dont la production
était négligeable dans le passé,
est devenue le premier producteur de poissons
d'eau douce du pays, avec 2,18 millions de tonnes
produites en 1998.
Le développement de la filière aquacole
a été très rapide également.
Auparavant, il n'existait pas, en Chine, d'usines
d'aliments pour animaux aquatiques. Vers la fin
des années 1970, les éleveurs ont
commencé à nourrir les premiers
élevages de crevettes (Penaeus spp.)
avec des aliments préparés à
domicile. Mais ce système s'est rapidement
révélé insuffisant pour satisfaire
une demande croissante d'aliments de qualité,
d'autant plus qu'à la fin des années
1980 et au début des années 1990,
de nouvelles espèces ont commencé
à être élevées en eau
douce ou saumâtre [4]. Dès lors,
de grosses entreprises privées de production
d'aliments sont apparues, couvrant près
de 50% des besoins du marché. Les grandes
usines appartiennent à des entreprises
locales ou étrangères. La filière
industrielle a été complétée
par des usines de production de farine de poisson,
d'additifs alimentaires et d'équipements
pour la transformation de poissons.
Utilisation
et disponibilité
de poisson pour l'alimentation humaine
en Chine
Source
: FAO [2]
|
Avant
1978, pratiquement toutes les écloseries
étaient détenues par l'État.
Au début des
années 2000, la plupart (90%) sont
gérées par le secteur privé
(individus ou familles), par des coopératives
et des entreprises, certaines étrangères.
La majorité des investissements concernent
des espèces à haute valeur
marchande, très demandées
par les consommateurs étrangers et
qui ne sont pas encore disponibles sur le
marché chinois : amphibiens (grenouille
américaine), reptiles (tortues et
crocodiles), et aussi espèces en
danger d'extinction (esturgeon), ou exotiques
(turbot). C'est le résultat des politiques
gouvernementales visant à obtenir
des devises étrangères.
Le développement rapide du secteur
aquacole nécessite des importations
(farine de poisson, soja). Pour les faciliter,
des taxes relativement basses sont prélevées
: par exemple, en 1999, les taxes d'importation
sur le soja utilisés par l'aquaculture
étaient de 40%, contre 114% pour
les autres usages. |
Les politiques
d'ouverture des marchés ont été
un facteur essentiel du développement de
l'aquaculture, premier secteur concerné
par les mesures de libéralisation dans
le domaine de la production agricole. Avant 1978,
les produits aquacoles, comme les autres produits
agricoles et industriels, étaient achetés
aux producteurs par l'État (qui possédait
le monopole des achats et des ventes) et redistribués.
À partir de 1979, le marché a été
ouvert graduellement. Production, commercialisation
et distribution ont été libéralisées
et privatisées. Les barrières douanières
entre régions ont été abolies
et les produits aquacoles ont pu circuler librement
dans tout le pays. En 1995, l'État a adopté
un "Plan de développement national
du marché de gros pour les produits aquatiques".
De 150 marchés de gros en 1993, on est
passé à 323 en 1998 (150 au niveau
urbain et 173 dans les campagnes).
Production
et exportations de la pêche et de l'aquaculture
de la RPC de 1970 à 1997
Différents enseignements peuvent être
tirés de l'expérience chinoise.
L'aquaculture semble s'y être développée
d'une manière durable en créant
des emplois, en satisfaisant aux besoins alimentaires
des populations rurales et urbaines tout en améliorant
leurs revenus, et avec des préoccupations
environnementales. Il faut y voir le résultat
des orientations économiques suivies par
les autorités chinoises à partir
de la fin des années 1970 combinant l'action
d'un État autoritaire, une politique volontariste
de développement sur différents
plans (législations et réglementations,
incitations diverses, investissements en R&D,
formation), et l'ouverture vers les marchés
nationaux et internationaux.
Dans quelle mesure et à quelles conditions
les stratégies chinoises de développement
des ressources halieutiques d'eau douce sont-elles
transférables ? De quelle manière
d'autres pays du Sud pourraient-ils s'en inspirer,
en bénéficier, plutôt que
d'en être les victimes ? Ce modèle
repose sur un certain nombre de particularismes
qui en fondent l'originalité au sein des
pays en développement : les traditions
culturelles sur lesquelles il s'appuie ; le centralisme
décisionnel d'un État fort, encadrant
et imposant les stratégies adoptées
; l'inscription dans les dynamiques du nouveau
"socialisme de marché" sur lequel
repose la forte croissance chinoise des dernières
décennies ; la récente adhésion
à l'OMC. Au demeurant, certains éléments
de ce modèle peuvent sans doute être
exportées avec succès.
Notes
[1] Notons que les statistiques chinoises sur
la production des pêches de capture et de
l’aquaculture ont été sans
doute surestimées. Les estimations de l’offre
de poisson à des fins alimentaires sont
difficiles à établir en raison des
incertitudes portant sur les statistiques de la
production et sur les quantités de poisson
utilisées à des fins non alimentaires
(comme aliment direct pour l’aquaculture
par ex.). En fait, le Bureau national chinois
des statistiques ne tient pas compte du poisson
consommé hors du foyer (par exemple dans
les restaurants et les cantines d’entreprise),
lequel représente une part importante et
en augmentation de la consommation de poisson.
Les autorités chinoises collaborent avec
la FAO pour éliminer plusieurs de ces incertitudes.
[2] Hishamunda, N. et Subasinghe, R.P. - Développement
de l'aquaculture en Chine - Le rôle des
politiques gouvernementales - FAO Document technique
sur la pêche - FAO archive, Rome - 2003
:
www.fao.org/documents/show_cdr.asp?url_file=/DOCREP/006/Y4762F/y4762f04.htm
Sources des graphiques :
www.fao.org/documents/show_cdr.asp?url_file=/docrep/005/y7300f/y7300f04.htm
et
www.fao.org/documents/show_cdr.asp?url_file=/DOCREP/003/X8002F/x8002f04.htm
[3] L'aquaculture en eau courante est le système
de production le plus récemment introduit
en Chine. Les premiers essais datent du début
des années 1980. Elle est maintenant largement
utilisée pour le grossissement de certaines
espèces, l'hivernage d'espèces sub-tropicales
et la reproduction. L'empoissonnement en eaux
libres remonte à environ 40 ans. Il a démarré
dans des retenues artificielles de petite ou moyenne
taille au début des années 1960,
et il représente maintenant une méthode
efficace pour augmenter la productivité
et la production des plans d'eau continentaux.
[4] Par exemple : le bouquet géant (Macrobrachium
rosenbergii), le crabe chinois (Eriocheir
sinensis), la tortue à carapace souple
(Trionyx sinensis), l'anguille (Anguilla
spp), le poisson-chat (Clarias punctatus),
le black-bass à grande bouche (Micropterus
salmoides), le mérou (Epinephelus
sp.) et le turbot (Psetta maxima).
Quelques ressources en
ligne
- INFOYU, service d'assistance à la commercialisation
et à l'exportation des produits halieutiques
(pêcheries et aquaculture), né de
la collaboration entre la FAO et la RPC : www.globefish.org/index.php?id=2074
- FAO, Document technique sur la pêche -
FAO archive, Rome - 2003 :
> www.fao.org/documents/show_cdr.asp?url_file=/DOCREP/006/Y4762F/y4762f04.htm
> www.fao.org/documents/show_cdr.asp?url_file=/docrep/005/y7300f/y7300f04.htm
> www.fao.org/documents/show_cdr.asp?url_file=/DOCREP/003/X8002F/x8002f04.htm
- China Fisheries - Fourth US–China
Living Marine Resources (2000) - www.lib.noaa.gov/china
Adaptation et synthèse, mise en page web
: Sylviane Tabarly,
avec la participation d'Hervé Parmentier
(cartes et statistiques)
et la collaboration de Felix Marttin, statisticien
à la FAO (MedFisis Project).
Première mise en ligne de la page : 02/06/2005

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| Mise
à jour : 02-06-2005
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