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Le développement durable, approches géographiques

La pêche dans le lac Victoria : un exemple de mal-développement

Publié le 22/01/2007
Auteur(s) : Jean-Louis Carnat et Sylviane Tabarly

Le lac Victoria est un cas d'école pour l'analyse des relations systémiques qui se nouent entre un milieu naturel et les sociétés humaines qui y vivent. L'introduction de la Perche du Nil, dans les années 1950, en a radicalement modifié l'écosystème et entraîné une profonde transformation de l'économie et des sociétés riveraines. Les évolutions en cours depuis une cinquantaine d'années sont faites de ruptures d'équilibre, suivies de stabilisation temporaire qui posent clairement la question de la viabilité du modèle de développement des populations, des sociétés concernées. Ce cas est aussi exemplaire du passage, en quelques années, d'une logique économique locale, endogène, à une logique exogène faisant intervenir de nouveaux acteurs dans le cadre d'échanges mondialisés.

 

Le lac Victoria, élément du système fluvial nilotique

Le lac Victoria, qui couvre 68 000 km², est le plus vaste des lacs d'Afrique. Alors que les lacs Tanganyika, Nyassa ou Malawi sont des lacs profonds, allongés, logés dans des fractures du rift africain, le lac Victoria, dont la profondeur varie de 60 à 100 m, s'étale dans une cuvette de forme approximativement circulaire, de plus de 300 kilomètres de diamètre. À la différence du lac Tanganyika, relié au bassin du fleuve Zaïre, des lacs Nyassa ou Malawi, reliés au Zambèze, le lac Victoria est relié au système nilotique. Il est alimenté par la rivière Kagera en Tanzanie dont une des branches supérieures, la rivière Luvironza au Burundi, constitue la source la plus lointaine du Nil. Au sortir du lac, le "Nil Victoria " traverse le lac Kyoga et le lac Albert (ou lac Mobutu), puis prend, à la frontière soudanaise, le nom de Bahr al-Djebel et traverse alors une vaste région marécageuse. La température de l'eau est de 24 à 27° C en surface en saison de pluie et de 23 à 24° C en saison sèche. Près du fond elle est inférieure de 1 à 2° C.

Ce lac, qui était à sec il y a environ 12 000 ans, est dans sa configuration actuelle, récent. Comme les autres grands lacs africains il hébergeait, dans les années 1950, une faune lacustre d'une très grande richesse, avec des centaines d'espèces endémiques, pélagiques, benthiques, sabulicoles ou pétricoles [1] dont la diversité a été alimentée par les processus de spéciation [2], ce qui en avait fait un véritable laboratoire de l'évolution.

Mais, depuis le début des années 1980, l'écosystème du lac est menacé par les activités humaines : pêche, introduction d'espèces exotiques.

 

Les effets de l'introduction de la Perche du Nil

L'occupation humaine du pourtour du lac Victoria, aujourd'hui partagé entre trois États (Tanzanie, Ouganda, et Kenya contrôlant respectivement 49%, 45% et 6% de sa superficie), s'est renforcée au cours du XXe siècle. Cela a entraîné le défrichement des forêts riveraines pour la construction, la mise en culture, la fourniture de combustible.

Le lessivage des sols par ruissellement s'est accentué, renforçant la turbidité des eaux du lac. La transparence de l'eau depuis la surface s'est réduite depuis les premières mesures effectuées dans les années 1930, tout particulièrement en saison des pluies et en bordure du lac (de 8 mètres à moins d'un mètre environ). Parallèlement, on observe une eutrophisation des eaux : les apports de matière organique nutritive ont provoqué la chute des teneurs en oxygène, la prolifération anarchique des plantes flottantes comme la jacinthe d'eau (Eichhornia crassipes), ce qui entrave la navigation.

La réduction de la lumière et de l'oxygène provoque des modifications de la faune ichtyologique et la disparition de certaines espèces. Pour les espèces les plus recherchées par les aquariophiles, des programmes de sauvegarde en captivité ou dans des sanctuaires préservés, à proximité du lac, sont en cours de réalisation.

La Perche du Nil (Lates niloticus, appelée parfois, improprement, Capitaine), espèce carnivore introduite dans le lac à la fin des années 1950 pour la pêche sportive, sans doute importée du lac Albert, a proliféré. Du fait de sa voracité, de sa croissance rapide et de sa grande taille (son poids moyen est de 50 kg, mais elle peut atteindre environ 100 kg), elle a entraîné l'extinction de nombreuses espèces indigènes : les Cichlidés (tilapias en particulier) qui représentaient 99% des captures il y a 50 ans n'en représentent plus qu'1% en 2005. Certaines espèces ont résisté au prédateur. Il s'agit principalement des pétricoles qui s'abritent dans les secteurs inacessibles pour la Perche du Nil : rochers, eau peu profonde (Didier Paugy,[3]).

La présence invasive de la jacinthe d'eau entre 1994 et 2000

(Cliquer pour agrandir)

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Mais, outre les effets sur les équilibres écologiques du lac, l'introduction de la Perche du Nil a modifié radicalement l'économie locale. Dans les années 1980, l'irruption d'une demande étrangère a provoqué une hausse importante des prix du poisson et un boom économique local. La population a afflué sur les rives du lac. Les communautés de pêcheurs, privées des espèces qu'elles consommaient traditionnellement, se sont tournées vers la Perche du Nil. Mais, alors que les poissons de petite taille étaient traditionnellement séchés à l'air libre, la chair de Perche est conservée par fumage, ce qui accentue la demande de bois et le défrichement.

À l'initiative d'investisseurs étrangers et, en partie, avec l'aide de l'UE, une pêche industrielle s'est organisée : bateaux à moteurs, usines de traitement du poisson, exportation des filets frais vers l'Europe. Chaque semaine, environ cinq avions cargos venus d'Ukraine, de Hollande ou de Belgique atterrissent à l'aéroport de Mwanza pour emporter environ 400 tonnes de filets de Perche du Nil vers l'Europe ou l'Asie. Les données de la base FishDat de la FAO indiquent que les captures de poisson d'eau douce (principalement Perche du Nil et Tilapia) provenant des pays riverains du lac Victoria s'élevaient à 360 000 tonnes en 2001. Mais captures et exportations sont dépendantes, à la fois, de l'écosystème très fragile du lac et des fluctuations des politiques d'importation des pays consommateurs (normes sanitaires de l'UE par ex., source Agritrade et FAO [4]).

L'Europe est donc un important marché pour la Perche du Nil, essentiellement écoulée par la grande distribution. En 2003, les importations de l'UE se sont élevées à 45 000 tonnes, la Belgique et les Pays-Bas en étant les premiers importateurs. La France en aurait consommé 2 200 tonnes en 2004 et, dans l'avenir, les nouveaux pays membres pourraient aussi devenir des marchés intéressants. Par contre, les importations espagnoles, très importantes au début des années 1990, ont tendance à décroître, du fait de campagnes de presse négatives et de sources d'approvisionnement alternatives en produits de la pêche.

Importations européennes de perche du Nil en 2003

Voir sur Globefish, site de la FAO : "Nile Perch Market Report - April 2005 - EU strong market for Nile perch" : www.globefish.org/index.php?id=2405

Télécharger données et graphiques (fichier .xls)

Les exportations de Perche du Nil du Kenya (volumes, en tonnes), par destination : évolution de 1996 à 2001
Destinations
1996
1997
1998
1999
2000
2001
UE
10 388
6 882
2 320
742
1 680
3 818 (21%)
Moyen-Orient
1 801
2 664
2 201
2 722
4 146
4 650 (26%)
Israël
3 431
4 244
5 252
5 529
7 185
7 530 (42%)
Autres
1 120
929
1 394
2 894
2 468
1 947 (11%)
Total
16 740
14 719
11 167
11 914
15 479
17 945

Source : Kenya Fish Processors and Exporters Association (source Agritrade [4])

Le Cauchemar de Darwin : un regard du cinéma documentaire

Le documentaire exploite notamment, par un montage alterné, le contraste saisissant entre le mouvement des flux exogènes des avions, chargés ou vides, et le dénuement de certaines communautés riveraines du lac, survivant des déchets des usines de conditionnement du poisson. Les profits vont à l'État, aux acteurs privés à capitaux européens ou asiatiques (157 millions d'USD pour les trois pays riverains du lac en 2001 [4]), aux transporteurs aériens (pilotes ukrainiens, affrètements étrangers), aux filières de la distribution européenne, débouché essentiel.

Le film documentaire du cinéaste autrichien Hubert Sauper, selon ses propres termes, nous "montre [sa] réalité de l'Afrique" en s'appuyant sur le cas de la ville de Mwanza (500 000 hab.) en Tanzanie. Le cinéaste y explore certains mécanismes et certains effets de la substitution d'une économie mondialisée à une économie locale. Comme tout film documentaire, il s'agit d'un point de vue sur les réalités observées, qui invite à s'interroger sur la durabilité du système, sur son coût social et environnemental, tant localement que globalement, du fait des navettes aériennes quotidiennes pour livrer le poisson à plusieurs milliers de kilomètres.

Selon sa démonstration, les effets négatifs l'emportent largement : destruction d'emplois (un emploi en usine détruirait huit emplois traditionnels), accentuation de la malnutrition (carence en protéines, les prix trop élevés interdisant aux plus démunis l'achat de poisson).

Toujours prisonnière d'un schéma néo-colonial, l'Afrique est cantonnée au rôle de fournisseur de manière première (ici alimentaire), juste conditionnée : les avions arrivent vides pour repartir pleins de leurs chargements de poissons.

Enfin, aux modifications économiques, liées directement à la pêche, s'ajoutent les effets des trafics divers (le trafic d'armes est suggéré mais non prouvé), une généralisation du sida dans les communautés de la périphérie du lac favorisée par le développement de la prostitution.

Le Cauchemar de Darwin, titre original : Darwin's Nightmare, documentaire franco-belgo-autrichien d'Hubert Sauper sorti en France le 2 mars 2005.

 

Un équilibre fragile

L'équilibre actuel du système fondé sur l'exploitation de la Perche du Nil est fragile. Il peut être remis en cause tant dans ses dimensions économiques qu'écologiques. Les pêcheurs du lac Victoria sont de plus en plus nombreux : en 1993, 4 000 bateaux ramenaient 15 000 t. de poissons, en 1980, 6 000 bateaux en ramenaient 100 000 t. (dont la moitié de Perches). En Tanzanie, de 40 000 t. en 1990 la production totale de pêche est passée à environ 220 000 t. en 2001 (source : Lake Victoria Fish Processors Association of Tanzania). Mais on peut constater, depuis le début des années 1990, une relative stagnation, puis une diminution des quantités débarquées, estimées à 266 000 t. en 2003 (source FAO). Il faut y voir le résultat de l'intensification de l'effort de pêche (voir les graphiques et le pop-up ci-dessous) et de l'épuisement des stocks.

Les fluctuations observées des exportations (en volume et en valeur) proviennent, en partie, des effets des normes sanitaires appliquées par l'UE (Agritrade [4] et pop-up ci-dessous). En 2003, la valeur cumulée des importations, par l'UE, de filet de Perche du Nil provenant des trois États riverains du lac Victoria était estimée à 170 millions d'euros, mais en baisse par rapport à 2002 du fait de la concurrence, asiatique principalement (par ex., les importations de poisson-chat du Mékong [5] en provenance du Vietnam) et de l'attitude des consommateurs européens. Plus récemment, certains évoquent l'impact négatif, sur les consommateurs européens, que pourrait avoir le succès du film de H. Sauper.

La réduction de la taille moyenne des prises, passée de 20 à 30 kg dans les années 1980 à 2 à 3 kg [4], montre que la pression de la pêche sur l'espèce est supérieure aux ressources et au renouvellement des stocks, les prises se faisant désormais sur la population juvénile. La perspective de la disparition de cette espèce exotique, propre à rassurer les tenants d'un retour à l'équilibre écologique antérieur, est perçue avec inquiétude par les acteurs locaux. Les tensions entre les pêcheurs sont déjà manifestes (vols) et le responsable de l'Institut kenyan de recherche sur la pêche et la marine (cité par Libération, 2 mars 2005) se dit favorable à une réintroduction artificielle de la Perche du Nil si nécessaire, ce qui pourrait alors mettre les pêcheurs sur la voie de l'aquaculture. Par ailleurs on observe, dans certaines régions où le stock de Lates a été surexploité et où les populations de prédateurs ont diminué, un retour de certaines espèces d'Haplochrominés, par ex.. La "catastrophe" écologique dénoncée par beaucoup n'est donc peut-être ni inéluctable, ni irréversible (Didier Paugy, IRD [3]).

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Panorama et évolutions de la pêche dans le lac Victoria : données socio-économiques

Sources : voir, ci-dessous, les notes et ressources en ligne


Télécharger données et graphiques (fichier .xls)

En pop-up,

1) les notions d'effort et de capacité de pêche,

2) les normes sanitaires (échelle de l'UE, échelle mondiale) :

Accords de l'OMC sur l'application des mesures sanitaires et phytosanitaires (accord SPS), sur les barrières techniques au commerce (accord BTC) - Codex Alimentarius de la FAO/OMS - Analyse du risque et des points de contrôle critiques (HACCP) - Relations entre l'UE et les pays ACP (Afrique - Caraïbes - Pacifique), le rôle de l'OMC, de l'OMS, de la FAO.

La situation des pêcheries du lac Victoria peut être considérée comme symbolisant, tout à la fois, les relations économiques Nord / Sud et le mal-développement propre à l'Afrique. Mais elle gagne à être mise en perspective dans un contexte régional plus large (ci-dessous, l'Afrique australe), et à être comparée avec la situation d'autres pays producteurs du Sud qui s'efforcent de concilier la mondialisation et leur propre développement (ci-dessous, le cas du Vietnam [5] ou de la Chine (dans un autre dossier du site).

La pêche dans le lac Victoria : système local / système mondial

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Une mise en perspective : la pêche en eau douce en Afrique australe

On peut inscrire la situation du lac Victoria dans un contexte régional plus large en s'appuyant sur une récente étude de la FAO.

Dès mai 1992, la Conférence internationale sur la "pêche responsable", réunie à Cancún (Mexique), avait invité la FAO à élaborer, en relation avec d'autres organisations internationales, un Code international de conduite pour une "pêche responsable". Ce concept englobait l'utilisation durable des ressources halieutiques, en harmonie avec l'environnement et par l'emploi de méthodes de capture et d'aquaculture n'hypothéquant pas les ressources ou la qualité des productions. La FAO, s'engageait à encourager des programmes de sélection génétique en aquaculture et à élaborer des codes d'usages pour introduire ou transférer des espèces exotiques et avoir recours aux ressources de la génétique et des biotechnologies.

Plus récemment, le rapport 2004 de la FAO consacré à la "Situation mondiale des pêches et de l'aquaculture 2004" comportait une partie intitulée : "Les eaux douces d'Afrique : la pêche artisanale fait-elle problème ?" [6].

Le rapport s'appuie sur les travaux d'un groupe de chercheurs européens et africains publiés en 2003 [7]. En voici une adaptation.

Ces travaux portent principalement sur les plans d'eau de taille moyenne exploités au Malawi, en Zambie et au Zimbabwe, et accessoirement sur d'autres pêcheries des douze pays de la Communauté du développement de l'Afrique australe (SADC [8]). Le panorama qui en résulte diffère de la situation du lac Victoria évoquée ci-dessus. Il établit que les captures en eau douce ont régulièrement augmenté de 1961 à 1986, passant de 168 000 tonnes à 598 000 tonnes par an. Elles se sont stabilisées depuis à un niveau allant de 600 000 à 700 000 tonnes par an. L'effort de pêche [9], dirigé sur les stocks déjà exploités, a continué d'augmenter durant cette période. Il varie beaucoup d'un plan d'eau à l'autre : le nombre de pêcheurs augmente sur le lac Mweru, mais il tend à décliner depuis les années 1990 sur le lac Malombe.

La dynamique de l'effort de pêche n'est pas du tout la même selon qu'il est lié à la population ou lié à l'investissement. Dans le premier cas, les fluctuations dépendent du nombre d'exploitants, alors que, dans le second, elles dépendent du progrès des investissements et de la technologie. Toutes les pêcheries évoluent sur les deux fronts mais dans des proportions très variables. Les changements liés à la pression démographique ont dominé durant les cinquante dernières années, alors que, dans le même temps, investissements et technologie sont restés relativement stables. Les variations des niveaux d'effort de pêche sont parfois extrêmes. Par exemple, en moins de cinq ans (1963-1968), le nombre de pêcheurs du lac Kariba avait chuté de 75% pour remonter de 150% en sept ans au cours des années 1980.

Cette évolution est observée à l'échelle mondiale : la pêche artisanale est souvent devenue "un dernier recours" et la multiplication du nombre d'indigents dans le secteur pourrait conduire à une "surpêche malthusienne" [10]. Or, la mobilité des pêcheurs d'eau douce de la SADC est plus grande encore. Ainsi, au lac Kariba, les gens quittent le métier de la pêche aussi facilement qu'ils l'adoptent. Au lac Mweru, on a vu, dans le même laps de temps, 3 000 pêcheurs abandonner leurs filets tandis que 2 300 autres prenaient leur place.

Les changements impulsés par l'investissement ont, pour leur part, comme corollaire apparent une réduction de l'effort impulsé par la démographie. Par exemple, au lac Malombe, le passage du filet maillant à des méthodes de pêche à la senne employant davantage de capital, a augmenté les coûts d'admission à cette activité, réduisant de ce fait le nombre des pêcheurs potentiels.

L'insuffisance des capacités d'investissement dans les systèmes d'eau douce de la SADC est le reflet de caractéristiques essentielles des sociétés de ces États, au niveau central comme au niveau local. Au lac Mweru, ce sont les entrepreneurs européens qui, au début des années 1950, ont financé le démarrage des pêches de mpundu (Labeo altivelis). Sur le lac Malombe, l'argent nécessaire à l'achat des sennes est venu des excédents générés par les migrations de travailleurs à l'étranger. Les études portant sur l'environnement institutionnel des pêches de la SADC montrent combien il est difficile de trouver, au niveau local, des institutions régies par des règles sociales et par des normes claires, répondant à des valeurs communes. Il s'ensuit que les propriétaires ont de grosses difficultés à tenir en main leurs équipages, lesquels, en retour, se sentent souvent trahis ou exploités.

Les modifications des stocks pourraient avoir une double origine : les oscillations du niveau des eaux liées aux modifications climatiques et les effets de la surpêche. Dans tous les lacs, il existe une relation significative et positive entre les taux de capture et les niveaux de l'eau. Les fluctuations de certains stocks se produisent indépendamment de l'effort de pêche. [11] et [12]. Certaines espèces sont plus vulnérables que d'autres à la surcapacité [9] de pêche : les Lates, par exemple, ont de toute évidence décliné par suite des activités de pêche. Cependant, d'autres espèces présentent une bonne résistance à l'intensification des captures. Les espèces "résilientes", comme le Tilapia, dominent depuis bien longtemps de nombreux systèmes d'eau douce africains.

L'Afrique devra, pour se développer et pour nourrir ses populations, compter sur ses ressources halieutiques dont le potentiel est considérable. Des équilibres seront à trouver, des arbitrages à faire pour en garantir une exploitation maîtrisée et raisonnée et pour en faire l'objet, parmi d'autres, d'un réel développement.

 

Pour comparer les stratégies de développement des ressources halieutiques, dans le dossier "La Chine entre espaces domestiques et espace mondial" : La pêche en eau douce en Chine continentale : un modèle transposable ?

 

Notes

[1] Pélagique : de pleine eau ; benthique : vivant près du fond ; pétricole : recherchant les caches et abri rocheux ; sabulicole : vivant sur les fonds sableux.

[2] Diversification des espèces à partir d'une souche.

[3] Source : Didier Paugy, directeur de l'unité "Biodiversité des grands cours d'eau" de l'Institut de recherche pour le développement (IRD) - La Perche du Nil victime de son succès. Le Monde, 11 mars 2005. Michel Alberganti. Ainsi que ces pages, sur le site de l'IRD : www.ird.fr/fr/actualites/dossiers/aqua/poisson_lac.htm et www.ird.fr/fr/actualites/dossiers/aqua/lates.htm

[4] Sur Agritrade, portail du Centre Technique de Coopération Agricole et Rurale (CTA), consacré aux questions de commerce international des produits agricoles dans le cadre des relations ACP-UE - Pêche : accès au marché ; aspects tarifaires et non tarifaires - Note de synthèse : http://agritrade.cta.int/fisheries/market_access/executive_brieffr.htm
En pop-up : les normes sanitaires (échelle de l'UE, échelle mondiale) : accords de l'OMC sur l'application des mesures sanitaires et phytosanitaires (accord SPS), sur les barrières techniques au commerce (accord BTC) ; Codex Alimentarius de la FAO/OMS ; analyse du risque et des points de contrôle critiques (HACCP).

En janvier 1998, l'UE avait mis les produits de la pêche provenant du lac Victoria sous embargo, à la suite de rapports sur une épidémie de choléra et de la présomption de conditions d'hygiène médiocres dans les usines de transformation. L'interdiction a provoqué une chute de 66% des exportations de poisson vers l'UE et une chute de 32% des revenus en devises par rapport à l'année précédente. En avril 1999, une nouvelle interdiction a été décidée, suite à des rapports faisant état d'utilisation de pesticides pour capturer le poisson. Cette interdiction a provoqué une baisse supplémentaire de 66% des exportations de poisson.

Dans le cas de la Tanzanie, en 1998, pour prévenir une épidémie de choléra, les embargos de l'UE sur les exportations du poisson du lac Victoria ont eu des conséquences négatives sur les recettes en devises de ce pays, sur les revenus et l'emploi : 40% des travailleurs du secteur de la pêche avaient été licenciés et l'interdiction avait fait perdre 46,9 millions d'USD au pays. La Tanzanie a contesté les bases scientifiques de cette interdiction, invoquant un rapport de l'OMS qui établit que le choléra ne se transmet pas par le poisson.

[5] Poisson-chat du Mékong (basa catfish en anglais / Pangasius hypophthalmus, nom scientifique) dont les stratégies d'exportation vietnamiennes sont perceptibles, par exemple, à travers ces deux pages web :

 

[6] Document de la FAO : Situation mondiale des pêches et de l'aquaculture 2004 www.fao.org/documents/show_cdr.asp?url_file=//docrep/007/y5600f/y5600f00.htm@ et "Les eaux douces d'Afrique : la pêche artisanale fait-elle problème ?" www.fao.org/documents/show_cdr.asp?url_file=/docrep/007/y5600f/y5600f07.htm@

[7] E. Jul-Larsen, J. Kolding, R. Overå, J. Raakjær Nielsen et P.A.M. van Zwieten - Management, co-management or no-management ? Major dilemmas in southern African freshwater fisheries – Synthesis report et Case studies - FAO, Rome - 2003

  • Document technique sur les pêches no 426/2 - FAO, Rome 2003. Voir également les mesures de la capacité et de l'effort de pêche sur cette même page.

 

[8] Communauté du développement de l'Afrique australe (SADC) dont les États membres sont les suivants : Afrique du Sud, Angola, Botswana, Lesotho, Malawi, Maurice, Mozambique, Namibie, République démocratique du Congo, Seychelles, Swaziland, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe. www.fao.org/documents/show_cdr.asp?url_file=/docrep/007/y5600f/y5600f07.htm@

Des cartes et documents utiles dans : Roland Pourtier, L'Afrique centrale et les régions transfrontalières, perspectives de reconstruction et d'intégration - Étude réalisée pour le compte de l'INICA, juin 2003 : www.inica.org/webdocuments/.../PerspectivesdereconstructionetdintegrationenAfriquecentrale_fr.pdf

[9]  Effort de pêche, capacité de pêche, surcapacité, volume admissible des captures (VAC) : voir les définitions dans le document en pop-up

 

[10] D. Pauly - "On Malthusian overfishing" - Dans On the sex of fish and the gender of scientists : essays in fisheries science, p. 112-117 - Londres, Chapman and Hall - 1994

  • D. Pauly - Small-scale fisheries in the tropics: marginality, marginalization and some implication for fisheries management - Dans K. Pikitch, D.D. Huppert et M.P. Sissenwine, éds. - Global trends : fisheries management, p. 40-49 - Bethesda, Maryland, États-Unis, American Fisheries Society Symposium 20 - 1997

 

[11] L.P. Karenge et J. Kolding - "On the relationship between hydrology and fisheries in Lake Kariba, Central Africa" - Fisheries Research, 22: 205-226 - 1995

[12] P.A.M. van Zwieten, F.C. Roest, M.A.M. Machiels et W.L.T. van Densen - "Effects of inter-annual variability, seasonality and persistence on the perception of long-term trends in catch-rates of the industrial pelagic purse-seine fisheries of Northern Lake Tanganyika (Burundi)" - Fisheries Research 54: 329-348 - 2002

  • P. Verburg, R.E. Hecky et H. Kling - "Ecological consequences of a century of warming in Lake Tanganyika"  - Science, 301: 505-507 - 2003

 

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Ressources en ligne

Autour de la FAO, une galaxie :
Autres sources d'expertise et de recherche
Autres ressources

 

Jean-Louis Carnat et Sylviane Tabarly,

adaptation de documents d'experts et de chercheurs de la FAO,

réalisation de cartes et graphiques : Hervé Parmentier

Première mise en ligne le 2 juin 2005

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Mise à jour partielle :  22-01-2007

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