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Déterminisme naturel

Publié le 30/05/2017

Le déterminisme naturel est un biais intellectuel attribué a posteriori à la géographie classique selon lequel les modalités d'occupation du sol par les sociétés humaines découleraient de lois naturelles, le milieu physique déterminant des genres de vie. Au sens plus large, un raisonnement dans lequel une cause détermine une conséquence de manière linéaire et systématique peut être qualifié de raisonnement déterministe. La géographie empirique reposait sur un déterminisme, notamment climatique.

En français, le verbe déterminer peut signier « faire en sorte qu'une chose arrive », et en philosophie « soumettre, faire subir à quelqu'un ou quelque chose la loi d'un déterminisme. » (Trésor de la langue française sur le CNRTL). Le déterminisme est pour Roger Brunet (1992) un « mot malheureux comme tous les ismes, mais contenant des idées utiles et mêmes nécessaires ». Les raisonnements déterministes ont pu découler de l'importance accordée à la géomorphologie dans les facteurs explicatifs de la géographie classique alors même que « la solide formation historique des géographes français les empêchait de verser dans les naïvetés du déterminisme naturaliste d'un Huntington. La relation hommes/milieux a toujours été pour eux hautement problématique, ce qu'illustre le vocable de possibilisme forgé à ce propos par l'historien Lucien Febvre. »

La remise en cause des raisonnements géographiques fondés sur le déterminisme repose sur :

L'absence de lois, ou de systématisme, dans la manière dont les conditions naturelles influencent l'occupation humaine. D'autant que les sociétés ont la capacité d'intervenir pour modifier les conditions naturelles et transformer une contrainte en atout. Cette capacité à agir des sociétés est déjà présente chez Paul Vidal de la Blache (1898, p. 100): « [C]’est bien plus comme être doué d’initiative que comme être subissant passivement les influences extérieures, que l’homme a un rôle géographique. La nature est pour lui une source de sollicitations. ».

L'absence de causalités uniques et linéaires en géographie. En sciences sociales comme en sciences de la vie et de la terre, les causalités font souvent système, s'enchaînent dans des boucles de rétroaction. De plus un phénomène est le résultat d'un ensemble de facteurs, et la prédominance d'un de ces facteurs sur les autres peut fluctuer. 

L'absence d'une frontière hermétique séparant les hommes de la nature et permettant de penser la nature et la culture comme deux catégories pouvant être opposées dans un raisonnement simpliste (du type « La Nature propose, l'Homme dispose »), alors que l'espèce humaine est aussi une espèce animale qui fait partie des milieux ; ce n'est pas un agent extérieur à la nature. Cette porosité est également pressentie dans le texte de Vidal cité plus haut (p. 111) : « Dans la perpétuelle mobilité des influences qui s’échangent entre la nature et l’homme, ce serait sans doute une ambition prématurée que de vouloir formuler des lois. Mais il apparaît déjà clairement que certains principes de méthode se dégagent. ».

La remise en question du déterminisme dans le raisonnement géographique a entraîné la nécessité de trouver les mots pour décrire le rôle joué par les conditions naturelles sur les activités humaines. Les notions d'atouts et de contraintes on pu être mobilisées, de même que celles de risque et de résilience

Références citées :

  • Augustin Berque, « Espace, milieu, paysage, environnement », in Antoine Bailly, Robert Ferras, Denise Pumain (dir.), Encyclopédie de géographie, Economica, 1995 (2e éd.).
  • Roger Brunet, Robert Ferras, Hervé Théry (dir.), Les mots de la géographie. Dictionnaire critique. Reclus, La Documentation française. 1993 (1e éd. 1992).
  • Paul Vidal de la Blache, « La Géographie politique, à propos des écrits de M. Frédéric Ratzel », Annales de Géographie, 1898, vol. 7, n° 32, p. 97-111. 


Pour compléter :

 

(JBB) mai 2017.