(Dossier) L'Asie du Sud-Est, carrefours et confins

Introduction

Publié le 22/06/2020
Auteur(s) : Jean-Benoît Bouron, agrégé de géographie, responsable éditorial de Géoconfluences - DGESCO, Université de Lyon, ENS de Lyon.
Florence Nussbaum, Agrégée et docteure en géographie, responsable scientifique de Géoconfluences - ENS de Lyon, Université de Lyon

Géoconfluences prévoyait depuis plusieurs années de publier un dossier sur l’Asie du Sud-Est. La parution de la nouvelle question au programme des concours de l’enseignement a été à la fois un aiguillon pour en accélérer la mise en œuvre et un obstacle qui l’a retardé en accaparant les spécialistes de la question pendant plusieurs mois. Nous sommes très heureux d’avoir rassemblé les premiers articles de ce dossier qui seront rejoints par plusieurs autres textes dans les mois à venir, et nous en remercions chaleureusement les auteurs.

Cette partie du monde a en apparence peu d’unité ; son nom fait référence à sa situation par rapport à un continent et ses limites ont été fixées, comme souvent, de l’extérieur. Pourtant, étant entendu que toute limite est, dans une certaine mesure, conventionnelle, il n’est pas inintéressant de justifier à postériori des limites arbitraires fixées à l’Asie du Sud-Est en cherchant une unité à cet ensemble. L’Asie du Sud-Est est caractérisée par les circulations : celle des vents de mousson, celle des échanges commerciaux véhiculant eux-mêmes de longue date idées et religions, celle des personnes alimentant les diasporas. Elle est perméable aux influences des mondes chinois, indiens, musulmans, européens, tout en réussissant à intégrer leurs apports ou à y opposer ses propres dynamiques internes. C’est cette idée de carrefour que notre titre met en avant, dans un espace en grande partie archipélagique, dont l’unité est maritime plus que terrestre, organisée autour du pivot singapourien. L’autre terme de notre titre, confins, exprime l’idée d’une bordure du monde habité : l’Asie du Sud-Est n’est pas ouverte à tout vent, de nombreuses régions sont enclavées, difficilement accessibles, peu perméables aux intrusions. Cela a favorisé le maintien d’une grande diversité linguistique, de nombreux particularismes locaux, voire de réservoirs de biodiversité (naturelle ou domestiquée), même si l’irruption de la mondialisation, dans cette région en forte croissance et très inégalitaire –deux caractéristiques de l’émergence économique –, n’est pas exempte de tensions et de conflits parfois violents. En somme, des rugosités font obstacle à une modernisation à marche forcée qui n’est pas toujours synonyme de progrès.

Cette recherche d’unité derrière la variété est le délicat exercice auquel se livre avec succès l’article de cadrage du dossier, par Manuelle Franck.

Outre une contribution à la préparation des candidats aux concours à l’actuelle question au programme, il s’agit de proposer aux enseignants une mise à jour sur un espace qui se prête particulièrement bien à l’étude de nombreux thèmes présents dans les programmes. L’article d’Yves Duchère examine le fonctionnement du régime politique vietnamien, ce qui permet d’étudier la question de l’émergence économique et, en négatif, de définir ce qu’est la démocratie (programme de première spécialité HGGSP). Le texte d’Édouard de Bélizal montre comment culture et mémoire du risque permettent aux sociétés de composer avec le volcan sur les pentes du Merapi (programme de seconde). L’article de Frédéric Durand montre comment se construit une frontière, de conflits en négociations, dans un contexte où les ressources maritimes attisent les convoitises (HGGSP première et terminale). Le texte de Judicaëlle Dietrich aborde à la fois le fait d’habiter une métropole d’un pays émergent (sixième), les inégalités d’accès à l’eau (cinquième, seconde), les espaces et paysages de l’urbanisation (quatrième) et la métropolisation (première).

Nous espérons que vous aurez autant de plaisir à lire ce dossier que nous en avons eu à le constituer.

 

Jean-Benoît BOURON
Responsable éditorial de Géoconfluences

et Florence NUSSBAUM
Responsable scientifique de Géoconfluences

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