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Le développement durable, approches géographiques

Gestion de la ressource en eau et contrainte touristique en montagne : alimenter et entretenir le manteau neigeux

Publié le 28/09/2003
Auteur(s) : Marc-Jérôme Hassid - Doctorant - Laboratoire BioGéo à l'ENS de Lyon de Lyon

De la neige aux canons ...

Les activités de "glisse" contribuent pleinement à l'équilibre économique des massifs alpins tournés vers le tourisme d'hiver. C'est ainsi qu'en 2001-2002, les seules remontées mécaniques généraient 646,7 millions d'euros de chiffre d'affaires dans les Alpes du Nord et 73,6 millions d'euros (contre 100,6 millions d'euros en 2000-2001) dans les Alpes du Sud. Mais la situation est fragile pour certaines stations. Si la progression de la fréquentation est régulière pour les Alpes du Nord, il n'en est pas de même pour les Alpes du Sud avec de fortes variations interannuelles. Celles-ci peuvent s'expliquer par des différences de comportement des vacanciers mais s'expliquent avant tout par la variabilité interannuelle de l'enneigement.

Ainsi, les données du laboratoire du Col de Porte en Chartreuse (1 320 m) confirment la forte variabilité naturelle de l'enneigement, mais révèlent également une diminution progressive du manteau neigeux au cours des quarante dernières années (Météo-France, 2002). L'épaisseur de neige moyenne y était d'environ 150 cm en 1961, elle n'est plus que d'environ 85 cm en 2001, soit quasiment deux fois moins !

Enneigement dans les Alpes françaises :

1) situation actuelle et l'évolution récente

Durée moyenne de l'enneigement à 1 1500 m dans les Alpes françaises (en jours par an)

  • Les limites des unités spatiales de mesure des durées sont en gris et les limites frontalières et départementales sont en noir.
  • en orangé : durées < 129 j/an
  • en vert : durées > 129 j/an

 

Il ne s'agit pas de valeurs mesurées mais simulées par Météo-France.

Source : Météo France - CNRM/CEN

2) situation future : impact sur l'enneigement d'un réchauffement de 1,8°C sur les Alpes, d'après le modèle CROCUS de Méteo-France

Voir la carte de localisation ci-dessous dans cette page.

Nombre de jours par semaine avec neige au sol au Col de Porte (1960 à 2001)

Cliquer pour agrandir

Le laboratoire du Col de Porte, situé en Chartreuse (Isère) à 1.320 m d'altitude, permet de disposer de relevés précis sur les 40 dernières années. Ils montrent que la tendance générale est à une diminution de l'enneigement et que les fluctuations annuelles sont très prononcées.

Commentaire général :

Les projections du changement climatique fournies par les modèles des climatologues donnent une fourchette de variation des températures globales à la fin du XXIe siècle comprise entre +1° et +4,5°C (source Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat - GIEC). Pour l'Europe, elles sont généralement comprises entre +1° et +3,5°C.

La carte ci-dessus, fournie par le modèle CROCUS de Méteo-France pour un réchauffement de 1,8°C sur les Alpes, est à prendre avec précaution : il s'agit d'un scénario possible d'évolution, ce n'est pas une prévision.

Source : Météo France - CNRM/CEN - Documents en ligne sur le site :www.tourisme.equipement.gouv.fr/

Sur la question des évolutions climatiques, voir les ressources en ligne indiquées ci-dessous.

 

Pour faire face au manque de neige, mais aussi pour prolonger les débuts et les fins de saison, de nombreuses stations de sport d'hiver s'équipent pour produire de la neige de culture. Par exemple, en 2000-2001, on relevait :

  • pour les Alpes du Nord, 87 sites équipés pour une superficie d'enneigement de 1 776 ha,
  • pour les Alpes du Sud, 38 sites équipés pour une superficie d'enneigement de 615 ha.

 

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... Quels impacts sur les paysages et l'environnement ?

Mais ces nouvelles installations ne sont pas sans conséquence sur l'environnement et sur les paysages.

La création d'installations de neige de culture suppose le respect de la Loi sur l'eau du 3 janvier 1992 et également de la Loi du 19 juillet 1976 sur les installations classées pour la protection de l'environnement. Une étude d'impact doit être réalisée et comporte notamment une analyse de l'état initial de l'environnement et des mesures de compensation.

Il existe trois types de mobilisation de l'eau pour la fabrication de neige de culture :

  • le prélèvement direct dans les cours d'eau,
  • le prélèvement dans les réseaux d'eau potable,
  • la mise en place de retenues collinaires, solution la plus utilisée.

 

Comment intégrer ces retenues dans le paysage ? Les aménageurs cherchent à les masquer au maximum en se servant des formes du relief, de la végétation et en tenant compte de la position du point d'observation (altitude, angle de vue, etc.).

Paysages et retenues collinaires des Alpes

Alpe d'Huez et La Clusaz

(cliquer pour agrandir)

Retenue collinaire de la station de l'Alpe d'Huez (photo Marc-Jérôme Hassid - mai 2003)

Retenue collinaire de la station de la Clusaz (photo Marc-Jérôme Hassid - mai 2003)

Retenue collinaire de la station de La Clusaz (photo Marc-Jérôme Hassid - mai 2003)

Serre-Chevalier : retenues collinaires sur le versant exposé au nord (ubac) de la vallée de la Guisane (rive droite)

( Cliquer pour agrandir et faire défiler la photographie)

Crête de la Balme - Clot Gauthier Retenue collinaire - Clot de l'Aravet Grand Alpe - Bois des Coqs (retenue collinaire Est)

Retenue collinaire Ouest - Photos en montage panoramique nord-ouest (gauche) / sud-est (droite) - Sylviane Tabarly - juin 2003

Retenue collinaire Est (Bois des Coqs et Prorel) - Photos en montage panoramique - Sylviane Tabarly - juin 2003

Extrait du plan des pistes du domaine skiable de Serre-Chevalier globalement orienté sud-est (gauche) / nord-ouest (droite)

Les points rouges localisent les deux retenues collinaires. www.serre.chevalier-ski.com

Pour retrouver les cartes correspondantes à partir du site de l'IGN :www.ign.fr/affiche_rubrique.asp?rbr_id=438&lng_id=FR

 

Ces installations peuvent être relativement bien intégrées dans le paysage. Dans le cas de La Clusaz, la végétation sert de masque. Pour l'Alpe d'Huez, la retenue a été implantée entre deux parois rocheuses : elle n'est pas visible depuis les lieux d'habitation de la station de ski et elle l'est peu en amont. Dans le cas de Serre-Chevalier, la retenue Ouest, dans un contexte peu boisé, est très visible depuis le lieu d'arrivée du téléphérique (2491 m). Par contre, la retenue Est est mieux intégrée au milieu de la forêt de mélèzes. Il faudra aussi tenir compte de l'évolution paysagère dans le temps.

Mais, au-delà de l'humanisation croissante des paysages de montagne, le problème essentiel est celui de l'approvisionnement en eau. Les besoins en eau pour la fabrication de neige de culture prennent des proportions considérables. Une étude de l'Agence de l'eau Rhône-Méditerranée-Corse fait état de 104 stations équipées. 15 % des surfaces skiables sont équipées en moyenne et la consommation d'eau observée sur un an est d'environ 10 millions de m³ (colloque international : L'eau en montagne – Gestion intégrée des Hauts Bassins versants - septembre 2002 - Office International de l'Eau). À titre d'exemple, ce volume représente la consommation annuelle d'une ville de 170 000 habitants.

La baisse significative de l'enneigement en moyenne montagne devrait entraîner une augmentation du prélèvement d'eau pour l'enneigement des pistes de ski. L'Agence de l'eau estime que "si la situation ne semble pas trop alarmante, elle pourrait le devenir du fait de l'expansion annoncée de cette activité dans les prochaines années".

Localisation des principales stations de ski des Alpes(cliquer pour agrandir)

D'après un document du Guide du routard

De plus, la demande en eau (neige de culture, eau potable pour la consommation) se concentre à une époque durant laquelle elle se fait plus rare à cause du gel. Ainsi, début 2002, on est passé très près de la pénurie à la station des Orres dans les Hautes-Alpes. La création de retenues collinaires permet de faire des réserves et d'étaler dans le temps les prélèvements d'eau.

La politique du "tout-canon" mise en place par les stations de ski, a des conséquences inévitables sur l'environnement. Au-delà de l'impact sur le paysage, la mobilisation de la ressource en eau semble plus préoccupante. D'autres questions se posent : la neige artificielle n'a-t-elle pas d'effet sur la végétation ? Certains agriculteurs se plaignent de perdre des zones de pâturage. Les effets de l'humanisation croissante du milieu montagnard sont donc multiples.

 

Compléments, mises à jour

Selon l'enquête menée par le Service d'études et d'aménagement touristique de la montagne (SEATM), les stations de ski françaises ont investi, en 2002, 46 millions d'euros dans la neige artificielle contre 37 millions en 2001, soit une progression de 24%, nouveau record de croissance. Pour l'activité ski en France, la répartition géographique de l'investissement des canons à neige s'élève à 48% pour les Alpes du Nord, qui représentent 75% du chiffre d'affaires, et 37% pour les Alpes du Sud, avec 10 à 15% de chiffre d'affaires national.

Ces dépenses sont complétées par 7 millions d'euros d'investissements en réserves collinaires et 18 millions d'euros d'aménagement de pistes afin de créer un tapis d'herbe sans rocher permettant de skier avec seulement 20 cm de neige. 48 % des nouveaux canons ont été installés dans les Alpes-du-Nord, qui représentent 75 % du chiffre d'affaires du ski en France, 37 % dans les Alpes-du-Sud et 9 % dans les Pyrénées. 185 stations françaises sur 250 sont aujourd'hui équipées d'installations de neige de culture. "Il est raisonnable de penser que l'on va vers un triplement des surfaces actuellement enneigées au cours des dix prochaines années", estime le SEATM.

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Pour aller plus loin

Ressources en ligne, une sélection

 

Marc-Jérôme Hassid - Doctorant - Laboratoire BioGéo à l'ENS de Lyon de Lyon

Première mise en ligne : Septembre 2003

Adaptation, compléments : Sylviane Tabarly

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Mise à jour :   28-09-2003

 

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