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La « vague coréenne », géopolitique et soft power sud-coréen dans la mondialisation culturelle

Publié le 24/06/2020
Les fans de musique coréenne, très nombreux à l'échelle mondiale, parviennent à influencer les médias de façon transnationale sur des sujets sociaux et, de plus en plus, politiques, illustrant de façon imprévue le soft power sud-coréen.

Un récent article du blog Pixels du Monde (en accès libre) révèle la capacité des fans de musique pop coréenne à perturber la campagne électorale de Donald Trump : « Les fans de musique pop coréenne sont si puissants que l’on arrive à concevoir qu’ils puissent troller le président des États-Unis, comme lors de son meeting à Tulsa. » L’article montre aussi que ces fans, qui pourraient représenter jusqu’à 100 millions de personnes dans le monde, ont pris position en faveur des droits des Noirs états-uniens, en gagnant la bataille médiatique contre les suprématistes d’extrême droite.

Cet article révèle un aspect peu connu de la mondialisation culturelle, le soft power sud-coréen. Dans un article de 2013, Éric Bidet montre que ce soft power résulte d’une stratégie des autorités sud-coréennes pour compenser l’absence d’un hard power dont la Corée du Sud est dépourvue. L’article montre que la réussite de l’hallyu (la vague coréenne) est d’autant plus remarquable que le développement de l’industrie culturelle sud-coréenne est très récent.

En réalité, comme l’indique l’article ainsi que d’autres publications sur la question (par exemple Courmont, 2019), la réussite de cette politique de soft power n’est pas complètement déconnectée des attributs classiques de la puissance, en particulier économique. La Corée du Sud dispose ainsi d’un outil puissant dans la compétition économique mondiale, les chaebols, conglomérats d’entreprises qui ne sont pas sans rappeler les keiretsu japonais, et dont certains sont spécialisés dans les industries culturelles (cinéma, musique, bandes dessinées…).

Ainsi, la capacité des fans de musique pop sud-coréenne, par leur capacité à influencer de façon transnationale des événements politiques, certes de façon indépendante de toute décision gouvernementale sud-coréenne mais qui n’existeraient pas sans des choix encourageant une industrie culturelle conquérante, se révèle un très bon exemple de la notion de soft-power.

Pour compléter sur la notion de soft power :

Nashidil Rouiaï, « Sur les routes de l'influence : forces et faiblesses du soft power chinois », Géoconfluences, septembre 2018.

Une géopolitique de la musique pop sur Diploweb :

Marie Lhuillery, Pierre Baussier, « Géopolitique de la pop musique », Diploweb, 17 février 2013 

 

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