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Les déserts médicaux : une France des marges

Publié le 04/04/2017

Le Monde a publié le 30 mars 2017 une nouvelle carte des « déserts médicaux ». Sans définir de seuil pour les caractériser, la carte donne une note synthétique entre 0 et 10 à 3 827 cantons et arrondissements, prenant en compte la présence des médecins généralistes, masseurs-kinésithérapeutes, et chirurgiens-dentistes. Le 3 avril 2017, un article de Libération mentionnait le travail de l'ONG Médecins du monde dans les Combrailles. La presse donne un coup de projecteur sur la question des déserts médicaux.

Déserts médicaux ?

On appelle communément « déserts médicaux » les espaces où le nombre de médecins pour 100 000 habitants est faible, sans qu'un seuil soit établi. La moyenne française est d'environ 300 médecins en activité pour 100 000 habitants. Il n’y a pas de baisse de nombre de médecins en France mais une évolution de leur répartition : le nombre de médecins pour 100 000 habitants atteint 798 à Paris et seulement 180 dans le département de l’Eure. Le terme et la réalité qu’il recouvre ont pris de l’importance dans le débat public à partir des années 2000 (Véran, 2013). Le terme de désert médical peut être considéré comme excessif, il s’agirait plutôt d’une peau de léopard correspondant aux interstices de l’espace urbanisé français (ibid.). Pour une étude approfondie de la géographie de la santé en France, on se reportera à l’article de Virginie Chasles en 2013 et à ses nombreux documents, sur Géoconfluences : « La démographie médicale en France, le risque des déserts médicaux. L'exemple de la Montagne ardéchoise », dont est extrait le graphique ci-contre.

Effectifs de médecins actifs et retraités, 1979-2012. (Source)

La carte du Monde révèle une France des déserts médicaux plutôt septentrionale, rurale et périurbaine. Les banlieues, contrairement à ce qui est parfois écrit, sont plutôt moins concernées que les périphéries urbaines plus lointaines. La France de la pénurie de personnels de santé n’est pas non plus, ou pas complètement, une France des faibles densités, puisque d’après cette carte, les massifs alpins et pyrénéens, le nord des Landes, ou les communes centrales de l’île de la Réunion, obtiennent des notes supérieures ou égales à la moyenne. Les espaces les plus gravement touchés sont un grand Bassin parisien, le cœur du Massif central (Aubrac, Margeride…), le Jura et les Vosges, le Bocage vendéen et la Guyane.

 

La carte d'Eugénie Dumas et Sylvie Gittus-Pourrias d'après Emmanuel Vigneron. Le Monde, 30 mars 2017

La répartition des ouvriers selon Hervé Le Bras.

 

La carte se superpose assez bien à celle de la répartition des ouvriers dans l’espace français, publiée en 2017 par Hervé Le Bas dans The Conversation sur des données 2013. C’est aussi une géographie de l’hyper-ruralité, qui est définie par l’enclavement et la difficulté d’accès plutôt que par la faible densité. Dans le rapport que le sénateur de la Lozère Alain Bertrand a consacré à l’hyper-ruralité, il souligne ses effets sur la santé des habitants : « 4,7 millions d’habitants ont un risque deux fois plus élevé faire un accident vasculaire cérébral » (Bertrand, 2014).

Quelles solutions ?

Les publications gouvernementales rappellent les mesures mises en place sous le mandat législatif de de 2012 à 2017. Ces mesures prennent trois dimensions : La multiplication des maisons de santé pluri-professionnelles (MSP) dont le nombre est passé de 174 en 2012 à un millier en 2017 ; des mesures incitatives à l’installation en zone déficitaire ; et une intervention sur la formation des médecins, avec hausse du numerus clausus en 2015 et sensibilisation aux besoins du monde rural. L'installation des jeunes généralistes est un levier important comme le rappelle une publication du Cget (ex-Datar). Elle recence les facteurs d'attractivité d'un territoire pour les jeunes médecins, au premiers rangs desquels la qualité du cadre de vie, l'existence d'un projet professionnel collectif sur le territoire, et la possibilité pour leur conjoint de trouver un emploi. 

 

Source : Cget, « Installation des jeunes médecins généralistes dans les territoires », sept. 2015

La carte des faibles densités n'est pas exactement celle des déserts médicaux. Source : AMRF, dossier « Loi NOTRe, un autre regard », 36 000 communes, n° 342, février 2017, p. 8-9.

 

Le regroupement de professionnels dans des maisons de santé se rapproche des groupements scolaires intercommunaux mis en place dans le secteur de l’éducation. Certaines communes préfèrent salarier un médecin, solution que l'on retrouve également dans l'alimentation lorsque des territoires salarient des producteurs agricoles. L'action de l'ONG Médecins du Monde mérite d'être soulignée pour rappeler que cette association, outre son travail lors de crises humanitaires, s'implique également en France, auprès des populations les plus fragiles, ce dont témoigne l'article de Libération.

L’Association des maires ruraux de France (AMRF) souligne le succès des maisons de santé en précisant qu’elles ne doivent pas être considérées comme une panacée. Dans les zones plus faiblement peuplées, des cabinets secondaires, moins lourds à mettre en place pour des territoires à petit budget, sont envisagés. Dans ses propositions pour une meilleure prise en compte des communes rurales, l’association fait des recommandations, telles que la pratique de la télémédecine ou la sensibilisation des jeunes médecins. Elle insiste sur la nécessité à repenser la formation des professionnels et la répartition des actes en eux, et elle questionne la liberté d’installation. (AMRF)

Les solutions incitatives semblent en effet montrer leurs limites, voire leur inefficacité (Rousset, 2016). Certains auteurs envisagent donc des pistes plus coercitives comme un numerus clausus à l’installation, qui s’applique déjà à certaines professions de santés comme les pharmaciens (ibid.). Le rapport sénatorial du centriste Hervé Maurey prévoyait déjà en 2013 de ne plus conventionner les médecins installés en zone surdotée et de faire commencer les spécialistes dans les zones déficitaires en personnels de santé. Ces pistes, envisagées par certains candidats à l’élection présidentielle de 2017, rencontrent cependant l’opposition d’une partie du corps médical.

Pour compléter

Dans la presse

Les sources gouvernementales

Rapports sénatoriaux et institutionnels

La position des territoires locaux

Des regards de chercheurs

Sur Géoconfluences

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