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L'effet barbecue : controverse autour de la ville compacte

Publié le 05/01/2017

Le Forum vies mobiles est un institut financé par la SNCF qui s'affirme « transdisciplinaire, transfrontalier et transgressif ». Il prend également la forme d'une revue dans laquelle a été publiée une intéressante controverse autour la remise en question de la ville compacte : 

 

L'idée est de faire intervenir deux géographes sur cette question en partant de l'hypothèse de « l'effet barbecue » selon laquelle les habitants des villes-centres compenseraient leurs courtes mobilités quotidiennes par des mobilités occasionnelles plus longues pour satisfaire leur besoin de grand air. Dite aussi hypothèse des déplacements compensatoires, cette idée avancée notamment par J.-P. Orfeuil et D. Soleyret, prête évidemment au débat. Deux auteurs endossent successivement des positions opposées mais étayées et argumentées, malgré les limites inhérentes de ce type d'exercice, notamment l'ordre des articles qui semble donner raison au dernier à s'exprimer.

Sébastien Munafò plaide pour une ville dense en commençant par déconstruire l'hypothèse de « l'effet barbecue » : la ville-centre peut-être un choix de localisation volontaire, pour bénéficier des aménités de loisirs qu'elle offre, sans forcément entraîner un besoin d'activités de pleine nature par ailleurs. Les modes de vie actuels inscrivent en effet les loisirs dans les mobilités quotidiennes, et non plus seulement occasionnelles. En rappelant qu'aucune forme de ville ne serait être imposée contre les choix des habitants, l'auteur liste les vertus environnementales de la ville compacte, économe par exemple en surface et en gaz à effet de serre.
 
 

Illustration extraite de l'article : distances moyennes parcourues par personne dans le cadre de la mobilité quotidienne et occasionnelle en fonction de la classe de densité d’activité humaine (emplois + habitants) par surface bâtie (classe d’égale amplitude).

 
Marc Pearce prend le contrepied dans un article qui relativise les conclusions de Sébastien Munafò. Pour lui, on ne saurait gommer les importants écarts existant entre les différents espaces périurbains entre eux, ou entre les villes-centres entre elles. Par ailleurs, il rappelle que les grandes villes suisses étudiées par Munafò seraient des villes moyennes à une autre échelle : la grande ville compacte n'existe pas en Suisse, or elle est porteuse d'externalités négatives qui annulent les bénéfices de la densité. Il rappelle également que ce n'est pas tant la compacité de la ville que la manière dont le droit à la ville y est respecté, et les inégalités sociales minimisées, qui doivent faire l'objet de la plus grande attention.
 
Ces deux articles, et leur présentation sous forme de controverse, apportent un éclairage utile sur un thème des programmes d'enseignement (en seconde notamment) qui fait encore l'objet de débats virulents entre les chercheurs. Ils montrent le rôle des sciences sociales pour renoncer aux recettes faciles en matière d'aménagement et pour réfléchir en réduisant la complexité, sans la nier.
 
 
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