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En finir avec le mythe des « procès du coq »

Publié le 28/11/2019
La presse se fait régulièrement l’écho de procès de voisinage entre néo-ruraux et « anciens ruraux » en particulier à propos de nuisances sonores (chant du coq, bruit des travaux agricoles…). Deux articles récents remettent en cause ce mythe selon lequel l’arrivée de nouveaux habitants dans l’espace rural ne peut qu’entraîner des conflits avec ceux qui y vivent déjà.

Ces deux articles insistent sur plusieurs points. D’abord, si les conflits de voisinage sont en augmentation, on peut y voir une judiciarisation généralisée des rapports sociaux davantage qu’une cohabitation difficile à la campagne, d’autant que le phénomène concerne autant les espaces périurbains. Ensuite, insister sur les plaintes des néoruraux est une manière d’essentialiser les catégories, comme s’ils étaient par essence des citadins et que les ruraux l’étaient, eux aussi, par essence. C'est également ne pas tenir compte des nombreux conflits de voisinage qui ne débouchent pas sur une procédure en justice, en ville comme à la campagne. Certes la part plus importante de maisons individuelles et de propriétaires de leur logement, dans les espaces ruraux et périurbains par rapport aux pôles urbains, peut expliquer à la marge qu'une petite partie des conflits s'enveniment. Mais cela occulte les cohabitations pacifiques et les installations réussies. Finalement, l’intérêt porté aux très rares « procès pour cause de chant du coq » s’explique peut-être par l’image d’Épinal qu’ils véhiculent et qu’ils confortent sur les rapports des citadins à la campagne. Cette image est amusante mais elle ne rend pas compte des multiples modalités de cohabitation entre différents habitants du rural, qu’ils soient mobiles ou ancrés. Contrairement à ce qu'écrit Le Monde dans un article consacré au procès du coq Maurice, ces conflits de voisinage se sont donc pas le symbole d'une « ruralité menacée ».

Une bibliographie pour aller plus loin
Habiter l’espace rural
  • Le concept de mode d’habiter comme grille de lecture des mutations sociales : Nicole Mathieu, 2012, « Le mode d'habiter. À l'origine d'un concept », in A. Morel-Brochet et N. Ortar (dir.), La Fabrique des modes d'habiter. Hommes, lieux et milieux de vie, L'Harmattan, p.35-53.
  • Un article qui offre un appareillage théorique précis sur la question des attachements : Yannick Sencébé, 2011, « Multi(ples) appartenances en milieu rural », Informations sociales, vol. 164, n° 2, p. 36-42.
  • Une approche de l’habiter par les jeunes : Gambino Mélanie, « Pratiques de jeunes et participation à la vie locale : regards croisés France Irlande », Pour, 2011/4, n° 211, p. 177-185.
Qui sont les néo-ruraux ?
Cohabitations et liens entre habitants du rural

mialocq - lessiveuse

Cliché de Madelein Mialocq, 2017. Source : Christophe Imbert, Julie Chapon et Madeleine Mialocq, « L’habitat informel dans l’ouest de l’Ariège : marginalité ou alternative à la norme ? », avril 2018.


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